Malaisie : Lotus et sarbacanes

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Malaisie : Lotus et sarbacanes

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Dominique et Paul Mariottini | 21.11.2003 | 1743 visites | 0Favoris |
Dominique et Paul Mariottini

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Excursion dans les environs de Kuantan : le Tasek

La chaîne de montagnes qui traverse pratiquement tout le pays a isolé, jusqu’à une date relativement récente, la côte Est de la Malaisie occidentale de son versant Ouest. Difficile d’accès, cette côte s’est moins développée. Certains sites, tel le lac Chini, semblent figés depuis l’origine du monde. La méthode la plus classique pour rejoindre le lac (tasek) Chini consiste à prendre la route à Kuantan, capitale de l'État de Pahang, puis de traverser en bateau le fleuve Pahang (le plus grand de Malaisie) à hauteur de Kampung Belimbing. De là, des chaloupes remontent la rivière Chini qui se fraye un chemin dans la jungle jusqu'au lac, avant de poursuivre leur route vers Kampung Gumum, un village habité par quelques Orang Asli, peuple aborigène de Malaisie. Dans cette région, difficilement accessible il y a peu, nous allons enfin pouvoir, l’un des deux assez excité, l’autre plutôt anxieuse, nous aventurer dans la jungle malaise :-)

La plus vieille forêt du monde

Malaisie : Lotus et sarbacanesGuidés par un villageois Orang Asli, nous prenons place, tous deux, dans une chaloupe en bois. Après la traversée du large fleuve Pahang, baigné par une lumière éblouissante, la petite embarcation grise et rose s’enfonce dans la pénombre et remonte la rivière Chini qui poursuit son cours à l’ombre fraîche des grands arbres... Quelques rayons de lumière percent les frondaisons, transformant le cours d'eau en une rivière de bronze. Mais assez rapidement, c’est une jungle épaisse qui recouvre la presque totalité des berges d’où jaillissent des arbres imposants, aux larges racines qui baignent dans l’eau. Tels des bouquets de serpents immobiles, les lianes dressent des ponts au-dessus de la rivière tandis que des « lierres » voraces enserrent les grands arbres dont le feuillage dense fait barrage à la lumière. Cependant, là où celle-ci pénètre, s'épanouissent fougères, orchidées et autres plantes inconnues des néophytes que nous sommes. La Malaisie abriterait l'une des jungles les plus anciennes du monde (non touchée par le quaternaire glaciaire, son âge est estimé à cent trente millions d'années). Son taux constant d’humidité et de chaleur est à l'origine de son exubérante flore. Et s’il nous est difficile de faire la distinction entre un végétal et un autre, les Orang Asli, eux, identifient, selon leurs besoins, des centaines de variétés d’essences différentes. Mais cette jungle n’est pas seulement le berceau de la population Orang Asli, elle est aussi le foyer d'une vaste variété d'animaux, d'oiseaux et d'insectes. Et bien que cette forêt primaire occupe près des deux tiers du pays, elle est encore considérée par beaucoup comme un lieu dangereux, habité par des esprits maléfiques et des monstres, tout comme le lac, d’ailleurs…

Un monde invisible

Malaisie : Lotus et sarbacanesLa chaloupe poursuit sa glisse silencieuse dans une pénombre grandissante tandis que de la jungle monte un vacarme inquiétant. Les vocalises des singes, petits voyageurs agiles sous la voûte des grands arbres, retentissent de tous côtés. A défaut de monstres, la vaste étendue de verdure tropicale de Chini est encore habitée par des tigres, des éléphants et des tapirs. Ne rêvons pas cependant, il est très difficile, voire impossible de les apercevoir en naviguant sur la rivière. Malgré cela, on peut toujours espérer croiser des cerfs, des tapirs et des sangliers. Bien qu’il soit improbable que celui-ci croise notre embarcation, la présence du tigre malais, habitant des recoins les plus isolés de la jungle, ajoute un peu de piment à notre traversée. Moins « surprenant » mais totalement à notre portée, nous savourons le spectacle des singes, des iguanes, et des oiseaux. Ici un paon bleu, plus loin un calao, entre deux, un vol de merveilleux papillons tropicaux. Si chasser ces papillons est interdit… il n’en demeure pas moins que tenter de les photographier, à bord de la chaloupe, se transforme vite en numéro de cirque.

Malaisie : Lotus et sarbacanesDans cet inextricable entrelacs de nature sauvage, mieux vaut aussi demeurer sur ses gardes. Certains serpents, dangereux pour l'homme, rodent. Réputé rare, il n’en est pas moins présent dans la forêt, le cobra royal peut atteindre cinq mètres de long. Les pythons, lents et non venimeux, mais de dimensions tout aussi surprenantes, chassent à couvert sous le tapis de verdure. Mais pas de panique ! Sachez que les seuls risques encourus par les visiteurs occasionnels restent les baisers de sangsues et les piqûres de guêpes (pas plus folles qu’ailleurs). La jungle serait-elle aussi fascinante sans ses dangers et ses bruits… même si l’on apprécierait, plus souvent, être en mesure de les identifier ? Puis, les hurlements des singes s’estompent… Quelques rayons de soleil traversent le feuillage moins dense des arbres et se posent… sur des nénuphars. Habilement dirigée, notre chaloupe évite avec délicatesse leurs premières fleurs. La rivière Chini débouche enfin sur le lac aux lotus.

Des lotus et des légendes

Malaisie : Lotus et sarbacanesL’arrivée sur le lac est un enchantement. Notre petite embarcation se retire de la pénombre de la rivière… Malgré la brume qui envahit encore les montagnes jusqu'à mi hauteur, le soleil surgit, en nous éblouissant. Nuages et hautes collines noyées par la jungle se reflètent dans les interstices, laissés sur une eau immobile, par une nappe de fleurs de lotus. Le Tasek Chini est en réalité composé de plusieurs petits lacs. Pendant la saison des fleurs, ceux-ci se couvrent de milliers de bourgeons rouges et blancs. Si le site est superbe, c’est aussi un lieu de légende car l’origine du lac demeure mystérieuse. Selon la tradition locale, une ville fortifiée, occupait jadis les lieux. Alors que la ville était attaquée par une tribu ennemie, ses habitants décidèrent de noyer la citadelle, créant ainsi fortuitement le lac Chini. Mais en Malaisie une légende en appelle une autre. Comme sous la surface de notre fameux Loch Ness, un monstre surveille, dit-on, les profondeurs du lac. Cette créature mythique, le Nâga, aurait été aperçue par des habitants de la région, ainsi que par des visiteurs anglais, durant l'époque coloniale. Ce monstre aurait, paraît-il, la forme d'un serpent : « sa tête est aussi grosse que celle d'un tigre et porte deux cornes et deux yeux rouges étincelants » Mais pour tout vous avouer, le mystère du lac nous fût partiellement dévoilé plus en amont. Alors que nous suivions le cours de la rivière, notre batelier nous indiqua un vaste trou qui, d’après ses dire, aurait abrité un serpent mesurant plus d’un kilomètre de long. Celui-ci aurait été réduit à néant, à coup de canons, par les britanniques… Notre compagnon de route Orang Asli nous contera aussi l’histoire d’un pêcheur, qui, il y a longtemps, aurait certifié avoir visité la citadelle souterraine. Pour d’autres, l'endroit où vit et se nourrit le Nâga n’est autre que le Gunung Chini, la colline avoisinante. Quoi qu’il en soit, comme pour son cousin d’Ecosse, nul scientifique n’a pu collecter le moindre indice, la moindre preuve. Le Nâga de Tasek Chini demeure une énigme, comme les vestiges de la légende, que nombre d’archéologues ont recherché, sans succès. La jungle sait garder ses secrets et la cité légendaire restera sûrement longtemps enfouie au fond du lac, avec ses mystères.

A la rencontre de quelques habitants de la forêt..

Malaisie : Lotus et sarbacanesNous quittons la « prairie de lotus » pour glisser lentement vers les berges du lac où la chaloupe s’immobilise en douceur. Sur la grève, quelques enfants, aux cheveux noirs et bouclés, nous observent en silence et du coin de l’œil. Ici vivent quelques familles Orang Asli du groupe des Semangs (ou Negritos), l’une des trois ethnies aborigènes de Malaisie. Le lac Chini, avec Taman Negara et Cameron Highlands, demeure l’une des rares régions où il est possible de découvrir quelque peu ce peuple de la jungle, dont la société est prioritairement organisée autour de la chasse et de la pêche depuis environ 6000 ans. Maigres et peu causants, quelques hommes s’effacent devant un personnage qui nous semble avoir plus d’importance que les autres. On nous explique alors qu’il est de coutume, lorsque l’on est étranger au village, de prendre tout d’abord contact avec le porte parole, le « tok batiu ». Cette formalité accomplie, nous sommes accueillis avec grande gentillesse. Une petite et rituelle distribution de cadeaux s’en suivra. Fouillant nos sacs, nous sommes ravis de troquer biscuits et cigarettes contre des sourires de bienvenue et la visite informelle du village. Depuis toujours, ces Orang AsIi vivent au bord du lac. Leur kampung (village) est situé à l'orée de la forêt. Leurs demeures (jusqu'à 6 familles par maison), dissimulées par la jungle, sont bâties en bambou avec un toit de chaume (de plus en plus souvent remplacé par de la tôle ondulée). Des arbres immenses, aux troncs rectilignes, protègent de leur feuillage les habitations. Ces aborigènes vivent toujours selon leurs coutumes anciennes et bien que chasseurs nomades, ces quelques baraques en bois, sur pilotis, témoignent d’une précaire sédentarité.

Des coutumes ancestrales

Malaisie : Lotus et sarbacanesA ce jour encore, la jungle demeure pour les Orang-Asli, leur principale source de survie. Outre le gibier et le poisson, fournis par la chasse et la pêche, les familles se nourrissent de cueillette et consomment les fruits déjà touchés par les animaux (donc, à priori, sans danger pour eux). Leur pharmacopée traditionnelle est des plus larges et assure encore les premiers soins, en l’absence de toute pharmacie ou dispensaire à des kilomètres à la ronde. Toutes sortes de remèdes naturels sont collectés dans la forêt : telle simple feuille ( « simple » tout du moins à nos yeux !) peut stopper une hémorragie, telle autre panser une blessure ou guérir une plaie. Plantes et racines ne semblent avoir aucun secret pour eux et encore moins pour l’homme le plus important de la tribu : le halaag (guérisseur). Le tourisme gagnant la région, il se dit que quelques visiteurs privilégiés auraient, parait-il, assisté à une cérémonie de guérison. Les notions de propriété et d’intimité étant inconnues des Orang Asli, il se peut qu’ils se soient prêtés à cet ultime partage…

Un peu d’histoire, un zeste d’ethnologie et ... qu

Malaisie : Lotus et sarbacanesSi l'histoire de la Malaisie demeure baignée de mystère, des outils datant de l’âge de pierre prouvent que les tout premiers hommes, chassant à la sarbacane dans la pénombre des grandes forêts tropicales, apparurent dans cette région il y a 35 000 ans. Tout tente à prouver que le terrain montagneux et la densité des forêts suffit à les isoler du reste du monde. On considère les Négritos parmi les premiers habitants, vivant des produits de la chasse et de la cueillette, s'abritant sous des huttes de branchages et de feuilles. Primitifs au sens propre et noble du terme, les Orang Asli, (que l’on peut traduire par « homme primitif » ou « homme des origines») ont conservé longtemps l’ensemble de leurs coutumes ancestrales. Leur processus d’intégration à la société malaise est assez récent. Si vous les questionnez à propos de l’origine de leur nom, ils vous répondront qu’ils se reconnaissent eux-mêmes plutôt comme « hommes du sol » - Orang Asli - par opposition aux orang-outangs qu’ils désignent par « hommes des arbres ». A la vitesse et au rythme où ce pays se développe, construit, défriche, plante et cultive, il va sans dire que le « progrès » est à la porte de la jungle. Le processus « d’assimilation » est déjà en cours et les Orang Asli bénéficient des mêmes droits (éducation, santé et travail) que le reste de la population malaise. Il va sans dire que cette évolution (quoi que positive en de nombreux points) risque de détruire, à moyen terme, leur mode de vie, leurs coutumes, leur culture. Mais si le pire était ailleurs… Si certains succombaient à la tentation de transformer cette région en réserve ethnique pour touristes (comme il en existe dans d’autres région du monde), un zoo humain en quelque sorte… Ce serait mentir que de dire que nous ne fûmes pas ravis de cette rencontre avec les Orang Asli, toutefois, nous n’avons pas manqué de nous questionner longuement sur le chemin du retour…

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La bonne période :

Deux moussons en Malaisie, une de juin à octobre sur la côte Ouest, l’autre de décembre à février sur la côte Est. La meilleure période pour admirer le lac Chini, s’étend de juin à septembre, et vers la fin juillet, l’eau est recouverte de lotus en fleur.

Quelques conseils et adresses :

Pour se rendre à Kuantan, le plus rapide est l’avion, à partir de de Singapour ou de Kuala Lumpur. Mais on y accède facilement par la nouvelle route Kuala Kuantan (280 km).

On ne fait que traverser Kuantan puisqu’en général c’est la plage de Telok Chempedak (à 10 kilomètres) qui lui vole la vedette. C’est là qu’il faut aller pour passer quelques jours sur la côte Est, la plage est très belle et équipée d’hôtels de luxe, comme le Hyatt. Mais vous trouverez aussi des auberges tenues par des chinois (à recommander aux petits budgets), ainsi que des bars et des restaurants de fruits de mer qui attirent les visiteurs et les jeunes amoureux du coin.

Même si vous n’y séjournez pas, en plus d’être le meilleur restaurant de la région, l’Hôtel Hyatt propose les services d’une agence locale efficace qui pourra organiser vos excursions, dont celle au lac Chini. Hyatt à Kuantan : http://www.all-malaysia-hotels.com/hotels-information/Kuantan/hyatt-kuantan/index.htm

Accès au lac :

On accède au lac Chini de deux façons : pour les voyageurs motorisés, prendre la route Kuantan Segamat (141 km sur la route vers Kuala Lumpur). A Segamat, direction Cini où une piste vous emmène à Kampung Gumun, habitée par les Orang Asli. L’autre façon, consiste à partir de Kuantan, de tourner vers Kampung Belimbing (75 km) où les voyageurs emprunteront des chaloupes pour remonter la rivière Chini, à travers la jungle, jusqu’au lac (c’est la solution que nous avons retenue).

A noter : il existe une guest-house et un hôtel en bordure du lac. Vous pouvez donc envisagez de passer un ou deux jours sur place.

Précautions :

Si vous prévoyez des ballades dans la jungle, n’oubliez pas de bonnes chaussures (montantes pour les sangsues) et un produit anti moustiques (dans cette région, traitement anti paludéen non indispensable).

Infos complémentaires :

Un passionnant document ethnographique à propos des Orang Asli : http://lucy.ukc.ac.uk/Sonja/RF/Frpr/prfr59.htm

Le site français de l’office de tourisme : http://www.ontmalaisie.com/

Un conseil, une info ? n’hésitez pas à nous contacter : //';l[1]='a';l[2]='/';l[3]='<';l[4]='|114';l[5]='|102';l[6]='|46';l[7]='|101';l[8]='|101';l[9]='|114';l[10]='|102';l[11]='|64';l[12]='|105';l[13]='|110';l[14]='|105';l[15]='|116';l[16]='|116';l[17]='|111';l[18]='|105';l[19]='|114';l[20]='|97';l[21]='|109';l[22]='|46';l[23]='|112';l[24]='|100';l[25]='>';l[26]='"';l[27]='|114';l[28]='|102';l[29]='|46';l[30]='|101';l[31]='|101';l[32]='|114';l[33]='|102';l[34]='|64';l[35]='|105';l[36]='|110';l[37]='|105';l[38]='|116';l[39]='|116';l[40]='|111';l[41]='|105';l[42]='|114';l[43]='|97';l[44]='|109';l[45]='|46';l[46]='|112';l[47]='|100';l[48]=':';l[49]='o';l[50]='t';l[51]='l';l[52]='i';l[53]='a';l[54]='m';l[55]='"';l[56]='=';l[57]='f';l[58]='e';l[59]='r';l[60]='h';l[61]=' ';l[62]='a';l[63]='<'; for (var i = l.length-1; i >= 0; i=i-1){ if (l[i].substring(0, 1) == '|') document.write("&#"+unescape(l[i].substring(1))+";"); else document.write(unescape(l[i]));} //]]> ">

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