
Inde
Inde : Benares, la vie des chats
A quoi peut donc ressembler une ville de pèlerinage - avec son lot d’illuminés, de marchands du temple, de touristes, de mendiants, de faux infirmes, de vraies douleurs – mise à la sauce indienne (entre vaches, couleurs, odeurs, cohue et arnaques ordinaires) ? Dans le vieux bus qui me brinquebalait à pas lents (très lents) de la frontière népalaise à la mythique Bénarès, je n’arrêtais pas d’y penser … partagée entre fascination et terreur.
Bienvenue à Bénarès
Une fois passé le cap de la descente de bus (« non, je ne veux pas d’hôtel, non, je ne suis pas italienne , non, je ne vends pas ma montre »), du trajet en rickshaw (« c’est parce qu’on est dans une ville sainte qu’ils se croient obligés de faire n’importe quoi ? ») et du labyrinthe de ruelles (« comment on en sort, de c’bazar ? on n’est pas déjà passé par là trois fois ? »), arrivée sur les berges du Gange, où des millions d’hindous viennent se frotter chaque jour à des millions de staphylocoques (car toutes sacrées qu’elles soient, les eaux du Gange restent des dizaines de fois plus polluées que les limites autorisées). Et là, le choc : sur les bords du fleuve, un coucher de soleil aux tons mauves teinte les lieux d’une infinie douceur … et lève un premier bout de voile sur l’âme et l’atmosphère des ghats de Bénarès.
Bienvenue sur les ghats
Bing bing bing bing, debout tout le monde, il est 5h30, c’est l’heure des ablutions ! Un coup d’œil par la fenêtre suffit à comprendre que ça vaut le coup de se faire violence et de quitter un lit même pas douillet pour rejoindre les ghats. Le soleil se lève sur le Gange, le ciel et l’eau hésitent entre tons roses et dorés, les premiers baigneurs arrivent, l’heure est à la sérénité.
Arrêt sur les baigneurs : hommes et femmes de tous âges qui, matin après matin, descendent les marches qui mènent au fleuve, se déshabillent lentement, entrent dans l’eau sacrée, prononcent leur mantra, s’immergent trois fois. Puis remontent, se sèchent et prennent le temps de se coiffer, se masser, s’enduire longuement de différents onguents … Toujours dignes et imperturbables, malgré l'agitation alentour et les hordes quotidiennes de touristes qui se plantent sous leur nez pour les photographier (l’élégance et le respect n’étant décidément pas des valeurs universellement partagées) ! Regarde-les moi, ceux-là, agglutinés sur leur barquette, déguisés en chasseurs d’images avec leurs gilets multi-poches et leurs zooms hypertrophiés, s’ils pouvaient chavirer …
Petit à petit, la foule se fait plus dense. Assis sur les marches face au soleil rougeoyant, on observe (aux anges) la vie qui s’organise : ici et là, des gens qui méditent, simples rêveurs solitaires ou sadhus en grand apparat (tunique orange, corps cendré, front peint, sébile à la main), des vieux Indiens malicieux qui, le bidon à l’air, finissent leur toilette en discutant gaiement, des astrologues attendant le chaland en lisant le journal (page Horoscope ?), des petites marchandes d’offrandes, des barbiers à la moustache gominée qui font leurs armes sur la gorge de leur premier client …
9 heures. Le soleil est levé, les baigneurs partent vers une nouvelle journée. Sur Dasaswamedh Ghat, l’animation bat désormais son plein : coiffeurs, masseurs, bonimenteurs, vendeurs de sucreries ou de fleurs … Impossible de ne pas se faire alpaguer, difficile de s’en dépatouiller ! Comme ce bon touriste allemand ayant imprudemment serré la main du jeune Indien qui le saluait d’un chaleureux « Namaste my friend », et s’est retrouvé capturé pour un petit massage (coût de l’opération : 10 minutes et 10 roupies). L’heure du repli a sonné !
Retour sur les ghats en fin de journée
Quelques barques filent doucement sur l’eau, des joueurs de musique font le bœuf sous un lampadaire. Après une longue déambulation, on croise une petite échoppe à thé. Pause. Un verre, un deuxième, on savoure le moment … et on prend soudain conscience que le précieux élixir est probablement concocté à l’eau du Gange ! Oups, côté bide, ça risque de couiner : Shiva, Vishnu et autres saints du panthéon indien, notre santé est entre vos mains !
La nuit est tombée, on continue la balade sur les ghats désertés. Quelques chèvres, quelques chiens errants, un sadhu solitaire, une famille qui pique-nique … Et puis soudain, sur Harisshchandra Ghat, des clameurs : chants, tambours et trompettes. Un cortège surgit de la vieille ville et descend les marches à grands pas, portant à bout de bras, sur un lit de bambou, un corps enveloppé d’un linceul orange et blanc, tout décoré de fleurs : c’est le début d’une cérémonie de crémation. Le défunt est porté jusqu’au Gange et immergé tout entier. Sur le ghat, les intouchables commencent à préparer le bûcher. Un moment passe ... Une barque remplie de femmes en pleurs s'approche, puis repart. Le temps passe encore ... Sur les marches, que des hommes (dont une dizaine de policiers chargés, paraît-il, de l'encadrement). A proximité, d'autres cortèges funèbres. Bientôt, ce n'est plus un, mais 3 ou 4 bûchers qui sont en préparation.
Tout à coup, un homme fend la foule, visiblement attendu. La tête rasée, accompagné d'une poignée d'hommes, il s'immerge dans le Gange puis revient drapé de blanc, une jarre d'eau entre les mains. C’est le fils de la famille, venu rendre hommage au défunt. Le mort est monté sur le bûcher. Bénédiction, silence, recueillement . Puis on allume le bûcher … Commence alors une longue attente autour du feu. De temps en temps, on attise les braises, on rajuste le corps (un bout de bras par ci, un tibia par là). Les gens se lèvent, discutent, reviennent. Paisiblement. La scène est émouvante, mais pas impressionnante. Au fil du temps, les flammes s'élèvent, l'âme aussi.
Sur les ghats de Bénarès, la vie s'en va, la vie continue. Avec simplicité, sérénité et spiritualité.
info plus
Bon plan
Meer Ghat - Tel / Fax : (0542) 328445 - Email :
Méfiez-vous !
Des fausses bouteilles d’eau purifiée (à la gare de Bénarès par exemple)
Un moyen facile et bas de se faire des ronds sur le dos des touristes, en jouant avec leur santé ! Vérifiez bien le capsulage, l’étiquette et la date de péremption avant de boire une seul gorgée ...
Des Dollar Brahmanes (très actifs à Pushkar)
Ils commencent par vous donner des fleurs, puis vous invitent à les jeter à l’eau (”ça porte bonheur”) ... et vous vous retrouvez coincé, les mains chargées d’offrandes, la tika sur le front, obligé de donner un don pour en sortir. Et si le brahmane juge que ce n’est pas assez, vous pouvez en prime vous faire engueuler ! Sorte de racket organisé ...
Des conducteurs de rickshaws et autres rabatteurs…
Ils fondent sur vous comme des mouches, s’agglutinent, insistent, s’incrustent, crient dans tous les sens, vous tirent par la manche et au final, vous racontent n’importe quoi. Solution : rester zen et rester ferme !





