Inde : L'Himalaya Indien

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Inde : L'Himalaya Indien

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Gérard Decq | 20.11.2006 | 837 visites | 0Favoris |
Gérard Decq

L'Himalaya Indien

Inde : L'Himalaya IndienContraint de laisser l'équipe de France poursuivre le match sur le téléviseur et le score de un à zéro face au Portugal, je rejoins la navette qui va me conduire de l'aéroport international de Delhi au terminal national. La nuit est sombre entre les tarmacs et ce bus brinquebalant m'évite judicieusement un trajet en taxi. Un militaire armé, adossé à la "cage" du chauffeur, assure notre protection. Parcours sinueux entre des check points : l'ambiance prend vraiment une connotation d'Aventure… A l'embarquement pour le vol Jet Airways, des compatriotes, revêtus de l'équipement du parfait trekkeur, m'informent de la qualification des Bleus pour la finale ! Mais l'avion m'emporte, loin des pelouses engazonnées… Dans l'aube naissante, une barrière de nuages se bloque sur les contreforts rocheux, puis apparaît un vaste univers minéral tailladé d'ombres obliques, aux sommets cirés de neige éternelle. Rarement une oasis de verdure ruisselle en une vallée étroite. J'ai choisi le Ladakh pour un séjour estival car j'ai lu que les montagnes forment une barrière qui arrête la mousson, mais je ne m'étais point imaginé l'Himalaya aussi désertique. Vision saisissante ! Souffle coupé, je découvre un paysage vraiment surprenant : austérité et aridité des grands espaces, majesté de la nature brute. Voici l'amorce du virage pour atterrir sur l'unique piste, qui me semble bien courte. Les environs du petit aéroport ne sont que rocailles hérissées des barbelés des camps militaires. Il faut dire que cette province d'altitude, frontalière du Pakistan et du Tibet chinois, concentre autant de soldats que d'habitants civils et, pas un jour ne s'écoulera sans que je rencontre de lourds convois de camions vert sombre sur les routes du Ladakh.

Leh, splendeur d'une capitale déchue.

Inde : L'Himalaya IndienAu XVIII ème siècle, Leh, devenue capitale d'un royaume indépendant, voyait passer d'importantes caravanes de commerçants. Judicieusement située au pied du Khardong La, le col qui, l'été, ouvrait la route nord-sud vers Yarkand, oasis de la célébrissime route de la soie, Leh s'avérait un point de passage obligé des caravanes vers le Cachemire. De plus, pour les fabricants de châles de cette province, les poils des montagnardes chèvres Pashmina constituaient la matière première indispensable. L'histoire du royaume de Ladakh, coincé entre le Tibet bouddhiste et le Cachemire musulman, subit bien des vicissitudes en raison de ces chemins commerciaux, et des conflits d'influence religieuse. La capitale siégea d'abord, haut perchée, sur la forteresse naturelle de Shey, La dynastie des Namgyal jongla avec les deux religions. Tel Henry IV, Jamyang se serait converti à l'islam pour gagner la main de la femme qu'il aimait. Leur fils, Sengge restaura le bouddhisme, mais avec le nombre croissant de commerçants cachemiris, l'islam continua de croître. L'activité économique prospérait au pied du palais royal de Leh, ce qui attira des convoitises et, en 1842, le roi déchu dut émigrer à Stok. Le palais, magnifique édifice de neuf étages, construit sur le modèle du Potala de Lhassa, tomba à l'abandon. Ses murs de pisé, toujours debout, ont fière allure et un important chantier de restauration intérieure est actuellement en cours. L'édifice participe du site qui éblouit le visiteur au premier regard : adossé à une montagne, le palais trône majestueusement, surplombé par les ruines d'un fortin. A son pied, un "chorten", nom ladakhi d'un stupa, darde son aiguille rouge tandis que là-haut, se détachant sur le ciel bleu profond, un monastère lui fait écho avec sa façade ocre et ses drapeaux de prières qui chevauchent inlassablement le vent. Edifices civil et religieux peuplent les degrés de ce décor, face à la chaîne himalayenne, aux arêtes enneigées.

Une ville envoûtante qui revit grâce au tourisme.

Inde : L'Himalaya IndienDécouvrir Leh s'effectue par petites touches, d'abord parce que vous êtes à plus de 3000 mètres d'altitude, qu'un dénivelé important sépare le bas de la ville - où s'élève une église catholique et où s'arrondit le dôme du futur siège provincial - du quartier supérieur de Sankar, ensuite parce que ce n'est qu'à pied que vous pourrez goûter aux charmes des recoins de la cité. Comme la plupart des villages laddakhis, Leh s'est établie sur la rive d'un affluent de l'Indus. Les eaux de ce torrent sont judicieusement utilisées pour approvisionner la ville et irriguer des champs. On pourrait ainsi découper la vallée en bandes parallèles à la rivière : à l'ouest, la vaste étendue rocailleuse est le domaine des militaires. Puis, sur une éminence, le stupa de Shanti domine la ville. Ce monument dodu, élevé à la gloire du bouddhisme grâce au soutien financier du Japon, fut inauguré par le Dalaï Lama en 1985. Vient ensuite la zone verte, avec ses terrasses d'orge, de colza et de légumes, avec ses hauts peupliers. C'est là que Leh prend un nouvel essor. Dans ce jardin d'Eden, guest houses et hôtels fleurissent ; de nouveaux établissements sont en construction. Les touristes affluent et les commerces éclosent, sous l'impulsion, une fois encore, de marchands cachemiris. Sur la rive gauche, au pied de la colline du palais, la vieille ville et le centre urbain méritent une visite approfondie. Ensuite, le terrain de polo, esplanade un peu triste, n'est plus guère utilisé qu'à l'occasion du festival annuel. Sur le versant est, sec et minéral, vivent les humbles : aux fontaines, des femmes assument la corvée d'eau et, chaque matin, devant le stade, on voit se rassembler des centaines d'hommes qui, un récipient de nourriture à la main, viennent, en une longue attente parfois, louer leurs bras à la journée.

Inde : L'Himalaya IndienSur la colline, au pied de l'ancien palais royal, crapahute la vieille ville. Des ruelles étroites s'enfoncent fréquemment en de curieux passages couverts sous des habitations. De tortueux escaliers escaladent les rochers. Attardez-vous à admirer les façades XVIII ème, les portes sculptées, les constructions imbriquées les unes dans les autres, le moulin à prières à l'abri d'un porche. Parfois, un troupeau d'ovins, en un bruyant tumulte, envahit la venelle pour aller s'abreuver au canal qui coule dans le quartier des boulangers. A la croisée de deux ruelles, c'est un de mes "coins" préférés : de savoureuses odeurs de pain chaud embaument l'air. Les boutiques sombres s'ouvrent sur l'ouvrier qui pétrit la pâte, tandis que le patron tapisse l'intérieur du four de galettes qui se recroquevillent, se dorent et s'invitent à croustiller sous la dent.

Inde : L'Himalaya IndienUn vieil arbre forme une arche avec le faîte de la maison voisine : à la fois lieu de pèlerinage pour les Sikhs et vénéré par les musulmans, cet arbre sacré témoigne d'un syncrétisme religieux. A ce niveau bas de la vieille ville, deux mosquées élèvent le vert de l'islam le long de leurs minarets. Celle qui domine "Main Street", œuvre de l'empereur moghol Aurangzeb, est en voie d'agrandissement. Nous abordons là le centre-ville ; de l'autre côté de la rue principale, le temple bouddhiste n'abrite pas de congrégation de moines, mais sa vaste salle ne suffit pas à contenir l'assemblée des fidèles qui se pressent lors des "pujas" et envahissent la cour.

Inde : L'Himalaya IndienLa prière, à date fixée par le calendrier bouddhiste, dure toute la journée, au son du tambour, des cymbales et des trompettes. Les assistants venus de la région environnante arborent encore, surtout pour les plus âgés, les costumes traditionnels : une ceinture mauve entoure les manteaux masculins, tandis qu'un "gonda" de velours ou de soie, bicorne aux bords noirs, coiffe la tête des dames.

Inde : L'Himalaya IndienLes bijoux, à base de turquoises brutes sont de mise. En fin d'après-midi on assiste à la cérémonie de la bénédiction : une file de bonzes encense les rangées qui se prosternent pour recevoir, chacun à tour de rôle, l'imposition d'une coupe de bronze ornée de plumes de paon. Moment de ferveur intense. Main Street Bazar est une curieuse rue qui forme un angle droit et s'élargit en placette. Outre un des nombreux marchés de bibelots et bijoux tenus par des réfugiés tibétains, on y trouve plusieurs restaurants sur les terrasses des toits. Plus loin, les paysannes des environs proposent les produits de leur potager. Selon le cours de la journée, elles s'alignent le matin sur le trottoir est, et l'après-midi, de l'autre côté, sur le trottoir ouest afin de bénéficier de l'ombre des bâtiments. Les commerces traditionnels d'outillage et d'étoffes alternent avec les boutiques pour touristes. En rejoignant l'hôtel, je passe devant une "German Bakery", sympathique salon de thé sous les arbres d'un jardin.

Les lamas perchés.

Inde : L'Himalaya IndienUne petite communauté de moines habite le gompa de Sankar, calme quartier à la périphérie nord, mais Leh ne présente pas de monastère important. Toutefois, à quelques tours de roue de taxi, les environs de la ville offrent, perchés sur des pitons, de typiques villages monacaux, pittoresques figures de proue de la spiritualité tibétaine. A l'ouest, Spituk, sur son éperon, domine la vallée de l'Indus, large et fertile à ce niveau. Entre le vert des champs, le fleuve assagi n'en poursuit pas moins, inlassablement sa longue course vers le nord. De la salle de prières, décorée de fresques hautes en couleur, le panorama est splendide, l'horizon coiffé de sommets enneigés, et on comprend que, pour leur méditation, les bonzes tournent le dos aux fenêtres et se concentrent sur la statue de bouddha ! On visite librement la chambre du prieur, ému de pénétrer ainsi son intimité détentrice de livres sacrés. Au sommet du roc, un plus petit temple abrite d'antiques sculptures tandis que les drapeaux multicolores galopent sur les ailes du vent. La route a délaissé le cours de l'Indus qui s'enfonce dans des gorges et elle parcourt un vaste plateau rocailleux, mais, sur la droite, s'ouvre un vallon où l'eau d'un torrent, captée par les hommes, a fait pousser, dans l'écrin minéral, un joyau de verdure. Au-delà des champs, apparaît la butte de Phyang.

Inde : L'Himalaya IndienDans une ambiance calme et pastorale, le site, grandiose, appelle à l'élévation de l'âme. En contrebas du monastère qui étale sa façade au soleil, une arête rocheuse dresse une allée de blancs chortens ainsi qu'un long mur de pierres sculptées : les mani dont le nom vient de ce qu'elles portent, gravée, la prière rituelle "Om Mane-Padme-Um", marmonnée à longueur de journée. Selon le rite, je le contourne par la gauche. Le silence est profond : seuls quelques cris d'animaux. Là-haut, la silhouette pourpre d'un bonze se déplace devant le mur blanc d'une cellule. Dans la vallée, s'égrènent les maisons aux toits en terrasses bordées de paille. Quelques robes de femmes s'activent dans les champs clos de murets… A l'est de Leh, dans un rayon de quelques dizaines de kilomètres d'autres monastères attendent le visiteur. Voici Shey, à côté des ruines de l'ancienne forteresse royale, dont le bâtiment de trois niveaux abrite une statue de 12 mètres de haut. Selon l'étage, on peut se prosterner à ses pieds ou croiser son regard limpide. Dans la plaine, un vaste ensemble de chortens égrène ses pyramides blanchies à la chaux. Dominant la route, le monastère de Tikse coiffe un village qui escalade joyeusement une pente tournée au levant : du pied de la chapelle ultime, ébouriffée des traditionnels drapeaux de prière, le spectacle est saisissant avec la cascade des maisons sur fond d'Himalaya. Un autre jour, je pousserai plus loin ma visite jusqu'aux cellules des moines de Taktak dans un site toujours aussi émouvant et j'atteindrai, fort opportunément à l'occasion de la fête religieuse de juillet, le couvent de Hémis, tapi dans un cirque de montagnes.

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A TOUTES ET TOUS, Meilleurs Voeux pour la Nouvelle Année 2011 ! ”

Gérard Decq | 28.12.2010 20h23

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