Mali : Mopti, la Venise du Mali

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Mali : Mopti, la Venise du Mali

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Arnaud Luce | 23.02.2005 | 882 visites | 0Favoris |
Arnaud Luce

Mali : Mopti, la Venise du MaliSituée à la confluence du Bani et du majestueux fleuve Niger, la ville de Mopti jouit d’un site remarquable. Cité de banco insulaire, entourée d’eau une partie de l’année, ses habitants se déplacent en pirogue. Les couchers de soleil sur le fleuve sont exceptionnels, comme l’est aussi la diversité de sa population, un véritable concentré de la richesse culturelle du Mali.

Mali : Mopti, la Venise du MaliLe fil de la route bordé d'arbres serpente sur un tapis vert. Des rizières s'étendent à perte de vue. La trouée d’asphalte, couloir flottant sur l'eau, nous mène à cette fleur d’ocre posée sur les flots : Mopti. Mopti ! Cité des eaux, où se joignent le Niger et le Bani. Mopti, Venise du Mali, flotte sur l'onde. Dans le pays des aventures d’Amkoulel , resté à 80 % rural, Mopti ville sahélienne, Mopti ville de banco malienne, s’étale, langoureuse, dans le couchant d’un soleil fondant dans le Niger. Coups de bec, froissements d’ailes et chants des milliers d’oiseaux du fleuve, à l'aube, pélicans, martin pêcheurs prennent leur envol et planent au dessus des îlots rose du fleuve. La ville donne l'exemple d'une de ces rares cités où il a fallu construire le sol même de la ville avant de bâtir les maisons. Ici, tout porte la marque de l’ancestral rapport entre l'eau et l'activité des hommes. Mopti doit sa survie aux nombreuses digues qui régulent ses activités. On ne voit pas de canaux modernes, mais des lacs intérieurs, des entrelacs de bras du fleuve qui serpentent entre les quartiers, faisant de certains des îlots qu'on ne peut joindre qu'en pirogue. Et surtout le majestueux et généreux Niger (appelé Djoliba), bordé de quais, nerfs du négoce dans cette ville grouillante et débordante de vitalité. Le ballet aquatique des pinasses (pirogues effilées) et de dizaines d'autres embarcations chargées à ras bord et glissant sur l'eau est à nul autre pareil. Au crépuscule, le disque rougeoyant envoie ses derniers rayons sur le Niger en feu et que Mopti s’enveloppe d’un halo de lumière ambrée.

Mali : Mopti, la Venise du MaliA Mopti, on retrouve les marques du passé. A son origine, la ville était constituée de campements de pêche (daga) de l’ethnie Bozo. Au départ, petit village de pêcheurs de ces maîtres des eaux, entre digues et canaux, Mopti a ensuite connu une forte expansion au 17ème siècle. Le site originel était constitué de huit îlots, qui ont été reliés par trois digues. Des familles commerçantes musulmanes Dioula se sont installées, assurant le débouché des négociants de Djenné, cité jumelle de Mopti, en même temps qu’elles ont développé des écoles coraniques. Aujourd’hui troisième ville du pays avec plus de 70 000 habitants intra muros, dont plus de la moitié ont moins de 20 ans, Mopti est le centre économique du Macina, région dont l’activité repose essentiellement sur l’agriculture (riz, mil, sorgho) et la pêche concentrée le long du Niger.. Le Macina, immense pleine bordant le lac Débo, se caractérise aussi par la présence en grand nombre de bergers peuls (ethnie d’éleveurs nomades), qui en période de décrue, font paître leurs bêtes sur les terres salées puis viennent les vendre à Mopti. Dans la ville, la densité des habitations est très forte. Construite sur des îlots qui ont été comblés au fil du temps, celle-ci ne bénéficie que d’un espace restreint. Enchâssée dans des rues étroites, les concessions voient leur espace se raréfier à mesure des naissances. La cité qui voudrait déborder de ses murs n’a pour cela qu’une alternative : gagner de l’espace sur les terres inondables. C’est ce qui est fait, inexorablement par ses habitants. Pour cela, ils utilisent depuis toujours la paille de riz, les déchets, les cendres ménagères et la terre récupérée dans les environs.

Mali : Mopti, la Venise du MaliLe quartier de Komoguel où se trouve la mosquée, rassemble des maisons en bancos. La couleur particulière du ciel de Mopti, éclairant tard le soir les reflets de l'eau, miroir laiteux, donne des nuances nouvelles à l'ocre des murs. La grande mosquée en terre battue et ses tours parsemées de bois dans le pur style de l'architecture soudanaise trône telle une gardienne de la ville. Le port concentre à lui seul une grande partie de l’activité. Les lourdes pinasses viennent s'amarrer alors que la foule des commerçants est très dense sous la chaleur. Les petites vendeuses aux cris de « dji be », « yahourti be », « lait caillé be », (« il y a de l’eau, du yahourt et du lait caillé ») gagnent leur journée dans la matinée. Véritable festival d'odeurs et de couleurs, le marché ''sougouniba'' voit les boubous, les marchandises, les pots de terre cuite de toutes tailles, le poisson séché, les noix de colas de Côte d’Ivoire, le sel en plaques de Taéoudeni et les oignons du pays Dogon, s’échanger dans un tumulte réjouissant. Carrefour de mixité des marchandises et d’hommes issus d’horizons divers, ce lieu de toutes les rencontres et de tous les échanges, représente le point central de la ville.

La réunion des ethnies

Mali : Mopti, la Venise du MaliA proximité du Pays Dogon et du Burkina, sur la route du désert, Mopti jouit d’une grande diversité culturelle. Elle revendique d’ailleurs ce statut de syncrétisme, comme en témoigne sa toponymie, qui signifie « réunion » (motti) en langue Peul. La cité constitue un carrefour des populations Peules (éleveurs), Bozo (pêcheurs), Somono (piroguiers), Dogon (paysans), Bambara (chasseurs et paysans), Songhaï (paysans et chasseurs de caïmans et d'hippopotames) et Touareg (éleveurs nomades et commerçants). La cité offre un véritable raccourci de l'histoire et du destin du Mali. Si les populations peules et Bozo sont les plus importantes quantitativement, de nombreux autres groupes colorent la ville et on entend parler à travers les ruelles ocres de la cité les sept langues nationales maliennes. Les Bozos, qui ont la réputation de pouvoir traiter la lèpre, exercent leurs activités essentiellement autour du poisson. Les hommes le pêchent, suivant sa migration au long de l’année, alors que les femmes s’occupent de sa commercialisation sur les marchés de la ville. On rencontre les campements Bozo alentour, sur des ilôts du Bani qui ne sont accessibles qu’en pirogue. Les peuls, eux, comptent parmi les plus grands éleveurs connus. Ils vivent en symbiose avec leurs animaux, qui constituent, plus qu’un cheptel, un véritable capital social et culturel. Ils font jouer leurs flûtes et leurs guitares pour leurs bêtes, avant que celles-ci ne traversent le fleuve. Une fois la tâche accomplie, les hommes sont applaudis et célébrés par leurs fiancées, peau couleur de citron mûr, habillées d'ocre et portées d'or et d'ambre. Les tam-tam battent, les voix s'élèvent et les corps exultent.

Tabaski

Mali : Mopti, la Venise du MaliA Mopti comme dans le reste du Mali, près de 90 % de la population est musulmane et l’islam constitue un véritable ciment social dans ce pays dont la population est constituée de nombreux groupes culturels différents. La réunion des différents groupe est d’ailleurs particulièrement prégnante au moment de la tabaski, fête religieuse la plus importante qui commémore le sacrifice d’Abraham. Le jour de la fête, tous les fidèles ont rendez-vous dans la quartier komoguel, à la mosquée de banco en milieu de matinée. La cérémonie s’effectue sous la conduite de l’imam et des milliers d’hommes prient et communient ensemble. Au terme de cette grande prière accompagnée du bruissement sourd des milliers de boubous amidonnés, le chef religieux procède au sacrifice rituel de l’animal. Les fidèles, amis et voisins se saluent et s’envoient des bénédictions, puis retournent dans leur concession familiale afin de pratiquer à leur tour le sacrifice rituel. La vie du mouton est ôtée de façon traditionnelle, sans artifices. Le sang vermillon coule, criard et enivrant parmi l’ocre des cours et des ruelles. Il est recueilli dans un trou, alimentant lui-même la terre nourricière. La chaleur est accablante, il est midi et le thermomètre dépasse les 45°C à l’ombre de cette journée intense. Dans la fraîcheur relative de la cour, l’animal est découpé par des mains expertes. La viande, séparée avec soin et équité est répartie en trois parties égales, pour la famille, les amis et les pauvres. Pendant la Tabaski, la solidarité s’exprime de toutes parts dans les artères de la ville. On offre du mouton aux amis, aux voisins, sans distinction d’origine ou de culte. Un habitant, au nom évocateur, Jean de Dieu raconte : « la Tabaski, c’est pour tout le monde, pour les musulmans, mais aussi pour les chrétiens comme moi. Moi, ma femme est musulmane et on fête aussi la tabaski ». Au cours de toute la journée, les différentes familles distribuent les sambe-sambe (bénédictions), parés de leurs plus beaux atours. Lors de ce grand moment de retrouvailles, la modernité bouscule la tradition. Une modernité qui s’exprime dans le matérialisme des produits importés que les « urbains » émigrés, ramènent à une famille avide, curieuse ou désabusée à mesure que l’âge du récipiendaire est avancé. Cette matérialisation des rapports modifie les représentations des africains, rudoie les habitudes, faisant entrer de plein fouet Mopti la traditionnelle dans le monde de la globalisation, modifiant par là même les rapports sociaux entre les habitants. La tabaski, qui prend un air si particulier à Mopti, semble être une manifestation idéale pour que s’exprime la solidarité de ses habitants. Elle qui s’exprime entre tous, réuni les habitants aux origines diverses dans une symbiose assimilatrice et de partage si propre à la grande ville du Macina. Si au terme des festivités, le quotidien reprendra son cours pour tous : inexorable chemin fait de privations, labeur, frustration et pauvreté pour le plus grand nombre. Néanmoins, tous, avec force, volonté et dynamisme, continueront de faire de la Venise malienne, cette cité si particulière, où chacun avec ses traditions et sa culture crée un territoire nouveau, fait de changement, de modernité et de création. A Mopti, alors que le soleil couchant rosi les façades, la rue fourmille, les habitants échangent et se mélangent et la vie bat son plein, assurément comme nulle part ailleurs sur la terre.

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Comment s’y rendre ?

Au départ de Paris, des vols charters toute l’année, les moins chers sont ceux du point

Afrique pendant l’hiver.

Au départ de Bamako, par avion, plusieurs vols par semaine pour environ 60 euros , sinon des

compagnies d’autocars assurent de nombreuses liaisons quotidiennes.

 

Manger 

Restaurant le Bozo. Bar, avec une vue imprenable sur le Bani. (223) 430 246.

Petits déjeuner sur le port avec les nombreux tabliers installés. Ambiance extraordinaire.

 

Dormir

Relais Kanaga au bord du Niger. Piscine, chambres climatisées. Tél : (223) 430 500.

 

 

     A voir

Le marché du jeudi avec les célèbres couvertures de laine aux motifs géométriques, des

bracelets de bronze, de pierres, des colliers et même des pistolets à silex à la crosse ouvragée,

les fameuses boucles d’oreilles en feuilles d’or de femmes peuls;

Le souk des marché où le visiteur y trouve les célèbres couvertures de laine (Kassa) aux motifs

variés, les bracelets de bronze, les f boucles d’oreilles aux feuilles d’or ou de bronze.

Les mares des îlots ou nichent des oiseaux, les fabriques de pirogues à côté du restaurant Bozo,

la fabrication de jarres en argile chez les potières du quartier de la mosquée.

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