
Mauritanie
Mauritanie :Les Imraguens, peuple de la côte Africaine
Isolés sur le Banc d’Arguin, les pêcheurs Imraguen sont confrontés à un environnement particulièrement hostile.Farouchement attachés à leur mode de vie, ils ont acquis une image de pêcheurs de légende, en associant les dauphins à leur pêche collective. Cependant, ils ont bien changé et ont dû s’adapter car la pêche traditionnelle est en perte de vitesse au profit d’autres pêches plus lucratives. Ils restent pourtant bien mystérieux pour beaucoup, du fait de leur mode de vie en circuit fermé. Qui sont ces hommes du poisson, vivant sur la plage ; marginaux dans ce pays, qui, il y a peu, tournait le dos à la mer ?Comment vivent-ils sur cette côte désertique, où les dunes viennent mourir ?
Anciens esclaves des Maures…
Les Imraguen sont, en fait, l’aboutissement d’un brassage de populations, que des vagues d’immigration successives ont repoussé sur la côte. Il y eut d’abord des populations noires établies-là avant l’arrivée des Berbères Sanhaja, certainement descendants des néolithiques noirs ; puis un mélange avec ces mêmes Berbères, repoussés à leur tour par les invasions Arabes. Un nouvel ‘apport’ de population noire s’est effectué en 1728, lorsque les Français détruisirent le fort d’Arguin, qui servait de relais commercial pour la traite des esclaves. De nombreux noirs africains furent alors vendus sur place comme captifs, sur la côte ou dans l’intérieur et se mélangèrent aux populations côtières. Les Imraguen vivent ainsi depuis longtemps sur la côte entre Nouakchott et Dakhla (sud Maroc). Longtemps isolés, ils ont conservé un mode de vie très archaïque et vivent uniquement de la pêche. Ils ont vécu longtemps dans un grand dénuement, ne s’éloignant de leurs villages que pour pêcher temporairement sur des sites plus favorables. Les Imraguen étaient depuis longtemps tributaires des Maures nomadisant le long de la côte. Ce sont (à l’époque) d’anciens esclaves. Leur maître leur devait protection en échange de taxes : " le ghafer ", tribut de protection du village; " le horma ", un poisson par homme et par jour de pêche ; le droit d’entrer dans l’eau ; de pêcher… Ces taxes, en fait, étaient payées par les affranchis qui avaient acheté eux-mêmes leur liberté. Les captifs, quant à eux, donnaient toute leur production au maître, ne gardant que de quoi se nourrir et se vêtir. Cette période est heureusement dépassée, mais certains en conservent encore un handicap : l’incapacité à organiser leur vie, et surtout à " penser " leur avenir.
Entre le désert et la mer…
Six villages Imraguen peuplent le Parc National du Banc d’Arguin. Agadir est le plus au nord, sur l’île d’Arguin ; Mamghar, le plus grand est installé sur la pointe du Cap Timiris, qui ferme le Banc, au sud. Puis au sud, face à la houle de l’Atlantique, c’est : Jreïf, Meÿrat, Tiwlit, Lemcid, Blawach. Au total, c’est onze villages qui regroupent près de 1500 habitants, dont un peu plus de 50% dans le Parc. C’est environ 10% des pêcheurs artisanaux Mauritaniens. Leur nombre est restreint, mais leur rôle était très important dans la Mauritanie littorale, sujette régulièrement aux sécheresses ; car ils approvisionnaient les populations nomades en poisson séché "tichtar ". Ils se nourissent de mulets essentiellement, bouillis dans l’eau de mer ou séchés ; parfois rôtis sur la braise (peu de bois), à l’étouffé dans le sable. Ils sont régulièrement approvisionnés en céréales, riz et pates, et parfois-même en légumes, au moins dans les villages les plus proches de Nouakchott. Mais leur mode de vie ne s’est pas transformé radicalement. Ils vivent sur la plage, éloignés des grands centres auxquels ils ne sont reliés que par des pistes difficiles. Les villages du sud, jusqu’à Mamghar sont desservis par la plage où circulent voitures et camions, à marée basse. Au départ de Nouadhibou, la circulation est aussi malaisée. L’approvisionnement en eau est le problème essentiel des Imraguen. Des projets de dessalanisation sont régulièrement lancés, mais aucun n’a encore donné satisfaction. Il est plus difficile de trouver de l’eau en bord de mer que dans le désert ! Cependant, les Imraguen ont bien, aujourd’hui, un revenu souvent supérieur à la moyenne nationale, qui leur permet d’acheter cette eau, si nécessaire. Néolithiques, ils ont " perduré " alors que les chasseurs descendaient de plus en plus vers le fleuve Sénégal, en même temps que le gibier et les bœufs, à mesure de l’augmentation de la sécheresse (depuis 5000 ans BP). Contemporains, ils n’ont pas eu à subir la perte de leurs troupeaux avec les sécheresses agravées et cumulées depuis les années 1970. Mais si les pêcheurs, dans le sud, réussissent à s’approvisionner par l’intermédiaire des acheteurs de poissons, ce n’est pas le cas au nord. Les habitants de Teïchott et de Rgeÿbat doivent se rendre en lanches (pirogues à voiles canariennes) à Mamghar. Pendant longtemps, les villages ont été composés de huttes de paille " tickitt " et de tentes de poils de chèvres. Peu à peu, avec l’abandon de l’autosuffisance et de l’économie de troc, un confort, très relatif, s’est installé. Les huttes ne servent plus que d’ateliers pour la préparation de la fameuse poutargue (œufs de mulets). La majorité de la population vit dans des cabanes en bois. Mais seul Mamghar a l’allure d’un vrai village, avec des maisons ceintes de murs sur lesquels sèchent les filets. La pêche au mulet est maintenant presque abandonnée au profit d’espèces de fond (merou, dorade, bar tacheté…). Les ailerons de raies et de requins rapportent bien. Ils sont exportés séchés en Gambie et en Guinée-Bissao, d’où ils partent pour la Chine. En effet, les méthodes de pêche ont changé, les pêcheurs s’alignent selon les nouvelles demandes, adaptées à leur isolement. Aujourd'hui, beaucoup de projets de développement s’adressent aux Imraguen. Les organisations internationales ont compris les intérêts de la protection du Banc d’Arguin où nichent beaucoup d’espèces de poissons de la côte ouest Africaine, qui est une aire de repos idéale et de reproduction des oiseaux migrateurs. Vivant en symbiose avec le milieu, les Imraguen en sont les meilleurs protecteurs; en connaissent chaque espèce et chaque espace. Ils savent ce qu’ils peuvent en prélever sans le perturber, car les ressources marines sont leur survie. Ils souhaitent d’abord un développement harmonieux dans le Banc. Le Banc d’Arguin est leur terrain; ils ne sont pas prêts à le livrer à des étrangers au milieu, malgré toutes les pressions qu’ils subissent sur leur environnement.





