Mauritanie : Histoire du banc d'Arguin / deuxième partie

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Mauritanie : Histoire du banc d'Arguin / deuxième partie

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Jean Finore | 16.12.2003 | 504 visites | 0Favoris |
Jean Finore

A la suite de l'abbé René de Naurois (1956), l'attention des naturalistes - dont Th. Monod - se voyait attirée sur cette région biologiquement si privilégiée qu'on pouvait la considérer comme abritant l'une des plus importantes concentrations d'oiseaux de mer de la planète. Le 24 juin 1976, la Mauritanie créait un parc national couvrant près de 1.200.000 ha., intéressant à la fois vasières et herbiers, côte et iles adjacentes. Mais c'est d'abord l'ile d'Arguin qui fera connaître au monde, de toute autre façon, ce paradis des naturalistes, où terre et mer se confondent et, où des hommes - les Imraguens - vivent en harmonie avec la nature. C'est une ile sur la côte Saharienne de la Mauritanie, dont une vaste baie aux eaux bleues et violettes, au dessus des herbiers. Simple plateforme de grès posée sur la mer, elle mesure quelques 6 km de long sur 4 de large. Balayée par l'alisé, écrasée de soleil, l'ile peut demeurer des années sans recevoir de pluie; aussi ne porte-t-elle que bien peu de végétation (qui ne reverdit d’ailleurs qu'après une averse). Un petit village abrite, dans des cabanes, quelques pêcheurs Maures exploitant des eaux exceptionnnellement poissonneuses. S'il existe de nombreuses iles sur cette côte, celle d'Arguin est la seule à posséder de l'eau douce, dans un puisard ouvert sur le plateau rocheux. C'est d'ailleurs ce qui allait permettre la permanence d'une présence humaine dans l'ile et expliquer toute l'histoire de celle-ci. Dès la fin de la préhistoire, l'homme s'installe dans l'ile et va y laisser de nombreuses traces de sa présence, sous forme de débris de cuisine, avec des dépôts de sable cendreux, parfois de plusieurs mètres d'épaisseur, renfermant des poteries, des haches polies, des coquillages, des ossements de poissons et de tortues... Après le néolithique, on ne saura plus rien de l'ile pendant plus de mille ans car les hypothèses avancées sur le passage de navigateurs Carthaginois restent sans le moindre support archéologique. L'ile a cependant dû être habitée, ou du moins visitée, par les tribus Berbères du Sahara adjacent. Il faudra donc attendre jusqu'au 15è siècle pour qu'Arguin entre dans l'histoire avec l'arrivée des caravelles Portugaises, chargées de pieux bandits, tout fiers de pouvoir, pour la gloire du Christ, piller quelques pauvres campements et " razzier " des esclaves. Bientôt les envahisseurs vont s'installer à demeure et bâtir une maison de pierre - mi- forteresse, mi-factorerie - pour y pratiquer, au nom du roi qui en a le monopole, un commerce import-export qui va troquer esclaves, poudre d'or, gomme arabique, peaux, etc...contre tissus, vêtements, marmites, outils et armes. La petite place va sommeiller et la minuscule garnison s'ennuyer pendant près de deux siècles. Mais la période Portugaise va s'achever avec l'arrivée en 1633 des Hollandais de la "Westindishe Cie", chassés à leur tour par les Français de Ducasse en 1678. En 1685, c'est le "Brandebourg" qui entre en scène. Le Grand Electeur voulant à son tour se créer un petit domaine colonial, avec un puissant château au Ghana et la médiocre place d'Arguin. Mais les successeurs de Friedrich Willhem Ier, devenus rois de Prusse, vont devoir se débarrasser de ces comptoirs ruineux, en les cédant aux Hollandais, en 1717. Le commerce de la gomme ayant acquis une grande importance pour l'industrie Européenne, la France va s'installer de vive force à Arguin, après les campagnes de 1721, 1723, 1724. Mais en 1728, ce sera l'abandon définitif. Entretenir une garnison à Arguin coûte décidément trop cher. D'ailleurs, c'est désormais beaucoup plus au sud que s'effectue la traite de la gomme. Arguin, lui, a retrouvé son calme après quatre siècles d'occupation étrangère. Le silence est revenu : plus de tambours, plus de coups de canon, plus de trompettes, d'étendards... C'est l'infatigable vent du nord qui souffle et siffle en maître sur l'îlot caillouteux dévoré de soleil. Le fort détruit, Arguin est mort, endormi dans le vent de sable. Toute la navigation Europe-Afrique passe prudemment au large d'un Banc justement redouté. Mais parfois, tout de même, c'est l'accident et le drame. Le 02 juillet 1816, la frégate "la Méduse", qui utilisait des cartes de 1753, dont les erreurs pouvaient atteindre, hélas, une centaine de km, venait s'échouer dans quatre à cinq mètres d'eau, à 50 km de la côte et, pour comble de malchance à marée haute. La suite, c'est l'évacuation de l'épave dans le plus complet désordre; l'embarquement de 146 hommes (et une femme) sur un affreux radeau flottant entre deux eaux, et à bord duquel il n'y avait ni vivres ni eau douce. C'est la fuite du gouverneur Schmaltz et du commandant de la frégate, Duroy de Chaumareys, l'odyssée des naufragés débarqués sur une plage et regagnant le Sénégal à pied, dans le sable. C'est surtout le drame du radeau où l'on s'entretue, ou l'on " s'entre-mange ". Au bout de 13 jours, le brick L'Argus ne retrouvera que 15 survivants, dont 5 vont encore mourir. C'est la toile géante de Géricault (4,91 m x 7,16 m) qui va faire du radeau de la méduse un thème si populaire et si célèbre, qu'il est resté vivant jusqu'à aujourd’hui. Il y eut aussi un opéra en 4 actes, en 1839, et même des drames, odes, pièces... Sur le plan historique, l'ile de Tidra a connu aussi son heure de gloire. C'est en effet en 427 (hégire) -1049 (post JC) - dans l'ile de Tidra, que le Berbère Abdallah ibn Yassin, apparenté aux Sanhaja, fonde un "ribat", communauté religieuse et guerrière. C'est dans ce monastère que des milliers d'hommes se préparent à la conquête, par une vie de prière et d'austérité. Ils s'appelleront les Almoravides ou el Morabitoun (arabe) ou el Mourabitin (assanyya).

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