Niger : Le Bianou à Agadez

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Niger : Le Bianou à Agadez

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Arnaud Luce | 23.01.2004 | 660 visites | 0Favoris |
Arnaud Luce

La fête du Bianou constitue pour les agadeziens un moment privilégié dans l’année. Plus qu’une simple commémoration religieuse constituant un ciment pour des populations aux origines diverses, ces quatre jours de festivités sont placés sous le signe de la revendication identitaire touarègue et la mise en valeur des corps.

Les Touaregs occupent la plus grande partie du désert du Sahara. Traditionnellement pasteurs, ils ont quitté le Maghreb pour venir se fixer vers le 7ème siècle dans les reliefs de cet océan de sable dont le massif de l’Aïr constitue l’un des éperons les plus sûrs. Ils ont pu trouver dans ces montagnes des sources d’eau douce et un abri suffisant pour développer leur civilisation et cultiver leur esprit de liberté. Chevaliers du désert courageux et loyaux auprès de leurs admirateurs ou pilleurs de caravanes violents pour leurs détracteurs... Ces anciens guerriers gardent aujourd’hui encore une image contrastée. Ni complètement l’un, ni totalement l’autre, ces « hommes de nulle part » demeurent des nomades qui possèdent une véritable originalité culturelle puisqu’ils sont les seuls berbérophones à posséder une écriture, dont les caractères (tifinagh) sont gravés dans les massifs sahariens.

Agadez, ville du Bianou

Agadez, constitue une véritable charnière pour le monde touareg. La ville, située à la limite du désert et du Sahel, établit un véritable pont entre le Maghreb et l’Afrique noire. Au pied de l’Aïr, au carrefour des routes du Sud, des pistes sahariennes et des routes des caravanes qui, d’est en ouest relient le Ténéré au Mali. Elle demeure un lieu d’échanges économiques et culturels comme en témoigne la diversité et le mélange des populations Touareg, Haoussa et Djerma, qui composent ses presque 100 000 habitants. Agadez montre une animation constante, malgré son architecture de vieilles maisons de banco, qui lui donnent encore une allure de ville endormie dans le passé. Les quartiers aux ruelles tortueuses, révèlent de splendides bâtisses de style soudanien, ornées de motifs en relief d’inspiration Haoussa se détachant des façades ocres avec des terrasses aux balustrades ajourées et des façades peintes ou ornées de motifs en relief. La plupart des constructions dont la célèbre mosquée du 16ème siècle, qui domine la ville de ses 27 mètres sont en banco, cette glaise qui durcit comme de la pierre sous les chaleurs accablantes de la saison sèche et qui permet de maintenir la fraîcheur à l’intérieur des habitations. La ville caractérisée par son pittoresque et son charme nonchalant relève la tête depuis quelques années, pour vivre avec son temps : rues pavées, installation du tout à l’égout, constructions multiples et vol de point Afrique pendant le saison touristique, font d’elle une ville africaine du 21ème siècle. L’artisanat occupe une grande partie de la population. La cité est réputée pour la bijouterie et le travail du cuir : croix d’Agadez, sacs et coussins de tente, sandales(samaras), boite à fard, « portefeuille » touareg. Parmi les nombreux objets caractéristiques, se distinguent les rahla, de magnifiques selles de chameau recouvertes de cuir rouge, de bandes de cuir pistache, ornées de pointes de laiton et de forme géométrique découpées dans du fer blanc (de l’argent pour les notables les plus éminents).

Société en mutation

Les Touaregs ont été pendant longtemps mis au banc dans la société. Une marginalisation qui s’explique par leur volonté d’indépendance, leur passé de guerrier, leur faible nombre relatif et leur éloignement de la capitale, Niamey. Afin de lutter contre les injustices et les brimades dont ils étaient les victimes, des groupes se sont structurés, faisant éclater une rébellion au début des années 90. Structurée par le charismatique feu Mano Dayak, les rebelles en 4x4, la kalachnikov à la main ont pu par les armes, être reconnus, ce qui leur a permis, entre autre, d’accéder à des fonctions importantes au sein de l’administration et de l’armée. De fait, nombreux sont ceux dorénavant qui s’installent à Niamey, dans des quartier résidentiels où ils vivent selon leur coutume, rêvant d’étendues désertiques et des montagnes... Il faut dire que la vie dans les cités est beaucoup moins pénible que dans les campements où l’on se souvient encore avec effroi des drames causés par les sécheresses des années 70. Les sociétés touarègues sont organisées en confédérations, selon une hiérarchie rigide et pyramidale, au dessus de laquelle, on trouve les nobles (imajeghen), puis les religieux (ineslenen), les tributaires (imghad) et enfin les esclaves (iklam). Dans cette société, chacun reste à sa place, sous peine d’exclusion. Cependant, les jeunes touaregs partis à l’étranger reviennent avec une vision du monde différente de celle de leurs pairs restés dans les campements. De fait, ils ne souhaitent pas reprendre les tâches traditionnelles de pastoralisme. Aujourd’hui, ce sont ces nouvelles élites, ayant parcouru le monde, qui prennent la tête de la société et souhaitent une reconnaissance de leur peuple.

Le bianou

Niger : Le Bianou à AgadezIl fait très chaud à Agadez en ce mois de mars, c’est la saison sèche et les gouttes de sueur perlent des visages en attente. La grande fête du Bianou se prépare, voilà une année que l’on attend ce moment privilégié d’unité dans la société touarègue éclatée géographiquement. Le Bianou revêt un caractère tout particulier : fête musulmane, elle commémore le dixième jour de l’an musulman (ajura), mais, elle constitue aussi un moment privilégié pour les rencontres et par là, elle est typiquement agadezienne. Les festivités se déroulent pendant quatre jours pleins, durant lesquels une trentaine d’hommes paradent et dansent en procession à travers les rues de la ville sous les yeux de milliers de spectateurs. A l’aube de la 21ème lune, après une nuit passée à préparer le Bianou dans la brousse autour du crépitement feu et de chants mystiques, les danseurs, accompagnés d’agadeziens de tous âges convergent des alentours vers la ville.

Niger : Le Bianou à AgadezAu rythme du tendé, ce tambour caractéristique des Touaregs fabriqué à partir d’un mortier à piler le mil, la procession démarre. Les enfants ont tressé des branches de palmier doum doum qui leur servent de décoration. Les processionnaires vont marcher sous un soleil de feu, dans la poussière et l’excitation, au son enivrant du tendé, ce tambour caractéristique des Touaregs. Alors que le mirage de la ville apparaît, des guerriers touaregs sur leurs chameaux rejoignent à la foule, s’y mêlent, fiers destriers formant un carrousel. Le rassemblement en parade des hommes sur leurs montures va accompagner la procession, digne d’une campagne guerrière d’un autre temps. Le chameau représente pour les Touaregs une source de prestige social et un symbole de richesse en même temps que le capital de la famille. Les pas des chameaux et des hommes se mélanges sur le sable brûlant et des milliers d’agadeziens vont parcourir les dix kilomètres jusqu’à la ville.

Danseurs zélés

Niger : Le Bianou à AgadezLa chaleur grimpe encore et avec elle l’excitation alors que nous entrons dans les faubourgs de la ville. C’est le moment choisi par les danseurs pour entrer en action. Choisis pour leur beauté et leur endurance, ils sont parés de leurs plus beaux atours, dont l’usage est exclusivement réservé à la fête. Le cheich protège les hommes du vent de sable et de la chaleur, insoutenable pendant la saison chaude. Il détermine aussi les individus culturellement et socialement, en fonction de sa qualité et de la façon dont il est porté. Vêtus d’un pantalon de couleur indigo, enrubannés d’un cheich de même couleur, surmonté d’une crête elle aussi teintée. Les « hommes bleus » tournoient par delà la poussière. Munis de leur épée (takuba), du portefeuille en cuir autour du cou (taghallabt) de bottes de cuir (ighatimen) et nombreux gris-gris, leur lourde tenue leur assure une allure martiale et attire sur eux tous les regards, car Aujourd’hui encore, derrière les sourires de ces hommes bleus se cachent de farouches combattants. Les danses, s’apparentent à des combats sautillants, virevoltants et tournants. La crête sur la tête qui se déplie à chaque saut donne au danseur une allure d’oiseau au moment de la parade. Certains sont munis d’une lance ornée d’un petit étendard rappelant son quartier d’origine. Les hommes se surpassent afin d’attirer l’attention d’être reconnu meilleur danseur. Ces joutes les mettent en valeur auprès des agadeziennes dont ils cherchent aussi à s’attirer les faveurs. Pour certains d’entre eux, le Bianou est même une occasion unique pour rencontrer l’âme sœur. Les danseurs représentent les deux quartiers de la ville, qui s’affrontent à travers ces joutes pacifiques. Les hommes voilés font tournoyer leur épée dans les airs, rappelant les charges ancestrales des razzias. Les spectateurs éliront le meilleur danseur. Pour la population, c’est l’occasion de faire la fête et les agadeziens se font coquets pour ce rendez-vous essentiel de la sociabilité locale. Les femmes sont vêtues traditionnellement de blouses en dentelle blanche, ornées de galons rouges et de paillettes étincelantes. Les jeunes et les enfants sont initiés à cette grande fête identitaire. Coiffés de branches de palmier doum doum tressées, défilent à travers les rues au rythme de petites percussions en boite de conserve, afin de réclamer des piécettes pour leurs étrennes. Ce faisant, ils assurent la pérennisation de l’événement. Alors qu’ils continuent leur périple déambulatoire sous la chaleur accablante la foule se presse, de plus en plus dense pour les voir défiler à travers le dédale sableux des ruelles, jusqu’au palais du sultan. Celui-ci recevra les vœux d’une procession, qui n’omettra pas d’arrêter se rafraîchir auprès des maisons des notables. Pour la population, la fête du Bianou représente l’occasion de faire sortir d’un quotidien assez morne, fait de privations de labeur et de simplicité. Pour cela, on fait de gros sacrifices et la préparation de la fête, assez onéreuse, dure vingt jours. Fête religieuse et grand moment de rassemblement, de rencontre et de séduction pour les populations, la parade guerrière et amoureuse du Bianou, faite de tradition et de modernité, de richesse de pauvreté, de frustration et de gaspillage mêlés, revêt une identité toute agadezienne et touarègue.

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Comment y aller ?
S’adresser à la coopérative de voyageurs : Le point Afrique. Des vols pour environ 500 euros pendant l’hiver, un vol par semaine. Sinon prendre un vol pour Niamey et joindre Agadez par la route (10 heures environ).

Se renseigner :
Office de tourisme
A l’intersection de la route d’Arlit et du commissariat. Tél (227) 44 00 80

Dormir
Pension Tellit BP196, tél : (227) 44 02 31

Manger
De la viande grillée ou des beignets auprès des petits tabliers
Restaurant Bienvenue, non loin de l’hôtel Sahara.
   

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