
Mauritanie
Mauritanie : Chinguetti
En plein coeur du massif de l'Adrar, elle ressemble à une île entourée de sable. Elle est située au sud du Maqteïr et du Dhar Chinguetti, au nord de l'Ouarane, à équidistance d'Atar et de Ouadane. Le nom est issu de Shingît qui signifie "la source aux chevaux". C'est l'eau qui a décidé de l'établissement de cette cité au milieu des dunes; eau invisible sous une large "batha", mais permanente en quantité et en qualité. C'est cette eau qui, puisée au moyen de "l'echaylal" a fait naître le ksar et ses palmeraies. Cette nappe souterraine la reçoit, en juillet-août, des hautes falaises NW du Dhar Adrar, et du SE, par infiltration.
Historique
Les traditions orales datent la fondation de Chinguetti au XII°-XIII° S. Les Maures la considèrent comme la 7° ville sainte de l'islam. Les pèlerins qui s'y regroupaient chaque année avant de prendre la route de la Mecque étaient appelés, par les Moyens-orientaux, ' les gens de Chinguetti ', car le pays de Chinguetti désignait alors l'espace de la Mauritanie, voire le Sahara occidental dans son ensemble. Chinguetti est née du village d'Abweïr, qui existait déjà au VIII° S, et qui a disparu sous l'amoncellement des sables, au lieu-dit "Timengassen" (environ 4 km Est de Ch.). Ceci a été confirmé grâce aux pluies particulièrement abondantes de 1995, où le mur d'enceinte apparut, dégagé par le flot torrenciel de la batha. Toujours selon la tradition, c'est vers le XII°S., que des " Idawali " (tribu Berbère) y arrivèrent, poussés hors de Tebelbala à la suite d'un meurtre et, de plus, cédant quelque peu devant l'avancée des "Bani Hassan". On raconte que Mohamed Ghalli, ancêtre des " Laghlal " (une des actuelles tribus importantes de Ch.) était installé sur le site de Ch.. Il y fut rejoint par Yahya et d'autres Idawali. Ensembles, ils décidèrent de construire une autre mosquée à cet endroit, nommé, selon : les sources de Qiti, ou le puits du cheval. Des maisons s'élevèrent bientôt autour de la mosquée. Comme ils l'avaient fait à Abweïr, les Idawali firent de leur nouvelle ville une cité prospère entourée de jardins et de palmeraies et dont les habitants possédaient des troupeaux de boeufs et de moutons considérables. Chinguetti a pris ensuite de l'importance au détriment d'Abweïr, qui aurait disparu au bout de 40 ans. Chinguetti aurait compté 11 mosquées, des écoles, un marché important; et son influence religieuse et commerciale atteignait le Maghreb et le Soudan. Au temps de sa prospérité, sa population s'élevait à quelques 3000 habitants. Plus tardivement les Portugais parlent de ses activités commerciales au XV° S.. Les traditions orales confirment l'implantation de la cité sur l'itinéraire caravanier occidental dès le XIII° S. Son rôle fut très important en Adrar, aussi bien comme place commerciale que comme centre d'échanges dépendant du trafic caravanier (commerce du sel). Parrallèlement, Ch. acquiert sa notoriété et sa réputation de centre de regroupement des pèlerins. L'apogée de la ville se situe entre les XVII° et XIX° S., où son prestige fut grand grâce à ses fonctions religieuses et culturelles (enseignement, bibliothèques de manuscrits...). Beaucoup de savants du XVIII° et XIX S., voyageant au Maghreb et en Orient, prirent le nom de "ech Chinguetti ", tant était grande alors le prestige de cette cité. L'artisanat trouva donc d'excellentes conditions de développement dans cette ville commerçante, riche, isolée de ses rivales, au carrefour de grandes pistes caravanières. A longueur d'année, les scribes "katib", recopiaient Coran, hadith et livres d'étude. La caste des "Maallemin" comptait des armuriers et des bijoutiers réputés. Leurs femmes, habiles cordonnières, façonnaient des reliures et des étuis pour les livres; mais aussi des outres, des sandales et d'admirables sacs de voyage en cuir décorés. Le travail du cuir était favorisé par l'abondance d'acacias "talha" et "tamat". L'industrie de la sellerie fut très active au temps des caravanes. Tribus maraboutiques et populations commerçantes réussirent à survivre aux vicissitudes des guerres locales dont l'Adrar fut, au XIX° S., le théâtre quasi permanent. La richesse de la cité demeura surtout dépendante des conditions d'exploitation des salines d'Idjill, tant que dura le trafic caravanier. Isolée des massifs dunaires de l'Ouarane, à l'écart du trafic routier, gravement handicapée par la dégradation inéluctable de ses palmeraies, Chinguetti ne peut puiser dans ses seules traditions les moyens d'une régénération économique; la 'capitale', Atar ayant peu à peu concentré la totalité de ses activités rémunératrices et drainant, de ce fait, sa population. Cependant, depuis 1997, la montée du tourisme, détourné sur l'Adrar par les charters d'Atar, semble pouvoir amener le renouveau de cette belle cité. Mais à quel prix...?
Architecture
Sur le plan architectural, la cité ancienne est remarquable. L'appareillage extrêmement soigné des pierres qui composent les murs parfaitement lisses, les nuances de ces moellons de grès ocre-rougeâtre et rose, en harmonie avec le paysage dunaire qui entoure la ville, la découpure de ses terrasses étagées, les coins de rue arrondis, font de Chinguetti, malgré ses ruines, un très bel exemple de l'architecture de pierres nues. On retrouve sur la façade des murs, comme sur les piliers, les décors traditionnels de niches triangulaires et rectangulaires. Le jointoiement des pierres est exécuté à l'aide de banco (visible, puisque le revêtement en a été arraché par les pluies). Cette argile est extraite du sous-sol de Ch. depuis des siècles. Des puits de 10 à15 mètres donnent sur d'innombrables galeries. L'argile, de couleur blanc-roux, y est extraite à la pioche, transportée dans les tunnels à l'aide de brouettes et remontée dans des sacs à la corde fixée à une poulie au dessus du puits, où les ânes attendent leur chargement. Les maisons ont des portes à deux battants en bois de talha; elles s'ouvrent au dessus d'un seuil très haut qui fait obstacle à l'écoulement du sable, de la rue vers l'intérieur. Les sols des pièces d'habitation se situent à plus d'un mètre sous le niveau de la cour, partiellement remblayée par le sable éolien et par les pierres des murs effondrés. Ainsi se trouvent lentement ensevelies les constructions anciennes; certaines pièces étant devenues de véritables caves par rapport au niveau actuel des axes de circulation. Certaines maisons sont ainsi édifiées au dessus des ruines de maisons plus anciennes. Quoique classée patrimoine mondial par l'Unesco, Chinguetti n'a pas encore bénéficié de travaux d'une envergure suffisante pour stopper l'ensablement qui semble la conduire inéluctablement vers le même destin que celui d'Abweïr.





