Mexique : Basse Californie, le sanctuaire des baleines

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Mexique : Basse Californie, le sanctuaire des baleines

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Olivier Brovelli | 18.11.2003 | 1476 visites | 0Favoris |
Olivier Brovelli

Mexique : Basse Californie, le sanctuaire des baleinesLa Coccinelle décapotable file sur l’asphalte brûlant. A l’intérieur, le thermomètre bouillonne. Au loin, sous l’effet de la chaleur, l’horizon se dilue dans un nuage de brume et de vapeur. Les mirages se succèdent, puis s’estompent, le long d’une route désespérément droite. La Basse Californie suffoque, écrasée par le soleil. Nous ne sommes pourtant qu’aux premiers jours du printemps.... Des deux côtés de la route, les cactus s’étendent à perte de vue, tels des vigies aux aguets. Avec les vautours et les crotales, ce sont les seuls habitants de cette immensité désertique. Car la Basse Californie est avant tout un désert, l’un des plus arides du monde, traversée par une seule et unique route, longue de 1500 km. Au Nord, Tijuana. Tequila, sexo, marijuana, dit la chanson. A l’extrême Sud, Cabo San Lucas et ses colonies de retraités américains millionnaires. Paradoxe de la nature, la Basse Californie est un désert au milieu des mers : à l’Est, l’océan Pacifique, capricieux et imprévisible ; à l’Ouest, la mer de Cortes, aux eaux calmes et transparentes. Et ce sont sur les côtes de ce désert aquatique, dans ses secrètes lagunes, que les grandes baleines grises viennent souffler, s’aimer et mettre bas, génération après génération.

Baleinoramas

Fierté locale, la baleine grise a fini par donner son nom à la bière préférée des habitants de la Basse Californie. Una ballena, por favor ! Soit un litre de bière… que les Mexicains descendent au rythme auquel les français boivent leur café du matin. Mais les grands cétacés n’ont rien à envier à leurs homonymes en canette de verre géante : quarante tonnes, plus de 15 mètres de long… Après avoir passé l’été en mer de Béring et dans l’océan glacial Arctique, les baleines grises parcourent 6000 km pour revenir des confins de la banquise, le long des côtes de l’Alaska, du Canada et des Etats-Unis. Deux mois leur sont nécessaires pour accomplir leur périple. A leur arrivée, à la fin du mois de janvier, les pêcheurs et les tours opérateurs les attendent de pied ferme. La saison peut enfin commencer… Car l’industrie touristique, financée en partie par les capitaux américains, n’est pas restée insensible très longtemps aux charmes de ces inoffensifs mastodontes. Les passionnés accourent et un nouveau concept émerge : le « whale watching » ou « baleinorama ». Sorte de safari maritime sur des barques équipées de moteurs aussi puissants que bruyants. Comment profiter alors d’un spectacle unique au monde sans alimenter les dérives d’un prétendu tourisme écologique ? Sans doute une affaire de bon sens, d’audace et de chance également.

On the road again

Mexique : Basse Californie, le sanctuaire des baleinesRetour au bitume. A quelques centaines de mètres, un attroupement s’est formé. Des tâches vertes non identifiables semblent s’agiter autour de plusieurs véhicules à l’arrêt. « Alto. Puesto de revisión », annonce le panneau sur le bas côté. Bientôt, à la vue des uniformes kaki et des AK 47 en bandoulière, le mystère se dissipe. Trois jeunes soldats encerclent déjà la Coccinelle. « ¿ Hablan español ? » Polis, mais nerveux, les militaires nous demandent d’ouvrir le capot. Puis, le coffre. Puis, la boîte à gants. Puis, les sacs… « ¿Son turistas ? De donde vienen ?A donde van ? » Les questions fusent. Au bout de longues minutes, les soldats doivent admettre que nous ne transportons ni drogue, ni armes, ni explosifs. En guise d’excuses, ils expliquent qu’ils sont à la recherche de pirates de la route qui sévissent dans la région. La Coccinelle reçoit ensuite l’ordre de redémarrer. En faction derrière ses sacs de sable, un militaire nous salue du bout de sa mitraillette. Dans le rétroviseur se profile la silhouette d’un homme encadré par les uniformes. Sombrero vissé sur la tête et…menottes aux poignets. Cent-cinquante km plus loin, nous roulons toujours. Sur notre chemin, nous croisons d’impressionnants camping-cars, immatriculés au Texas, en Californie ou dans l’Oregon. Pour échapper aux rigueurs de l’hiver, de nombreux Américains choisissent en effet d’émigrer dans la région pendant quelques mois. Chemin faisant, ils en profitent pour aller observer les baleines, avant d’aller s’échouer dans les villas qu’ils ont fait construire à grand frais, un peu plus au Sud. Une heure et demie plus tard, nous roulons encore et toujours. Mais la nuit commence à tomber et les nuées de vautours, qui assombrissent le ciel, font figure de mauvais présage. Nous ne pourrons bientôt plus distinguer ni les vaches, qui traversent la route sans crier gare, ni les convois brinquebalants qui viennent à notre rencontre, tous feux éteints. Heureusement, nous y sommes presque. Puerto Chale 15 km, indique la pancarte. La carte est formelle : le chemin de terre défoncé et boueux qui s’offre à nous est bien celui qui doit nous conduire à destination. La Coccinelle hésite. Elle craint pour ses suspensions. Mais elle n’a guère d’autre choix que de s’enfoncer dans le désert.

Le port vous salue

Mexique : Basse Californie, le sanctuaire des baleinesBientôt se profilent à l’horizon les premières bicoques, frêles silhouettes dansant dans la pénombre. A l’entrée du village, les derniers rayons du soleil jettent un éclairage inquiétant sur un décor surréaliste. Jonchée de canettes écrasées et de bidons d’huile éventrés, la place centrale n’est qu’un gigantesque dépotoir à ciel ouvert, d’où s’échappe une odeur désagréable, mélange de poisson pourri et d’essence. Autour, la cinquantaine de baraques qui constituent le village, savant assemblage de tôles ondulées, de planches et de cartons, ne semble devoir sa survie qu’à la clémence du vent…ou à la bonté du Saint-Esprit, vraisemblablement réfugié dans la petite église aux couleurs rouge et jaune improbables qui domine le village. Sous le regard étonné de ses habitants, la Coccinelle désemparée tourne en rond. Trois marins goguenards nous sourient quand ils la voient quitter la rue principale. Quelques minutes plus tard, ce sont ces mêmes briscards qui viendront à notre secours pour dégager l’insecte, embourbé dans le marécage. Ce sont eux également qui, dans une gentillesse authentiquement mexicaine, nous inviteront à partager leur repas.

Boucherie et poissonnerie

Au menu, tacos de poisson, de crevettes, de poulpe, d’espadon et de raie manta. Un festin exotique, copieusement arrosé de bière. Entre deux bouchées et à tour de rôle, les frères Martinez, Juan, Benito et Jésus, la trentaine fatiguée, dévoilent leurs destins croisés. Pêcheurs itinérants, ils traquent le poisson sur les côtes de Basse Californie, se déplaçant au gré des migrations et des saisons. Un peu comme les baleines qu’ils admirent religieusement et dont ils ne connaissent que trop bien l’histoire sanglante. « A medios del siglo 19… », commence Benito. C’est au milieu du 19ème siècle, donc, que les capitaines baleiniers américains ont découvert pour la première fois les sanctuaires où les cétacés venaient déjà se reproduire. Sinistre découverte, macabre boucherie. Pendant près d’un siècle, les baleines grises, dites « de Californie », ont été massacrées sans vergogne par les harponneurs américains, mexicains, japonais et canadiens. Saignée et débitée en morceaux pour son lard, sa graisse ou ses fanons, la baleine grise put enfin souffler…quand on crut l’espèce définitivement exterminée. Mais ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que des mesures de protection furent enfin prises pour en réglementer la chasse, puis l’interdire en 1986. Depuis, le nombre d’animaux est en lente augmentation bien que la survie de l’espèce soit toujours menacée par le braconnage, la pollution des mers et l’épuisement des ressources halieutiques. Aujourd’hui, on estime à 10 000 le nombre de baleines grises qui sillonnent encore les océans. Autour de la table, le repas touche à sa fin. Regrettant de ne pas pouvoir nous héberger sous leur toit de fortune, les trois frères nous indiquent un coin tranquille où nous pourrons planter la tente, au bord de la lagune. Le plus jeune d’entre eux, Juan, nous donne également rendez-vous à l’aube pour aller faire plus intime connaissance avec les baleines. Enfin.

Le ballet des baleines

Sur la barque à la dérive, la main en visière pour nous protéger du soleil, nous scrutons le moindre frémissement de l’onde. Dans un silence infini. Soudain, devant nous, à 30 mètres environ, une masse informe se soulève, précédée d’un puissant jet d’eau dans les airs. « Es una madre », souffle Juan. Et la mystérieuse créature de plonger rapidement avant de refaire surface quelques secondes plus tard, la tête hors de l’eau. L’instant est magique. « AllÍ esta el bébé », nous fait alors remarquer notre compagnon. En effet, dans le sillage de sa mère, un baleineau suit péniblement sa trace. L’occasion pour Juan de nous préciser que le baleineau ne mesure généralement « que » 4 mètres de long et qu’il ingurgite quotidiennement jusqu’à 50 litres de lait maternel ! Autour de nous, le ballet enchanteur se poursuit. Les mastodontes apparaissent, disparaissent, puis réapparaissent, toujours précédés d’impressionnantes gerbes d’eau. Un museau, une queue, une nageoire, une peau marquetée de gris clair : pudiques, les créatures se dévoilent par petits bouts. Difficile de savoir combien elles sont à batifoler dans notre périmètre. Peut-être une dizaine. Toutes semblent jouer à des jeux dont le sens nous échappe. Sans doute les mères enseignent-elles les rudiments de la vie aquatique à leur jeune progéniture. Prudentes en tout cas, les baleines se gardent bien d’approcher la barque à moins de 50 mètres. Respectueux, Juan se refuse à franchir la ligne rouge. Le spectacle est majestueux : il durera près de deux heures. L’émotion, elle, restera indicible.

Le sanctuaire profané ?

Classé au Patrimoine de l’Humanité de l’UNESCO en 1993 seulement, le sanctuaire des baleines grises est aujourd’hui l’une des plus belles réserves naturelles de la planète. Mais sans doute aussi l’une des plus menacées. La venue de visiteurs étrangers et nationaux, chaque année plus nombreux, modifie inexorablement l’équilibre environnemental de la région, future victime, peut-être, des « dommages collatéraux » de l’éco-tourisme. Pire, depuis plusieurs années, deux grandes multinationales mexicaine et japonaise projettent d’étendre les salines de la région et d’y construire une gigantesque usine de dessalement de l’eau de mer… Sous la pression de la communauté internationale, les autorités mexicaines ont fini par opposer leur veto au projet. Pour combien de temps encore ?

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Transports :

Pour gagner la Basse Californie du Sud, deux options s’offrent au voyageur : l’avion, cher mais rapide, et le ferry, moins cher mais très, très long…

Par les airs, les compagnies Mexicana, Aeromexico et Aerocalifornia desservent les villes de La Paz et de Cabo San Lucas à partir de Mexico, correspondance obligatoire si l’on vient de Paris. Compter une heure de vol et environ 350 € (en juin 2003) pour un aller-retour La Paz-Mexico.

Par les mers, un bateau quotidien effectue les liaisons La Paz-Mazatlan (15 heures de traversée !) et La Paz-Los Mochis ( 9 heures seulement…), reliant ainsi la Basse Californie du Sud au reste du pays. Les horaires sont variables, les prix également. Ne pas hésiter à se renseigner avant dans les agences Sematur à Mazatlan et à Los Mochis. Compter environ 110 € (en juin 2003) pour un aller-retour La Paz-Mazatlan. Le confort est très rudimentaire à bord et le voyage, donc, souvent pénible.

Sur place, la découverte du désert exige impérativement de louer une voiture. Le voyage en bus s’avère relativement cher et, surtout, guère pratique compte tenu du faible nombre de villes desservies et du nombre tout aussi insuffisant de trajets quotidiens. A La Paz, les agences de location sont légion, notamment sur le front de mer. Leurs tarifs et les conditions de location sont négociables. A partir de 150 € pour quatre jours, c’est dans une coccinelle décapotable, le modèle le moins cher, que nous avons sillonné les routes de la région. La grande classe…

Hébergement :

Avec le développement du tourisme, essentiellement nord-américain, la Basse Californie est devenue en quelques années l’une des régions les plus chères du Mexique. Les prix pratiqués par les hôtels le confirment. Si les hôtels de luxe de Cabo San Lucas sont inabordables pour le touriste français moyen, le centre-ville de La Paz offre encore quelques bons plans au voyageur désargenté :

Pension California, 209 calle Degollado : la Mecque des routards. Chambres spartiates mais possibilité de faire sa popote dans le patio. Prix (2003) : 15€

Hôtel Yénéka, 1520 calle Madero. Décoration hétéroclite et baroque. Prix (2003)  : 20 €.

Casa Triskel, 670 calle Madero. Pension familiale et conviviale tenue par une Bretonne. Grande maison colorée. Chambres spacieuses et lumineuses. Sans aucun doute la meilleure adresse de La Paz. Prix (2003)  : 20 €.

Climat :

Le nom Californie tire son origine du latin hornax, qui signifie four… Fidèle à son étymologie, la Basse Califonie est l’une des régions les plus chaudes du Mexique. En hiver, les températures ne descendent jamais en dessous de 10°; en été, elles peuvent grimper jusqu’à 45°. En février, quelques gouttes de pluie peuvent tomber; en septembre, des ouragans ou des cyclones peuvent se manifester bruyamment, sans grand dommage toutefois. Le reste de l’année, le ciel est d’un bleu immaculé. La meilleure saison pour découvrir le coin se situe donc entre le mois de mars et celui de juin, quand les températures sont supportables et que le flot de touristes Américains se tarit progressivement.

Divers :

La Basse Califonie du Sud est sans doute l’Etat le moins dangereux du Mexique. Peu de vols, pas de meurtres ni d’agressions. Le « routard » qui choisira l’auto-stop et les nuits à la belle étoile n’a donc rien à craindre.

Les Bajacalifonianos sont accueillants, chaleureux et nonchalants. Il est très facile de rencontrer des gens sympas, à condition de signaler que l’on est Français et non Américain. Les gringos ont toujours aussi mauvais presse.

Outre la découverte du sanctuaire des baleines grises entre janvier et avril, la Basse Californie du Sud recèle d’autres trésors. Parmi eux, les peintures rupestres des montagnes de San Ignacio et les fonds sous-marins des côtes de la mer de Cortes.

Aucune formalité administrative particulière de type visa n’est demandé aux touristes étrangers, à condition de rester moins de trois mois sur le territoire mexicain.

Peu de sites Internet intéressants ou originaux sur la Basse Californie du Sud, à l’exception peut-être de qui offre un vision générale, mais succincte, de la situation géographique et touristique de la région.

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