
Si certains pays de la bouddhiste Asie se sont mis depuis quelques années à fêter Noël (à grands renforts de bonnets rouges et d’élans en peluche), l’Inde n’est pas prête de plier aux sirènes commerciales d’Halloween. Car en Inde, début novembre, on a bien mieux à faire qu’à célébrer trois sorcières et deux citrouilles. Car en Inde, début novembre, c’est Diwali.
Diwali, la plus importante, la plus gaie et la plu
Fête des Lumières, destinée au départ à célébrer le retour au bercail du mythique Rama, héros vertueux tout droit sorti du Ramayana (l'une des deux grandes épopées indiennes), elle marque aussi dans le calendrier hindou le début d’une nouvelle année. L’occasion donc de quatre ou cinq jours de liesse populaire, mêlant joyeusement culte religieux, retrouvailles familiales, pétards, bonbons et bonnes résolutions !
Quand vient le temps de Diwali, tout le monde est
Dans le centre de Jaipur, la tension monte progressivement. Certaines artères sont bloquées ; grosses Ambassador et petits rickshaws doivent emprunter les déviations et patienter dans les bouchons. Les rues de la ville sont bondées ; il faut être persévérant (ou musclé) pour garder sa place sur le trottoir et parvenir à avancer. Agglutinés devant les étals et les vitrines des magasins, les gens s’agitent, s’énervent, s’enthousiasment, s’interpellent … Ambiance très « Grands Boulevards un samedi 23 décembre après-midi » !
Le 3ème jour, ça frise carrément la panique : plus que quelques heures pour boucler tous les préparatifs avant la grande fête du soir (celle des lumières et du changement d’année) ! Vite vite, le nez dans la liste de courses, on retrousse le sari pour galoper d’échoppes en échoppes et terminer les derniers achats : chez le potier, les indispensables diyas (lampes en argile) pour la cérémonie de Diwali et la décoration de la maison ; chez le pâtissier, gâteaux au miel, pistaches, beignets, pâtes d'amande ou de lait parfumées (diabétiques s’abstenir) ; dans le bazaar, bougies et loupiotes multicolores, feux d’artifice et pétards …Ah les pétards ! Des inoffensifs « Tom Pouce » aux terrifiants pétards bisons, en passant par les pétards mitraillettes, les mortiers et les fusées, c’est tout l’arsenal du casseur d’oreille qui se retrouve en vente libre (pour le plus grand plaisir des petits et des grands, bien déterminés à mettre le raffut dans le quartier) ! Un passage par la papeterie, pour rafler le stock de cartes de vœux et, si l’on est commerçant, acheter un livre de comptes flambant neuf (nouvel exercice oblige), puis c’est la tournée des marchands d’offrandes : guirlandes de fleurs, bonbons et pétales, pigments et encens, noix de coco et canne à sucre … tout le monde avec son grand morceau de bambou sous le bras (rigolez pas, vous vous croyez plus malin, avec votre sapin, le 24 décembre ?) !
Les bras chargés de paquets, il faut ensuite se dépêcher de rentrer, pour finir de tout préparer : disposer les lampes et les bougies (maison, jardin, fenêtres et pas de porte), brosser les tapis, lustrer l’argenterie ; puis dresser l'autel, disposer les icônes et les offrandes, sortir les objets à bénir ; vérifier l'horaire d'arrivée du brahmane et des invités, finir de ranger et de décorer, sortir les douceurs, préparer le thé ; puis prendre enfin le temps de souffler et de passer ses beaux atours (bijoux et sari doré pour les femmes, costume ou dhoti traditionnel pour les hommes). Un coup de peigne et hop, fin prêt !
Au coucher du soleil, la grande fête peut commence
C’est l’heure d’allumer les diyas (pour montrer le chemin à Rama et inviter Lakshmi à entrer). Côté lumière, la municipalité de Jaipur n’a pas lésiné, elle a fait éclairer le bazaar tout entier (note d’électricité aux bons soins du gouvernement du Rajasthan) ! Progressivement, toute la ville s’illumine, les haut-parleurs se mettent à brailler, les pétards à fuser. Les rues se vident, ça va être l’heure de la cérémonie de Diwali : un moment important pour toutes les familles indiennes, traditionnel et solennel (honorer Ganesh et Lakshmi, dieux de la chance et de la fortune, ça mérite bien un peu de sérieux, non ?!)
Chez nos amis indiens, tout le monde est là, bien habillé. Le brahmane (surbooké) est en retard, on l’attend en buvant du thé. C’est que le soir de Diwali, les prêtres assermentés ont un planning serré … pujas à la chaîne ! A son arrivée, le chef de famille l’escorte vers l’autel, pour vérifier que tout est OK : au centre, les icônes (statuettes et BD un peu kitsch aux couleurs chamarrées) ; à côté, les offrandes : roupies, fleurs, encens, pommes, riz, noix de coco, canne à sucre, gâteaux (vont pas mourir de faim, les divinités) ; un peu plus loin, les autres objets nécessaires au bon déroulement de la cérémonie. Puis c’est parti : les maîtres des lieux s'assoient au premier rang, le reste de l'assistance se groupe alentour. Silence. Le prêtre disperse un peu d'eau au-dessus de l'autel, puis plante une dizaine de bâtons d'encens dans une pomme. Ambiance.
Débute alors la présentation des offrandes, une à une, au son syncopé des prières et des textes sacrés. De temps en temps, l'aide de cérémonie lance du riz ou des pétales (d'abord par pincées, puis par poignées). Le brahmane cite les divinités, son assistant répète après lui : Shiva Shiva, Parvati Parvati, Lakshmi Lakshmi ... Hermétique, mais captivant ! Puis c’est l’hommage aux dieux : la statuette de Ganesh (sympathique petit dieu à tête d’éléphant) est décorée de fleurs, lavée, puis couverte de pâte de santal. Les images de BD se voient affublées d’un gros point rouge et d’un grain de riz sur leur front de papier... Prochaine étape : la bénédiction : d’abord de l'assistance (ou comment se retrouver avec la tika sur le front et une ficelle en laine autour du poignet), puis des objets importants : si l'on est commerçant, la caisse et les livres de comptes ; si l'on est bijoutier, le coffre-fort ; si l'on est hôtelier, le registre clients ; si l'on est chauffeur, la voiture... Histoire de commencer l’année du bon pied ! (dis, dis, je peux mettre mon stylo et mon appareil photo dans le lot ?!) Le prêtre bénit les objets en traçant sur chacun d’eux la croix de Ganesh, puis tout le monde se lève et se met à prier. On jète à tour de rôle une poignée de riz et de fleurs vers l'autel. Le brahmane range ses affaires, c’est fini. Happy Diwali !
Happy Diwali ! Happy Diwali ! Happy Diwali !
Une fois la puja terminée, la soirée de Diwali prend une toute autre tonalité. C’est le temps de dhoom-dhadaka, festif et bruyant. Dans la ville illuminée, c’est la cohue. Tout le monde se retrouve dans les rues pour jouir du spectacle, échanger des bonbons, se gaver de douceurs, rire, faire un tour de manège, souhaiter Happy Diwali à qui veut bien l'entendre... et bien sûr, s’en donner à cœur joie à grands coups de feux de Bengale, fusées, sifflets et autres pétards tonitruants … De la pure éclate, du moins pour celui qui aime faire du bruit toute la nuit ! Allez, tant pis pour la sieste, c’est quand même un grand moment, de fêter Diwali en terre rajasthani (et puis ça change des citrouilles) …
info plus
Le calendrier des fêtes en Inde : http://fr.india-tourism.com
Spécial Gourmands : la recette du Royal Kheer
Vermicelles (fins) : Une demi-tasse
Lait : 4 tasses
Sucre : 1/2 ou 3/4 de tasse
Crème : ¼ de tasse
Cannelle en poudre : 1 cuillère à café
Bananes : 3 petites
Amandes : un paquet
Beurre
Couper les bananes en rondelles. Réserver. Peler les amandes et les couper en petits morceaux. Faire fondre le beurre. Avec une partie du beurre, faire revenir les vermicelles jusqu’à ce qu’ils deviennent blonds. Avec l’autre partie, faire revenir les amandes jusqu’à ce qu’elles soient bien grillées. Faire bouillir le lait, puis rajouter les vermicelles et laisser cuire à feu doux, en remuant constamment jusqu’à ce que le lait épaississe et que les pâtes soient cuites (ne pas faire trop cuire les vermicelles). Réduire le feu et ajouter le sucre petit à petit, tout en continuant à remuer, jusqu’à ce que le sucre soit complètement dissous. Sortir du feu. Une fois froid, mélanger la crème, les amandes, la cannelle et les morceaux de bananes. Servir frais.





