Mexique : Los dios de los muertos

Mexique
Mexique : Los dios de los muertos

los dios de los muertos
mexique
santa clara
Partager
Stéphanie Bouaziz | 18.11.2003 | 587 visites | 0Favoris |
Stéphanie Bouaziz

Mexique : Los dios de los muertos31 octobre , Santa Clara, dernière semaine de notre périple mexicain. A partir de demain, le Mexique célébrera ses morts pendant 2 jours de cérémonies, " los dios de los muertos ". Bien au delà des frontières du Mexique, cette commémoration est typique au continent sud américain : elle mixe les rituels funèbres des ancêtres indigènes et la liturgie catholique imposée par les conquérants espagnols au XVIeme siècle ; on retrouve les concepts indigènes du voyage de l’âme au pays des morts, de la communication entre les morts et les vivants et de la vie qui continue après la mort ; brassés aux notions chrétiennes du Jugement dernier, du Ciel, du purgatoire, des limbes et de l’enfer. Santa Clara est un petit village de Cow Boys, posé dans le froid des montagnes de l’Etat du Michohacan . Difficile de réaliser que Puerto Vallarta, le St Tropez mexicain, ne soit qu’à 5 heures de bus ; on est loin, très loin des hordes de touristes bedonnants en shorts multicolores, glace dans la main et appareil photos scotchés sur le torse, sur fond de " un, dos, tres, Maria " … Le vieux bus asthmatique s’arrête enfin dans le centre du hameau, sur la place du petit marché de cuivre. A la façon dont les enfants nous regardent à la dérobée, on devine que l’espèce " routarde " n’a pas encore fait son apparition dans la région. On échange timidement quelques sourires, et les barrières tombent naturellement. Une gamine d’une dizaine d’années vient à notre rencontre et nous bombarde de questions dans un espagnol supersonique. Quand Jim me demande de lui traduire ce qu’elle dit, elle le regarde comme s’il venait d’une autre planète, puis me lance " mais qu’est-ce qu’il dit avec ces mots bizarres ? " ; on essaie de lui expliquer d’où nous venons, mais tout cela relève de la science fiction pour la petite Lucia. Pourtant, il semble qu’elle aime notre histoire, puisqu’elle veut maintenant la partager avec ses petits frères et sœurs qui s’entassent déjà autour de nous. Comme dans la plupart des familles mexicaines, ses parents ont eu 7 enfants. 4 avant elle et ses deux petits frères. Sa sœur aînée a 25 ans, et déjà 4 enfants. Ce qui explique son incompréhension quand je lui répond qu’à 27 ans, je ne suis pas mariée ni mère de famille nombreuse… ici, je passerai certainement pour un cas désespéré… Lucia m’explique qu’elle ne veut pas avoir beaucoup d’enfants, parce que certains doivent aller dans " un autre monde ". Comme Manolo, son petit frère qui est mort à un an. Mais elle s’empresse d’ajouter avec un grand sourire " il est un ange maintenant, et c’est sa fête ce soir " . La fête du 1er novembre est dédiée aux Angelitos (petits Anges), les enfants qui ont quitté le monde des vivants. On s’entasse avec Lucia et sa mère dans le vieux bus bariolé qui s’efforce de nous conduire jusqu’à Pàtzcuaro, à quelques kilomètres de Santa Clara. Il n’y a quasiment que des femmes et des enfants, les hommes suivent dans leurs vieilles coccinelles ou plus souvent à cheval, chargés de fleurs multicolores. La route est en pente sèche, mais avec toutes ces effigies du Christ, toutes ces croix au dessus du conducteur, on se prend à espérer … presque à retrouver la foi quand on arrive enfin !

Mexique : Los dios de los muertosDans les petites échoppes, sur la place du marché, les bonbons en forme de petits cercueils multicolores se mélangent aux têtes de mort en sucre et aux squelettes en chocolat. Un peu plus bas, un Cow Boys a déversé des kilos de fleurs de soleil, les tiringuini-tzitziqui, dont le parrain ornera l’arc qu’il déposera sur la tombe de l’angelito. A côté, des tas d’orchidées pourpres, les " fleurs d’âme " qui orneront les maisons. Et des bougies de toutes les tailles et de toutes les couleurs, dont la flamme guidera l’âme des défunts. L’ambiance est joyeuse, des enfants tiennent des stands avec leur mère et les petits mendient quelques pesos qui se transformeront vite en sucreries. Lucia donne le signal de départ au bout d’à peine deux heures : sa mère doit préparer les repas de veille pour toute la famille, et quant à elle, elle doit " travailler au cimetière ".

Mexique : Los dios de los muertosIl n’est pas encore midi et le petit cimetière de Santa Clara est déjà envahi d’enfants : armés de pelles de près deux fois leur taille, de gros seaux d’eau, d’éponges et de pots de peinture, Ils nettoient les sépultures, repeignent les stèles, rafraîchissent la terre des caveaux… ces gamins qui couraient et chantaient à tue tête dans les ruelles du village sont méconnaissables, tout absorbés par leur travail, sages et appliqués… Le soleil étreint les fleurs et les croix, et tout est désormais calme; naturel recueillement.

Mexique : Los dios de los muertosLes enfants passeront toute la journée dans le cimetière, rejoints par les parents qui leur apporteront des quesadillas et autres tacos. Et qui commenceront à restaurer les tombes des adultes. Contrairement aux autres villes du pays, il y a très peu de personnes dans le cimetière la nuit. Le père de Lucia fait partie du petit groupe de Cow Boys rassemblé auprès du feu. Il nous rend notre sourire, et un de ses fils vient nous offrir un verre de leur potion, dont les ingrédients identifiés sont eau chaude, cannelle et de sucre de canne. Le froid recouvre bientôt le silence de la nuit, scintillante des flammes des bougies…

Mexique : Los dios de los muertosLe lendemain célèbre la mort des adultes: comme pour les enfants, les mexicains ornent les tombes de fleurs et de bougies, d’images religieuses, de photos de ceux qui ont quitté ce monde. Mais aussi de vêtements et d’objets personnels qui évoquent la présence du disparu : un paquet de cigarettes avec son briquet, une bouteille de whisky, une vieille flûte entourent la photo jaunie d’un homme posant fièrement près de son cheval. Une vieille femme dépoussière de sa manche un chapeau de Cow Boys, quelle dispose près de la croix comme la touche finale de son chef d’œuvre. Le cimetière se vide en fin de matinée ; et quelques heures plus tard, les premières familles arrivent, vêtues de leurs plus beaux costumes : Lucia ressemble à une fée, tout de blanc vêtue, les garçons ont encore la raie bien dessinée, tous fiers dans leurs costumes du dimanche. La place est bientôt multicolore, des roses et des rouges des robes des femmes, les noirs des jupes des grands mères, les chapeaux blancs des Cow Boys, les bleus des pantalons des hommes se mêlent aux jaune et au pourpre des fleurs. Les enfants jouent entre les tombes, ornent de ballons celles des angelitos, et reviennent s’asseoir auprès de leur famille pour le déjeuner. Entre les stèles, les tacos et les enchilladas circulent pendant que quelques Cow Boys grattent leur guitare ; Les rires des enfants et le soleil illuminent la scène. Au détour d’une tombe, une grand mère essuie une larme. Réalité d’une tristesse qui ne se masque pas toujours. Elle est vite entourée de jeunes filles qui la soutiennent, et elle sourit en voyant les enfants poser devant mon objectif. Le soleil se réverbère sur une croix, et une lueur rayonne dans ses yeux, comme la communion du Ciel et de la Terre…

Partager
Stéphanie Bouaziz | 18.11.2003 | 587 visites | 0Favoris |
5
photos associées
Mexique : Los dios de los muertosMexique : Los dios de los muertosMexique : Los dios de los muertosMexique : Los dios de los muertosMexique : Los dios de los muertos
0
commentaires à ce reportage
Souhaitez-vous faire un nouveau commentaire ? Cliquer ici
Créer un compte

Aujourd’hui voyageur,
demain rédacteur...

Une sélection de 3 articles sera mise en avant chaque mois

Créer un compte
Envoi d'un site thématique

Thématiques : farfouillez avec nous !

Si vous connaissez l'adresse d'une "pépite du net", n'hésitez pas à la partager avec nous !

Envoi d'un site thématique
Envoi d'un site utile

Développons ensemble l'annuaire des sites utiles

Vous connaissez un site utile pour les voyageurs ? Indexez-le dans notre annuaire.

Envoi d'un site utile