L’APPEL DES FEMMES DU DESERT

Maroc
L’APPEL DES FEMMES DU DESERT

maroc;désert;nomades;festival
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David Raynal | 28.09.2009 | 2838 visites | 0Favoris |
David Raynal

L’APPEL DES FEMMES DU DESERTEn juin 2009, treize millions de Marocains étaient appelés aux urnes pour voter aux élections locales, avec pour la première fois, un quota minimum de sièges réservé aux femmes. Quelques semaines auparavant, le festival international de M’Hamid el Ghizlane avait ouvert le débat en prenant pour thème le rôle essentiel de la femme dans la société nomade. Reportage aux portes du désert.

Nomades du monde

L’APPEL DES FEMMES DU DESERTCrée en 2004 à l’initiative de l'association Nomades du monde, le festival international des nomades de M’Hamid el Ghizlane se déroule chaque année au mois de mars dans le sud-est marocain, à l’endroit précis où les eaux du Drâa ont la délicatesse de s’évanouir dans les sables du désert. Sous l’impulsion de son président, Noureddine Bougrab, cette manifestation populaire, conviviale et citoyenne, entend faire découvrir depuis bientôt six ans à ses visiteurs les mystères de la culture nomade. L’enseignant qui porte sur son sourire et défend dans ses actes, les valeurs ancestrales de l’hospitalité saharienne, s’est fait le porte parole des difficultés et des espoirs de tout un peuple. « Ce n'est pas facile d'organiser un événement dans une région aussi éloignée en plein désert. Nous faisons de notre mieux pour faire face aux différents obstacles, notamment naturels et financier. Ceux qui nous aident sont de véritables militants. Le nomadisme a été jusqu’au néolithique le premier mode de vie de l’humanité. C’est pour cela que nous devons à tout prix le préserver » explique le président de l’association. Durant quatre jours, le festival s’intéresse avec une grande liberté de ton aux réalités de la vie nomade au 21e siècle. Une existence aujourd’hui menacée par la semi-sédentarisation, la disparition progressive des activités traditionnelles et le développement croissant d’un tourisme qui se doit d’être maitrisé. « Le but de ce festival est de présenter la société nomade sous tous ses aspects, climatiques, botaniques, géographiques, historiques et bien sûr humains. Ce rendez-vous annuel nous permet de retrouver nos racines et de mettre l’accent sur la préservation et le développement de l’élevage camelin. Dans cette optique, nous organisons par exemple le prix du meilleur éleveur de dromadaires » explique avec enthousiasme Noureddine Bougrab.

Caravane du sel

L’APPEL DES FEMMES DU DESERTRassemblés sous la tente dans un campement monté pour l’occasion, les visiteurs, des locaux pour la plupart, mais aussi des habitants venus spécialement de Marrakech ou de Ouarzazate, assistent dans une atmosphère d’échanges et de respect mutuel, aux nombreuses animations et méharées organisées par les bénévoles de l’association. Naamani Haji Saman est aujourd’hui âgé de 91 ans. Installé depuis plusieurs années dans une maison en dur, il se souvient de l’Azalaï, la dernière caravane entre M’Hamid, Taoudenni et Tombouctou à laquelle il a participé en 1956. « L’indépendance a eu pour résultat de figer définitivement les frontières entre l’Algérie, le Maroc et le Mali. Nos zones de déplacement sont aujourd’hui restreintes et uniquement limitées aux pays qui nous accueillent. Dès que nous sortons du pays nous sommes considérés comme de vulgaires trafiquants ». L’histoire des nomades du Maroc a toujours été fortement marquée par les relations commerciales avec le Mali. Il y a 250 ans, une tribu nomade originaire d’Arabie Saoudite est arrivée du nord de ce pays d’Afrique noire pour s’installer à M’hamid et remonter la vallée du Draa. A l’époque, les caravanes pouvaient comporter plusieurs milliers de dromadaires. Elles transportaient deux fois par an des produits de première nécessité blé, orge, dattes, henné, jusqu’à Taoudenni au Mali soit 23 jours de marche, pour y charger des plaques de sel gemme encore exploitées dans la région. Le convoi reprenait alors la direction de Tombouctou (27 jours de marche supplémentaires) où le sel était revendu dans tout le bassin du fleuve Niger. Le retour vers l’actuel Maroc se faisait parfois accompagné d’esclaves, les caisses remplies d’or de Buré, de cotonnades et de plumes d’autruche. « Dans la société nomade traditionnelle, le chef est élu par les différentes factions de la tribu. C’est lui qui décide de l’itinéraire de la caravane, du choix des points d’eaux pour le pâturage. Le commerce a toujours été un appoint en plus de l’élevage. Des assemblées se devaient de régler les conflits. Au bout de deux semaines, quand il n’y avait pas de solution, c’était la guerre » se rappelle le vieux sage autour d’un verre de lait de dromadaire.

Sirop de dattes

L’APPEL DES FEMMES DU DESERTDans ce contexte de transition, plusieurs initiatives locales tentent courageusement de donner un avenir aux populations définitivement sédentarisées. Abdelouahab Elgasmi est issu d’une famille nomade. Ce licencié en droit de 35 ans a crée en famille il y a un an, le premier atelier de production de sirop de dattes. Sa société ROB, commercialise un extrait pur et naturel, sans sucre ajouté, aux nombreuses vertus médicinales. « Les dattes de M’Hamid ont la caractéristique d’être extrêmement sucrées et concentrées. Nous production est d’environ 6000 pots par an que nous distribuons sur les principaux salons agricoles, dans les hôtels et par le biais des circuits touristiques. Le principal frein à notre développement reste le manque d’eau en raison d’une mauvaise gestion du Drâa qui est retenu en amont » explique le jeune homme qui est aussi le président d’une association en faveur de l’insertion professionnelle des femmes. En marge des tables rondes, des séances de contes et des conférences quotidiennes, le public du festival s’initie à la médecine nomade. Il participe à la reconstitution d’une méharée et assiste à la fabrication de la méla (taguella chez les Touaregs), le pain traditionnel cuit dans le sable. « La rudesse du climat accentué ces quarante dernières années par le réchauffement climatique nous oblige au plus grand respect de la nature » rappelle avec gravité Nourredine Bougrab. A l’issue d’inattendues parties de hockey nomade (El Moukhache) à même le sable, les festivaliers regagnent bientôt M’Hamid pour la très disputée course de dromadaires dans les rues de la ville. Une fois encore, la musique est à l’honneur de la 6e édition du festival international des nomades. Organisés autour de deux scènes, l’une en centre-ville, l’autre autour d’un campement nomade au beau milieu des dunes, les concerts rassemblent dans ce lieu improbable une bonne dizaine de groupes venus des quatre coins du monde. Il y a bien sûr des Marocains à la notoriété déjà bien établie (la troupe de style hassani Batoul Al Marouani, Rachida Talal, le groupe Lakrab) mais également des étrangers fraichement débarqués de France et d'Espagne (Barbita Yso Bamboli, Louis Essem), du Sénégal (King barra) ou encore des Etats-Unis (la chanteuse et invitée d’honneur Morley).

Rôle primordial de la femme nomade

L’APPEL DES FEMMES DU DESERTPlacé sous le thème de la femme nomade, le festival qui coïncidait cette année avec la journée mondiale du 8 mars, avait naturellement choisi de rendre un vibrant hommage à toutes celles qui ont longtemps été les véritables piliers des familles sahraouies. Contrairement à ce qu’il se passe dans les autres sociétés musulmanes, les femmes sont ici les dépositaires des valeurs sociales. En plus de s’occuper de l’éducation des enfants et des tâches ménagères, elles restent, selon la tradition, propriétaires de leurs tentes, et du mobilier qu’elles apportent en dot. Pendant longtemps, les hommes s’occupaient principalement de l’élevage et du gardiennage des bêtes ainsi que de la protection de la famille. Ils ne pouvaient fonder seul un foyer et perdaient de fait, en cas de divorce, leur abri. D’où ce relatif vent de liberté qui souffle dans le cœur et sur les têtes des femmes du désert dont certaines rechignent parfois à porter le voile islamique. «La création d’associations locales permettent aux femmes de s’émanciper. Nous donnons des cours d’hygiène, de préparation à l’accouchement. Nous faisons du soutien scolaire et organisons des ateliers de fabrication de tapis. Il est important qu’elles puissent se remettre au travail puisqu’elles ont perdu leur rôle avec la sédentarisation. Il faut enfin qu’elles soient associées comme les hommes aux prises de décisions » rappelle Sfia Aminotrasse, présidente de l’association Sidi Hssain pour le développement rural. De nos jours, la sédentarisation forcée de la population dans les villes et les villages fragilise le statut des femmes et favorise parfois leur répudiation. Cette coutume légale a toutefois cessé d’être le droit exclusif du mari. Elle est désormais soumise à l’autorisation préalable du juge.

Meilleure représentativité

L’APPEL DES FEMMES DU DESERTSigne des temps et de la normalisation voulue par les autorités marocaines et une partie non négligeable du peuple Sahraouie, la soirée d’ouverture du 6e festival international des nomades de M’hamid el Ghizlane a été inaugurée par le ministre d’Etat Mohamed El Yahzi. Le représentant officiel a profité de sa venue pour rappeler que la culture nomade avait besoin d’être soutenue, notamment par le biais du programme de sauvegarde des oasis. « Notre objectif est de développer conjointement les quatre dimensions du Maroc, atlantique, méditerranéenne, montagnarde et saharienne. Depuis des années, nous essayons d’instaurer un dialogue avec les Algériens sur la question du Sahara pour qu’ils acceptent d’ouvrir leurs frontières et permettent aux nomades de circuler ». Un discours qui s’est voulu avant tout consensuel, formulé à quelques semaines des élections communales. Pour la première fois, un quota de 12 % de sièges était réservé aux femmes. La consultation qui s’est déroulée le 12 juin a appelé aux urnes plus de 13 millions de Marocains. Elle a vu la victoire du tout nouveau PAM (Parti Authenticité et Modernité) créé en 2008 par plusieurs personnalités dont Fouad Ali El Himma, l’ancien ministre délégué à l'Intérieur. Après la réforme du code familial (Moudawana) initié par le roi Mohamed VI en 2004, ces nouvelles dispositions électorales permettront peut-être aux femmes nomades de reconquérir par les urnes leur indépendance. Une aspiration légitime qui a été jusqu’ici trop souvent battue en brèche par l’analphabétisme, l’absence d’accès aux soins et le manque de perspectives professionnelles. Rendez-vous pour un premier bilan du 12 au 15 mars 2010, à l’occasion de la 7e édition du festival…

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info plusinfo plus

Site du festival :
http://www.nomadsfestival.com

Où loger ?

Hôtel Kasbah Azalay
M’Hamid el Ghizlane – Zagora -Maroc
Tél: 00212 (0) 24 84 80 96 - 00212 (0) 24 84 80 98
Fax : 00212 (0) 24 84 80 98
GSM : 00212 (0) 61 68 62 74

http://www.azalay.com


Dans les environs

Eden Andalou
Km 9 route d’Amezmiz
Marrakech Maroc
Tél : +212 524 45 94 00 Fax : +212 524 37 57 52 /
E-mail :
http://www.edenandalou.com

Riad Salam Hôtel Zagora
Bd Mohamed V
BP 60 45 900 Zagora
Tél : 212 24 84 74 00
Fax: 212 24 84 75 51

http://www.mahdsalam.com

Tamnougalt
Auberge “Chez Yacoub”
Tamnougalt – CR Mezguita – Cercle de Agdez
Province Zagora Maroc
Tél/Fax : 00 212 (0) 28 84 33 94
Mobile : 00 212 (0) 66 10 43 05

Organiser son voyage
http://www.diafavoyages.com

Produits à base d’extrait de dattes
ROB –Oasis du sud SARL
Centre M’Hamid el Ghizlane – Zagora - Maroc
Tél : 024 84 85 80
GSM : (+212) 076 52 29 43 – 069 93 25 32

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commentaires à ce reportage
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Jean Saint Martin

Un reportage original et intéressant très bien présenté. L'article est bien construit avec des repères d'actualité et des témoins rencontrés qui parlent ... cela rend le texte encore plus vivant. Belle galerie de portraits avec des photos de qualité. Félicitations ! ”

Jean Saint Martin | 03.11.2009 18h34

Sarah

BRAVO à notre reportage le plus visité du mois de novembre !!! ”

Sarah | 07.12.2009 14h21

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