Nouvelle Orleans : Throw me something mister !

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Nouvelle Orleans : Throw me something mister !

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Christel de Noblet | 18.11.2003 | 1046 visites | 0Favoris |
Christel de Noblet

Nouvelle Orleans : Throw me something mister !Pour la première fois de votre vie, vous aurez le droit de crier au nez et à la barbe du flic du quartier (il criera sans doute plus fort que vous !), d’écraser la vieille dame devant vous en lui grimpant sur les épaules, d’enfoncer vos coudes dans le bide du barbu qui vous étouffe depuis une heure (sans oublier de lui marcher sur les pieds), d’installer votre escabeau sur le trottoir afin de dépasser tout le monde, d’ouvrir votre table de pique-nique au milieu de l’avenue, de faire chauffer votre barbecue sur les rames du tramway, de vous exhiber déguisé en Bill Clinton, Hillary ou Monica, selon votre humeur (la décence n’est même pas de rigueur !)… Vous pourrez tout vous permettre…. C’est Mardi Gras à La Nouvelle Orléans, les parades sont dans la rue et la foule aussi ! Pendant la quinzaine qui précède le mercredi des cendres et l’entrée pour les catholiques dans le Carême, chaque soir, deux ou trois parades sillonnent les rues de New Orleans. Le but du jeu est clair. Il faut attraper le plus grand nombre de colliers de pacotille et autres bricoles (verres en plastique, doublons, ombrelles et noix de coco !) jetés depuis le haut des chars. Et pour cela la règle, c’est : pas de règle et crier très fort : " Throw me something Mister " (" Jetez-moi quelque chose, Monsieur "). Le point culminant du carnaval, c’est Mardi Gras, journée fériée en Louisiane (de toutes les façons, personne ne bosse durant cette période !) qui tombe le 27 février cette année. Ce jour-là suivant vos valeurs (sic !) et la présence, ou non, d’enfants dans votre famille (re-sic !) votre carnaval prendra des allures bien différentes.

Le défouloir de l’Amérique puritaine…

Nouvelle Orleans : Throw me something mister !La Nouvelle-Orléans accueille pendant cette quinzaine toute l’Amérique puritaine qui vient faire ici ce qu’elle ne peut pas faire chez elle. Le QG de ce carnaval là, c’est le Vieux Carré français et ses balcons pour voyeurs. Le jeu consiste à dégoter une terrasse surplombant un coin de rue bien passant, à se munir d’une bonne réserve de colliers, de bière et de copains et à regarder la foule passer en bas. Si vous avez bien choisi vos colliers, et si vos yeux parcourent la foule ostensiblement, il faudra moins de vingt-cinq secondes pour que la première paire de seins apparaisse, et si elle est à la hauteur de vos espérances… jetez le collier bien mérité ! Bon, vous pouvez aussi faire monter les enchères, exiger de voir plus, de comparer, de toucher… il n’y a pas de limite. Demandez à quelques capots de voitures du coin… ils ont tout vu et plus encore ! N’oubliez pas qu’à midi pile débute au coin de Burgundy street et St.Ann le gay costume contest dont le règlement est assez simple : " male, female, group, fantasy and leather " (homme, femme, groupe, fantaisie et cuir). A vos appareils photo !

Zulu, LA parade black de New Orleans…

Nouvelle Orleans : Throw me something mister !L’autre carnaval, qui s’étire sous les vieux chênes de Saint Charles Avenue, est lui tout à fait bon enfant. On y vient en famille tôt le matin de Mardi Gras, car les bonnes places sont chères. On apporte de quoi soutenir un siège et s’installer confortablement. Certains vont jusqu’à descendre leur canapé dans la rue. On retrouve ses voisins, ses amis. On compare les déguisements des uns et des autres. On admire les vieilles maisons décorées pour la circonstance des trois couleurs de Mardi Gras : or, symbole de pouvoir, vert pour la foi et violet pour la justice (mauvais goût garanti, mais on s’en fiche !). On rigole, on parle fort. L’excitation monte quand le premier bruit des fanfares approche. Puis se sont les cris de la foule quand le premier char de Zulu apparaît. Zulu, c’est LA parade black de la Nouvelle-Orléans. C’est quasiment un mythe. Personne n’oublie ici que son plus illustre Roi, King Zulu, fut, en 1949, Louis Amstrong en personne. Le char de King Zulu est suivi de " sa cour " : les guerriers, le sorcier, le Big Shot et Mr Big Stuff… et de plus de 1200 participants paradant sur 34 chars. Les costumes des participants sont tous identiques : Visage noir (ou noirci au cirage pour les " invités "), un oeil " zombiesque " cerclé, comme la bouche, de blanc, peau de léopard et pagne à franges. Entre les chars, les majorettes défilent au son cadencé des Brass Bands (orchestres de cuivres). Dans la foule, c’est le délire !

Nouvelle Orleans : Throw me something mister !Derrière Zulu, suit Rex, le roi incontesté de Mardi Gras qui parade dans les rues de New Orleans depuis 120 ans. Sous une perruque rouquine, avec barbichette incorporée, sceptre à la main et dignement drapé d’un manteau d’hermine brodé d’or, l’un des citoyens les plus éminents de la ville (dont le nom reste secret jusqu’au jour J) parade ainsi devant sa Reine, une jeune débutante de bonne famille à qui la plaisanterie coûte une somme astronomique et en dollars en plus. Vanité quand tu nous tiens ! Le char de Rex est escorté par un Capitaine masqué, au panache blanc, et 33 lieutenants à cheval, derrière lesquels un Bœuf Gras précède majestueusement 32 chars, œuvres colorés en papier-mâché. Du vrai spectacle en technicolor.

Les

Nouvelle Orleans : Throw me something mister !Ces parades ne sont que la partie visible d’un iceberg social qui gouverne la vie de la Nouvelle-Orléans. Ces clubs qui défilent sous les yeux émerveillés des badauds ont en fait une vie cachée. N’y entre pas qui veut. Et si la Constitution américaine ne fait aucune différence de race, sexe ou religion, dans cette partie du pays on voit les choses un peu différemment ! Certains clubs ne sont ouverts qu’aux femmes, d’autres rassemblent exclusivement des professions libérales, d’autres encore ne sont ouverts qu’à une certaine " aristocratie " locale et, plusieurs d’entre eux refusent les noirs ! Obligé par les autorités à ne faire aucune distinction de couleur dans les critères de sélection de leurs membres pour obtenir le droits de parader dans les rues, Comus, Momus et Proteus décidèrent en 1992 de ne plus parader pour ne pas avoir à se plier à cette exigence ! Si la raison d’être officielle de ces clubs est de récolter des fonds pour des oeuvres caritatives, ce sont en fait soit des association vouées à la grosse rigolade, soit des agences matrimoniales très bien huilées... Dans tous les cas, cela vous coûtera une fortune d’en faire partie. L’autre moment fort de la vie de ces clubs, ce sont les bals qu’ils donnent durant l’hiver. La saison s’ouvre le 6 janvier par le bal des twelfth night revellers (les fêtards de la douzième nuit) pendant que la première parade a lieu de façon plutôt incongrue dans un de ces tramways qui ont rendu la Nouvelle-Orléans célèbre! Puis chaque week-end, c’est la course à la plus belle soirée jusqu’au point culminant : le bal de Rex.

Soirée

Nouvelle Orleans : Throw me something mister !Ce soir là, si vous avez l’honneur d’y être invité vous passerez assurément la soirée la plus mortelle de votre vie !!! J’exagère à peine. Les invités arrivent les premiers pour voir la cour de Rex parader au milieu de la piste de danse. Puis le roi lui même daigne apparaître. Sa reine escortée par papa entre alors dans un grand "ouah" admiratif (les têtes calculent vite combien sa tenue a pu coûter !). Puis les débutantes font leur apparition avec révérence et sourire coincé à la clé. Malheureusement elles ne sont pas toutes jolies et, bien qu’issues de la bonne, voire très bonne, bourgeoisie locale, certaines, toutes engoncées dans leur fourreau de soie blanche, ressemblent plus à des fermières endimanchées qu’à un beau parti qu’on cherche à caser avec un jeune homme de bonne famille. Après ces gesticulations, pâles imitations de ce qui se passait dans les Cours d’Europe il y a déjà bien longtemps, on est autorisé à quelques glissades avant que le roi et sa cour ne disparaissent suivis des membres du club pour aller retrouver leurs alter egos d’un autre club et qu’enfin la fête commence, derrière des portes closes… On s’amuse, mais entre soi ! Il y a des bals beaucoup plus amusants... Celui de Zulu par exemple est clairement dans le camp des rigolos. Il y a bien le roi qui parade et sa reine qui lui fait les yeux doux, mais personne, ici, ne se prend au sérieux et surtout, tout se fait au tempo du jazz. Le roi qui parade avance en marquant la cadence et la foule le suit en dansant au son des trompettes et des percussions ! Chez Zulu, on danse tard dans la nuit…

Nouvelle Orleans : Throw me something mister !Encore plus fou que Zulu, le bal d’Endymion est sans doute le plus extravagant de tous les bals. Il se déroule au Superdome, stade couvert de la ville, énorme soucoupe volante de béton qui porte bien son nom. Les 14 000 invités tout en paillettes et smoking arrivent en portant leur glacière sous le bras… non, non, c’est pas une blague ! Ici, le spectacle est fourni, mais pas la bouffe. Ils s’entassent jusqu'à l’étouffement au centre du stade, pendant que sur la piste la parade avec ses 28 chars, 2000 membres, 15 orchestres et majorettes, ses porteurs de flambeaux, défilent pendant trois heures sans interruption, jetant aux invités leurs plus beaux colliers. Ici encore, il n’y a pas de limites à l’ingéniosité pour attraper des pacotilles. Les tables sont faites pour être grimpées dessus, attention seulement aux petits fours. La parade s’achève par un feu d’artifice (tiré à l’intérieur !!), mais la fête continue : un concert accueillant l’une des célébrités de la musique américaine fait danser la foule jusqu’au petit matin. Autre événement de Mardi Gras, cette fois dans la rue, le Carnaval des Indians. Ce carnaval là est plus difficile à trouver. Il se déroule dans les quartiers noirs où les " tribus " se costument en l’honneur des indiens d’Amérique qui furent les premiers à les accueillir fraternellement, comprenez : à cacher leurs ancêtres qui fuyaient l’esclavage. Longtemps l’occasion de régler ses comptes entre bandes rivales, les fights ne sont plus aujourd’hui que symboliques. En revanche la compétition demeure vive entre les chefs de gangs pour avoir le plus beau costume qui représente souvent une année entière de travail minutieux pour son créateur. Ces parades sont une débauche superbe de couleurs, de paillettes et surtout, surtout de plumages. N’hésitez pas à sortir des parades battues pour aller découvrir une toute autre culture. Cette folie de Mardi Gras qui tient toute la ville en haleine pendant des semaines s’arrête tout d’un coup à minuit pile quand la police, microphone à la main patrouille les rues de la Nouvelle-Orléans en répétant : " Mardi Gras is over, Mardi Gras is over " (Mardi Gras est fini). A minuit une tout s’arrête ! Et la ville épuisée s’endort.

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Si malheureusement, vous passez par New Orleans hors saison, allez voir le tout nouveau, tout beau, Musée de Mardi Gras, à deux pas de la Cathédrale, au Louisiana State Museum. Il vous donnera une bonne idée de l’ambiance qui règne dans la ville pendant cette période de fête et retrace l’histoire et les coutumes du Carnaval. Il y a même un coin pour enfiler des costumes, petits et grands adoreront !

On peut aussi aller voir de l’autre côté du Mississippi (ferry gratuit), à Mardi Gras World, l’entrepôt dans lequel les chars sont décorés. Et pour les gourmands, à la fin de la visite, ils vous offriront une part de King cake, la galette des rois louisianaise que l’on mange pendant toute la saison du carnaval et dont le glaçage sucré est bien entendu : vert, or et violet !

Si en revanche vous êtes ” at the right place, at the right time ”, vous achèterez le Mardi gras Guide publié par Arthur Hardy qui contient toutes les informations nécessaires pour connaître heures et circuits des parades, mais en attendant vous pouvez consulter quelques sites :

Pour voir Bourbon street en direct (un peu lent quand même) mais surtout pour voir ce qui reste comme chambres disponibles : http://www.mardigras.com/

Pour tout savoir sur Mardi Gras, un site très sympa : www.mardigrasunmasked.com/sitemap.htm

Pour suivre l’élection du Big Shot 2001 : www.mardigrascoconuts.com/News_Pages/Articles/Zulu_Big_Shot.htm

Pour organiser une visite de Mardi Gras World : www.mardigrasworld.com/

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