Inde : Andaman et Nicobar, archipel oublié

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Inde : Andaman et Nicobar, archipel oublié

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Erica Mongini | 14.11.2003 | 2107 visites | 0Favoris |
Erica Mongini

Inde : Andaman et Nicobar, archipel oubliéComme tout voyageur aux prises avec ce continent vaste et énigmatique qu’est l’Inde, j’embarque sur mon vol Air India par un froid matin d’hiver les bagages pleins de livres, la tête bourrée d’images et d’idées préconçues. Vaches sacrées, mendiants dépenaillés, temples regorgeant et dégoulinant de divinités aux couleurs éclatantes, tout se bouscule et fond dans ma tête en un curieux amalgame.

Pourtant, un nom jusqu’alors demeuré inconnu y résonne à l’arrière plan, et comme étouffé et écrasé sous ces images plus évidentes : les îles Andaman et Nicobar, vaste archipel indien de plus de 500 îles au large de la Birmanie, dernière destination de notre périple au cours de laquelle nous sommes censés nous reposer des fatigues encourues. Je savoure secrètement la promesse contenue dans ces quelques syllabes ; pourtant, sur ces îles je ne sais rien ou si peu. C’est mon coéquipier qui en a entendu parler le premier. Il évoque le mystérieux éloignement dont elles font l’objet, la dense forêt tropicale qui les recouvre, les plages de sable blanc bordées de cocotiers qui se déroulent en ruban le long de leur rivage et surtout les tribus aborigènes « féroces » qui les peuplent encore. Celles-ci sont semble-t-il demeurées à l’écart de tout contact avec la civilisation jusqu’à la fin du 20è siècle. Il n’en faut guère plus pour me convaincre…

Une destination qui se mérite

La présence de tribus faisant l’objet d’une attention toute particulière de la part des anthropologues du monde entier explique sans doute que l’accès aux îles soit si jalousement préservé par le gouvernement indien. Jadis, s’y rendre représentait un véritable parcours à obstacles destiné à décourager le plus intrépide des voyageurs… La distance, l’accès restreint aux seules voies maritimes ainsi que d’infinies tracasseries administratives venaient à bout de la patience de la plupart d’entre eux. Aujourd’hui, si le séjour sur les îles est limité à 30 jours maximum et que très peu d’entre elles peuvent être visitées en toute légalité, les choses se sont considérablement simplifiées. De Madras, la compagnie Jet Airways effectue un vol quotidien pour 380 $ environ. Alternativement, ceux que ce prix décourage mais qui bénéficient d’un peu plus de temps pourront s’y rendre en bateau, au départ de Madras-Chennai toujours (60 heures de traversée, billets vendus par la Shipping Corporation of India au départ du port). A peine débarqués à Port Blair, capitale des îles jadis utilisée par les anglais comme terre d’exil pour les indépendantistes indiens, une première déception nous attend. Il n’est que 8 heures du matin mais il nous faudra attendre 24 heures avant de pouvoir embarquer à bord du ferry qui doit nous emmener à Havelock, l’île sur laquelle le gouvernement indien a concentré ses principaux efforts en termes d’infrastructure, mais qui reste en dépit de cela merveilleusement isolée du tourisme de masse. Je suis impatiente d’y arriver enfin : les terres autour de Port Blair ont été déboisées, et si on y devine encore les vestiges de la grande beauté naturelle qui caractérise l’archipel tout entier, je ne puis m’empêcher un mouvement d’humeur en me demandant si ces îles en valent bien le détour. Au port principal de Port Blair, je suis envoyée en éclaireuse acheter les billets pour la traversée du lendemain (les files destinées aux femmes sont en effet un tant soit peu plus disciplinées que celles de nos accompagnateurs masculins, ce qui en Inde est peu dire). Il se révèle impossible de savoir à quelle heure part le ferry exactement : toujours armés de bonne volonté, les habitants ont cette déconcertante habitude de se mêler de tout sans rien maîtriser avec précision, telle que nous l’entendons. Qu’à cela ne tienne, en arrivant de très bonne heure nous finirons bien par découvrir quand part ce fameux vaisseau.

L’émerveillement garanti

Sur le pont du ferry, mon coéquipier me sourit d’un œil sournois tandis que je fais connaissance avec quelques officiers de l’armée indienne partis « en reconnaissance » sur l’archipel. Ils ont fait le plein de bière et de rhum et sont d’excellente humeur. Cette mission ne semble rien présenter de bien ardu, hormis des séances de masque et tuba et des parties de poisson frit sur la plage. L’isolement des îles, m’expliquent-ils, en fait un terrain d’entraînement privilégié pour l’armée, qui a dû toutefois s’écarter des plages les plus visitées par les touristes car les pilotes, trop distraits par l’appât des jeunes femmes en maillot de bain, risquaient à tout moment de crasher leurs appareils ! Fort aimablement, ces officiers se proposent de nous aider à trouver un logement en cas de besoin… nous leur en sommes gré, car nous n’avons pas jugé utile de réserver. Ils nous mettent à plusieurs reprises en garde contre les sandflies (mouches à sable ?) dont certaines des plages sont infestées. Leur morsure peut être à peine perceptible, mais laisse des plaies béantes et surinfectées. Nous avons pu vérifier par la suite la pertinence de cet avertissement au spectacle d’un touriste qui s’était laissé surprendre. Entre-temps après une sérieuse averse et quelques heures d’une pénible traversée, couchés à même le pont parmi les effluves de fuel, voici que nous entrevoyons enfin à l’horizon une vision de paradis terrestre… un horizon bleu laiteux parsemé d’îles aux teintes émeraudes, posées là comme par la main d’un géant bienveillant posant paresseusement une poignée de bijoux au fond d’un écrin. Les battements de mon cœur s’accélèrent...

Un logement somptueux pour deux fois rien

Inde : Andaman et Nicobar, archipel oubliéSous la chaleur de plomb d’un soleil au zénith, un groupe d’agents attend l’arrivée du ferry, expédiés par les différents ‘lodge’ ou ‘beach resort’. Alors qu’il paraît évident que le logement ne risque pas de poser problème, lequel choisir parmi ces adresses plus ou moins alléchantes qui vont de la simple hutte en bois de palme au lodge plus ou moins luxueux en retrait de la plage ? Je remarque un jeune homme plus grand que les autres, souriant et digne à la fois, et qui a pris la peine de ‘s’habiller’ (belle chemise propre, pantalon en lin) pour venir accueillir ses futurs invités. Sa carte de visite, gaie et attrayante, vante les mérites du Pristine Beach Resort dont il est l’heureux propriétaire. Notre choix est fait. Sur l’île de Havelock, les habitants ont pris l’habitude d’attribuer un chiffre aux différentes plages. Aucune adresse ne sera indiquée autrement que par le numéro de la plage où elle se trouve (la façon la plus aisée de les relier entre elles demeure le scooter, car si les distances sont peu importantes le relief accidenté de l’île rend le vélo peu conseillé). A première vue, nous sommes enchantés de notre hébergement et cette première impression ne fera que s’accentuer par la suite. Pour 1 € par personne et par nuit, nous bénéficions d’une hutte sur pilotis ou ecofriendly hut ainsi qu’ils la dénomment, en tronc et feuilles de palmiers, située à quelques mètres d’une plage où nous sommes toujours les seuls à nous prélasser, ayant pour seule compagnie les pêcheurs qui viennent y sécher leurs filets à marée basse au retour de la pêche. Notre petite maison, aérée à souhait au fur et à mesure que la brise nocturne se faufile entre les branchages la composant, est propre et coquette. Précisons qu’elle ne fait que 3 mètres sur 3 environ et ne contient qu’un matelas et une moustiquaire ; mais dans un cadre aussi idyllique les « nécessités mondaines » se font nettement moins sentir !

Inde : Andaman et Nicobar, archipel oubliéUne ou deux heures avant les repas la jeune épouse d’Alex, toujours affable et souriante, vient nous demander lequel parmi les poissons frais qui jonchent le sol de la cuisine nous souhaitons pour dîner, et si nous le souhaitons frit ou plutôt grillé à la braise… En accompagnement nous pouvons commander de délicieux currys, des aubergines frites ou encore une purée de pommes de terre aux épices savamment dosée par le cuistot. Il fait bon se détendre sur la terrasse en bois en sirotant le jus d’une noix de coco tranchée, jouer avec Jimmy (coquin petit chiot, le dernier né de la maisonnée), lire le dernier Naipaul en version originale ou jouer aux échecs à longueur de soirée. Prévoir toutefois une petite bière fraîche (disponible seulement à la plage numéro 7) au cas ou Alex aurait oublié de stocker son frigo, ce qui arrive assez régulièrement comme partout en Inde lorsqu’il s’agit d’alcool !

Des journées qui s’écoulent paisiblement

Inde : Andaman et Nicobar, archipel oubliéQue cela soit bien clair… nos hôtes, quoique d’un professionnalisme à toute épreuve, n’ont pas l’habitude des touristes pressés. D’ailleurs, la plupart des gens qui s’arrêtent aux îles Andaman et Nicobar le font pour plusieurs mois, et ils nous regardent avec une consternation mal dissimulée en apprenant la brièveté de notre séjour. Aussi, ne soyez pas impatients de partir en exploration à peine vos bagages posés. Avec le temps, l’île se laisse découvrir par elle-même. Il n’y a que deux ou trois routes goudronnées, impossible de s’y perdre. La plage numéro 7, autrement appelée Radhnagar, réputée une des plus belles de l’archipel, constitue une étape obligée. Nous lui avons préféré toutefois des plages plus intimes, aux troncs noueux douloureusement plantés dans le sable blanc et que l’eau recouvre à chaque marée. Partout la mer est tiède, il y a peu de courants et vous pourrez nager. Le meilleur site pour les amateurs de masque et tuba est sans doute Elephant Point (accessible soit par un sentier pédestre ou plus facilement par une de ces excursions en barque qu’on se fera un plaisir de vous proposer) ou encore le site dit du vieux phare (Lighthouse). L’équipement, de qualité plus qu’honnête, est disponible sur place. Méfiez-vous des excursions nettement plus touristiques proposées à Jolly Buoy et Red Skin au départ de Port Blair. On vous fera payer un prix exorbitant, les fonds marins ne seront pas autant préservés (étonnant lorsqu’on sait que vous êtes au cœur du Mahatma Gandhi Marine National Park) et vous serez constamment en compagnie d’une bonne centaine de familles indiennes armées de parasols et de paniers à pique-nique, fort sympathiques au demeurant mais bruyantes à souhait si comme nous vous cherchez une certaine tranquillité !

Inde : Andaman et Nicobar, archipel oubliéRecouverte d’une végétation luxuriante et intacte, l’île est toutefois peuplée de nombreux hameaux et villages, et partout les rencontres se font aisément et sans heurts. Aucune déforestation massive, les habitants vivent de la pêche et d’une agriculture pratiquée à toute petite échelle. Par rapport à d’autres endroits en Inde, vous ne serez en aucun cas confrontés à la misère, pour ceux qui cherchent à éviter cette confrontation. Enfin, les Andamans constituent une destination de tout premier choix pour les ornithologues, avec 242 espèces répertoriées.

Des tribus invisibles mais bien présentes

Inde : Andaman et Nicobar, archipel oubliéL’attrait des tribus des Jarawas et Sentinalais est indéniable lorsqu’on évoque les îles Andaman et Nicobar… N’ont-ils pas la réputation de repousser les avances des anthropologues à coups de flèches empoisonnées et ce jusqu’à nos jours ? Ce n’est que très récemment qu’un contact a pu être établi, grâce au don opportun de quelques noix de coco bien choisies (en janvier 1991 pour être précis). Au nombre de 400 environ, les Sentinalais ne paraissent pas avoir de structure hiérarchique, ne portent pas de vêtements et peignent leur corps de vives couleurs ocres. Depuis, d’autres contacts ont eu lieu au courant desquels les chercheurs se sont dénudés pour se faire accepter. Ne vous attendez toutefois pas à les rencontrer à chaque coin de rue (pour ainsi dire) ! S’ils sont demeurés à l’écart jusqu’à aujourd’hui c’est sans doute pour leur propre bien et il est fondamental de respecter cet isolement. D’autres tribus ont interagi avec les indiens continentaux depuis plus longtemps et ont appris à se méfier de ce contact à leur dépens (il en reste aujourd’hui fort peu). Nous avons entendu dire que quelques hommes de la tribu des Jarawas, plus intrépides que les autres, avaient pris l’habitude de monter à bord du bus qui part vers le nord au départ de Port Blair, sur un tronçon de route qui traverse leur territoire et donc inaccessible aux véhicules privés. Nous n’avons cependant jamais pu le vérifier ! Ce qui est certain, c’est que l’entièreté des îles Nicobar est inaccessible aux touristes non indiens. Chassant des sangliers sauvages et pêchant à l’aide de filets, ce groupe aux traits mongoloïdes est le plus riche en nombre. Il reste aussi quelques Andamanais, exceptionnels aux yeux des chercheurs car ils n’avaient jamais découvert le feu…

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Formalités et précautions : Les îles Andaman et Nicobar se visitent de nos jours sans autre formalité que le passeport en cours de validité et le visa pour l’Inde.  Il vous sera remis un document stipulant quelles îles vous êtes en droit de visiter (permis spéciaux octroyés sur demande).  Conservez-le précieusement jusqu’à la fin de votre voyage.  Lors de votre séjour, vous rencontrerez peut-être quelques petits malins qui ne demandent qu’à s’octroyer un petit extra… le détour non autorisé (mais proposé à prix d’or) par certaines îles interdites au séjour, avec départ avant l’aube pour déjouer l’attention des vedettes du gouvernement.  Ce petit frisson peut vous coûter cher – des amendes salées voire un emprisonnement pouvant aller jusqu’à plusieurs années.  De même la marijuana, régulièrement considéré comme étant admise en Inde, est en fait une substance parfaitement illégale sur le territoire indien dont la consommation pourrait vous apporter de graves ennuis. A vous de voir.

Climat : celui-ci est chaud et humide, cette chaleur toutefois ne devenant insoutenable qu’à partir du mois de mai.  La meilleure saison s’étale de novembre-avril.  Les averses ne durent jamais longtemps et il fait une température tout à fait agréable à condition de ne pas s’exposer au soleil entre 11 heures et 15 heures.  Il n’est que très rarement nécessaire de prévoir une petite laine pour le soir. Globalement le climat nous a paru très sain (aucun problème d’ordre intestinal durant tout le séjour).  Veillez bien entendu à prendre les précautions d’usage en termes de paludisme et d’anti-moustiques, ces produits étant difficiles à trouver sur les îles.

Divers : les nuisances sont rarissimes sur les îles (aucun voleur ne trouverait de voie de fuite aisée, donc criminalité quasi inexistante).  Le seul vrai risque réside dans le fait que les lignes téléphoniques reliant les îles au continent ne fonctionnent que très mal (songez à prévenir vos proches car ils risquent de rester quelque temps sans nouvelles).  Port Blair est d’ailleurs le seul centre habité doté de cafés internet.  Toute urgence médicale devrait donc être traitée à l’hôpital de Port Blair ou ailleurs dans un dispensaire.

A lire : parmi les guides qui réservent un chapitre aux îles, le Footprint Handbook 2002 nous a paru le plus complet…les anglophiles accomplis qui apprécient les récits de voyages pourront se référer à l’histoire d’un pasteur anglais en mission parmi les peuples des tribus : Savaging the Civilized, the tribal world of Verrier de Ramachandra Guha.

Enfin il ne reste qu’à espérer que vous serez nombreux à partir sur les traces du célèbre poète indien Rabindranath Tagore :« Fill your heart with simple joy. Traveller, scatter freely along the road the treasure as you go”” (Que ton Coeur soit rempli de joies simples. Voyageur.. éparpille le trésor sur ta route au fil de ton chemin)

Sur le net : http://andaman.nic.in/

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