Hongrie : les Magyars, une identité contestée aux confins de l’Europe

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Hongrie : les Magyars, une identité contestée aux confins de l’Europe

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Emilie Maj | 20.07.2009 | 1984 visites | 1Favoris |
Emilie Maj

Hongrie : les Magyars, une identité contestée aux confins de l’EuropeAux confins de l’Europe s’étend une steppe où les hautes herbes jaunissent en été au gré des vents nomades. Sur cette vaste plaine, le long du bleu Danube se trouvent dispersés mille trésors, reliques de mille ans d’une histoire tourmentée. Dans cette Europe que nous voulons unie, la Hongrie fait figure d’exception. Cette contrée revendique une origine non-européenne ; rescapée d’un Empire dissolu, elle affirme sa différence. Je la découvre élégante, dans les habits de pierre de la capitale qui, se faisant appeler la Perle du Danube, joint harmonieusement les collines de Buda et le plat pays de Pest. Pendant deux semaines, j’arpente les rues en pente de Budapest, dont la fondation récente est le fruit de la réunion en 1873 de trois villes indépendantes : Duea, Pest et Obuda.

De Budapest la Chrétienne…

Hongrie : les Magyars, une identité contestée aux confins de l’EuropeL’entrée de la Hongrie dans l’histoire commence en 896, lorsqu’Arpad et ses sept tribus magyares conquièrent le bassin des Carpates. Cent ans plus tard, son arrière-petit-fils Etienne, Istvan de son nom magyar, fonde l’Etat hongrois et continue le long labeur de christianisation commencé par son père. Mais le territoire ne tarde pas à être la proie de féroces guerriers. Après avoir subi les invasions mongoles et tatares en 1241, la Hongrie est attaquée en 1371 par les Turcs qui l’assaillent régulièrement jusqu’en 1699, laissant derrière eux de nombreuses traces de leur présence. Entre temps, en 1526, Ferdinand d’Autriche est élu roi de Bohème, puis roi de Hongrie. L’empire austro-hongrois s’effondre lors du Traité de Trianon le 4 juin 1920. Cette date a laissé jusqu’à aujourd’hui un goût de tristesse dans la bouche des Hongrois. Chaque personne que je rencontre ne manque pas de le préciser, « le Traité de Trianon a fait perdre à notre pays deux tiers de son territoire et la moitié de sa population ». Le regard s’abaisse, l’amertume est trop difficile à réprimer.

Hongrie : les Magyars, une identité contestée aux confins de l’EuropeBien différente est la Hongrie d’aujourd’hui qui est entrée dans l’Union Européenne le 1er mai 2004. Le pays porte les marques de son passé tourmenté. Venue pour faire des recherches sur les peuples de Sibérie, je me rends à la bibliothèque nationale sur la colline de Buda qui surplombe de cinquante mètres le reste de la ville. L’établissement se trouve dans l’enceinte du Palais royal, construit au XIIIe siècle pour résister aux invasions mongoles. Détruit par les Turcs au XVIIe siècle, ce bâtiment fut reconstruit aux XVIIIe et XIXe siècles par les Habsbourg. Aux abords du palais se dressent de curieuses tours, qui donnent l’impression d’un décor de contes de fée. Ce sont les sept tourelles magyares. Elles furent construites en 1896 pour célébrer le millénaire de la ville.

Hongrie : les Magyars, une identité contestée aux confins de l’EuropeA partir de là, Budapest plonge dans le monde des légendes. En face de Buda, je m’aventure sur les hauteurs du Mont Gellert, qui s’élève à 235 mètres. De multiples chemins sinuent entre les arbres et les roches. Un passant à qui je demande ma route m’adresse un regard mystérieux : « Le Mont Gellert était fort apprécié des sorciers et des sorcières qui s’y retrouvaient pour des nuits de Sabbat ». Arrivée au sommet, je me rends compte que le panorama depuis ce mon chauve est magnifique et, déjà, en mon esprit résonne la musique crépusculaire de Moussorgski.

Hongrie : les Magyars, une identité contestée aux confins de l’EuropeLe merveilleux n’est pas loin. En face, de l’autre côté du beau Danube, se dresse le Parlement. Celui-ci renferme la couronne des rois de Hongrie. Dans un café de Buda, le serveur, Zoltan, me raconte que les rois de Hongrie auraient eu le pouvoir de converser avec l’univers. Leur couronne a été volée par les Habsbourg, mais possédant de curieux pouvoirs magiques, elle aurait rendu idiots plusieurs d’entre eux. « Par la suite, durant la seconde guerre mondiale, les Américains se sont approprié la couronne et on raconte que chaque soldat qui a joué avec elle a perdu la raison », ajoute Zoltan. En vérité, cet objet, avec sa croix penchée, représente un double symbole pour les Hongrois : non seulement il représente l’adoption de la chrétienté par les tribus magyares païennes mais il constitue aussi la marque de l’entrée dans l’Europe de la Hongrie, après l’envoi de la couronne de Rome par le Pape Sylvestre II en l’an 1000, qui fit du prince Istvan le premier chef de la Hongrie en tant qu’Etat.

…à Pécs l’Ottomane, capitale de l'Europe

Hongrie : les Magyars, une identité contestée aux confins de l’EuropeSur le conseil de ma collègue Agnesz, je décide de me rendre à Pécs, ville du sud perdue au milieu des collines où il fait toujours chaud et où souffle un discret air d’Orient. Les langueurs du train me bercent jusqu’à ce que je puisse sentir l’atmosphère de la cinquième ville du pays, où fut fondée en 1367 la première université de Hongrie. Nichée dans le creux du massif des Mecsek, Pécs est protégée des vents du nord. Sa fondation remonte au IIIe siècle en tant que province romaine appelée Sopiniae. En 1523, les Turcs s’y installèrent et transformèrent les églises en mosquées, comme ils le firent par exemple pour la fameuse Basilique Saint Pierre, avec ses quatre tours et son antre magnifiquement ornementé de dorures et de couleurs vives. Témoin du processus inverse, l’église Belvarosi templom est une ancienne mosquée, édifiée par les Turcs en 1580, dont le minaret fut abattu au XVIIIe siècle. Après avoir fait de Pécs un important centre administratif et culturel, les Turcs furent chassés de la ville en 1686. La ville de Pécs a été élevée au rang de « capitale européenne de la culture 2010 », aux côtés de Essen, en Allemagne, et d’Istanbul, pour représenter les différentes influences qui ont façonné l’Europe. En sus de la nécropole paléochrétienne, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, les éléments gothiques et de la Renaissance se mêlent aux vestiges turcs tels que les bains ou les djamis. Je m’aventure dans un magasin où des objets bariolés des dentelles rouges, bleues s’entendent ou pendent de tous les côtés de la pièce. « Une caverne d’Ali Baba », ne puis-je m’empêcher de songer, en voyant certaines pièces, costumes traditionnels ou caisses en bois ornées de motifs qui mériteraient de trouver leur place dans un musée ethnographique. J’y rencontre celle qui aime à se faire appeler Chaperon Rouge. Elle me fait visiter l’exposition de Petràs Mària, artiste issue du peuple Csango, des Hongrois coupés de leurs voisins et restés en Roumanie au moment du Traité de Trianon. Elle sculpte et peint des Vierges Marie aux airs de déesse de la fertilité. Chaperon Rouge invente pour ce terme une étymologie : « Le mot baba signifie poupée et il a été déformé pour former le mot babo, femme. Le mot bobo, lui, désigne un homme de pouvoir et ce pouvoir est aussi celui de Baba Maria, la divinité que nos ancêtres vénéraient avant l’adoption du christianisme ».

L’identité magyare, des sources turques aux lointains Mongols

Hongrie : les Magyars, une identité contestée aux confins de l’EuropeMais qui sont donc ces Magyars, dont les croyances puisent, suivant certains chercheurs, dans le chamanisme des peuples de Sibérie ? J’interroge mes collègues, des amis, des inconnus. Aucun ne semble s’accorder sur l’origine des Magyars… Selon certains, ils seraient des descendants des Huns, ce qui fait d’Attila un prénom très populaire. Pourtant, les Magyars ne sont arrivés que cinq siècles après les Huns sur le territoire actuel de la Hongrie. Le hongrois fait partie de la famille des langues « ougriennes », du nom des peuples sibériens qui vivent encore aujourd’hui au-delà de l’Oural le long du fleuve Ob. Les Magyars seraient donc les descendants de tribus proto-magyares apparentées aux peuples nomades de Sibérie, qui auraient progressivement migré avec leurs animaux en longeant la steppe vers l’ouest, imprégnant au passage la langue de mots turcs. Après une halte sur le territoire actuel de l’Ukraine, c’est le roi Arpad qui aurait traversé les Carpates pour se sédentariser avec ses sujets le long de la rivière Tisza à la fin du IXe siècle.

Hongrie : les Magyars, une identité contestée aux confins de l’EuropeSelon les professeurs qui donnent des conférences à l’université de Pécs sur le folklore et les origines du peuple magyar, la langue hongroise aurait conservé les caractéristiques d’une langue ancienne, beaucoup plus que celle des autres peuples d’Europe. Les yeux brillants, Chaperon Rouge affirme : « Si tu apprends le Hongrois, tu comprendras beaucoup sur le monde ancien, me dit Chaperon Rouge. ».

Le paprika, poivre du pauvre

Hongrie : les Magyars, une identité contestée aux confins de l’EuropeLa Hongrie affirme son identité et sa spécificité non seulement à travers sa langue mais également à travers ses traditions culinaires. Vous découvrirez surtout le paprika, le vrai, celui qui se décline sous toutes les nuances, du jaune orangé au rouge vif, et offre et toutes les saveurs, de la plus tendre à la plus épicée. C’est une poudre obtenue à partir de piments rouges, qui fut introduite en Hongrie au XVIIIe siècle lorsque Napoléon instaura un embargo sur les produits anglais. Le poivre vint à manquer et les Hongrois inventèrent le paprika, « le poivre du pauvre », qui devint progressivement l’un des éléments essentiels de la cuisine nationale. Les sept variétés de paprika sont cultivées à Szeged et à Kecskemét, où est fabriquée la fameuse Barackpalinka, la liqueur d’abricot présente dans tous les moments de l’hospitalité hongroise. Et pourtant, ce n’est pas cet alcool qui déclenche les passions mais bien le paprika qui, en Hongrie, a ses connaisseurs, les goûteurs et ses…fournisseurs. Mihaly, chercheur à l’Académie des Sciences, m’invite à manger une halazsle, une soupe cuisinée exclusivement avec des poissons d’eau douce, carpe, silure et brochet, cuits dans un bouillon au paprika. Il se penche vers moi, comme pour me livrer un secret : « Je m’approvisionne directement chez un producteur du lac Balaton…! ». Balaton… le fameux lac et, non loin de là, les cépages du Tokay. Je les réserve pour un autre voyage. Je m’en retourne le lendemain au pied du Mont Gellert, d’où surgissent plusieurs sources thermales. Elles alimentent les fameux bains, dont le plus connu porte le nom de la célèbre colline. Je me promets que, la prochaine fois, j’irai aux bains à ciel ouvert pour jouer aux échecs sous une volée de flocons de neige, en tentant d’égaler le courage de ces intrépides Hongrois qui bravèrent les vents des steppes pour enrichir de leur culture les terres de notre belle Europe.

Auteur

Emilie Maj Chercheur au Centre for Landscape and Culture (Université de Tallinn) Programme de recherche : « Revenir aux ancêtres pour une plus claire vision du futur », financé par le Fonds Européen de Développement Régional et la Fondation Estonienne pour la Science.

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Gastronomie :
En Hongrie évitez d’entrer dans les lieux dont la porte est surmontée de l’enseigne restaurant. Préférez-leur les termes etterem ou vodoglio, garants d’un bon repas hongrois avec poivrons à la saveur plus ou moins épicée ! Vous trouverez la meilleure des soupes de poisson à Budapest à Horgasztanya, 1011 Bp. Fö utca 27. Ouvert de midi à minuit. Téléphone 212 3780. Commandez une soupe de carpe au paprika, en demandant de laisser les œufs de poisson à l’intérieur, vous m’en direz des nouvelles !
Pour admirer les guirlandes de paprika pendant sur les devantures des magasins, allez visiter le fameux marché couvert de la rue Vahmas à deux pas du métro Kalvin ter.

Bains :
Les bains Gellert, de l’autre côté du pont en venant du métro Kalvin Ter proposent piscine et bain. Prenez garde à demander d’aller aux thermes (coût : environ 8 euros par personne). A Budapest, il existe bien d’autres thermes célèbres, dont plusieurs à ciel ouvert. Ils ouvrent généralement à 6h mais ferment tôt, entre 18h et 19h. Les renseignements sur tous les bains se trouvent sur le site de l’Office de tourisme de Budapest (en français) : http://www.budapestinfo.hu/fr/curiosites/bains_thermaux. Ne manquez pas les bains Rudas, l’endroit préféré des gens de la capitale.

Transport :
L’aller-retour en train entre Budapest et Pecs revient à environ 30 euros et dure trois heures. Les horaires ainsi que les tarifs exacts des trains sont consultables sur http://www.mav-start.hu. Pensez à bien indiquer les accents sur les noms de ville.
A Budapest même, préférez l’achat d’une carte à la semaine. Assez onéreuse (environ 16 euros), elle vous évitera des mésaventures auprès des contrôleurs postés à l’entrée et à la sortie de chaque station et qui ne savent pas toujours bien lire les tickets et risquent de vous causer quelques misères. Ce ticket vous permettra de voyager librement en métro, bus et tramway, d’autant qu’en utilisant des tickets simples, il faut changer de ticket lors d’un changement de ligne (même en métro).

Artisanat :
Pécs abrite un petit magasin, véritable caverne d’Ali Baba où vous trouverez toutes sortes d’objets d’artisanat confectionnés par les habitants de la campagne environnante. Cela vaut la peine d’y faire un tour pour y trouver son bonheur ! Certaines pièces seraient dignes d’être exposées dans un musée ethnographique ! Parti Galéria és Szépségtar, 7621 Pécs, rue Marie 1. Tel : 0036 72 213-842.
A Budapest, vous trouverez les objets de l’artisanat hongrois (chemises ornées de fleurs et autres) au grand marché couvert rue Vahmas, construit en 1900 par Gustave Eiffel : les souvenirs sont au premier étage, tant qu’au rez-de-chaussée vous trouverez le marché aux légumes, où vous pourrez admirer les grappes de piment rouge pendues aux devantures !

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commentaires à ce reportage
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Gérard Decq

Une "page pratique" de qualité, des renseignements précis et précieux. Merci ! ”

Gérard Decq | 03.11.2009 18h55

pérache

Ca m'a rappelé de bons souvenirs ”

pérache | 03.11.2009 20h23

Gérard Decq

L'impression de vécu est au rendez-vous ; les contacts sont vrais et les informations touristiques utiles. ”

Gérard Decq | 03.11.2009 20h42

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