Guyane : Saint Esprit  étrange et merveilleux en terres guyanaises

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Guyane : Saint Esprit étrange et merveilleux en terres guyanaises

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Nathalie Ebrin | 24.03.2004 | 807 visites | 0Favoris |
Nathalie Ebrin

Guyane : Saint Esprit  étrange et merveilleux en terres guyanaisesAu long du grand cours d’eau désert et sauvage, l’Approuague, la Guyane française dévoile ses pratiques magico-religieuses. Le 24 Juin à la Saint-Jean Baptiste, des habitants de Cayenne, St. Georges de l’Oyapock, Kaw ou Regina cultivent un rituel séculaire sur la terre sacrée de Saint-Esprit. Situé au cœur d’une nature grandiose, c’est le domaine du flux et du reflux de l’eau du fleuve, du mystère de la forêt courant sur le flanc de Baugé, la colline, et de la magie lumineuse des traditions humaines de toute origine.

Les contrées oniriques d’un banquet

Guyane : Saint Esprit  étrange et merveilleux en terres guyanaisesSonges d’une nuit d’été. Imaginez un jardin naturel éloigné de toute agitation urbaine au sein de la forêt dense. Les grands arbres tropicaux, recouverts de lianes, surplombent les courbures des bambous, des bananiers, des cacaoyers ou encore des palmiers. L’étage du dessous recouvre un somptueux bouquet composé des chatoyantes teintes de fleurs de balisiers, d’heliconias, d’alpinias, de baies, ou d‘hibiscus. Plus bas, les agaves verts, les ananas, les roseaux spongieux et les racines arcs-boutantes convoitent davantage le sol. Parmi cette végétation luxuriante, quelques centaines de femmes, hommes et enfants, toute génération confondue, se retrouvent pour savourer les doux plaisirs de la vie. Tel un conte merveilleux, dans le mirage de l’Amazonie et à la lumière du solstice d’été, des esprits saints nous offrent des flots de réjouissances mythiques. Le cœur léger et la spiritualité en éveil, c’est avec beaucoup de plaisir et d’entrain que l’on peut apprécier un lieu de culte où le temps semble suspendu. Ce jardin insolite, illuminé, propice aux rencontres féeriques, nous l’avons rencontré, à quelques minutes en pirogue de Regina. Sur la rive droite du quatrième fleuve de Guyane, Saint-Esprit, un village de cabanes sur pilotis, se révèle à nous, le temps d’un étrange et merveilleux moment.

Les maîtres de cérémonie s’affairent

Guyane : Saint Esprit  étrange et merveilleux en terres guyanaisesSamedi 22 Juin. Le débarquement à Ming (autre nom du village Saint-Esprit), à la veille de la célébration de la Saint-Jean Baptiste, ne peut se faire sans remarquer les trois mâts garnis de victuailles. Dressés à l’entrée du hameau, ces bois de 7 à 9 mètres de hauteur, annoncent l’événement. Ils apparaissent donc garnis de mousse végétale et décorés de fruits divers : ananas, régimes de bananes, bâtons de canne à sucre, sachets de bonbons ou de ships, filets d’arachides. Ils sont érigés là, jusqu’au dernier jour de la fête, mardi 25 juin, où ils seront coupés. Les biens faits de la fructification se répandront alors sur tous les spectateurs afin que ces derniers jouissent à l’avenir de fructueux projets. Au pied des perches colorées, Georges et Félicien, deux Créoles, coupent à la machette des manches de bambous qui serviront à Claude, le vieil Amérindien. Tout en encochant des fentes destinées à retenir les cierges d’une future allée de lumière, Claude nous raconte l’Histoire et nous dévoile quelques secrets. Le nombre trois distinguant les mats n’est pas inopportun puisqu’il compte les trois saints priés en ce lieu de culte. Le fanion bleu planté au sommet du premier mât représente Saint-Jean Baptiste, le rouge du deuxième bois figure le Saint-Esprit, tandis que le dernier, vert, évoque Saint Antoine.

Les origines brésiliennes de la Colombe d’Or

Un souffle du passé. La fête de la Saint Jean Baptiste, telle qu’elle est présentée dans le village de Ming, tire ses origines d’expatriés brésiliens en quête d’espaces de liberté. Au temps de l’esclavage, ces exilés fuirent leur pays en proie à l’autoritarisme colonial. Arrivés, en terra ingognita , ne sachant encore moins qu’ils se trouvaient en territoire français, les évadés prièrent le Saint-Esprit de les aider à retrouver leur route. Le vœu étant exaucé, ces mêmes individus décidèrent en guise de remerciement de lâcher la colombe d’or, objet qu’ils avaient chapardé dans une église, au Brésil, avant de partir. La construction d’une paroisse en cette terre sacrée fût leur seconde action de grâces. De là naquit le lieu de culte de Saint-Esprit, duquel sont exprimés, chaque année depuis cet événement historique, des désirs. Certains serments reçoivent bénédiction. Ceux qui auront obtenu satisfaction seront désormais tenus d’honorer leur succès en nourrissant pendant trois jours toute la population présente à la fête. Cette année, il s’agissait d’un couple qui avait sollicité, quatre ans plus tôt, une aide financière relative à l’achat d’une propriété à Régina. Aujourd’hui, le temps est venu à leur tour de remplir ce devoir et de gratifier les saints.

Le festin, ouverture des festivités

Guyane : Saint Esprit  étrange et merveilleux en terres guyanaisesSamedi 23 Juin, 20 heures. Le repas annonce le début des célébrations. Deux tables dressées sous le carbet-réfectoire débordent d’invités avides de paroles aromatisées aux effluves de soupe guyanaise. De part et d’autre du minuscule village, les convives des services suivants attendent l’heure du dîner. Sur les « terrasses » des carbets, balayées par le savoureux alizé du soir, les uns se prélassent tranquillement dans les hamacs de coton. Les autres sirotent des ti-punch. Les dés de Prunes de Cythère, cuisinés au vinaigre et à l’aïl, servent d’en-cas pour relever l’apéritif. A l’inverse, des convives, agenouillés sous le toit de tôle de la paroisse, plongent leur méditation dans l’absorbant silence de la prière. Pendant ce temps, comme se veut la tradition, les invités attablés reçoivent dans leurs écuelles une composition de riz, de lentilles et de poissons frits. Le dîner s’achève ensuite par des coups de carabine. Le fusil déclenche la scène des ventres rassasiés qui, à gorge déployée, chantent leurs remerciements aux hôtes surmenés. Le strident tapage des fourchettes métalliques contre les assiettes en verre sera le point final de ce témoignage de reconnaissance.

A la lumière de la cérémonie religieuse

Guyane : Saint Esprit  étrange et merveilleux en terres guyanaises22 heures. Les cloches convient les fidèles à se réunir sous la chapelle. A l’abri, deux autels drapés de leur propre couleur exposent les objets fétiches. De rouge vêtues pour représenter le Saint-Esprit ou recouvertes de bleu, teinte attribuée au Saint baptiseur, ces grandes tables sont ornées d’objets divers. Les statuettes des trois saints tutoient celles de la Vierge Marie. Des crucifix, des colombes, des fresques, des bougies se joignent au décor. Les visages éclairés par les bougies qu’ils tiennent à la main, les adeptes agissent selon les gestes et incantations orchestrées par le prêtre lusophone. Les individus désirant faire un vœu se verront passer au-dessus de la tête l’effigie de la colombe. Le rythme des tambours, entrecoupé des coups de fusil, dirige l’évolution de la messe. A la fin de celle-ci, tout un cortège de pèlerins emboîte le pas aux personnes chargées de mener la marche. Portant respectivement les drapeaux blancs, le crucifix, les statues des trois saints et le tambourin, seuls ces personnages centraux font trois fois le tour des 7 bûchers en flamme. Béni, le lieu s’avère désormais apte à conduire les initiés à traverser la flamme que l’on ravive à jet d’essence. La fête revêt alors un caractère sacré et adopte une attitude silencieuse. La fumée protectrice dégage ses vertus médicinales tandis que la cendre, faisant office d’engrais naturels, a pour dessein de faire abonder les récoltes.

La danse des éclats de musiques métisses

Guyane : Saint Esprit  étrange et merveilleux en terres guyanaises23 heures. Après la marche du feu, sous le regard à la fois solennel et amusé du public, de volumineuses enceintes crachent les sonorités du bal. Du zouk à la salsa, en passant par les voix du continent africain, la vivacité endiablée de la samba, et la flânerie du reggae, tous les genres et les styles se confondent. Du plus jeune au plus ancien, les convives balancent leurs hanche, le sourire aux lèvres. Le rhum et les jus de fruits, coulant à flot, étanchent la soif des bavards. C’est ainsi qu’au milieu de nul part, coincé dans un écrin de forêt vierge, de fleuve sauvage et de brouillard de pleine lune, un petit bourg de cinq cents âmes s’enveloppe d’une étrange atmosphère de transe édulcorée. Et maintenant, place à l’imaginaire d’un pays aux silhouettes fantastiques. Les peaux cuivrées, parées de pierres précieuses et de métaux dorés, dessinent alors sur la toile forestière un magnifique ballet virevoltant. Au-dessus du manège d’étoffes, de madras et de foulard qui ne cesse de tourner, virer et valser, flotte un doux parfum de musc, d’ambre, d’extraits de vanille, d’écorces d’orange, de cannelle…

Le pèlerinage des bougies vers l’eau du baptême

Guyane : Saint Esprit  étrange et merveilleux en terres guyanaisesMinuit. La fête bat son plein lorsque retentit l’heure de la prière qui marque le passage à la date du 24 juin, jour à proprement parlé de la Saint Jean Baptiste. La musique s’arrête brusquement. Les danseurs se rassemblent aussitôt pour se diriger vers la paroisse. A l’intérieur, trois drapeaux blancs sont maintenus et brandis par des volontaires qui pavoisent aux côtés du percussionniste. Face à eux, les adeptes reprennent en chœur le refrain « Saint Jean Baptiste sous les drapeaux….». Puis une file indienne se forme. Le groupe de tête de tout à l’heure reprend sa place pour guider les pèlerins. Tous, bougie à la main, parcourent le chemin qui mène au fleuve et au bout duquel les torches illuminent les derniers pas vers le baptême. L’onction d’eau bénie, administrée à chaque « agneau », aurait pour objectif de purifier, régénérer l’être avant de devenir l’objet d’une fructification. Le retour dans l’édifice religieux marque la fin de la prière. Les effluves d’alcool, l’ivresse de la séduction et la transe de la danse font place à la magie du mysticisme spirituel. Pendant deux jours d’affilée, la fête de la Saint-Jean se poursuit sur des accords d’ambivalence entre le Sacré et le Païen, entre la procession et la fête, entre danse et prière. Ming, village de Saint-Esprit, immergée d’eau fluviale s’estompe peu à peu dans le brouillard matinal. De ce milieu alchimique où les corps rencontrent les esprits, il ne reste plus qu’un souvenir. Réalité ou illusion ? A voir!

Le spectacle d’un syncrétisme religieux

La fête des saints. L’un des instants les plus prestigieux de l’année festive de Saint-Esprit est la célébration de Saint Jean Baptiste. Reconnue sous toutes les latitudes, la Saint-Jean, prend à Ming des allures d’autant plus curieuses, qu’elle vénère trois saints à la fois. L’originalité guyanaise de la Saint Jean fait ainsi référence à une expression du syncrétisme, cette fusion entre différentes religions où on utilise l’image des Saints chrétiens comme représentation. Le saint à l’honneur de ce jour, Jean est le célèbre personnage qui a baptisé Jésus Christ dans les eaux du Jourdain. Saint-Esprit, la troisième personne de la Sainte Trinité a la particularité de s'être rendu visible à deux reprises, d’abord en colombe, au baptême du Christ, puis en langues de feu, à la Pentecôte pour souffler aux Apôtres les qualités nécessaires à la prédication de l’Evangile. Enfin, Saint Antoine de Padoue, prédicateur du Moyen-Age occidental est vénéré à Ming pour ses affinités brésiliennes. Né à Lisbonne, il est devenu le saint national du Portugal avant de se faire connaître du monde entier par les explorateurs.

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Transport : Le parcours Cayenne-Régina peut se faire en taxi collectif, par la RN2. La camionnette se prend en gare routière de Cayenne, située le long du canal Laussat. Deux départs sont assurés tous les jours : 10h. et 12h. Le prix de l’aller simple s’élève à  23 euros par personne. Une fois arrivé à Régina, le chauffeur dépose les passagers au débarcadère. Là des piroguiers se chargent de prendre la relève. Ils vous proposent alors de vous emmener à Ming (St.Esprit) au montant de 5 euros par client. Les plus sensibles d’entres nous devront profiter de cette dernière occasion pour s’alimenter en eau potable. En effet, face au quai, se tient une épicerie asiatique à même de nous  fournir en bouteilles d’eau minérale et autres produits..

Hébergement : Grâce au travail acharné de Georges Désir, également propriétaire et gérant, trois magnifiques carbets attendent les pensionnaires de passage. Une petite participation de 5 euros la nuit est donc demandée pour suspendre son hamac et prendre son repas sur une grande table. A retenir surtout que dans cette lisière de forêt, nul moustique ne viendra perturber vos nuits fraîches et agréables. Les carbets de bois communiquent entre eux par des passerelles et terminent le village sur un débarcadère naturel que l’on appelle en Guyane dégrad. Cet endroit calme de l’Approuague, où se trouve accosté le canot de George, invite le visiteur à la baignade.

Restauration : Pendant les fêtes de la Saint-Jean-Baptiste, toute la population du village, y compris les étrangers, reçoivent gracieusement nourritures et boissons. Plus précisément, du 23 juin à 20h. au 25 juin à 15h., le petit-déjeuner, le déjeuner et le dîner sont préparés et offerts par les maîtres de cérémonie. Attention à l’eau qui peut provenir du fleuve. En dehors des périodes de festivités, il faut prévoir piques-niques, grillades, glacières. Penser à respecter l’environnement en collectant vos déchets.

Aux alentours : Quatrième fleuve du département par son importance (270 km. de long), l’Approuague, prend sa source dans le massif central, au Sud de Saül. Parmi ses splendides sauts (chutes ou rapides des cours d’eau de Guyane), les plus célèbres sont le Grand-Machicou et surtout Grand-Canori, le plus spectaculaire et le plus haut de Guyane avec ses 19 mètres de dénivelé. L’itinéraire de Régina, à l’embouchure, semble intéressant pour découvrir les vestiges du village de Guisanbourg. Bien que se faisant de préférence en tenant compte de la marée, la remontée du fleuve, au départ de Régina, s’annonce plus aventurière. En effet, l’Approuague a la triste réputation de causer pas mal de casse au matériel. Malgré les obstacles à surmonter (les créoles appellent “bistouri” le passage qu’il faut franchir pour traverser un saut), le voyage prévoit de rencontrer une faune et flore abondantes, ainsi que des endroits de bivouacs sympathiques avec baignades aux pieds des sauts.

 

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