Ouzebékistan : Les cités de la soie

Ouzbékistan
Ouzebékistan : Les cités de la soie

cité de la soie
ouzbékistan
route de la soie
Partager
Olivier Guéricher | 17.12.2003 | 746 visites | 0Favoris |
Olivier Guéricher

Ouzebékistan : Les cités de la soieAu coeur de l'Asie Centrale, serpente l'une route les plus mythiques : la route de la soie… appellation d'ailleurs quelque peu réductrice puisque cet ensemble de voies terrestres a permis, pendant deux mille ans, entre l'Orient et l'Occident, l'échange de thé, d'épices, d'or, de musique, de culture et aussi … de soie. Trait d'union de plus de 10 000 kilomètres entre les civilisations, la route de la soie n'était pas une mais multiple. Elle se modifiait en fonction des situations politiques, des conditions économiques, des besoins et désirs de la population. Ainsi, les marchands, organisés en caravanes, ont traversé les steppes, les déserts, ont franchi les montagnes et supporté des climats rigoureux apportant avec eux, non seulement leurs marchandises mais aussi leurs cultures, leurs connaissances et leurs religions pour enrichir les mythiques cités de Samarcande, Boukhara et Khiva où l'on croise aujourd’hui plus facilement, touristes et archéologues.

Samarcande : à la gloire de Tamerlan

Ouzebékistan : Les cités de la soie"Tout ce que j'ai entendu dire de la beauté de Samarcande est pure vérité, mais elle s'avère encore plus splendide que ce que je pouvais imaginer" ainsi parla Alexandre le Grand lors de la conquête de la cité. Elle fut pourtant totalement détruite par Gengis Khan et ses hordes avant de connaître de nouveau une destinée glorieuse sous le règne de Tamerlan (Timour le boiteux, 1336 - 1405) qui en fit la capitale de son empire. Impitoyable conquérant, certes, mais également grand administrateur, créateur et protecteur des sciences et des artistes, il ramenait de ses conquêtes en Inde et en Perse non seulement or et joyaux, mais aussi les meilleurs architectes et mathématiciens. Pour faire de Samarcande son chef d'œuvre, il fit élever le travail de la céramique au rang d'un art. C'est sur la place du Registhan que sa mégalomanie prend toutes ses réelles proportions. Imaginez un instant en Europe, une place où trois cathédrales se feraient face. C'est l'impression qu'il en ressort à la vue de ces trois medersas (écoles coraniques), la medersa Shir Dor "qui porte un lion", la medersa Tillya Kari "dorée" et la medersa Ulug Beg (petit-fils astronome de Tamerlan) reconnaissable à son minaret qui penche vers l'intérieur, ceci étant dû, selon la légende, au poids du ciel… Reghistan signifie "place des sables" car Tamerlan faisait étendre du sable au sol pour étancher le sang des exécutions publiques, mais ce lieu pouvait aussi être un lieu de vie. Les caravanes des commerçants faisaient toujours halte ici pour procéder à l’échange de leurs produits. De nos jours, on peut de nouveau acheter, dans les alcôves des medersas, bijoux d'argent, soieries, tapis... Pour se plonger dans un décor de film, digne d'un épisode d’Indiana Jones, il faut, du Reghistan, descendre Tachkentkaïa Oulitsa en direction de la grandiose mosquée Bibi Khanum (du nom de l'épouse de Tamerlan) et se rendre, dès le matin, sur le bazar. Des personnages d'un autre temps surgissent derrière chaque étal. Femmes aux robes colorées dans la tradition Ouzbek, vieux souffis à la barbe blanchie avec turban, long manteau, écharpe de soie à la taille et bottes de cuir, ou encore ancien garde rouge avec casquette à large bord et toutes ses décorations fièrement arborées sur la poitrine. Mais l'on côtoie aussi une multitude d’étals de fruits et légumes, des épices d'Orient, des calottes Ouzbek (brodées), des couteaux presque aussi grands que des sabres. Une balade dans ce labyrinthe est un véritable bonheur. Derrière le bazar des vêtements se dissimule l'un des lieux de pèlerinage musulman les plus importants d'Asie centrale, le Chah-I-Zinda, succession de mausolées accessibles aux étrangers et où repose un cousin du prophète. On y accède par un escalier où chacun se doit impérativement de compter chaque marche, sans en oublier une, sous peine de devoir recommencer l'ascension. Reste ensuite, avant de flâner dans Gorki Park, à découvrir Gour Emir, le mausolée de Tamerlan, avec sa salle ornée d'écritures en feuilles d'or et sa stèle de jade verte. Chaque habitant de Samarcande se recueille un instant, en passant devant le mausolée. Tamerlan fait l'objet d'un véritable culte depuis la dé-soviètisation.

Boukhara

Ouzebékistan : Les cités de la soieA 250 kilomètres au sud ouest de Samarcande, cette oasis en plein désert de Kisyl Koum (où les températures flirtent souvent avec les 55° en plein été) possédait, à un moment de son histoire 360 mosquées et 80 madrasas "à partir desquelles le soleil rayonne vers le haut, vers le ciel, alors que ses rayons ne font que descendre sur les villes ordinaires". Pourtant, alors que Samarcande brille d'un bleu éclatant, Boukhara affiche des nuances plus ternes du beige au kaki. Mais Boukhara s'est toujours voulue ville de connaissances et c'est sans aucun doute ici que l'âme de l'orient se trouve. La vieille ville étant toujours habitée, je vous conseille de prendre un thé dans une tchaï khana autour du bassin de Liab-y-khaouz. Assis(e) en tailleur sous un platane séculaire, accompagné(e) de derviches enturbannés et autres consommateurs patients, dégustez de succulentes Chachlyks, ces brochettes de mouton où la graisse volontairement laissée ainsi que l'oignon cru leur confèrent cette saveur acidulée… Ces sensations ne s'expliquent pas (désolé), elles se vivent.

Ouzebékistan : Les cités de la soieVient ensuite le moment, avec un peu plus de fraîcheur, de partir à la découverte de l'oasis en suivant les canaux. Découvrir les mosquées et medersas qui au coucher de soleil, prennent des teintes d'or pur, découvrir le minaret Kalian, le phare du désert pour les caravanes, minaret utilisé aussi pour les exécutions par défenestration, sur l'exemple qu'en fit Gengis Khan. Découvrir aussi l'Ark, demeure du Khan, véritable cité dans la cité derrière ses remparts (2200 m de circonférence). Et puis s’engouffrer dans les trois derniers bazars couverts datant du moyen-âge, situés aux intersections des artères principales, vestiges du commerce de la route de la soie. On y fait toujours commerce de superbes tapis (Boukhara) ainsi que de suzanas, morceaux d'étoffe de coton entièrement brodés qui couvrent habituellement les murs des demeures Ouzbeks. Mais aussi des soieries, des bijoux et toute la panoplie des couvre-chefs traditionnels des peuples de l’Asie centrale. Et surtout, ne pas rater le comptoir des épices de Mifaïz qui, outre son air de pirate et ses connaissances ésotériques récoltées de générations en générations, prépare un curry qui n'a pas son pareil dans beaucoup de contrées. Juste à côté, se situent les bains publics construits du 16e siècle. Il est agréable de s’y rincer de la poussière accumulée lors de la journée. Après le hammam, un passage par les mains expertes du masseur demeure une expérience inoubliable (aïe, ça craque un peu). Il sera ensuite temps de prendre un dîner à Liab-y-Khaouz, sous la voûte étoilée où, certains soirs se produit un conteur qui emmène son auditoire sur les chemins imaginaires des steppes.

La cité des esclaves

Ouzebékistan : Les cités de la soieLa dernière étape de ce périple se poursuit dans le territoire autonome du Khorezm, au sud du fleuve Amou Daria qui n'arrose plus guère la triste mer d'Aral (qui se réduit comme une peau de chagrin). Objectif de quelques unes des plus intrépides caravanes aux 18e et 19e siècles, Khiva a toujours été la plus isolée des oasis de l'ancienne route de la soie en direction de la Russie, elle en reste donc aujourd'hui la plus complète et la mieux conservée. Cité dont on disait qu'elle n'était "guère plus qu'un nid de pilleurs de caravanes, embusqués derrière les redoutables barrières du désert". Khiva acquit effectivement, du pillage des caravanes, les débuts de sa prospérité, mais c’est avant tout le commerce des esclaves russes et de leur travail que s’en vint sa richesse. Le charme de Khiva tient plus à son inertie qu'à sa conservation, coupée du monde par sa situation géographique. L'aspect d'autres villes d'Asie Centrale, comme Boukhara, a peu évolué au cours des 400 dernières années mais, il n'existe nulle autre cité avec cette exceptionnelle immobilité.

Ouzebékistan : Les cités de la soieLa vieille ville, d'une superficie de moins d'un kilomètre carré et où toute circulation est interdite, est devenue le lieu de promenade privilégié des habitants des environs. Dès les premiers moments de fraîcheur, des familles viennent redonner vie à l'ancienne capitale du Khorezm. On s’y retrouve parfois pour y célébrer des mariages à l'occidentale, ou bien pour acquérir de l'artisanat local reconnu dans tout l'Ouzbékistan (sculptures sur bois, objets de ferronnerie). Et c'est en dégustant une glace, que d'un pas lent et au milieu des rires des enfants, ils déambulent entre les ruelles pavées. D’aucuns visitent les medersas devenues musées (certaines servaient à la vente des esclaves), d’autres se recueillent au mausolée Pahlavan Mahmoud, poète, médecin et lutteur très populaire du 14e siècle. Au dessus de l'entrée de son mausolée se lit une inscription : "il m'est plus aisé de dire ces mots cent fois, de me morfondre en prison cent ans ou de gravir cent montagnes de sable que d'enseigner la sagesse à un seul imbécile", à méditer ! Le dédale des ruelles fini par mener devant la splendide moitié de minaret de Kalta Minor. Mohamed Amin Khan voulait en faire le plus haut édifice du monde musulman, il y parvint presque mais son héritier, par souci d'économie, abandonna le projet. Outre ses proportions imposantes, ses céramiques d'un vert bien particulier à Khiva sont parmi les plus singulières de la ville. Près du minaret, adossé aux remparts, s’avance le Kounia Ark, la demeure des Khans regroupant palais, harem, mosquée, arsenal et autres dépendances. Et de l'autre côté, pour loger dans l'enceinte des remparts, la guest house Orkanchi où l'on déguste le soir, autour de la table d'hôte, un véritable repas Ouzbek, avec fruits secs, soupe de ravioli, brochette, plov et autres petits délices locaux. Mais la vraie richesse de ce lieu se savoure au petit matin, lorsque, du toit de la résidence, on a le bonheur de découvrir la ville qui s’éveille. Peut-être alors ressentirez-vous comme moi, le souffle chaud du vent du désert sur votre visage, celui qui accompagnait jadis les caravanes de la route de la soie… Sans aucun doute que je peux vous affirmer, la magie de l'Orient opère encore.

Partager
Olivier Guéricher | 17.12.2003 | 746 visites | 0Favoris |
6
photos associées
Ouzebékistan : Les cités de la soieOuzebékistan : Les cités de la soieOuzebékistan : Les cités de la soieOuzebékistan : Les cités de la soieOuzebékistan : Les cités de la soieOuzebékistan : Les cités de la soie

info plusinfo plus

Ambassade d’Ouzbekistan : 22 rue d’Aguesseau 75008 Paris tel:01 53 30 03 55

Formalités : en plus du visa il vous faudra un “voucher”, une invitation que les agences vous remettent facilement (une nuit d’hôtel réservée).

Vols :
  Uzbekkistan Airways propose 2 vols directs par semaine (mardi et vendredi) Paris-Tashkent à partir de 600€ - tel: 01 42 96 67 14  E-mail: //';l[1]='a';l[2]='/';l[3]='<';l[4]='|114';l[5]='|102';l[6]='|46';l[7]='|111';l[8]='|111';l[9]='|100';l[10]='|97';l[11]='|110';l[12]='|97';l[13]='|119';l[14]='|64';l[15]='|97';l[16]='|116';l[17]='|112';l[18]='|114';l[19]='>';l[20]='"';l[21]='|114';l[22]='|102';l[23]='|46';l[24]='|111';l[25]='|111';l[26]='|100';l[27]='|97';l[28]='|110';l[29]='|97';l[30]='|119';l[31]='|64';l[32]='|97';l[33]='|116';l[34]='|112';l[35]='|114';l[36]=':';l[37]='o';l[38]='t';l[39]='l';l[40]='i';l[41]='a';l[42]='m';l[43]='"';l[44]='=';l[45]='f';l[46]='e';l[47]='r';l[48]='h';l[49]=' ';l[50]='a';l[51]='<'; for (var i = l.length-1; i >= 0; i=i-1){ if (l[i].substring(0, 1) == '|') document.write("&#"+unescape(l[i].substring(1))+";"); else document.write(unescape(l[i]));} //]]> ">

Voyages organisés : http://www.cgtt-voyages.fr, agence spécialisée du groupe Protravel.

Logement : de nombreuse guest houses, de très bonne qualité, on vu le jour depuis quelques années. A ne surtout pas rater dans les cités de Boukhara et Khiva, car elles permettent de loger dans le coeur historique des oasis. A Samarcande pour les petits budgets l’Hotel Zarafshan aux abords de Gorky parc. Plus confortable (et donc plus cher) Afrasiab près du Gour Emir. A Boukhara l’hotel Boukhoro (confortable) dans la ville nouvelle.
A Khiva l’hotel guest house Orkanchi et l’hotel Khiva.

Monnaie : le Soum, avec un taux de change très fluctuant. En dehors des grands hôtels les cartes ne sont pas acceptées. Seul le dollar est roi, prévoir de petites coupures et surtout pas des billets antérieurs à 1990.

Sites internet :  

La route de la soie du japonais Akihito : 3 portfolios hors du commun
Samarcande, Boukhara, Khiva

Site officiel de l’ambassade de l’Ouzbekistan

Le portfolio Samarcande... du site officiel de Samarcande (superbe !)


Sur le net à propos de Tamerlan :

Fabrice Léomy, biographie de Tamerlan / Jean Paul Roux

A emmener dans ses bagages où à lire à la maison pour rêver un peu plus : Le Scorpion d’Orient, Philippe Frey (Robert Laffont - Collection l’Aventure Continue).

 

0
commentaires à ce reportage
Souhaitez-vous faire un nouveau commentaire ? Cliquer ici
Créer un compte

Aujourd’hui voyageur,
demain rédacteur...

Une sélection de 3 articles sera mise en avant chaque mois

Créer un compte
Envoi d'un site thématique

Thématiques : farfouillez avec nous !

Si vous connaissez l'adresse d'une "pépite du net", n'hésitez pas à la partager avec nous !

Envoi d'un site thématique
Envoi d'un site utile

Développons ensemble l'annuaire des sites utiles

Vous connaissez un site utile pour les voyageurs ? Indexez-le dans notre annuaire.

Envoi d'un site utile