Madagascar : La diagonale du fou

Madagascar
Madagascar : La diagonale du fou

diagonale
madagascar
Partager
Martine Demezuck | 26.11.2004 | 1999 visites | 0Favoris |
Martine Demezuck

Madagascar : La diagonale du fouLe nom déjà nous faisait rêver, la destination était pleine de promesses et d’extraordinaire. Madagascar l’île rouge nous attirait et nous impressionnait aussi. Des coins du bout du monde, des animaux d’un autre temps, des peuples aux traditions étranges, c’était une véritable aventure remplie d’imprévus et de mystique. Cette île de l’Océan Indien à 9000 km de la France et 400 km des côtes Africaines si proche et pourtant si différente de sa voisine La Réunion que nous connaissons mieux, compte 16 M d’habitants dont plus de 2 M pour la seule capitale Antanarivo. Dix huit groupes ethniques différents peuplent Madagascar, mosaïque de religions, de cultures et de races, c’est la 4e plus grande île au monde, sa superficie correspond à celle de la France et du Luxembourg réunis. Enfin et surtout elle possède une faune et une flore endémiques exceptionnelles au monde. Nous sommes partis au début du mois d’août en plein hiver austral mais sous ces latitudes l’hiver reste très relatif, les côtes sont baignées de soleil et les pistes du Sud raquantes de sécheresse.

Madagascar : La diagonale du fouAprès l’incontournable arrivée à Tana, la capitale, notre circuit commençait vers le grand Sud malgache. Départ du périple de Fort Dauphin dernier aéroport, dernière vraie ville avant les pistes cahoteuses, les villages isolés et les plages désertes. Les 4 x 4 flambants neufs, galeries lourdes du matériel de camping, des vivres et surtout de l’eau que nous ne trouverons plus, nous attendent devant l’hôtel. Une pensée émue vers cette dernière nuit de confort, de draps blancs et de douche tiède avant d’affronter notre futur ; une semaine de bivouac en tentes igloo équipées de tapis de sol et duvets, et pour la toilette …un bol d’eau douce (pour les dents ! ! !) et la mer à chaque fois que cela sera possible. La piste rouge défile déjà devant nous bordée d’euphorbes et de figuiers de barbarie géants, nos esprits vagabondent bercés par le vent chaud qui entre par les fenêtres ouvertes. Nous essayons d’imaginer vers quel coin du bout du monde nous allons nous arrêter pour notre première nuit sous les étoiles. C’est le parc national d’Andohahela qui sera notre première étape. Promenade magique dans une végétation inconnue, palmiers trièdes endémiques de l’Ile, plusieurs espèces de pachypodiums aux formes étranges, une sorte d’euphorbes dont le tronc doré brille au soleil comme s’il était constitué de lingots d’or, aloes cramoisis et puis nos premiers lémuriens les makis à queue annelée, charmants et curieux, intéressés sans nul doute par quelque banane cachée dans les poches de ces « vasahas » (étrangers en Malgache). Petits yeux d’écureuil, oreilles de Gremlins et douceur de nos chatons ils sont vraiment très mignons. C’est, enchantés et fourbus que nous nous apprêtons à passer notre première nuit sous la tente, en pleine nature. Tentant de surmonter mes appréhensions de serpents, scorpions et autres rampants de ces forêts obscures, j’eus beaucoup de peine à m’endormir. Sommeil brusquement interrompu par des cris aigus au plus profond de la nuit, un drame venait de se passer. Le cœur battant, recroquevillée sous la tente, je retenais mon souffle mais le silence était revenu, et bientôt l’aube grise … enfin ! Avec les premières lueurs du jour tout est redevenu calme et serein. Le ciel se teinte de rose et de mauve. Les guides s’affairent déjà autour du petit déjeuner, bizarrement une odeur de poisson grillé monte aux narines ; ce sont heureusement les préparatifs du prochain pic-nic dans la brousse, ce matin nous nous régalons de tartines beurrées, confiture d’ananas et café brûlant avant de reprendre la route, plein Sud, vers Lavanono. A l’extrémité de l’île l’océan est indompté, les rouleaux, ourlés d’écume, s’écrasent sur d’immenses plages blanches. Le bush du rivage est sculpté par les vents, des liserons mauves courent sur le sable, le bleu pur du ciel inonde l’infini, le site est sauvage, désert, sublime..

Madagascar : La diagonale du fouLe bain dans les vagues de cette fin d’après midi était vivifiant et sportif, toute la poussière de la piste s’était envolée et nous étions épuisés, pourtant, à la nuit tombée, venus d’un village que l’on ne soupçonnait pas, les enfants des pêcheurs sont venus danser et chanter les contes du sud ancestral. Nous avons beaucoup joué, dansé et rit avec eux et ce n’est que tard dans la nuit, que nous nous sommes quittés. Nous partons pour Itampolo et Beheloka c’est l’étape la plus longue et la plus incertaine du voyage ; nos guides tentent une nouvelle piste qui devrait nous faire gagner quelques heures de trajet. Le paysage est superbe ; les euphorbes tendent leur feuillage gracile vers le bleu du ciel, les figuiers de barbarie croulent sous des grappes de fruits orangés. Parfois un chariot traverse la piste au pas lent d’un couple de zébus, les enfants observent avec curiosité nos véhicules tout terrain soulever un nuage de poussière sur leur passage. Au bout du chemin ; quelques maisons tressées en feuilles de palme, c’est un village. Le sud craque sous le soleil, les rivières redeviennent poussière, la vie est suspendue aux pluies trop rares qui feront reverdire la forêt desséchée, mais depuis combien de temps n’a t elle pas reverdit ? Seuls les cactus résistent et peut être aussi ces tortues Radiées Sokatra, endémiques du sud malgache qui traînent leur nonchalance dans la poussière rouge de la piste. Paysages d’un autre monde, rythme d’un autre temps, l’authenticité est intacte. La route fut longue et difficile, il fallut décapiter les gigantesques figuiers de barbarie qui envahissaient le chemin, crapahuter sur des cailloux pendant des kilomètres, couper les branches d’euphorbes à la sève toxique et traverser des lits de rivière ensablés et puis enfin nous sommes arrivés à Beheloka. Une autre plage mais très différente de l’océan du cap sud. Ici la mer a des allures de lagon, bleue turquoise et transparente, Nos regards embrasent une féerie d’eau et d’azur, les vagues meurent doucement sur la grève et ramènent sur le sable de grosses porcelaines mouchetées. Nos seuls pas marquent le sable de la plage déserte, une impression sublime de commencement du monde nous étreint. Le soir à la faible lueur des lampes à pétrole nous avons dévoré des langoustes grillées et des poulpes à l’armoricaine, faut-il préciser qu’un de nos guides et… cuisiniers est Français ! ! Nous resterons deux jours sur cette plage idyllique.

Madagascar : La diagonale du fouLe lendemain, aux aurores, départ en pirogues avec les pêcheurs Vezes pour une longue ballade en snorkeling ; la faune est somptueuse, les impérators, balistes picasso, poissons cochers et anges, perroquets turquoises, évoluent dans un décors de corail et d’anémones multicolores. Les tortues marines reprennent leur souffle en surface, si proches de nos visages que l’on s’observe en toute quiétude avant qu’elles ne s’éloignent à nouveau vers les profondeurs. Lorsque nous remontons émerveillés sur les pirogues nos pêcheurs ont, pendant ce temps, harponné bonites et carangues pour le déjeuner, c’est à la voile, en surfant sur les vagues qu’ils nous ramènent sur la plage. Après midi de farniente, de soleil et de baignade bien appréciée. Le soir venu, autour d’un feu de camp, bercés par le clapotis des vagues, nous avons dégusté un délicieux punch au citron vert. Nous avons salué nos pêcheurs de la veille avant de repartir vers d’autres horizons. La route passe par le couloir d’Itambono pour rejoindre Betoky et le paysage change. Les cactus cierges et les baobabs prennent peu à peu la place de la forêt aride du grand sud. Les arbres redeviennent verts et les pachypodiums sont en fleurs, c’est aussi le domaine des grands tamariniers dont les fruits constituent l’essentiel de l’alimentation des lémuriens. Nous sommes dans la réserve de Bezaha Mahafaly qui allait nous enchanter de rencontres délicieuses.

Madagascar : La diagonale du fouEn collaboration étroite, des chercheurs de l’Université de Cambridge et de Tananarive recensent la population des makis et des propythèques de verreaux. Ils peuvent en parler pendant des heures et connaissent tout sur les mœurs de ces animaux si particuliers. Pendant que nous les écoutons avec intérêt, une bande de makis à queue annelée s’amuse tout près de nous dans les flaques de soleil. Ils grimpent brusquement dans les arbres ou se coursent sur le sol, parfois ils s’arrêtent pour faire un brin de toilette, nous observent du coin de l’œil prêts à bondir, puis repartent aussi vivement qu’ils étaient venus. Ils ont fait notre enchantement de photographes. Nous n’espérions pas de comité d’accueil plus sympathique.

Madagascar : La diagonale du fouNotre ballade au cœur de la réserve a été riche de rencontres et d’émotions. Les propythèques de verreaux réchauffent leur ventre immaculé aux premiers rayons du soleil avant de commencer leur quête de nourriture. Ils adoptent des positions incroyables d’équilibristes, s’épouillent gentiment entre deux décorticages de graines et se régalent jusqu’à la nuit de branches en branches, de feuilles en fruits. Plus loin c’est un groupe de lémuriens Catta qui chahute au sommet d’un tamarinier et là dans ce creux d’arbre, à porté de mains, c’est un lepilémur qui dort… les yeux ouverts. Il a chassé des insectes toute la nuit avant de se blottir au creux d’une écorce pour attendre la fin du jour. Il est craquant avec ses gros yeux globuleux et ses petites oreilles rondes, gros comme le poing, c’est une petite peluche que l’on adorerait caresser. Un peu plus loin deux petits lémuriens nocturnes nichent dans le même trou, petites mains accrochées au bord du nid, serrés l’un contre l’autre, pas plus gros qu’une souris qui aurait une tête de nounours. Près de la rivière des maki fauves s’en vont à quatre pattes, queues dressées, s’abreuver dans une flaque, une maman traverse le chemin, son bébé accroché sous le ventre. Dans certains arbres toute une famille se réunie ; collection de queues pendantes ou course effrénée dans les tamariniers : ils sont heureux ici et pendant quelques heures, grâce à eux, nous l’avons été aussi. En quittant la réserve, une troupe de sifaka traverse la piste, juste devant la jeep. A terre ils dansent, légers, élégants, dressés sur leurs deux pattes arrières, bras levés quelques sauts…ils sont déjà de l’autre côté. Les makis nous avaient accueillis, les propythèques ont dansé pour nous dire au revoir…

Madagascar : La diagonale du fouLa route du lendemain nous ramenait doucement vers la civilisation et ce matin là nous avons plié nos tentes pour la dernière fois. La piste n’est plus déserte, de nombreuses charrettes remplies de marchandises se rendent au marché de Betioky. Il n’a lieu qu’une fois par semaine mais il faut souvent une journée entière pour s’y rendre et autant pour en revenir. Sur la grande place écrasée de soleil les femmes rivalisent d’élégance, boubous multicolores, capelines ajourées, coiffes traditionnelles, le marché de Betioky a des allures d’Afrique noire. Des vendeurs ambulants transportent des lambeaux de viande fraîche ? sur un bâton. Les femmes attentives humectent régulièrement basilic, coriandre et autres herbes aromatiques. Les tomates voisinent avec des montagnes d’oignons et les racines de manioc. Il y a de tout sur le marché de Betioky ; bananes, riz rouge, crabes de terre attrapés dans la mangrove, bâtons de canne à sucre, cacahuètes grillées, petites saucisses sur barbecue charrettes et zébus posés au milieu des étals. Eclats de voix, éclats de rire c’est le cœur du Sud qui bat un peu ici, mosaïque de visages, de races et de couleurs. Nous quittons la piste à Andranovory par la nationale 7 (qui n’a de « nationale » que le nom) vers le plateau désertique de l’Horombe, le paysage est différent : nous sommes dans un décors de western, montagnes de grés ocre, vastes plaines à zébus grillées par le soleil et les feux de brousse. Villes de chercheurs, non pas d ‘or mais de saphirs et de béryls, le sous-sol de Madagascar est très riche, des mines de pierres précieuses sont exploitées à ciel ouvert. Même si, parfois, une pièce rare et très pure est trouvée, la plupart des hommes qui tentent leur chance ici en espérant devenir riches, repartent pauvres, exploités par des négociants venus de Thaïlande, du Sri-Lanka et autres spécialistes en gemmes du monde entier. Galeries de fortune risquant de s’effondrer à tout moment, villes de délinquances et de débauches, ils ne reviendront pas tous de cette aventure.

Madagascar : La diagonale du fouNous arrivons dans le massif de l’Isalo. Le relief est ruiniforme marqué de gorges et de profonds canyons. Le minéral et le végétal composent en symbiose la beauté du paysage et le ciel bleu azur baigne de lumière les falaises ocres et les pitons rocheux. De difficultés variables, les randonnées sont à l’honneur. Dans le canyon des makis une rivière sacrée coule enfouie sous une végétation luxuriante, parfois elle tombe dans un puits profond d’eau émeraude puis ressurgit au creux de gros rochers. Le soleil fait briller les plumeaux des roseaux en fleurs, des libellules transparentes dansent dans le soleil, le soir les makis descendent des grands arbres pour boire quelques gorgées de cette eau limpide. Une araignée phosphorescente a tendu sa toile dans un pendanus et attend patiemment quelque imprudent attiré par la fraîcheur. Les papillons butinent des petites fleurs roses qui couvrent les buissons. En écoutant le murmure de l’eau et le gazouillis d’oiseaux invisibles on imagine que le jardin d’Eden devait ressembler à un endroit comme celui-ci. La piscine naturelle, les visages de l’Isalo, la route des crêtes, sont autant de promenades magnifiques qui enchanteront le randonneur. Dans l’immensité minérale, avec le bruit du vent, parfois le cri strident d’un rapace en chasse, écrasé de chaleur, le promeneur avance avec peine sur les chemins rocailleux. Au bout de quelques heures, le bain dans l’eau fraîche de la piscine naturelle semble délicieux. Le site est sublime ; au creux des rochers chauffés à blanc par le soleil, coule une petite rivière, oasis de fraîcheur bordée de pieds d’éléphants en fleurs et d’arbres du voyageur. Au cœur de ces paysages désertiques il y a une étape de charme à ne pas manquer : l’hôtel de la Reine ; blotti contre la montagne, parfaitement intégré à la nature environnante c’est un havre de paix de luxe et de volupté. Le lendemain nous traversions une autre partie de l’Isalo en direction des hauts plateaux vers le Nord de l’île. En passant les portes du sud nous laissions derrière nous, des visages, des émotions, des souvenirs, l’envoûtement des grands espaces, la magie du grand sud Malgache.

Partager
Martine Demezuck | 26.11.2004 | 1999 visites | 0Favoris |
8
photos associées
Madagascar : La diagonale du fouMadagascar : La diagonale du fouMadagascar : La diagonale du fouMadagascar : La diagonale du fouMadagascar : La diagonale du fouMadagascar : La diagonale du fouMadagascar : La diagonale du fouMadagascar : La diagonale du fou
0
commentaires à ce reportage
Souhaitez-vous faire un nouveau commentaire ? Cliquer ici
Créer un compte

Aujourd’hui voyageur,
demain rédacteur...

Une sélection de 3 articles sera mise en avant chaque mois

Créer un compte
Envoi d'un site thématique

Thématiques : farfouillez avec nous !

Si vous connaissez l'adresse d'une "pépite du net", n'hésitez pas à la partager avec nous !

Envoi d'un site thématique
Envoi d'un site utile

Développons ensemble l'annuaire des sites utiles

Vous connaissez un site utile pour les voyageurs ? Indexez-le dans notre annuaire.

Envoi d'un site utile

info plustags associés