
Jordanie
Jordanie : Amman, attachante Philadelphia
Ahlan Wa Sahlan !
Bienvenue à Amman, capitale du Royaume Hachémite de Jordanie !
Héritière d’une très longue histoire, Amman - sur laquelle flotte encore les ombres du Shérif Faysal et de Lawrence d’Arabie - tente parfois aujourd’hui de se donner des airs de ville européenne. Pire : elle essaye même parfois de ressembler à une cité « à l’américaine », avec des immeubles-tours sans le moindre charme ni une once de personnalité, d’horribles fast-foods qui déversent une nourriture (si l’on ose ainsi dire…) qui est au mieux insipide, et de larges boulevards censés avaler une circulation automobile toujours plus intense.
Il ne faut pourtant pas se laisser arrêter par cette première et irritante vision de la ville : en dépit de certaines dérives, la capitale jordanienne reste malgré tout une ville foncièrement attirante et attachante. Une cité riche d’un passé prestigieux et raisonnablement confiante en son avenir.
Beaucoup trop catégoriques que pour être réellement crédibles, certains voyageurs affirment haut et fort qu’Amman ne vaut vraiment pas la visite. C’est totalement injuste et il y a fort à parier que ces touristes quittent fort peu le bord de la piscine de leur hôtel ou se détournent tout aussi peu des circuits hyper-classiques organisés, en cars climatisés, par tous les tour-operators. Certes, il serait tout aussi faux de prétendre qu’Amman est, culturellement parlant, une ville aussi riche et diversifiée qu’Istanbul ou Le Caire, mais tout de même : l’ancienne Philadelphia conserve, au cœur de sa citadelle, quelques vestiges fort intéressants. Et l’ambiance qui règne dans les vieux quartiers vaut la peine d’être sentie et vécue au plus près.
● Une longue histoire…
L’histoire d’Amman ne débute pas avec la création de l’Etat jordanien, né de l’effondrement de l’empire ottoman au lendemain de la Première Guerre mondiale.
Les eaux pérennes du Seil Amman permirent l’édification et l’extension d’un village dès la période néolithique. Au 4e millénaire avant notre ère, à l’heure où apparaissent les premières cités-états, plusieurs communautés s’établissent dans la région et s’y maintiennent jusqu’à la fin de l’âge du bronze. A partir de 1 200 av. J.-C., la cité prend de l’importance. La Rabbat-Ammon biblique devient ainsi la capitale d’un vaste royaume. Ensuite, la ville passe aux mains des Assyriens (en 733 avant notre ère), puis à celles du maître de Babylone, le célèbre Nabuchodonosor (en 587 av. J.-C.).
Au 5e siècle avant notre ère, la ville placée sous la dépendance des Lagides, prend le nom de Philadelphia, en l’honneur de Ptolémée II Philadelphe. La cité poursuit son développement : les caravanes qui relient Pétra à Bosra y font étape et son importance ne cesse de croître jusqu’au 13e siècle ap. J.-C., période à laquelle elle sombre dans l’oubli.
1923 est une autre date essentielle dans l’histoire de la ville et de cette région du monde : la petite cité sans importance est propulsée au rang de capitale de la Transjordanie, au détriment de Salt, jugée trop frondeuse et trop éloignée des populations bédouines. En 1948, suite à l’arrivée massive des Palestiniens ignominieusement chassés de leur terre légitime, la population de la cité passe à 120 000 habitants. Ensuite, la ville profite du « boom » pétrolier, avant d’être confrontée au développement de Beyrouth qui se positionne comme capitale régionale des affaires et des finances.
Qu’importe : sur sa lancée, Amman ne cesse de se développer et, probablement malheureusement, de s’occidentaliser. Elle devient tentaculaire, absorbe la ville de Zarqa située à 25 km au nord-est, de même que les cités voisines de Suweileh et Naur.
● De cercle en cercle
Malgré cette occidentalisation, la capitale du royaume hachémite reste marquée par son noyau originel. Le quartier du Balad coupe la ville en deux. Au nord se développe la cité bourgeoise, avec les quartiers d’affaires du djebel Al-Hussein et de Shmeissani. C’est ici que se trouvent aussi les fast-food qui n’ont rien - mais alors là, strictement rien ! - à voir avec la richesse gastronomique arabe et un Safeway horriblement « made in USA » : la plus grande surface commerciale de la ville. Un magasin qui n’offre ni le charme, ni les prix, ni la qualité des produits que l’on trouve dans les petites boutiques typiques.
Au sud du Balad, se trouve un tout autre monde. Ici s’étendent les quartiers les plus modestes, les plus populaires et les plus pauvres. Ici se situent aussi les camps des malheureux réfugiés palestiniens (Al-Widhat, Al-Achrafié, Al-Nazif) chassés de leur terre.
Enfin, à l’ouest du Balad, à partir du djebel Amman, un axe routier principal s’étire de ronds-points en ronds-points (les fameux « circles ») qui servent de repères pour la population autochtone et pour les voyageurs. C’est entre les 2e et 4e cercles que se situent les hôtels les plus luxueux et les principales ambassades étrangères.
● Amman, version 21e siècle
Il n’est pas toujours facile de se repérer dans les quartiers modernes d’Amman. Au lieu de rues et d’avenues, la ville se décline en « circles » et en djebels. Tous ont tendance à se ressembler et il est assez facile d’être désorienté, voire de se perdre. Qu’importe, finalement : c’est peut-être l’occasion de se laisser aller au fil des artères et des chemins, et de découvrir d’autres visages de la ville.
Si vous êtes amateur d’architecture contemporaine, les habitations individuelles que vous découvrirez dans les quartiers d’Abdoun et du Djebel Amman vous raviront probablement. Certes, il n’y a rien de véritablement avant-gardiste, mais les plus riches habitants de la ville ont fait appel à des architectes étrangers pour construire leurs villas qui rivalisent parfois d’opulence et d’originalité. Encore que celle-ci frise parfois le kitsch le plus absolu : il est difficile d’apprécier une réplique en miniature de la tour Eiffel plantée sur le toit d’une villa, même si elle sert d’antenne de télévision (elles sont d’ailleurs de plus en plus souvent remplacées par des antennes paraboliques).
Ceci dit, l’Amman moderne possède aussi ses attraits. L’un des plus importants étant, à la hauteur du Parlement de Jordanie, la mosquée du roi Abdullah (l’arrière-grand-père du roi actuel). Impossible de la manquer : son imposant dôme bleu et blanc flanqué de deux minarets s’aperçoit de loin. Ce fameux dôme rappelle bien entendu celui du Rocher de Jérusalem. Il s’agit de la plus grande mosquée du pays, pouvant accueillir environ 3 000 fidèles. Pourtant, contrairement à d’autres mosquées gigantesques (comme celle de Casablanca, au Maroc, par exemple), celle-ci conserve une taille et une ambiance humaines. Bien que, en principe, l’entrée à la plupart des mosquées soit interdite aux non-musulmans, il est pourtant possible de visiter celle-ci en-dehors des heures de prière. Son décor, typique de l’art islamique contemporain mais cependant largement inspiré par la tradition, vaut le coup d’œil. L’ensemble se veut sobre et pourtant imposant. La « qibla » (c’est-à-dire la direction de La Mecque) est indiquée grâce à un mur symbolique qui a aujourd’hui perdu toute fonction de soutènement.
● Théâtre de rue à Downtown
Mais c’est indiscutablement la ville basse (« Downtown », comme l’on dit ici) qui est la plus intéressante. C’est ici, dans le flanc du djebel Al-Taj, au pied de la colline de la citadelle, que fut construit, au 2e siècle, un très beau théâtre romain dont on découvre les vestiges aujourd’hui encore. L’ouvrage est assez impressionnant : 6 000 spectateurs pouvaient facilement y prendre place. N’hésitez surtout pas à escalader les gradins et à vous installer sur les plus hauts d’entre eux, jadis réservés au public « ordinaire » : de là, la vue sur l’hémicycle est tout simplement époustouflante.
Jadis, ce théâtre s’ouvrait sur un vaste forum bordé par une colonnade dont plusieurs colonnes à chapiteaux corinthiens ont été remontées. A droite, en sortant du théâtre, se situait alors l’odéon dont, malheureusement, bien peu d’éléments originels sont parvenus jusqu’à nous. De ce que vous en découvrirez, seuls quelques gradins ainsi que plusieurs détails du mur de scène sont authentiques.
Tant que vous êtes dans ces environs, poussez une pointe jusqu’à l’arrière de l’odéon, vers la place Hashemi. Le temps de vous installer à l’une ou l’autre terrasse et de profiter pleinement du théâtre de la rue. Ici, à l’ombre de nombreux parasols, les Jordaniens sont installés devant un café ou une bouteille d’eau minérale. Les uns lisent la presse jordanienne ou arabe et commentent les évènements, qui sont nombreux dans cette région du monde. D’autres, peut-être plus sereins ou plus résignés, fument paisiblement le narguileh, cette fameuse pipe à eau traditionnelle que l’on rencontre du Caire à Bagdad, en passant par Amman, Damas, Alep, Lattaquié ou Hama. Quelques-uns se sont lancés dans d’interminables et passionnées parties de jacquet. Les jetons claquent. Les parties sont acharnées. Les joueurs sont souvent soutenus par des supporters qui ne manquent absolument aucun coup et… qui n’hésitent jamais à apporter leurs commentaires. De la plupart des cafés, montent les dialogues des films égyptiens diffusés par les télés locales. L’ensemble est parfois bruyant, mais reste pourtant paisible. Surprenant, mais la plupart du temps, très attachant. Et représente encore un certain art de vivre « à la jordanienne » que tous les fast-food et autres « Safeway » de bas étage ne pourront jamais anéantir. Du moins peut-on ardemment l’espérer…
● Fruits et légumes au pied de la mosquée
Un peu plus loin, deux minarets joliment élancés marquent l’emplacement de la mosquée Al-Hussein. Bien qu’elle ait été reconstruite en 1924, on remarque encore son style ottoman. Elle reste l’une des mosquées les plus vénérées de la ville. Le vendredi, au moment de la grande prière, il y a tellement de fidèles que la petite place attenante est complètement envahie.
Derrière cette mosquée se tient le marqué aux fruits et légumes, assez haut en couleurs. A droite, le long de la rue King Talal, s’alignent les souks. Oh, bien sûr, ils n’ont strictement rien à voir avec les souks d’Alep (en Syrie) qui sont les plus vastes du Moyen Orient. Ils n’ont pas non plus l’importance de ceux de Damas ou du Caire. Mais le long de la rue se succèdent tout de même des échoppes dont on ne devine pas toutes les richesses au premier coup d’œil distrait. Il ne faut surtout pas hésiter à se faufiler dans les allées qui s’engagent dans les immeubles : c’est en effet le seul moyen de découvrir les boutiques qui, parfois, s’étagent sur plusieurs niveaux. A défaut d’être les plus vastes ou les plus diversifiés de cette région du monde, ils perpétuent, inlassablement, une longue tradition marchande : l’esprit des commerçants reste vif et le marchandage est toujours de rigueur, bien dans la tradition orientale.
● A l’assaut de la citadelle
En face du théâtre romain se dresse le djebel Al-Qalaa. Ses flancs, relativement escarpés, sont tapissés d’habitations relativement modestes. De nombreuses ruelles, reliées entre elles par des escaliers, serpentent cahin-caha jusqu’au sommet. De là, les vues que l’on a sur Amman sont particulièrement belles. Et puis, il reste quelques ruines de l’ancienne citadelle. Certes, elles n’ont pas grand-chose de spectaculaire, mais elle fait partie intégrante de l’histoire de la ville et de la région. Beaucoup plus intéressantes sont les collections du Musée Archéologique voisin qui, pourtant, ne paye pas de mine. Elles recèlent quelques véritables trésors : deux statues d’Aïn Ghazal considérées comme les plus anciennes statues anthropomorphes du monde, un exceptionnel coffret plaqué d’ivoire datant de l’âge du bronze et qui montre les grandes influences artistiques de cette lointaine époque, un imposant relief d’Atargatis (déesse de la fertilité), plusieurs sarcophages,… Mais on peut aussi découvrir plusieurs crânes surmodelés en plâtre et venant de Jericho, des fragments des fameux manuscrits de la Mer Morte (et retrouvés sur les rives en 1952) qui constituent la version manuscrite la plus ancienne de la Bible des catholiques,…
Tout près du musée, le temple d’Hercules fait immanquablement songer à celui d’Artémis que l’on découvre à Jerash. Mais celui-ci possède toutefois une intéressante particularité : sa cella contenait jadis un rocher sacré qui serait le souvenir d’un culte propre aux Ammonites. L’importance du temple n’est plus attestée aujourd’hui que par la hauteur de trois colonnes qui ont été remontées. Ce sanctuaire était relié au forum de la ville basse par un escalier monumental. Du bord de la falaise, la vue sur le théâtre romain, la place Hashemi et l’odéon est superbe !
En contrebas du site s’étalent les ruines du temple de Neptune, érigé à l’époque de l’empereur Marc-Aurèle, c’est-à-dire vers l’an 170 de notre ère. La statue qui l’occupait jadis mesurait pas moins de 9 mètres. Ce qui nous fait encore plus regretter le fait qu’elle ait depuis longtemps disparu…
● A la découverte des merveilles de la Jorda
Sécurisante, attachante et accueillante, Amman, ville aux multiples visages, possède un autre attrait de taille : outre la gentillesse de sa population à forte dominante palestinienne, la capitale ne se trouve qu’à quelques heures des principaux sites touristiques du pays. Ainsi, par exemple, les fabuleux « châteaux du désert » et la Mer Morte se situent à moins de deux heures de route. L’extraordinaire Petra est aussi facilement accessible en voiture, de même que le Wadi Rum où planent encore l’ombre et le souvenir de Lawrence d’Arabie.
Profitez donc de votre visite de la capitale jordanienne pour en faire votre confortable base de départ. Votre port d’attache que vous rejoindrez, visite après visite. Et puis, c’est peut-être aussi l’occasion de profiter de l’une de ses autres facettes : sa vie nocturne…





