
Ile de Pâques
Ile de Pâques : Iorana Rapa Nui
Ahhh, l'Ile de Pâques : terre du bout du monde, mythique et mystérieuse, dont on croit tout connaître (des statues des statues des statues) et dont on ne sait finalement pas grand chose. Petit caillou de rien du tout, perdu loin, là-bas, au fin fond du Pacifique Sud, mais qui attire irrésistiblement, comme un aimant, les voyageurs qui ont la chance de passer par là … comme ce fut notre cas. C’est ainsi que, débarqués pour 5 jours, nous sommes restés 3 semaines, alternant visites aux grands moai (les fameuses statues de l'Ile de Pâques), participation à la Tapati (le festival annuel), longues discussions et petits moments de vie … au cœur de la culture et de l’âme « rapanui » (nom polynésien des habitants de l’île de Pâques).
Etre Rapanui, c'est naître « seul au monde ».
Parce que sur ce rocher d’à peine 117 km2, il y a vraiment de quoi se sentir isolé : cerné par l’océan, les premiers voisins (Pitcairn Island) à 1900 km, les cousins polynésiens (Tahiti et les Marquises) à 4300 km à l’ouest, la mère patrie (le Chili) à 4300 km à l’est …
Quant à l’unique village de l’île, Hanga Roa, il ne compte que 3.000 habitants, tous descendants de la valeureuse centaine de Rapanui ayant survécu aux luttes de clans (sur une île devenue trop pauvre pour les nourrir tous) puis au génocide de 1862 (date à laquelle de vilains trafiquants d’esclaves venus du Pérou ont massacré la population et emmené en captivité plus d’un millier de personnes).
Etre Rapanui, c’est bénéficier d’un physique racé.
Comme la jolie Joanna, « candidate reine » de la Tapati (17 ans, une silhouette de rêve, des yeux de velours) ou César, l’un des meilleurs sculpteurs de l’île (solide gaillard taillé comme un bloc, grand et fort comme ces moai qu’il aime tant) ou encore Tito, notre ami tatoueur (original à souhait avec son bouc décoloré et sa tignasse tressée) …
Repérer un Rapanui ? Fastoche ! Première indice : il a le teint mat et de longs cheveux noirs, lâchés sur les épaules, ramassés en épaisse queue de cheval ou tenus par un large bandeau. Deuxième indice : il est musclé et élancé, le corps largement tatoué aux symboles de l'île. Troisième indice : son regard est sombre et acéré, son sourire franc et accueillant.
Bref, entre envoûtantes donzelles en paréo taille basse et beaux mâles fièrement juchés sur leur cheval (avec une planche de surf, une guitare ou une pagaie sous le bras), les Rapanui méritent bien leur statut d’ethnie protégée !
Etre Rapanui, c'est avoir une histoire qui ressemb
Un roi fondateur venu de l'ouest il y a mille ans, des ancêtres qui s'étripaient pour subsister, des croyances étranges faites d'un dieu phallocrate (le fameux Makemake) et du culte d'un homme oiseau (le non moins fameux Manutara) … sans oublier ces moai mystérieux et toujours plus grands, mastodontes de pierre arrachés au volcan, ancêtres protecteurs scrutant de leurs yeux de nacre leurs descendants. Et question moai, les sculpteurs de Pâques n’ont pas chômé : entre le XII et le XVII° siècles, ce sont plus de 1700 statues de 2 à 20 m qui sont nées du cratère de Rano Raraku ! (beau boulot, les gars). Au fil des âges, toutes ont été renversées (mettre à terre le moai d’un adversaire était un acte de guerre) et il n’en subsiste plus aujourd’hui que la moitié. Mais à la fois impressionnantes et terriblement émouvantes, symboles du passé tendus vers l’avenir, elles expriment toute l'âme et l'histoire d'un peuple : entre puissance et simplicité, sérénité et énergie, mélancolie et spiritualité. Et même s’ils sont aujourd’hui catholiques, les Rapanui continuent de ressentir la présence des esprits, d’honorer les ancêtres et de rechercher la compagnie des moai pour se ressourcer, obtenir leur protection … et faire le rêve qu'un jour, ils soient tous redressés.
Etre Rapanui, c’est être irrémédiablement attaché
Malgré ses faux airs « d’île aux trente cercueils », sombre et sauvage, balayée par la mer et les vents, avec ses volcans (un cratère tous les 100 m ou presque), ses falaises abruptes, ses landes désertiques … mais aussi sa plage de sable blanc bordée de cocotiers (on est en Polynésie, que diable !). Cette terre, les Rapanui l’aiment viscéralement. Au point d’en être chacun un peu propriétaire (au moins 5000 m2 attribués à la naissance par la famille ou le gouverneur), au point aussi qu’il est impossible pour un étranger d’en acheter une parcelle (interdit par la loi). Et que ceux qui vivent ailleurs éprouvent malgré tout le besoin d’y revenir souvent (même si c’est loin, même si c’est cher) : comme « la Vicky », aujourd’hui installée à Fontainebleau mais qui vient 3 mois par an avec ses petits franco-rapanui, ou sa sœur Teresa, rentrée après plusieurs années à Los Angeles pour s’occuper de la pension familiale. Quant aux richesses archéologiques de l’île (classées au Patrimoine Mondial de l’Humanité), les Rapanui sont aussi parfaitement conscients de leur valeur et de la nécessité de les préserver. Il s’emportent donc parfois contre les envoyés de l’UNESCO (du moins ceux qui débarquent en donneurs de leçon, font 3 petits tours et puis s’en vont) ou ces visiteurs sans neurones qui volent les pierres des sites classés (y’a des baffes qui se perdent …).
Etre Rapanui, c'est défendre bec et ongle son iden
Primo, ne pas laisser les autres décider pour eux. Donc, se révolter quand l’état chilien favorise l’accès goudronné aux sites touristiques alors que les rues du village ne sont pour la plupart que de mauvais sentiers en latérite. Donc, se battre tel Don Quichotte pour que l’argent gagné sur l’île soit réinvesti sur l’île, et lutter ferme contre l’essor d’un tourisme de masse (même si aujourd’hui, beaucoup de Rapanui tirent leurs revenus des visiteurs de passage) en rejetant les promoteurs hôteliers (« non au club de vacances dans la baie d’Anakena ! ») ou les projets de développement démesurés (« non à un grand port de marine marchande ! »).
Deuxio, préserver et faire vivre leur culture. En continuant par exemple à parler le rapanui (en plus de l’espagnol) et surtout, en participant tous les ans à la Tapati. La Tapati ? C’est le festival de l’Ile de Pâques, conçu par les Rapanui, pour les Rapanui. Un moment important dans l’affirmation de leur identité et la transmission de leurs traditions, dont la préparation occupe toute l’île pendant des semaines (à la mairie, c'est même plusieurs dizaines de personnes qui travaillent 6 mois par an à l'organisation des festivités). Le principe ? Une olympiade opposant 2 ou 3 familles (et leurs alliés), inspirée d’activités et de sports traditionnels : sculpture sur bois et sur pierre, confection de parures en plumes et coquillages (Jean-Paul Gaultier adorerait), peinture sur corps, course de pirogue, pêche sous-marine, danses polynésiennes, descente de vitesse en tronc de bananier (l’ancêtre du bobsleigh) … jusqu’à l’impressionnant triathlon ancestral (traverser le lac du cratère à la rame + courir autour le volcan lesté comme un benêt + se retaper le lac à la nage) et la réjouissante « farándula » finale : tout le monde dans la rue défilant en danses et en chansons, peint et vêtu comme les premiers Rapanui (c'est-à-dire très peint et très court vêtu) !
Etre Rapanui, c'est avoir l’esprit de communauté.
Peut-être parce qu’au fond, sur l’île, tout le monde est un peu de la même famille (celle de Maria et ses 11 enfants par exemple, descendants du roi Hotu Matua). Ou bien parce que sur un caillou paumé de 3.000 habitants, mieux vaut cultiver une ambiance simple et bon enfant !
A l’Ile de Pâques donc, on se tient les coudes : pas de misère, pas de délit, pas de violence (mais à quoi peuvent bien servir les 50 policiers envoyés par l’état chilien ?). On aime vivre ensemble, au grand air et à l’heure sud-américaine (pause sieste de rigueur). On a toujours le temps pour une petite discussion (comme cette vendeuse de LanChile qui n'hésite pas à faire passer sa copine, sa pause Magnum et son Coca Light avant ses nombreux clients). Et quand on est banquier, on porte fièrement sa chemise à fleurs de fonction !
Pour nous, « vivre Rapanui » restera à jamais un m
Parce que vivre Rapanui, c’est, dès l’aéroport, être accueilli par une rangée de grands sourires (ceux des habitants venus proposer une chambre). C’est, en l’espace d’une journée, avoir l’impression de connaître tout le monde (à force de croiser et re-croiser les mêmes gens). C’est, de bon matin, partir à vélo à la découverte de l’île, se fondre progressivement dans l’ambiance, sentir les distances et tout à coup, déboucher sur un moai géant (« la » récompense). C’est, très rapidement, faire partie de la famille et se retrouver à partager le barbecue dominical au fond du jardin (avec obligation de reprendre 3 fois de la daurade grillée). C’est, jusqu’à tard dans la nuit, refaire le monde avec ses hôtes et les copains de passage (réalisateur chilien, guitariste maori ou indépendantiste tahitien). C’est, à 5h du matin, foncer à moto jusqu’à Rano Raraku pour voir le soleil se lever sur le volcan (magique). C’est, tous les jours, se faire un régal des maigres productions locales : papaye et avocat, empanadas et petits ananas, ceviche (tartare de poisson) ou humita (purée de maïs). C’est encore passer des heures à discuter sur une terrasse ombragée autour d’un morceau de pastèque ou d’un verre de « pisco con piña», ou être invité à participer « au cœur de l’action » aux derniers préparatifs de Tapati. C’est siffloter à longueur de journée le tube rapanui de l’été (et, la veille du départ, écumer les boutiques pour trouver le CD). C’est regarder chaque soir le soleil se coucher sur Tahai (et ne jamais s’en lasser). C’est ressentir soi-même, petit à petit, l’énergie et la spiritualité des moai. C’est, au bout de 3 semaines, faire la bise à tout le monde (une seule, sur la joue droite), papoter avec les uns et les autres (jeunes ou vieux, étudiants, artistes ou commerçants) … Puis envisager, comme tout Rapanui, de se faire tatouer. Pour ne pas oublier à quel point cette île nous a marqués ?
info plus
Pour y aller, un seul moyen : l’avion. Une seule compagnie : Lanchile. Environ 2 ou 3 vols / semaine depuis Santiago du Chili ou Tahiti (l’Ile de Pâques est une escale sur la ligne Santiago – Tahiti).
Pas de visa nécessaire pour les Français pour un séjour total en terre chilienne de moins de 3 mois
Sur place, beaucoup de « residenciales » (pensions de famille) : idéal pour se loger à pas trop cher et être au contact de la vie locale
Residencial Tahai (pour son grand jardin et sa terrasse ombragée, pour la gentillesse des filles de la famille, toujours prêtes à conseiller et discuter, pour les petites attentions qui font la différence : eau fraîche à disposition, fruits frais offerts) - Normalement 22 € / pers / jour pour une chambre avec salle de bain, petit déj inclus ... mais ne pas hésiter à négocier : on s’en est tiré à 10,5 € / pers / jour ! Possibilité d’y dîner (8 à 10 € / personne) - Tel : (56) (32) 100 395
Pour visiter l’île : possibilité de faire appel à des agences locales ou de louer son propre véhicule (voiture, moto, vélo). On recommande le vélo et la moto : un bon moyen de découvrir l’île en toute liberté, au plus proche de la nature, les cheveux au vent (paraît qu’à cheval, c’est également génial, mais on n’a pas testé !)
Pour le VTT : 9 € / jour (boutique face à la feria, rue Atamu Tekena). Bien vérifier l’état des vélos avant le départ et demander tous les réglages nécessaires (chemins parfois difficiles). Compter 4 ou 5 jours pour découvrir tranquillement toute l’île ?
Pour la moto (250 cm3) : 34 € pour 24h chez Rent a Car Insular (Tel : 100480). Pratique pour rejoindre rapido les sites un peu éloignés (15 à 25 km du village). Essence bon marché : 2 € le plein (suffisant pour faire le tour de l’île)
A voir, à faire : la tournée des moai (une dizaine de sites), la montée au cratère de Rano Raraku, la visite du site d’Orongo (avec pause au volcan Rano Kau), l’ascension de Maunga Terevaka (vue imprenable sur toute l’île), une séance plage à Anakena et quelques jours au Festival de la Tapati Rapanui (au mois de février ; se renseigner sur les dates des principales épreuves et festivités)






