
Italie
Italie : Les centaures de Toscane
Parce que vous y avez séjourné, parce qu’un livre vous l’a décrite ou bien parce qu’un reportage télévisuel vous y a promené, il est certain que la Toscane évoque pour vous certaines images : des paysages vallonnés couverts de cultures et de vignobles, des allées bordées de cyprès menant tout droit vers de belles demeures, les superbes cités de Florence, de Sienne, la fameuse tour de Pise… Toutefois, je fais le pari que vous ne connaissez pas la Toscane par la « Camargue italienne » arrosée par l’Ombrone, la Maremme ? Je vous y emmène…
L'ancien berceau de la civilisation Etrusque
La Maremme était le berceau de la civilisation Etrusque, peuple de commerçants, d’artistes et de constructeurs de villes qui connut son apogée aux VIe et Ve siècles avant J-C. Après le déclin de l’Empire Romain, cette terre fut en partie abandonnée… Les canaux de régulations construits par les Etrusques furent recouvert par la végétation, les marais et les lagunes infestés par les moustiques et la malaria. Il fallut attendre une décision de Mussolini, et la venue forcée de paysans d’autres régions qui en échange de terres reçurent l’obligation de rendre cultivables et salubres ces marécages, pour que la Maremme retrouve un attrait auprès de la population. Cette terre antique, comme beaucoup d’autres en Italie, abrite une âme que l'on ne retrouve guère ailleurs dans le pays. Depuis l’époque des Etrusques, le cheval s’est imposé dans les marais comme outil de travail et moyen de locomotion. De nos jours encore, le bel animal est indissociable de la culture traditionnelle Maremmane. C’est ainsi que l’on peut croiser, dans le parc naturel régional de Maremme, les derniers butteri…
La tradition des Butteri...
Tout comme nos gardians de Camargue, les gauchos argentins ou bien les cow-boys de l’Ouest américain, les butteri travaillent avec leurs chevaux et cultivent un véritable art de vivre autour d’eux.
Avec ses 4000 hectares, L’Azienda Régionale Agricola di Alberese est l’unique « ferme » dans le parc naturel et couvre 40% de son espace. Outre ses pinèdes, ses oliviers, vignobles et tournesols, c’est environ 130 chevaux sauvages de race Maremme et 500 vaches qui constituent le cheptel et la principale occupation des butteri, c’est également la première ferme en Italie à s’être lancée dans l’agriculture biologique.
Au lever du jour, 4 à 5 hommes, selon le travail, pénètrent dans la sellerie de l’azienda pour équiper leurs compagnons d’une selle d’origine andalouse au confort peu égalé : la « bardella ». Puis ils ajustent leur chapeau de feutre, indispensable pour le soleil, et si il pleut, jètent sur leurs épaules un manteau de lin huilé. Ainsi préparés, il ne leur reste plus qu’à se munir de l’ucino, branche de noisetier d’un mètre cinquante, fourchue en deux doigts à une extrémité et en Y de l’autre. Véritable prolongement de la main, le buttero, ainsi équipé de son uncino, ne descend jamais de selle pour ouvrir les barrières, sangler un jeune cheval ou attraper un veau pour le marquer...
Quelques minutes plus tard, les voici trottant dans la brume matinale, en route pour une journée ordinaire en Maremme. Daims, lièvres, sangliers, chevreuils, renards ne s’esquivent qu’au dernier moment à l’approche des butteri tant ils reconnaissent en eux un élément du milieu. Depuis l’interdiction de la chasse, la faune a reprit ses droits et il est bien rare de ne pas faire quelques superbes rencontres dans l’enceinte du parc.
C’est le long des canaux d'assainissement que les butteri progressent au rythme lent de leurs chevaux en échangeant chansons et blagues grivoises, dans une langue chatoyante, mélange de Lombard, Vénitien et Toscan que seul les maremmans possèdent. Ne dit-on pas dans toute l’Italie, « blasphémer comme un maremman » ?
Une camargue à l'italienne...
Au loin ce sont de curieuses vaches que l’ont aperçoit. La maremmana, avec ses gigantesques cornes en forme de lyre, est originaire des steppes de l’Asie Centrale. On en retrouve trace dès l’époque des Etrusques. Ce bovin a conservé toute les caractéristiques des animaux sauvages, dont le goût de sa viande, plus proche de celui du sanglier que du charolais ! Dangereusement lourde, entre 900 et 1300 kg, mais habituellement calme, la maremmana se transforme pourtant en véritable taureau de combat pour protéger son petit. Lors de l’une de ses rondes, c’est un garde forestier qui à du sacrifier sa bicyclette aux sabots d’une femelle perturbée pendant l’allaitement.
Habituées à vivre dans la garrigue, ces vaches, de fière allure, aiment se fondre dans leur habitat. Il faut alors zigzaguer au galop entre les épais buissons où celle-ci se camouflent habilement. Une vraie partie de cache-cache commence alors pour rassembler le troupeau dans un enclos afin d’en compter les têtes, pour mener les bêtes vers des pâturages plus tendre, à moins que la mission du jour ne consiste à marquer les jeunes veaux…
C’est en ces instants que toute la maîtrise du butteri paraît évidente : son cheval, aux sabots jamais ferrés, lancé au galop, les rênes ramassées en une seule main, d’une simple pression sur l’encolure il indique le cap à sa monture. De l’autre main, l’ucino dirige le troupeau. Cette image est digne d’un vrai spectacle. L’homme ne fait plus qu’un avec sa monture et chaque chorégraphie « naturelle » parait être réglée au millimètre près…
Buffalo Bill vaincu par les Butteri !
William Cody (Buffalo Bill) en tournée dans la région en 1905 avec son Wild West Show fût mis au défi par les butteri pour le domptage de poulains et de taureaux. Ils l’emportèrent facilement face aux cow-boys du colonel Cody qui, bon joueur fît sauter les bouchons de Champagne à l’aide de son colt ! Le show poursuivit sa tournée pour étonner les foules tandis que les butteri retournèrent dompter les poulains et marquer le bétail dans leur marais.
Il vous faudra ensuite traverser la pinède et ses senteurs de résine (au pied des monts de l’Uccellina, parsemés de tours de garde espagnoles) puis longer les champs de tournesols ainsi qu’une partie de la plage avant de parvenir à l’embouchure de l’Ombrone, là où vivent en liberté surveillée les derniers chevaux sauvages de Maremme. Cette espèce rustique a dû apprendre à survivre sur cette terre jusque là insalubre, à supporter les moustiques et se contenter de pâturages brûlés par le sel et le soleil. Ce cheval a ainsi développé une taille, une musculature et un caractère qu’il partage, parait-il, avec ses cavaliers…
Après s’être occupés des fiers pur race de Maremme, il est temps pour les butteri de descendre de leurs montures, brièvement, de préparer un feu et de faire griller quelques saucisses de sanglier au dessus des braises. Elles seront accompagnées du pain Toscan, sorte de galette plate, avant qu’ils ne repartent au travers du parc, à la rencontre de cette nature sauvage et pourtant modelée par l’homme et son compagnon au fil des siècles. De retour à l’Azienda le travail des butteri se terminera par l’entretien de la sellerie ou le domptage de nouveaux poulains et le vôtre pourra s'arrêter là si vous le désirez, juste à goûter à la magie des lieux et vous régaler des traditions des derniers centaures d’Italie.
info plus
Chaque année, de mai à fin août, plusieurs fêtes mettent à l¹honneur les butteri et leurs traditions (marquage des veaux, fête de la rose etc…) : http://www.grosseto.tourismo.toscana.it
Pour plus d’informations à propos d’une éventuelle réservation dans une ferme d’hôtes de charme en Maremme, de Grosseto à Orbetello, telles que l’azienda Alberese (ferme des Butteri) ou l’azienda Grazia près de la lagune d’Orbettelo : www.agriturist.it - e-mail
Pour les randonnées équestres à la découverte du parc régional avec les butteri (dans la lagune d’Orbettelo) se renseigner auprès de l’association Equinus Tuscany : www.cavallomaremmano.it





