Iran : A la rencontre de la femme iranienne

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Iran : A la rencontre de la femme iranienne

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Gérard Decq | 19.02.2007 | 937 visites | 0Favoris |
Gérard Decq

A la rencontre de la femme iranienne

Iran : A la rencontre de la femme iranienneDémarche difficile, problème moral : être une touriste occidentale en Iran ! Il faut accepter, quelle que soit la chaleur, de souffrir dans son corps en subissant en tous lieux la prescription du port d'un foulard et la dissimulation de son être sous un vêtement ample. Dès la descente d'avion, des affiches rappellent ces obligations rigoureuses de la République Islamique, avec illustration à l'appui. Obéir à ces règles, n'est-ce pas cautionner l'arbitraire d'une dictature ? Mais la raison première du tourisme, n'est-elle pas la rencontre de l'Autre ? Aller ainsi vers ses semblables permet à une Européenne d'être un vecteur d'ouverture, qui, malgré le code vestimentaire imposé, est loin de passer inaperçu. Sans doute, ce ne fut qu'une "petite goutte d'eau" dans le désert iranien, une petite goutte peut-être pour la liberté des femmes.

Premiers contacts

Iran : A la rencontre de la femme iranienneSous la houlette d'hôtesses dont le calot a été habillé de tulle par un habile styliste, le vol Iran Air en provenance de Paris n'avait pas fait le plein de passagers. A l'arrivée à Téhéran, la nuit vient de nous précéder. Nous découvrons, illuminée, la tour Azadi. Cette porte monumentale, arc de triomphe futuriste dont les courbes s'élancent avec légèreté vers le firmament, nous paraît un bon legs du dernier Shah d'Iran. Sans juger l'ensemble de son règne, nous trouvons qu'il a doté la capitale d'un monument dont elle avait grand besoin car, comme nous le découvrirons plus tard, si Téhéran compte quelques musées remarquables, l'ensemble de la ville ne présente que des bâtiments bien quelconques et aucune curiosité architecturale d'envergure. De l'autre côté de la place Azadi, résonnent les klaxons d'un mariage : la vie palpite, tandis que le taxi nous conduit à l'hôtel, près de l'ancienne ambassade américaine. Nous aurions pu croire qu'il fallait attendre le lendemain pour commencer notre découverte de ce pays étranger. Il n'en fut rien, et la soirée restera marquée d'un des meilleurs contacts que nous ayons eus lors de notre bref séjour. L'hôtel, de bonne taille, est loin d'être complet et nous y semblons bien les deux seuls étrangers. Le réceptionniste brûle d'envie de lier connaissance, et nous nous prêtons volontiers à la conversation, en anglais bien sûr. Visiblement il souffre d'un manque de connaissances objectives et se demande comment vivent les gens en dehors des frontières de l'Iran. La naïveté de certaines questions n'est pas sans nous surprendre : comment se fait-il que nous buvions du vin en Europe et qu'apparemment nous ayons l'air bien portants ? Nous ne saurons pas combien de personnes s'interrogent ainsi sur des informations orientées, mais la convivialité des propos échangés nous fait chaud au cœur. Mon frère, mon ami.

Iran : A la rencontre de la femme iranienneTéhéran dévoile les trésors de ses musées à de rares visiteurs en ce matin de février. Comme toujours dans la capitale, la circulation automobile, très dense, s'écoule lentement. Au long des avenues, sur d'immenses photographies, le regard austère de l'ayatollah Khomeiny nous toise froidement. Apparaissent aussi les figures barbues des hauts dignitaires de la République Islamique. Ces visages sont omniprésents sur les billets de banque, ainsi que sur des fresques de propagande où se côtoient religion et armée. Etranges éléments d'un décor sévère. Spectacle de rue assez triste aussi, celui de toutes ces femmes uniformément vêtues de noir, êtres sans forme, anonymes, taches sombres qui vont et viennent comme de gros oiseaux noirs. La coquetterie n'est néanmoins pas étouffée et, au bazar, on les voit très intéressées par les vitrines des bijoutiers où l'or brille chaudement. Le nombre d'échoppes prouve qu'il s'agit d'un commerce florissant : il faut bien des compensations.

Traditions et islamisme

Iran : A la rencontre de la femme iranienneLa ville de Kashan permet de visiter d'extraordinaires demeures de riches commerçants de la fin du XVIIIe siècle. Leurs bâtiments sont construits, autour d'une agréable cour intérieure, de manière à ce qu'au fil des saisons la famille déménage pour son confort. Un système de "tours du vent" - les badgir- permet de capter au long d'une haute cheminée d'aération, la moindre brise qui ira rafraîchir les chambres, souvent situées au sous-sol : une ingénieuse climatisation pour la saison chaude dans cette ville à l'orée du désert. Les façades sont closes sur la rue et les vantaux des massives portes d'entrée présentent deux heurtoirs aux sons différents. Leurs formes stylisées témoignent de symboles clairement sexuels : un cylindre massif pour les hommes et un anneau pour le heurtoir des femmes. La maîtresse du logis était clairement avertie du sexe du visiteur par le son particulier du heurtoir. Lorsqu'un homme se présentait chez elle, elle devait se couvrir la tête d'un voile avant d'ouvrir la porte, ce dont elle se dispensait s'il s'agissait d'une de ses semblables.

Iran : A la rencontre de la femme iranienneLe voile, en présence masculine, a donc été, un temps, une tradition historique iranienne. Néanmoins, lorsqu'on regarde les fresques qui décorent les palais d'Ispahan, les jeunes femmes y occupent une place de choix et, si leur tête est couverte, c'est d'une coiffure qui varie selon la mode. Au fil des salles, sous les plafonds de cèdre, nous découvrons des costumes colorés et la poésie persane transparaît dans des scènes où l'amour magnifie les personnages féminins. Pique-niques galants sur de moelleux coussins : les oiseaux gazouillent dans des arbres en fleurs ; les sens s'enivrent de boissons rares et d'effluves parfumés que répandent d'élégants flacons à long col. De nos jours, le spectacle qu'offre la féminité dans les rues, les parcs, en tous lieux publics, y compris les restaurants, nous semble à l'opposé de la douceur de vivre et de la complicité mutuelle qui émanent des peintures de la Perse du grand siècle. La loi musulmane emprisonne les femmes dans un uniforme carcan noir à tel point que certaines ont le visage entièrement couvert, à l'image de cette jeune épouse de mollah contrainte de percevoir son chemin à travers le tissu qui la drapait entièrement. Sur la place de Qom, au sortir de la mosquée, je l'ai devinée jeune à sa frêle silhouette et à l'âge du mari auquel elle avait donné deux jeunes garçons. De fait, les prêtres musulmans ont parfois plusieurs épouses et donc une grande liberté sexuelle alors qu'une femme, à la lumière du jour, se réduit à une étoffe noire. Quel contraste au pays de Shéhérazade entre les scènes tendres des miniatures persanes et le véritable apartheid que nous découvrons dans les transports en commun ! La première partie du bus est exclusivement réservée aux passagers masculins tandis que les femmes sont reléguées à l'arrière. Mais il s'agit parfois d'un avantage au détriment du sexe fort : j'ai vu un autocar où les hommes s'entassaient à l'avant alors que trois ou quatre formes féminines disposaient pour elles seules de toute l'autre moitié du véhicule ! Les machos punis !

Shiraz, nomades et étudiantes

Iran : A la rencontre de la femme iranienneLa loi est stricte pour visiter les lieux saints : même une touriste occidentale ne traverse pas l'enceinte du mausolée de Shah Cheragh sans s'être revêtue d'un tchador d'emprunt. Notre chauffeur-guide y veille scrupuleusement. Il professe une foi enracinée dans les profondeurs de la Perse antique puisqu'il est de confession zoroastrienne, mais cet iranien de tradition redoute visiblement le pouvoir actuel des mollahs. Si, dans le cadre privé de sa Peugeot, il ne voit aucun inconvénient à ce que mon épouse laisse ses cheveux libres, il intervient gentiment à l'approche de tout contrôle routier. Après les bleus profonds des mosaïques d'Ispahan, les mosquées de Shiraz envoûtent elles aussi, cette fois par leurs tons de rose. Splendeur indéniable de ces lieux de culte. Majesté des dômes. Elan des minarets. Richesse des céramiques qui tapissent murs et coupoles. Le bazar du Vakil intrigue et séduit par le dédale de ses allées couvertes qui s'ouvrent, comme par enchantement sur une placette close où croît un oranger. Nous sommes surpris par les tons chatoyants de tissus vivement colorés. Des dizaines de jupons pendent au haut des cintres. Les vendeurs, exclusivement masculins comme il se doit, les proposent avec un sourire avenant. De fait, on découvre que, sous leur vêtement noir, les provinciales arborent de longs jupons froncés de couleurs plus ou moins vives. Le lendemain, sur la route de l'antique Persépolis, nous faisons halte près de tentes de nomades, éleveurs de chèvres. Effectivement, les vêtements féminins, s'ils recouvrent largement le corps et les cheveux, affichent ici, dans le sud, une gaieté colorée qui va même jusqu'à s'accompagner de lamés brillants. La toile de laine des tentes est suffisamment sombre pour que les costumes des femmes chantent dans le décor. Echange de sourires avec ces pasteurs authentiques dont nous prenons congé car nous avons rendez-vous avec le palais de Darius et celui de son fils Xerxès.

Iran : A la rencontre de la femme iraniennePersépolis fut détruite par un incendie, mais les éléments de pierre qui subsistent témoignent d'une grandeur remarquable : bas-reliefs où défilent porteurs d'offrandes, soldats de l'empire, peuples soumis. Le site est gigantesque, à l'image du pouvoir des empereurs perses. Au dessus des colonnes, le ciel d'un azur irréprochable contribue à la pureté des vestiges. Nous sommes au contact de l'histoire, et c'est précisément, accompagnées de leur professeur d'histoire, qu'un important groupe d'étudiantes débouche sur l'esplanade de la Porte des Nations. Nous lions facilement contact.

Iran : A la rencontre de la femme iranienneLes étudiantes sont encadrées par deux professeurs féminins mais le spécialiste de l'Antiquité est un homme, le seul à être tête nue ! Certaines étudiantes sont curieuses de notre culture. Plusieurs se signalent par une casquette de base-ball qui couronne leur voile ! Comme elles ont apporté des appareils photo pour prendre des clichés du site, elles veulent aussi nous fixer, nous le couple européen, sur la pellicule. Nous nous y prêtons d'autant plus volontiers que nous sommes réconfortés de voir que des filles peuvent avoir accès à un enseignement supérieur.

Iran : A la rencontre de la femme iranienneDans l'Iran actuel, bon nombre de femmes sont imprégnées des dogmes religieux et ce n'est pas demain qu'elles abandonneront leur costume islamique. Depuis la mort de l'ayatollah Khomeiny, des élections se sont succédé mais le zéphyr du changement ne semble pas près de faire s'envoler les voiles noirs. Le combat risque d'être long pour que la femme iranienne ait la liberté de sentir les bienfaits de l'air et du soleil sur ses bras nus, pour qu'elle obtienne le droit d'épouser le souffle du vent dans ses cheveux libérés. Toutefois, sur les boulevards de Téhéran et d'Ispahan, des foulards colorés apparaissent, des regards pétillent, vivants sous les tchadors. Le noir, d'ailleurs, sert bien certaines beautés. Dans les classes bourgeoises, on découvre cent ruses pour être élégante, ne serait-ce que grâce à une monture de lunettes. Surtout, notre guide de voyage, acheté en France, mentionnait que tout contact physique public était prohibé entre personnes des deux sexes. C'est absolument faux : des couples se tiennent par la main dans la rue. A Qom, ville sainte s'il en est, un couple, qui, sans doute, était venu demander le bonheur conjugal sur le tombeau de Fatima, s'est étreint un instant à la sortie du mausolée, tandis que la jeune femme ôtait le tchador dont elle s'était couverte dans le périmètre sacré. Des amoureux ont bien l'air de se choisir librement et, à Ispahan la magnifique, sur les bords de la rivière Zayandeh, les couchers de soleil romantiques sont très prisés. Qui sait ? Au sud, la tradition des jupons colorés est très vivace, les couleurs sont là, prêtes à jaillir. Le cépage de Chiraz produira-t-il un jour à nouveau du vin ? Nous espérons surtout d'autres vendanges : que chaque femme, par le monde, ait le droit de choisir sa coiffure et ses vêtements en toute liberté.

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