Inde : Dharamsala, la petite Lhasa indienne

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Inde : Dharamsala, la petite Lhasa indienne

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Laurence Pinsard | 21.11.2003 | 781 visites | 0Favoris |
Laurence Pinsard

Inde : Dharamsala, la petite Lhasa indienneHaut perché sur les contreforts de l'Himalaya, au nord de l’Inde, Dharamsala, l’« auberge à pèlerins » est devenue la « Petite Lhasa » indienne… Les Tibétains, fuyant l’invasion de leur pays par les Chinois, s’y sont installés il y a plus de quarante ans, suivant leur chef spirituel, le quatorzième Dalaï Lama. Aurait-on pu trouver meilleure terre pour accueillir les Tibétains que la vallée de Kangra, qui, il y a des milliers d’années, joua un rôle majeur dans le développement du bouddhisme indien ?

Inde : Dharamsala, la petite Lhasa indienneAprès les difficiles premières années de l’exil, le peuple tibétain s’est réorganisé et a tenté de recréer, en exil, un morceau de Toit du Monde. Depuis longtemps, dans les montagnes qui surplombent la cité, les ascètes ont repris possession des grottes de silence où méditèrent les grands yogis et les maîtres du bouddhisme indien. Les arbres et les maisons voient flotter à leur cime des morceaux de tissus colorés et imprimés; moines, nonnes et laïcs arpentent les rues du bourg en égrenant leurs chapelets bouddhiques tandis que la ville s’éveille au son des trompes et des conques émanant des monastères. Nul doute, les tibétains ont fait de cette petite ville la leur, havre de calme au sein du bouillonnement de l'Inde… La bourgade oubliée, qui fut longtemps un lieu de villégiature apprécié par les colons anglais, n’attendait que les Tibétains pour revivre.

Le village sur la colline...

Inde : Dharamsala, la petite Lhasa indienneSurplombée par les montagnes Dhauladhar et dominant la vallée de Kangra, Mc Leod Ganj (nom de la partie haute de la ville, où vivent les Tibétains) apparaît au milieu des pins, sur la crête d’une colline. Les drapeaux à prière accrochés dans les arbres l'ont annoncée, et tout le confirme : les femmes vêtues de la traditionnelle robe tibétaine, les hommes chapeautés, les échoppes, les moines en robe bordeaux, les moulins à prière, l’architecture des bâtiments du « centre-ville », les inscriptions en tibétain, l'atmosphère... Nous sommes à Mc Leod Ganj, lieu de résidence de Sa Sainteté le quatorzième Dalaï Lama et d’une dizaine de milliers de Tibétains. Chassés des temples et des monastères du Toit du Monde, les autorités religieuses ont fait de Mc Leod Ganj un sanctuaire où leur culture pourrait être préservée. Les bâtiments de cette petite bourgade de l’Himachal Pradesh, qui se pare du titre de « Lhasa de l'exil », reprennent les noms d'édifices de la capitale tibétaine. C’est que, tout comme Lhasa, Mc Leod Ganj concentre sur son territoire le pouvoir religieux et le pouvoir politique. Tous les organes du gouvernement tibétain en exil sont d’ailleurs regroupés dans un seul et même quartier, nommé l’ « heureuse vallée des neiges ». Outre la mise en place d’un gouvernement en exil, qui permettrait aux réfugiés de préserver identité et culture, les Tibétains se sont aussi et surtout attelés à la construction de monastères censés reprendre dans leur terre d’accueil le rôle qu’ils jouèrent au Pays des Neiges. Parmi les plus célèbres le Namgyal, qui a toujours eu pour rôle de s'acquitter des services liturgiques et des cérémonies religieuses pour le Dalaï Lama, est un foyer de culture, d’art et d’études philosophiques pour environ deux cent moines. Mais, avant même d’édifier leurs temples et ministères, les Tibétains de l’exil ont créé des écoles pour leurs enfants, qu’ils considèrent comme les « graines d’un futur Tibet libre » et à qui ils souhaitent donner une éducation à la fois moderne et traditionnelle. La plus fameuse d’entre elle, le « village des enfants tibétains » est perché au-dessus de la ville, à une quinzaine de minutes à pied. Elle accueille un grand nombre d’enfants, qui y étudient et y vivent, chapeautés par des adultes. La plupart d’entre eux sont orphelins : leur parents sont, au meilleur des cas, restés au Tibet, au pire, ils y ont disparu. A l’école, tous apprennent, à côté des sujets « classiques », la langue et l’histoire de leur pays d’origine, mais aussi la musique, les danses, les traditions tibétaines. La religion, présente au quotidien dans la vie des réfugiés tibétains, l’est aussi à l’école et chaque matin les enfants prient Manjushri, le bodhissatva de la connaissance, sous l’œil bienveillant du Dalaï Lama, dont le portrait trône en bonne place dans pratiquement toutes les pièces de chaque bâtiment.

Inde : Dharamsala, la petite Lhasa indienneEnfin, pour préserver leur culture, ils ont édifié de nombreux lieux culturels, tels que la fameuse Bibliothèque des œuvres tibétaines et des archives, qui joue à la fois un rôle de conservation et de transmission (elle abrite des ouvrages d'une valeur inestimable pour la préservation de la culture tibétaine, constitués de manuscrits du dix-septième et dix-huitième siècle, et nombre de livres sacrés, d'écrits médicaux...) ou encore le Norbulinka, immense et somptueux bâtiment nommé d’après la résidence d'été du Dalaï Lama à Lhasa et dont il est la copie exacte Entièrement dévoué à la conservation de la culture tibétaine, il comporte notamment un musée des costumes du Tibet et un atelier de peinture de Tangka (peintures religieuses réalisées par les moines).

Un haut lieu symbolique

Inde : Dharamsala, la petite Lhasa indienneLes Tibétains de l'exil semblent avoir transposé la signification de Lhassa sur Mc Leod ; la ville est à la fois foyer religieux et foyer du sentiment national, siège de nombreuses institutions qui servent les intérêts et la cohésion de milliers de tibétains dispersés à travers le sous continent indien (et le monde)… Cependant, n'importe quel endroit aurait été baptisé "Lhasa de L'exil" s'il avait été honoré de la présence du Dalaï Lama. Mc Leod, petite ville tibétaine au cœur de l’Inde, est devenue un lieu de pèlerinage et de résistance non violente, où l'on s'attache à préserver et à transmettre la culture et les traditions tibétaines. Au fil des ans se sont construits d'autres monastères, des nonneries, des écoles, des institutions, des associations... Une véritable société d'exil organisée s'est fait jour. Et pour donner une âme à cette terre d'exil, on y bâtit également un grand temple : le Tsuglagkang, l'égal du Jokhang à Lhassa. Face à lui, la résidence du Dalaï Lama. La cathédrale, importante bâtisse carrée d'architecture moderne, décorée aux couleurs du Tibet, est composée de plusieurs temples, servant pour des occasions diverses. L'on y trouve des divinités impressionnantes et chamarrées. Mais surtout, comme à Lhassa, l'effigie du Bouddha historique est flanquée d'une statue de Padmasambhava et d'une image d'Avalokitesvara, de très fameuses figures du bouddhisme tibétain. Ce temple joue un rôle majeur dans la cohésion sociale. Toutes les manifestations religieuses importantes y ont lieu et les grandes cérémonies y sont orchestrées par Tenzin Gyatso (le Dalaï Lama) en personne.

Inde : Dharamsala, la petite Lhasa indienneLorsque l'on dépasse la cathédrale, en continuant à marcher sur la route, on ne tarde pas à atteindre un petit chemin où, dès quatre heures du matin, les Tibétains les plus âgés s’engouffrent… Le Lingkor, chemin à prière qui serpente autour de la résidence du Dalaï Lama, est balisé sur toute sa longueur de pierres gravées de mantras, de drapeaux et moulins à prière. Beaucoup ponctuent cette promenade par la circumambulation de l'étage supérieur de la cathédrale Tsuglakang ou par de grandes prosternations devant la statue du Bouddha. Enfin, certains remontent la route du temple jusqu'au centre ville et font tourner les moulins qui entourent le chörten Namgyal, un édifice religieux édifié au centre de la ville en souvenir de l’insurrection de Lhasa en mars 1959.

Une petite ville multiculturelle

Inde : Dharamsala, la petite Lhasa indienneSi à la fin des années soixante, les trois rues du centre de la bourgade n'étaient constituées que de quelques maisons de bois et de tôle, qu'il n'y existait qu'un seul "chay shop" (petit café où l'on sert du thé indien ) et aucun hôtel, le profil de Mc Leod Ganj a bien changé depuis… Accrochés à la pente de la montagne, une multitude d’hôtels égratignent quelque peu le paysage. Depuis longtemps déjà, les Occidentaux font partie du décor. Ils sont d’ailleurs, en partie, à l’origine de la construction de la célèbre Bibliothèque où sont organisés pour eux des lectures et des séminaires, des cours de philosophie bouddhiste et des cours de langue tibétaine. Au mois de mars, lorsque le chef spirituel et séculier des Tibétains y donne des lectures, le beau bâtiment est pris d’assaut. Depuis 1989 et le prix Nobel de la paix attribué au Dalaï Lama, l’engouement pour les Tibétains a encore augmenté. Un engouement à double tranchant. S’il a permis de faire connaître la cause tibétaine et que soient créés des lieux pour préserver l’héritage du Pays des Neiges, cet intérêt occidental tend aussi à déposséder les Tibétains de leur culture, par une demande constante et impatiente, en opposition complète aux valeurs tibétaines traditionnelles. En quête de spiritualité « à tout prix », certains sont capables de tout monnayer…

Et malgré tout, de nombreux paradoxes !

Inde : Dharamsala, la petite Lhasa indienneNon seulement les relations indo-tibétaines ne sont pas toujours au beau fixe, car, bien que les Gaddis (ethnie autochtone de la région) et les Cachemiris immigrés profitent eux aussi des retombées économiques du tourisme, ils regardent parfois avec envie la relative prospérité d’une communauté tibétaine largement financée par les parrainages étrangers. De plus, au sein même de la communauté tibétaine apparaissent un certain nombre de problèmes. Tout d’abord, , les capacités d’accueil ne sont pas extensibles et il est de plus en plus difficile d’accueillir les 3 000 réfugiés qui transitent chaque année au centre d'accueil de Mc Leod Ganj. Depuis leur installation ici, deux générations ont déjà grandi à Little Lhasa et le flux des réfugiés n’a jamais cessé. Les résidents de longue date ne voient pas toujours ces nouveaux venus d’un bon œil, surtout lorsqu’il s’agit de jeunes qui errent dans les rues de la capitale d’exil, avec pour but principal de rencontrer une jeune femme occidentale et d’obtenir ainsi un visa pour l’Europe ou les Etats-Unis… Qui peut les en blâmer ? Leur avenir, en Inde comme au Tibet, est plutôt incertain… Sans bagage scolaire, ils auront peu de chance de trouver un bon emploi en Inde et la plupart d’entre eux n’ont aucune envie de rebrousser chemin pour rejoindre le Toit du Monde… Si le gouvernement en exil leur promulgue une formation scolaire de base (dans des baraquements éloignés de Mc Leod Ganj et franchement peu affables) c’est surtout dans le but de les renvoyer au Tibet pour y transmettre leur savoir et pour témoigner de ce qu’ils ont vu et vécu en Inde. Quant aux jeunes nés en exil, ou arrivés très jeunes en Inde, nombreux sont ceux qui voudraient redéfinir la politique du gouvernement en exil. Au pacifisme prôné par celui-ci, le Tibetan Youth Congress, un mouvement de jeunes politisés, oppose l’action. Et pour tous, une question lancinante ? Retourneront-ils un jour sur le Toit du Monde ?

Et pourtant...

… Dharamsala reste bien plus qu’une petite ville tibétaine sur la nouvelle « route des Indes ». Malgré les difficultés, la vie y bat son plein et les Tibétains s’y battent au quotidien pour préserver leur culture et pour la transmettre à leurs enfants. Il n’y a qu’ici que les couleurs chatoyantes et le soleil du drapeau tibétain embrasent le ciel, bravant Pékin et rendant gloire à l'identité d'un peuple. Y aller, c’est faire un authentique voyage au cœur du bouddhisme et de la culture tibétaine.

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Complet, d’un point de vue culturel et pratique, un mini-guide réalisé par le gouvernement tibétain en exil : http://www.tibet.com/dasaguide.html

Un joli site avec des infos pratiques (le prix des bus pour aller de Dharamsala a Mc Leod Ganj par exemple) et surtout de belles photos qui permettent de bien saisir l’atmosphère du lieu : http://worldbridges.com/Tibet/Dharamsala/ Dharamsala Information Resource : http://dharamsalanet.com/ Enfin, un site en français, pour trekker dans la région de Dharamsala : http://www.triktrek.com/fr/dhar/home.html

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