Panama : Les Indiens Embera

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Panama : Les Indiens Embera

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Martine Demezuck | 13.06.2005 | 1560 visites | 0Favoris |
Martine Demezuck

Panama : Les Indiens EmberaOn a l’habitude de le connaître pour son canal car le PANAMA est célèbre dans le monde entier grâce à cette construction de l’homme qui, un jour, a relié l’Océan Pacifique à la mer des Caraïbe. Une entreprise qui, avant de faire gagner des semaines de transport aux paquebots internationaux, a coûté des centaines de vies aux Français d’abord, décimés par la Malaria et autres fièvres des marais et aux Américains ensuite. Les hommes s’y sont épuisées et y ont souffert, la nature a fait payer un lourd tribu à l’humanité avant d’accepter de s’ouvrir entre les deux mers.

Panama : Les Indiens EmberaAujourd’hui le Panama, petit pays d’Amérique Centrale coincé entre deux océans , bloqué à l’Est par la Colombie et à l’Ouest par le Costa Rica tire sa notoriété et sa richesse de son canal. Longtemps considéré comme la huitième merveille du monde tant l’entreprise paraissait démesurée, le canal fait aujourd’hui payer très cher la traversée de l’isthme aux navires de toutes nationalités. D’ailleurs Panama city , la capitale a des allures de Manhattan, grattes ciels sur front de mer, néons, banques, super marchés hyper clean … Certains pourraient oublier que le Panama c’est aussi et surtout un pays tropical couvert de jungle, qu’il est constitué en grande partie de métis et qu’il y a encore, cachés dans la forêt profonde 5 % d’Amérindiens de souche ; ils s’appellent Cunas, Guaymis ou Embera. Ils vivent en symbiose avec la nature, se soignent encore de plantes et de racines chassant et pêchant comme le faisaient leurs ancêtres et les ancêtres de leurs ancêtres. Nous quittons le car et en même temps la civilisation au Port VIGIA qui n’a de port que le nom ; nous sommes au bord d’un lac que nous devrons traverser puis remonter le cours d’une petite rivière qui s’y jette et enfin … atteindre un village Embera. Deux pirogues à moteur nous attendent et ce sont les indiens eux mêmes qui nous conduiront jusqu’à leur village.

Panama : Les Indiens EmberaLes pirogues glissent sur le lac blanc, nous sommes à la fin de la saison sèche et depuis deux jours le ciel est plombé et menaçant, la chaleur étouffante. La promenade est un enchantement, le lac n’est pas très large et nous longeons parfois ses rives d’où s’envolent pélicans et cormorans. Aigrettes blanches et hérons cendrés peuplent les roseaux, partout on devine la vie sauvage, sur cette rive un groupe de vautours se dispute quelque carcasse et cette ombre filante dans l’eau sombre ne serait ce pas un caïman? Maintenant les pirogues se faufilent dans une forêt inondée. Les arbres morts dressent leurs branches exsangues vers le ciel , le bateau glisse sur l’eau qui prend des nuances argentées. Notre piroguier indien reste énigmatique, pas une ride de son visage ne frémit, pas un sourire sur ses lèvres immobiles, il scrute l’horizon, les limites du lac et… la rivière , plus dangereuse et plus sournoise, par endroits elle n’est plus assez profonde pour permettre le passage de nos embarcations, les pluies tant attendues ne sont pas encore tombées et le fond de la pirogue accroche cailloux et rochers. Le moteur s’arrête, l’indien saute dans le lit de la rivière pour tirer la pirogue sur des fonds plus profonds, nous hésitons un peu, tout de même , il y a un instant, n’était ce pas un crocodile ? mais autant les profondeurs du lac immobile conviennent à ces animaux, autant les rapides et les 30 cm d’eau par endroits de la rivière ne leur siée plus du tout. Notre indien lui, a l’air serein, nous descendons tous à notre tour pour alléger la barque et l’aider à la pousser. Notre efficacité est toute relative , le courant est très fort par endroits bien que le niveau de la rivière soit bas, et puis remonter rapidement dans la barque dès que le moteur repart n’est pas chose facile, notre bonne volonté, ne pouvant être mise en doute, notre descente aura, au moins, allégé le fardeau de notre piroguier. Même si nous pataugions plutôt que de pousser à ses côtés, je crois qu’il ne nous en a pas gardé rancune. Les heures se sont écoulées au fil du courant et des envolées d’oiseaux et puis, comme dans un film, des fumées blanches sur le bord de la rivière annoncent le village, d’autres pirogues sont rangées là, des enfants nus jouent sur la berge , des femmes aux seins nus nettoient des poissons dans l’eau claire et puis les hommes, les plus jeunes semble-t-il vêtus de pagnes et de colliers de perles de couleur nous accueillent en musique ; tambours et drôles d’instruments faits de carapaces de tortues ou de graines géantes… Nous venons d’arriver dans un autre monde… celui des indiens Embera.

Panama : Les Indiens EmberaLe village est construit en hauteur et sur pilotis pour éviter les inondations pendant la saison des pluies, elle commence en Avril et va durer jusqu’à l’automne. Toits de palme et murs ouverts sur la forêt environnante, il y a des cases pour cuisiner, des cases pour dormir , d’autres pour les palabres. Peu à peu les enfants , timides au début , s’enhardissent courent et rient sans plus s’inquiéter des nouveaux visiteurs que nous sommes. De toutes évidences les indiens Embera ont l’habitude de recevoir des gens comme nous, si différents de leurs racines, de leur culture, de leurs ancêtres. Ils sont souriants et ravis de nous proposer leur artisanat qui constitue une des principales ressources de la communauté . Modernité oblige, même ici, ils achètent en ville les tissus , le pétrole, le gasoil et ont pour cela besoin de monnaie d’échange. L’artisanat est basé sur ce que leur offre la nature ; sculptures en ivoire végétal creusées dans une noix de Tagua, laissées brutes ou peintes de couleurs vives, bijoux de fibres et de graines, pirogues miniatures en bois précieux, instruments de musique. Les jeunes enfants n’ont que quelques kilomètres à faire dans la jungle pour se rendre à l’école primaire en revanche les adolescents, s’ils veulent poursuivre leurs études, doivent partir habiter en ville plusieurs années. Peu le font en réalité et presque tous reviennent vivre au sein de la communauté.

Panama : Les Indiens EmberaC’est avec un chaman que nous partons en forêt pour apprendre le secret des plantes. L’atmosphère est moite, le sol imbibé d’eau sent l’humus et le végétal en décomposition, la forêt semble silencieuse parfois seulement un craquement ou un froissement de feuilles révèlent la fuite d’un iguane ou l’envol d’une perruche amazone. Mais la jungle est frustrante les animaux sont invisibles, proies ou prédateurs ils restent cachés pour la même raison ; ne pas être vus , merveilleusement camouflés, en symbiose avec la nature ils sont là tout prêt et pourtant nous ne pouvons que deviner, imaginer, entrevoir un éclair bleu dans les arbres, un lézard courant sur le chemin , un chahut dans les branches annonçant des singes capucins déjà enfuis vers la canopée. Le vieil homme nous montre les graines, les racines et les feuilles qu’il faut piler ou boire en décoction pour guérir du mal de ventre, faire cicatriser une plaie ou aider une femme à accoucher. Une colonie de fourmis géantes a tracé une route qui traverse notre chemin, elles transportent de gros morceaux de feuilles minutieusement découpées jusque dans leur fourmilière. Ces feuilles en se décomposant créeront la température idéale pour leur nurserie . L’air est oppressant , saturé d’humidité, nos cheveux collent aux visages, le ciel s’alourdit , la forêt s’assombrit, l’orage va bientôt craquer et larguer ses pluies diluviennes sur la jungle.

Panama : Les Indiens EmberaNotre promenade nous a ramené doucement au village où, sous un grand toit de palme un déjeuner très pittoresque nous attendait ; dans un cône de feuilles de balisier tressées en guise d’assiette, nous avions du poisson de la rivière, grillé et des beignets de bananes Plantin , le dessert, disposé sur un lit de feuilles était constitué de fruits délicieux, ananas, mangues, fruits de la passion et melons. Suivit un après midi très festif ; pendant que l’orchestre reprenait les rythmes qui nous avaient accueillis le matin les jeunes Embera dansaient, souriants, ravis semble-t-il de s’amuser en notre honneur, parés de leurs plus beaux atours , les femmes ; fleurs dans les cheveux et pagnes chatoyants, seuls colliers de perles pour couvrir leurs poitrines dénudées, dansent en portant sur leur bras d’adorables bébés potelés. Leur peau a la couleur du caramel , ils ont de grands yeux noirs et des cheveux sombres et lisses. Nous sommes bientôt invités à nous joindre aux danseurs, notre différence de morphologie nous fait un peu penser à blanche neige chez les sept nains. Nous avons beaucoup ri , pas vraiment à notre avantage dans ces danses tribales d’un autre monde. Rapidement pourtant nous nous laissâmes submerger par la bonne humeur de nos hôtes , grisés par la musique, la danse, la vie. Pendant que nous dansions, le ciel avait craqué, depuis presque une heure il précipitait des gerbes d’eau sur la forêt. Au village c’était une fête de plus, les enfants pataugeaient dans les flaques, les canards en profitaient pour faire un brin de toilette, tous vaquaient à leurs occupations sous la pluie, comme si elle n’existait pas, ils l’acceptaient comme faisant partie de leur quotidien, conscients que d’elle, dépendait la forêt qui les faisait vivre. La pluie était leur providence, leur amie, pour les indiens Embera elle représentait tout simplement la vie.

Panama : Les Indiens EmberaNous, nous la vivions différemment, d’autant qu’il était temps de reprendre les pirogues pour rejoindre notre monde si différent de celui que nous quittions… Maladroitement protégés dans nos vêtements de pluie , empaquetés dans nos plastiques multicolores déjà humides de sueur, nous avons dit adieu à nos amis. La pluie crépitait sur la forêt, elle frappait l’eau de la rivière ; lorsque les pirogues prirent de la vitesse elle fouettait nos visages, emplissait nos yeux de liquide, la traversée fut longue et moins douce que le matin. Heureusement, comme nous étions dans le sens du courant cette fois , la pirogue glissait aisément ; où était ce que la pluie déversée depuis quelques heures avait déjà fait remonter le niveau de la rivière ? toujours est-il que le retour fut plus rapide. Lorsque nous sommes arrivés au lac notre piroguier a plongé, la pluie et le vent sur sa peau nue l’avaient certainement transi et l’eau du lac était tiède, il est remonté lestement ne s’aidant que d’un bras - nous n’avons évidemment rien tenté dans le genre, restant prudemment dans le bateau - Nous avons revu la forêt inondée, les hérons s’étaient enfuis mais un couple de pélicans pêchait toujours. Le lac était fade , empreint d’une lumière jaunâtre, dans le lointain nous apercevions le port, quelques pirogues et plus haut une ou deux voitures et un car, le nôtre. C’était l’instant où nous devions quitter nos guides Embera, ils repartaient sous une pluie battante vers leur village, au cœur de l’enfer vert de la forêt profonde, la nuit les rattraperait bientôt…

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Le Panama est souvent proposé  associé à un ou plusieurs autres pays d’Amérique Centrale, sa faune et sa flore sont très riches , les paresseux se promènent souvent dans les arbres , en bordure de route. L’extension balnéaire y  est sublime, la mer y est plus calme que sur les côtes du Costa Rica célèbres pour leurs rouleaux chers aux surfeurs. On peut y pratiquer la plongée et la pêche au gros, des excursions dans les îles ou sur des pitons rocheux perdus au milieu de l’océan , refuges des oiseaux marins et des iguanes à crête

 

Le Panama c’est aussi Panama City , la moderne ou la coloniale ayant des airs de Havane  ou de Manhattan, ses communautés indiennes, le canal et sa zone franche , les chapeaux du même nom, pourquoi ne pas y rester plus longtemps , il y a tant de choses à découvrir dans ce petit pays de 75 000 km2 ?

 

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