La Haye, la ville qui n'existait pas...

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Hoel Meriadec | 27.02.2006 | 897 visites | 0Favoris |
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La Haye, ville de contrastes

La Haye, la ville qui n'existait pas...La Haye, ville phare de la diplomatie internationale surprend. Urbanisme et nature, ancien et nouveau, austérité et permissivité s’y côtoient sans véritable fusion. Au premier regard, La Haye déconcerte. Le centrum (centre-ville) et son quartier historique se prolonge d’une nouvelle gare ferroviaire nichée au cœur d’un arrondissement à l’architecture futuriste. A croire que le dessinateur Enki Bilal soit passé par là, est gommé quelques édifices et est d’un trait magistral inclue sa propre vision du futur.

La Haye, la ville qui n'existait pas...L’ancien côtoie le nouveau, rien de très surprenant si ce n’est la véritable forêt de Waassenar s’enfonçant jusqu’au cœur de la cité. A l’origine, Gravenhage, la « haie du comte » allitéré au fil du temps en Den Haag, n’était qu’un pavillon de chasse dépendant des comtes de Hollande. Guillaume II (1227-1256), élu roi des romains en 1247, y érigea un château digne de son nouveau rang. Peu à peu une agglomération se développe sans que celle-ci ne soit autorisée à empiéter sur les terrains de chasse des successeurs de Guillaume II. Ainsi pour le plus grand bonheur des citadins, d’immenses parcs boisés ont subsisté jusqu’à nos jours. C’est d’autant plus étonnant et séduisant que malgré la poldérisation des ses côtes la Hollande est très densément peuplé. Imaginez ! 16 millions d’Hollandais vivent sur un territoire grand comme la Bretagne. Cette dernière peut paraître sous peuplé avec seulement 4 millions d’habitants ! Dès lors densité de la population hollandaise transforme peu à peu le pays en une gigantesque et unique conurbation. Déjà l’on quitte une agglomération pour pénétrer la suivante sans réel marquage rural.

Entre austérité et permissivité

La Haye, la ville qui n'existait pas...Relativement réduit le centre historique de La Haye illustre au travers de son architecture le protestantisme néerlandais. Ici, la sobriété est de rigueur, les préceptes moraux du calvinisme sont clairement affichés. Les édifices en briques ocre sont d’une simplicité confinant à l’austérité. A cela ajouté une propreté méticuleuse, celle-ci étant érigée en vertu, et vous aurez un aperçu de la société néerlandaise traditionnelle. Toutefois lorsque l’on s’enfonce dans les banlieues et précisément dans le quartier turc, le choc est rude ! Exit les belles façades et les trottoirs rutilants, place aux barres et tours d’immeubles plus ou moins bien entretenus, plus ou moins propres… Cette remarque mise à part, La Haye ne manque pas de charme avec ses longues avenues bordées de canaux. Face au Buitenhof, la « cours extérieure » du palais érigé au XIII ème siècle se déploie un ensemble d’édifices remarquables. De l’ancien château ne subsiste qu’une porte fortifiée, la Gevangenpoort, la « porte de la prison » laquelle abrite un musée de la torture. Avis aux amateurs d’écartèlement, de petite et grande question ainsi que d’autres raffinements médiévaux ! Non loin, la Binnenhof, la « cours intérieure » et son Ridderzall « salle des chevaliers » qui constituent l’ancien palais des Stathouders et des Etats provinciaux. De nos jours il abrite parlement et conseil des ministres.

La Haye, la ville qui n'existait pas...Au-delà du Binnenhof, le Plein, une esplanade entourée de vieux bâtiments dominés en arrière plan par les tours résolument futuristes du quartier de la gare. Les amateurs d’Enki Bilal en apprécieront le style. Personnellement, je trouve l’effet très réussi. Plus au Sud, la vieille ville se reconnaît instantanément. Un dédale de rues tortueuses bordées d’échoppes où serpentent des tramways entourés d’un flot ininterrompu de piétons et des incontournables bicyclettes. La Hollande est un véritable paradis pour les amateurs de deux roues.

Le pays du vélo roi

La Haye, la ville qui n'existait pas...La circulation automobile frisant la saturation, j’ai fait comme tout un chacun, j’ai pris un vélo et des gants. Surtout des gants car le froid mordant de l’hiver est impitoyable. La mer du Nord est toute proche, le vent polaire des plus vif… Pourtant cela ne décourage pas les Néerlandais grands amateurs de deux roues. D’ailleurs tout visiteur notera l’omniprésence des bicyclettes et les immenses parkings ou des milliers de vélos s’entassent. Ce fut d’ailleurs une petite mésaventure personnelle. Zut, c’est lequel déjà ? Il se ressemble tous et j’ai du tester les cadenas sous le regard suspicieux des passants… Heureusement je l’ai retrouvé assez vite. La circulation est tout aussi surprenante. Les cyclistes sont absolument prioritaires ! Les automobiles cèdent toujours le passage aux deux roues. Renseignements pris, les lois hollandaises sont largement favorables aux cyclistes. Vu le nombre hallucinant de vélos et de pistes cyclables, j’aurais pu m’en douter ! Réflexe de survie naturel, je ne m’impose pas dans le flot de circulation. Un temps d ‘adaptation est nécessaire pour circuler à la hollandaise. Quelques automobilistes me jettent un regard ahuri ! Pourquoi il hésite avec son vélo !?!

Grote Kerk

La Haye, la ville qui n'existait pas...Enfin me voici au centre ville où je m’égare un brin dans le dédale des ruelles. Heureusement au cœur de ce labyrinthe, s’impose massive et austère, la Grote Kerk, la « grande église ». C’est un point de repère immanquable, de là un coup d’oeil sur un plan et ma balade se poursuit. En faisant le tour de l’église je note un détail des plus inattendus. Alors qu’une impression générale de rigueur se dégage des façades austères et me taraude l’esprit, je note qu’un bar s’est littéralement imbriqué dans l’une des façades de ce lieu de culte ! Illustration saisissante de la dualité de la société néerlandaise naviguant entre dogme calviniste et tolérance. Le pays d’Erasme surprend par sa permissivité. Depuis 1976, plane sur les Pays-Bas une odeur entêtante de haschich. A La Haye comme ailleurs, les coffees shop pullulent. Il n’est pas nécessaire de chercher longtemps pour dénicher l’un de ses établissements si particulier. Les amateurs viennent de loin y savourer de la marijuana en toute quiétude. Du coté de l’ancienne gare, la prostitution n’est pas en reste avec ces rues bordées de vitrines aux néons rouges. Des hommes déambulent dans la rue réservée à se commerce particulier, s’arrêtent devant les vitrines. Certains poussent la porte et viennent conter fleurette…

Peintures néerlandaises

La Haye, la ville qui n'existait pas...Difficile de séjourner à la Haye en ignorant le Mauritshuis. Ce musée dédié à la peinture abrite des toiles des plus grands peintres néerlandais dont la fameuse « Leçon d’anatomie du docteur Nicolaes Tulp ». Cette oeuvre de Rembrandt saisit par la netteté et la luminosité qui s’en dégage. A l’heure de la photographie numérique, la qualité de la peinture est indéniable. Le détail est si fin, qu’une photo à 20 millions de pixels au minimum apparaît commet flou et imprécise à coté. D’ailleurs les visiteurs ne s’y trompent pas, les appareils numérique s’agitent, voire les téléphones portables. Plus de trois siècles plus tard, il est amusant de noter que les étudiants strictement vêtus de noirs illustrent l’austérité du culte réformé d’alors. En même temps ces hommes font preuve de leur esprit d’ouverture puisqu’ils étudient l’anatomie d’un cadavre. La vivisection était alors interdite par l’église catholique. La tolérance a tout de même ses limites, la dépouille n’est pas celle d’un honnête homme mais celle d’un condamné a mort. Ironie de l’histoire, la société qui avait voulu annihiler une personne (coupable ?) lui a donné une renommée internationale qui transcende les siècles. Non loin du Mauritshuis, « Escher in heit paleis », ce musée récemment ouvert est entièrement dédié à M. C. Escher (1898-1972). Cet artiste est mondialement connu pour ses peintures en trompe l’œil où les formes se transforment en un mouvement perpétuel. Après le très intéressant mais néanmoins académique Mauritshuis, la visite est des plus distrayante. Les yeux se perdent dans ce chassé croisé des formes qui évoluent en permanence. Passant du noir au blanc, de l’homme à l’animal, du cercle au cube, les yeux s’égarent rapidement. Voici un vol d’oies sauvages, de part et d’autre du dessin elles volent en rangs serrés. Blanche a droite, noire à gauche, puis par je ne sais quel artifice elles se croisent au centre, changent de couleur et continuent leur vol. d’autres salles, d’autres œuvres tout aussi passionnantes, puis vient une salle curieuse. Elle est dallée en noir et blanc. L’effet d’optique est des plus amusant. D’un coté, les personnes sont minuscules, de l’autre gigantesques ! L’occasion pour les parents de poser pour la photo souvenir en tenant par la main leur phénoménale progéniture frisant les trois mètres au garot…

Madurodam et Scheveningen

La Haye, la ville qui n'existait pas...Au nord de Den Haar se trouve Madurodam, un parc très apprécié des Néerlandais. Cette attraction très prisée des enfants est un aperçu en modèle réduit des principaux monuments de Pays-Bas. La ballade est fraîche et des plus divertissantes. Les enfants adorent, se prennent soudainement pour des géants au milieu d’un univers qu’ils connaissent. Ils courent dans tous les sens en quête d’un nouvel édifice connu. Quelques corbeaux croassent dans le parc. J’observe les volatiles noirâtres. J’attends mon heure. Les oiseaux de malheur jouent avec ma patience et le froid mordant mais voilà que l’un fait ce que j’attendais de lui. Rapidement je presse le bouton de mon appareil photo. Voilà, c’est fait, j’ai un volatile gigantesque perché sur le toit d’un immeuble ! Les pistes cyclables se prolongent à l’infini. Je poursuis ma route et me voici en bord de mer.

La Haye, la ville qui n'existait pas...Scheveningen est connu pour être la station balnéaire chic de La Haye. Les hôtels, casinos et restaurants de luxe paraissent fort accueillants surtout que la mer est toute proche, là juste derrière les dunes. Celles-ci sont des plus entretenues, respectées car elles protègent la Hollande des transgressions marines. Aucun promoteur immobilier n’aurait l’idée saugrenue de les altérer. La Haye comme la plupart des villes des Pays Bas se retranchent frileusement derrière ses dunes protectrices. Au-delà s’étend l’eau glacée de la mer du Nord. En hivers le vent très vif n’invite guère à la baignade. Toutefois l’épais cordon dunaire qui protége la ville des grandes marées constitue un lieu vide et isolé appréciable après les trépidations du centrum. Pour la baignade, je verrai plus tard… De préférence en juillet et par un bel été de canicule !

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Pratique La Haye

 

Profil : 16 millions d’habitants pour seulement 41 000 km² font des Pays-Bas un pays densément peuplé. Faute d’espace et du fait des transgressions marines les Néerlandais sont devenus des spécialistes des polders. Actuellement 27 % du territoire se situe au dessous du niveau de la mer.

 

Langue : Néerlandais (synthèse de trois langues germaniques, flamand, brabançon et hollandais), Anglais.

 

Religions : 36 % catholiques, 26 % réformés et 35 % sans religion.

 

Transport : Depuis Paris de nombreuses compagnies aériennes desservent La Haye (aéroport International de Schiphol/Amsterdam). En train le Thalys ou TGV Nord relie Paris à La Haye. Sur place. La Hollande frisant la saturation il est plus aisé d’utiliser les transports en commun (bus et tramways). Les Néerlandais ont depuis longtemps opté pour la bicyclette. C’est très pratique et le réseau de pistes cyclables très dense. De plus les cyclistes sont respectés par les automobilistes.

 

Formalités : Aucune, c’est l’Europe de Schengen.

 

Monnaie : L’euro et les tarifs similaires à ceux de la France.

 

Sites : le Mauritshuis, le grand musée historique de Den Haar www.mauritshuis.nl

Musée Escher : www.escherinheitpaleis.nl

Musée de la torture : www.gevengenpoort.nl

Parc de Madurodam : www.madurodam.nl

Informations touristiques : www.denhaag.com

 

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