Pologne : Varsovie-Gdansk, la Pologne avance

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Pologne : Varsovie-Gdansk, la Pologne avance

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Emilie Maj | 22.10.2007 | 565 visites | 0Favoris |
Emilie Maj

L’âme d’une ville nouvelle

Pologne : Varsovie-Gdansk, la Pologne avanceUne légende dit que deux sirènes jumelles(1) vivaient dans la Baltique. L’une d’elle partit vers Copenhague et l’autre vers Gdansk au nord de la Pologne. De là, la seconde remonta le cours de la Vistule et s’installa à l’endroit où se dresse actuellement la ville de Varsovie. Selon une première version, la ville de Warszawa fut fondée la sirène Zawa et son amant Wars. Selon l’autre, la sirène fut capturée par un homme qui entreprit de la montrer dans des foires. Elle fut délivrée par le fils d’un pêcheur et promit de protéger la ville de son épée et son bouclier. Voilà six ans déjà que je n’étais pas allée en Pologne. Le pays a changé, je le sens dès mon arrivée à l’aéroport, où Liza, ma lointaine cousine, vient me chercher. Les routes sont encombrées, les voitures roulent à toute allure et je ne reconnais plus son quartier de Targówek où les champs ont été remplacés par des immeubles et d’immenses centres commerciaux. « Depuis l’entrée officielle dans l’Union Européenne en mai 2004, on se sent dans une vraie période de transition », m’explique-t-elle tout en jouant de ses rétroviseurs pour slalomer entre les voitures. « Et tu sais que nous avons un nouveau métro ! », me glisse-t-elle avec un clin d’œil.

Pologne : Varsovie-Gdansk, la Pologne avanceEffectivement, dès le lendemain, je découvre l’atmosphère de Varsovie, dynamique et agréable. Je passe la journée à me promener, retrouvant le calme de la vieille ville (Stare Miasto) et les rue pleines de café aux alentours. Tous ont des ambiances différentes et je fais plusieurs haltes, choisissant tantôt l’ambiance folklorique d’une imitation de chalet en bois, tantôt la modernité d’un décor très Art nouveau. Dehors, les sabots des chevaux et le roulement des calèches qui conduisent les touristes claquent contre les pavés.

Pologne : Varsovie-Gdansk, la Pologne avanceJe me promène le long des Barbakan, les anciennes fortifications de Varsovie, et retrouve mon bar mleczny, où j’aimais jadis manger. Ces cantines où l’on peut manger pour trois fois rien commencent à disparaître. Au « Bar pod Barbakanem », dans la queue qui mène à la caisse où on règle sa commande et où l’on reçoit son talon, je laisse passer devant moi un homme plus âgé qu’il ne doit l’être en réalité. Habits usés, barbe des quelques jours. La caissière prend sa commande et lui glisse « Vas t’asseoir, je t’apporte tes plats ». Les yeux de l’homme expriment de la reconnaissance. A son retour, je commande, me dirige à mon tour vers les cuisines, récupère mon plat et déguste doucement. Puis, je reprends ma promenade, jusqu’au soir, m’arrêtant dans les cafés et sur les blancs pour m’imprégner de l’âme de Warszawa. En se promenant ainsi, on pourrait croire que rien ne s’est passé. Et pourtant, le pays se construit sur un lourd passé et il a fallut plusieurs siècle à la Pologne pour gagner sa liberté.

Démembrement et reconstruction contre l’oubli

Pologne : Varsovie-Gdansk, la Pologne avanceLa Pologne a souffert des convoitises de ses voisins depuis le XVIIIe siècle, où trois partages de la Pologne se sont succédés en 1772, 1793 et 1795. Suite au soulèvement polonais de 1794, le pays fut démembré en totalité et partagé entre la Russie, la Prusse et l’Autriche. Elle disparut pour 123 ans jusqu’en 1918, n’existant plus que sous la forme d’une armée polonaise en exil, les Légions Polonaises. L’accalmie ne fut que de courte durée, car le pays retomba dans les souffrances de la deuxième guerre mondiale. Terreur hitlérienne, répression du ghetto, résistance souterraine et insurrection de Varsovie. A la fin de la guerre, Varsovie est détruite à 85 %. Tant et si bien que le gouvernement envisage de transférer la capitale à Cracovie. Mais la reconstruction est décidée. Aujourd’hui, la Vieille Ville restaurée est inscrite au patrimoine de l’UNESCO. Et, le long de la Vistule, se dresse un monument de la Sirène légendaire, protectrice de la ville, pour laquelle le visage d’une jeune femme résistante morte durant l’insurrection en 1944 a servi de modèle. Le château royal a été reconstruit à l’identique trente ans plus tard. A présent, en 2007, la Pologne n’est plus un pays communiste. Mais Liza garde un regard sérieux. « Il y a toujours quelques communistes et j’ai toujours peur qu’ils retrouvent le pouvoir aux élections ». Le passé est trop noir pour être oublié. A Varsovie se dresse toujours le grand bâtiment communiste qui surplombe tous les autres. Mais la Pologne conserve une rancune contre la Russie qui refuse de livrer des documents encore secrets sur le massacre de Katyń. En 1939, l’Union Soviétique décida en effet de déporter vers l’est plusieurs milliers de prisonniers militaires polonais. En 1940, elle décida l’exécution massive des officiers, étudiants, médecins, résistants et fonctionnaires polonais en Russie occidentale. Le nombre des victimes est aujourd’hui estimé à environ 15.000. Malgré la reconnaissance du crime du NKVD par Michaïl Gorbatshev et la livraison de certains documents par Boris Elstine, la transparence n’est pas acquise. Pour refermer cette blessure, le Sénat polonais a déposé en 2006 une plainte auprès de la Commission des Droits de l’Homme contre la Russie afin que ce massacre soit reconnu comme crime contre l’humanité (2). En attendant cette reconnaissance, les frontière restent fermées et Liza ne peut que songer tristement aux bords du fleuve Niemen : « J’y allais souvent en vacances. C’est un endroit magnifique. Si beau que notre chanteur polonais avait pris son nom pour pseudonyme. Mais il se trouve sur le territoire de la Biélorussie et les frontières sont à présent fermées. »

Polonia, l’histoire d’une émigration polonaise

Pologne : Varsovie-Gdansk, la Pologne avanceLiza raconte : « En 1939, des familles polonaises résidant à la frontière, sur les territoires annexés par les Soviétiques, furent déportés plus à l’est. Cependant, des mois plus tard, surprise par l’assaut des Allemands à l’ouest, la Russie accepta la requête d’un Général polonais de renvoyer ces Polonais se battre sur le front ouest avec l’Alliance. La question se posait des enfants, trop petits pour être enrôlés. Deux pays acceptèrent de les accueillir, la Nouvelle-Zélande et l’Afrique du sud, où vivent à présent d’importantes communautés polonaises. ». Mais l’émigration polonaise aux quatre coins du monde, appelée Polonia, a commencé bien avant. Au XVIIIe siècle au moment des deux insurrections polonaises, et où des soldats furent déportés en Sibérie. C’est l’époque de la Grande émigration polonaise à destination de l’Europe de l’ouest. Plus tard, Staline envoya ses opposants au Kazakhstan. Aujourd’hui, si quarante millions de Polonais vivent en Pologne, vingt autres millions habitent à l’étranger, dont dix en Amérique. Comme moi, on est Polonais de sang, par le père ou la mère. Je suis reconnaissante à Liza pour ses récits.

Radio Maria

Pologne : Varsovie-Gdansk, la Pologne avanceDepuis la guerre, il ne reste plus que des Polonais en Pologne. Des Polonais catholiques. Nous allons voir Tadeusz, le père de Liza, qui me parle de ce qui était autrefois le village de mon père et qui est devenu, depuis, une petite ville, dans la région de Lublin. « Tu te rends compte qu’il y avait 3.500 Juifs et 2.500 Polonais… ! ». Non, j’ai du mal à m’imaginer. Le soir, la pensée que 60 % de la population ait pu disparaître ainsi m’empêche de dormir. Je décide d’essayer de partir sur la trace des Juifs de Pologne. Je retourne visiter le cimetière juif. J’y retrouve le monument à Janusz Korczak, ce médecin qui avait sacrifié sa vie pour suivre les enfants de l’orphelinat du ghetto au camp. Les tombes ne sont pas entretenues. Aucune fleur ne vient les égayer. Personne pour apporter des bouquets et venir se recueillir. Cette image contraste avec les cimetières catholiques, que les gerbes rendent plus magnifiques que n’importe quel jardin. Liza m’explique que c’est la semaine juive. « C’est étrange. Il n’y a plus de Juifs en Pologne mais noter pays est connu pour son antisémitisme latent. Cette semaine est organisée chaque année à Cracovie. Ici, c’est la première fois ». Elle me conseille d’aller rue Próżna. Mais là-bas, je ne découvre rien d’autre qu’une rue déserte, dont un côté est occupé par un bâtiment en ruine. Je m’arrête quelques secondes. Une vieille femme intriguée me demande : « Que regardez-vous ? Il n’y a rien ici. Les enfants de ces Juifs n’ont sans doute pas d’argent pour reconstruire. ». Je vais juste place Grzybowska. Quelques timides festivités s’annoncent pour le soir. Plus loin, entre d’autres bâtiments, je trouve le théâtre et la synagogue. Celle-ci est le seul lieu de culte juif de Varsovie. Il a été construit à l’endroit où se situait l’un des deux ghettos durant la guerre. Quelques petits bonnets noirs sur le haut des têtes, une épicerie casher, quelques policiers. Rien de plus, rien de moins. La Pologne reste un pays très catholique. Dans le train que je prends pour Gdańsk une femme parcourt un livre sur « La patience avec Dieu », un homme lit l’histoire du Padre Pió, ce fameux curé dont la présence exhalait une odeur de roses. Des panneaux indiquent dans les villes la fréquence de Radio Maria. Mais il faut comprendre que l’église catholique a durant des années été la seule figure officielle de résistance au communisme. Karol Wojtyła (Pape de 1978 à 2005 sous le nom de Jean-Paul II) en fut la figure emblématique durant plusieurs décennies et une Université porte à présent son nom à Lublin.

Les chevaliers teutoniques et l’ambre de la Baltiq

Pologne : Varsovie-Gdansk, la Pologne avanceLe train vers Gdansk continue de rouler, tranquillement vers le nord de la Pologne. Je m’arrête à Malbork (appelé Marienburg par les Allemands) pour visiter le château des chevaliers teutoniques aux briques rouges. Forteresse gothique la plus grande d’Europe, sa construction a débuté en 1280 à 100 km de la mer. Cette proximité avec la Baltique leur a permis de gagner le monopole du commerce de l’ambre. Le château s’élève dans toute sa majesté au bord de l’eau. J’achète quelques fruits, dévore un petit pain sucré au pavot et reprends le train pour continuer mon voyage. Gdansk est magnifique, colorée et animée. Je parcours les rues de le Nouvelle et de la Vieille Ville. Le regard est happé par toute la diversité de bijoux en ambre proposés le long de la rue. Je me rappelle la recommandation de Liza avant mon départ : « N’oublie pas de manger un turbot pour moi. C’est très connu à Gdansk. ». Sur un bateau amarré au bord du fleuve, je commande un poisson pour trois sous et une salade. Lorsque je fais mine de me lever, le propriétaire s’approche : « J’espère que vous avez bien mangé, Mademoiselle. Si ce n’était pas le cas, nous vous inviterions encore à dîner pour rien ! ».

Pologne : Varsovie-Gdansk, la Pologne avanceJ’ai rendez-vous avec Krzysiek et Magda à la gare. J’ai fait leur connaissance en Sibérie (3) dans un internet café. Comme de nombreux Polonais, tous deux sont partis travailler à l’étranger durant un an, en Irlande. A présent, il est informaticien et elle est institutrice. Dans la voiture, des voix grésillent de temps en temps dans la CB. « Nous n’avons pas d’autoroutes ici. Seulement quelques voies express. On s’entraide entre conducteurs, c’est normal. », explique Krzysiek. « Quoi de neuf sur la route Gdansk-Gdynia ? ». Quelques instants plus tard, une voix retentit « C’est calme. Pas de radar. Vous pouvez y aller ». Krzysiek appuie sur la pédale d’accélérateur.

Ruralité changeante

Pologne : Varsovie-Gdansk, la Pologne avanceMagda appuie sur les boutons de la radio pour trouver une station. Soudain elle s’exclame : « Tiens, j’ai trouvé les Kaszuby. Nous allons faire écouter à Emilie ! ». Les Kachoubes constituent un groupe linguistique en Pologne. Ils ne possèdent pas le statut de minorité, même si leur langue et leur culture sont particulières. Le Kachoube est enseigné à l’école et presque 250.000 personnes le parlent. Ils vivent ici, en Poméranie, dans la région de Gdansk et Gdynia. « Ils vivent dans les villages surtout », ajoute-t-elle. Une halte à Sopot, où nous allons nous promener sur la jetée de plus de 500 mètres qui s’évade loin dans la mer. « C’est noir de monde en été, pas un mètre carré n’est libre sur la plage et les rues sont pleines ! ». Puis, nous reprenons la voiture et continuons vers Gdynia. En route, j’aperçois les mêmes vaches solitaires aperçues ailleurs à la campagne. Attachée à une longue chaîne, elles tournent dans les champs en ruminant. « Ce sont les personnes d’un certain âge qui sont leurs propriétaires. Cela les rassurent de posséder une vache, comme d’antan, même si la vie a changé »… J’ai encore quelques jours devant moi. Mais, oui, la vie a résolument changé en Pologne. Plus de maisons en bois dans les villages traversés. L’époque communiste a imposé les blocs, dont les Polonais s’émancipent par la construction de maisons à l’architecture moderne, qui créent un paysage hétéroclite. L’Europe apportera encore des changements, ainsi que la transition vers l’euro vers 2010. Il n’est d’ores et déjà besoin que d’une carte d’identité pour entrer au pays de Chopin. Aucun retour en arrière n’est possible pour ce pays, slave mais résolument européen, qui a découvert la liberté et compte en profiter.

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