Mongolie : Gobi, voyage au cœur d'une terre extrême

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Mongolie : Gobi, voyage au cœur d'une terre extrême

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Valérie François | 16.12.2003 | 758 visites | 0Favoris |
Valérie François

Entre le sud de la Mongolie et le nord de la Chine s’étend une terre aux mille contrastes : le désert de Gobi. Froid cruel ou Soleil ardent, inattendues et fulgurantes bourrasques de vent, grands espaces arides qui s’étirent à l’infini, depuis des siècles, les nomades du Gobi relèvent le défi de cette terre sans pitié.

En avril ne te découvre pas d’un fil

Mongolie : Gobi, voyage au cœur d'une terre extrêmeC’est par une belle après-midi d’avril que Catherine et moi, sommes arrivées par le train de Pékin à Oulan-bator, la capitale Mongole. Une seule idée en tête, descendre dans le désert de Gobi. Et atteindre les dunes du Khongor, réputées comme les plus belles de Mongolie. C’est avec une jeep pleine à craquer : eau, nourriture, couvertures, sacs à dos, tentes… Parés à toute éventualité, qu’un samedi matin, nous partons pour l’aventure ! Nous nous éloignons de la ville poursuivie par le vent et la neige un peu plus intense à chaque kilomètre. La piste disparaît peu à peu sous nos yeux. Notre horizon se limite à un épais rideau blanc. Nous ne croisons bientôt plus aucune voiture. Heureusement, nous finissons par apercevoir une ger, yourte mongole, ou nous pouvons nous arrêter pour la nuit. En ouvrant la porte de la voiture, celle-ci manque de s’envoler, et c’est frigorifiées, le visage cinglé par le vent que nous nous précipitons à l’intérieur, chaleureusement accueilli par une femme et sa fille. Terre d’accueil par excellence, en Mongolie personne ne vous fermera sa porte. La rigueur du temps oblige chacun à accueillir l’étranger surpris par la nuit ou par la tempête. La ger, cette grosse tente, ronde et blanche constituée d’une armature en bois et recouverte de plusieurs couches de feutre est conçue pour résister à des vents violents. Ce qui est plutôt rassurant aujourd’hui ! Cet habitat, typiquement nomade, est posé au sol et non planté à l’aide de piquets. Construite en moins de 2 heures, les nomades peuvent ainsi s’installer sur n’importe quel terrain même gelé. La porte est toujours orientée vers le sud « par ou entre les amis et le soleil »… . Quand il y en a !

Une vie traditionnelle et hiérarchisée depuis des

Mongolie : Gobi, voyage au cœur d'une terre extrêmeNous quittons nos hôtes le lendemain sous le Soleil qui s’est enfin installé, repoussant d’un coup la neige et le vent dans leurs derniers retranchements. Cette fois-ci nous décollons pour de bon. Le ciel a pris des couleurs bleues intenses et les nuages des formes rondes et épaisses. L’infini est devant nous, immense plaine caillouteuse à perte de vue parsemée ici et là de touffes épineuses. Au fond, notre regard bute sur les chaînes de l’Altaï. Un aigle vient de déployer ses longues ailes devant nous. Un troupeau de moutons paît tranquillement dans la steppe. Des gazelles dont la couleur se confond avec celle de la terre détalent à toute allure en apercevant la jeep. Un point blanc au loin nous indique une ger, seule, posée là au milieu de nulle part. Nous coupons à travers steppe et nous approchons. Une moto russe, de couleur orangée est garée près de la porte. Le chien aboie. Une femme sort pour le retenir, nous lance un joyeux Sain Bainoo, « Bonjour » en mongol et nous invite à venir nous réchauffer. Nous pénétrons dans la ger, en prenant soin de ne pas heurter ni fouler le seuil de la porte, sous peine de provoquer la colère des esprits du lieu. Si le Bouddhisme Tibétain a été introduit dès le XIIIe siècle, les croyances Chamaniques sont très vivaces et que se soient dans la nature, les objets ou les personnes, les esprits restent omniprésents. A l’intérieur, la tradition règle la place de chacun et de chaque chose depuis des siècles. Le nord représente l’endroit le plus sacré ou trône photos de famille, du Dalai Lama, objets de valeur. L’Est reste la place des femmes et l’Ouest celle des hommes. Nous nous installons à la place des invités de marque, au nord-ouest. Au centre, le poêle tourne à plein régime alimenté continuellement en crottin de chameau ou en bois de saxaoul. Il symbolise la pérennité de la famille. Comme pour les hommes, chaque objet à sa place pré-établie. Immuablement, on trouve à l’Ouest les coffres en bois peints contenant l’argent, les bijoux et les vêtements, également le lit des enfants. Tout près de la porte se dresse un petit lavabo ou une bassine, à l’est, du côté féminin, le lit conjugal, des étagères avec la vaisselle et les ustensiles de cuisine. Des tabourets et une petite table basse sont disposés autour du foyer pour les repas. Le plancher en bois est recouvert de tapis et le treillis mural de tentures chatoyantes. Mais la ger est avant tout un lieu de vie, de partage et de rencontre où il fait bon se réchauffer autour d’un thé au lait salé.

Une vie rythmée par les bêtes et le climat

Mongolie : Gobi, voyage au cœur d'une terre extrêmeNos hôtes, Tuya et son mari Dengiin, insistent pour nous garder quelques jours. Lorsque nous nous réveillons vers 8h00, Tuya, a depuis longtemps réchauffé la ger et préparé le thé. Toute la journée, elle s’occupe de ses 2 petits garçons de 5 et 7 ans, du ménage et de la cuisine. Mais en plus des tâches ménagères, elle surveille les moutons et les chèvres qui paissent non loin de la ger, les ramène le soir à l’enclos et s’occupe des petits qui viennent de naître. Levé en même temps que nous, après un bon goulasch en guise de petit-déjeuner, Dengiin part voir son troupeau : une centaine de moutons et de chèvres, quelques chevaux et chameaux. Près du puit se sont agglutinés une dizaine de chameaux, les fameux chameaux de Bactriane. Avec leur allure fière, presque snob, leur fourrure épaisse, leurs 2 bosses « garde-manger », ils nous jaugent de toute leur hauteur. Dengiin trait les chamelles et les juments. Le lait permettra à Tuya de fabriquer l’airak (lait de jument fermenté) très riche en vitamines et dont ils sont très friands ou l’arkhi (alcool de lait). Parfois, il doit aller rechercher les animaux perdus dans la steppe ou encore construire un abri pour le fourrage, renforcer les panneaux de feutre de la ger en hiver, tondre les moutons, s’occuper des naissances des bêtes. Tout cela dans le froid glacial de l’hiver, pendant les tempêtes de sable du printemps ou les chaleurs insoutenables de l’été !

Le nomadisme pastoral, une question de survie

Mongolie : Gobi, voyage au cœur d'une terre extrêmeDengiin a décidé qu’il faudra bientôt quitter cet emplacement. La pauvreté des pâturages et des points d’eau l’oblige à se déplacer de 6 à 10 fois par an. Nomadiser demande de l’intelligence et du savoir faire. Dans ces régions désertiques, savoir partir à temps est une grande vertu et ne se fait pas à la légère. Le chef de famille ne déplace jamais son cheptel sans savoir exactement ou il va. Il faut donc aller repérer à cheval ou à moto le meilleur endroit avant de prendre la route. Le port du matériel se fait à dos de chameaux mais maintenant aussi, très souvent en camion. Lorsque la famille quitte le lieu, rien n’est laissé derrière eux, ni détritus ni cendres. La mère fait le tour du rond qui marque l’emplacement de la ger en l’aspergeant de lait pour honorer et remercier les esprits des lieux ! Tout au long de la route, la famille est toujours accueillie avec chaleur par d’autres nomades. Les habitants leur offrent de quoi se sustenter et s’occupent de leurs bêtes pendant qu’ils prennent un peu de repos. C’est une action qui porte bonheur ! La solidarité règne en maître dans ces contrées si difficiles. Nous quittons notre petite famille avec tristesse, mais nous aussi devons suivre notre chemin et atteindre enfin ces dunes tant convoitées !

Si petit face à la nature

Mongolie : Gobi, voyage au cœur d'une terre extrêmeNous avons passé Dalanzadgad, petite ville du sud du Gobi, pour apercevoir enfin après encore plusieurs heures de route la fameuse dune du khongoryn Els. Comme une grande dame paresseuse elle s’étend sur plus de cent kilomètres, lovée le long des montagnes. Les troupeaux de chameaux paissent à ses pieds. Pas un bruit ne vient troubler son repos. Il fait beau et le vent souffle légèrement. Nous installons notre tente pour la nuit, puis nous commençons notre lente ascension vers sa crête. À quatre patte sur la dune, j’entends un bruit étrange, un bruit de moteur d’avion, mais qui semble venir du tréfonds des entrailles. Aurais-je oublié le petit surnom que l’on lui donne ici ? La dune chantante. Insidieusement, le vent se lève et se fait plus fort à chaque pas. Il semble chercher la moindre faille : les yeux, la bouche, les chaussures, chaque ouverture si petite soit-elle est prise d’assaut. Nous continuons envers et contre tout l’ascension pour arriver victorieuses au sommet. Piètre victoire ! recroquevillées sur la crête, dos au vent, protégeant autant que possible nos yeux bien maltraités. Et sans avoir pu apprécier l’infini de la steppe du haut de la dune du Khongor nous nous élançons dans une descente effrénée vers le campement. Tempête de neige et de sable, grand froid ou douce chaleur, le Gobi nous a laissé apprécier en quelques jours la vie d’un peuple et toute sa palette d’incertitude. En protégeant leur environnement, leurs traditions et leur culture, chaque rencontre avec ses voyageurs éternels, amoureux de leur terre et de leur vie, nous a plongées des siècles en arrière. L’ombre de Genghis Khan plane encore sous chaque ger ! Mais finalement aucun mot ne pourra jamais exprimer l’empreinte qu’a laissée sur nous ce peuple étonnant, cette contrée aride mais magnifique. Le Gobi est simplement un magicien et il nous a ensorcelées !

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Comment s’y rendre ?

Il n’y a aucun vol direct pour Oulan-Bator. Il faut passer par Moscou ou Pékin. La compagnie Mongole s’appelle la MIAT et a un bureau à Paris. Adresse : 2 rue Saint Victor – 75005 tel : 01 53 73 77 53

Si vous n’êtes pas pressé, vous pouvez aussi prendre le Transmongolien qui va de Moscou à Pékin en passant par Oulan-Bator. Comptez 5 jours de train de Moscou et 36 heures de Pékin.

Visa :

Vous obtiendrez facilement un visa de 30 jours à l’ambassade de Mongolie à Paris : 5 avenue Robert Schumann – 92 200 Boulogne – Tel : 01 46 05 23 18

Si l’envie vous prenait de finir votre périple en Russie, faites faire votre visa en France. D’Oulan-Bator, c’est un vrai casse tête !

Quand descendre dans le désert de Gobi ?

La meilleure époque pour visiter cette région est l’été, juillet et août. Le Gobi prend des teintes magnifiques et le climat est plus clément, voire très chaud.

Comment descendre dans le désert de Gobi ?

D’Oulan-Bator, de nombreuses agences vous organiseront votre séjour dans le Gobi comme Karakorum expédition tenu par un américain. Nous sommes allées les voir et ils semblaient très sérieux mais trop chers pour notre bourse ! Notre périple a duré 11 jours, mais les agences s’adapteront à votre calendrier. Néanmoins 6 jours paraissent un minimum.

Si votre budget ne vous permet pas, comme nous, de faire appel à une agence, vous pouvez passer par d’autres biais. Les guesthouse comme la UB guesthouse (indiqué dans le Lonely), ou Chez Bernard, un Belge francophone qui a une boulangerie dans la Peace avenue vous loueront une jeep avec chauffeur sans problème et vous aideront à concevoir votre périple. Néanmoins renseignez-vous bien sur le chauffeur. Il se peut qu’il ne connaisse pas vraiment, voire pas du tout la région du Gobi mais vous jure le contraire. Prévoyez donc une carte en anglais et une autre en mongole (écriture cyrillique) ainsi qu’une boussole. Cela peut s’avérer très utile ! L’idéal, c’est d’avoir un GPS ! Vous pouvez aussi en plus du chauffeur, prendre un guide francophone. Beaucoup d’étudiants font cela pendant l’été pour gagner de l’argent. Et puis pas de panique ! contrairement à ce que l’on peut penser, il y a toujours une bonne âme dans le désert pour vous indiquer la route !

Prévoyez de toute façon un petit dictionnaire Franco ou Anglo-Mongol. Indispensable pour communiquer un minimum avec les nomades ou simplement avec votre chauffeur ! Le Lonely Planet en fait un très utile !

Enfin, n’oubliez pas d’acheter avant de partir des petits cadeaux, type parfums, savons… pour offrir aux familles que vous croiserez sur votre route.

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