Porto Rico : San Juan, vieille ville du nouveau monde...

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Porto Rico : San Juan, vieille ville du nouveau monde...

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Chantal Dussuel | 25.02.2005 | 1224 visites | 0Favoris |
Chantal Dussuel

Porto Rico : San Juan, vieille ville du nouveau monde...A première vue, San Juan n’a rien de séduisant. Des immeubles en béton délavé, des maisons décrépies, des enseignes de fast food américains et, dans les quartiers plus chics, de gigantesques hôtels posés en bloc le long des plages : c’est ce que laisse voir l’autoroute qui traverse d’Ouest en Est la capitale de Porto-Rico. Tout juste l’océan Atlantique scintille-t-il au loin, entre deux palmiers ou deux tours de luxe. [photo old san juan 4?] Et puis, on finit par arriver dans la vieille ville de San Juan, perchée au bout d’une péninsule tout à l’ouest de la capitale. Changement de décor : des rues étroites bordées de façades colorées – une succession de teintes pastel ocres ou orangées, entrecoupées ici et là d’un bleu vif ou d’un grenas intense. Des fenêtres entourées d’un cadre blanc et ornées à l’étage de balustrades en fer forgé ou en bois. Et, sur la chaussée, des pavés aux reflets gris-bleutés, patinés par les siècles. Car, malgré ses fréquents liftings, la vieille ville de San Juan a presque 500 ans. C’est en 1521 qu’elle a été fondée par les conquistadors espagnols – dont Ponce de León, peut-être plus connu pour sa quête illusoire de la fontaine de jouvence que pour ses fonctions de premier gouverneur de l’île de Porto-Rico.

Porto Rico : Une ville pleine de vie

Porto Rico : San Juan, vieille ville du nouveau monde...Aujourd’hui, la vieille ville s’enorgueillit d’environ 400 bâtiments de style colonial espagnol datant des XVI et VXIIe siècle – on aperçoit parfois leurs cours intérieures derrière de lourdes portes de bois entrouvertes. Au hasard des rues, on tombe aussi sur des façades des années 1920 et 1930 – avec de larges fenêtres entourées de nymphes nues - tout aussi soigneusement rénovées. Bref, c’est en levant la tête qu’il faut partir à la découverte du vieux San Juan. A pied, pour éviter les embouteillages. Mais sans oublier de regarder aussi devant soi, car les trottoirs sont étroits, les passants nombreux, et la rue un spectacle permanent. Les piragüeros, des marchands de glace au sirop, agitent leur clochette dans l’espoir d’attirer les clients. Un homme en guenille, engoncé dans de lourdes béquilles, tisse des roses et crucifix en feuilles de palmiers et tente de les vendre aux passants. Les joueurs de cartes de la Plaza Brau poursuivent leur partie, imperturbables. Avec pour fond sonore, du rap latino qui s’échappe d’un 4X4 pris au piège d’une rue trop étroite et le concert de klaxons des automobilistes qui le suivent. Bien sûr, toutes ces jolies couleurs - ces demeures impeccablement rénovées - dégagent un léger parfum de pièges à touristes. Au moins les restaurants de chaînes américaines ont-ils eux aussi l’obligation de se cacher derrière des façades traditionnelles. Pour laisser le charme agir, il suffit de quitter les rues encombrées de marchands de souvenirs – Calle Fortaleza – et de remonter par exemple Calle San Justo avant de prendre Calle Sol ou Calle San Sebastian. Là, le vieux San Juan se fait beaucoup plus calme et résidentiel. Une vieille dame et son petit fils prennent le soleil à la balustrade d’une fenêtre. Des voisins font la causette d’un balcon à l’autre. En flânant vers l’Ouest, on finit par tomber sur l’imposante cathédrale San Juan Bautista, bâtie par les Espagnols au XVIe siècle, où se prépare justement ce jour-là un mariage en grande pompe. De la cathédrale part l’une des rues probablement les plus photographiées de la vieille ville : Calleta San Juan, toute en teintes pastel et ombragée d’une végétation luxuriante – des banians, aux racines enchevêtrés, des palmiers – et très appréciée des chats. Autre petite halte recommandée : le jardin du Musée Casa Blanca. On y accède par une petite porte au fond de la pittoresque rue de l’hôpital. Un havre de paix et de verdure, seulement troublé par le chant des « coquis », la mascotte de Porto-Rico : des grenouilles de 2 ou 3 cm de long vivant dans les arbres, et dont le nom évoque le coassement. Signalons aussi le musée du livre – La Casa del Libro – une bâtisse du XVIIIe siècle au charme désuet, abritant une collection de livres anciens en plusieurs langues, dont une première édition de Don Quichotte de la Manche de 1605. Aucune enseigne à l’extérieur, mais des portes et des fenêtres grand ouvertes qui invitent à venir parcourir les salles au carrelage noir et blanc et les deux patios fleuris.

Porto Rico : Flibustiers anglais

Porto Rico : San Juan, vieille ville du nouveau monde...Les Espagnols l’appelaient la « ciudad amurallada » – la cité entourée de murs. Près de cinq siècles après sa fondation, la vieille ville de San Juan mérite encore son surnom. Les remparts et les deux forts massifs qui l’ont longtemps protégée des pirates et des invasions étrangères encadrent toujours la péninsule : l’imposant El Morro, bâti sur un promontoire à l’extrêmité ouest, pour surveiller le port de San Juan et protéger la ville des attaques maritimes et le tout aussi massif San Cristobal, censé repousser les envahisseurs terrestres à l’entrée de la ville. N’oublions pas que la capitale de Porto-Rico occupait une position stratégique, à l’entrée des Antilles. Et les Espagnols entendaient bien protéger leurs lourds galions chargés d’or et d’épices qui passaient non loin de là, rentrant d’Amérique latine vers le vieux continent. Les deux forts subirent en effet de multiples assauts. En 1595, Sir Francis Drake, le flibustier anglais, tenta en vain d’assaillir le port de la ville pour s’emparer d’une cargaison d’or et d’argent. Trois ans, plus tard, un autre Anglais, le duc de Cumberland réussit à assiéger El Morro, avant qu’une épidémie de dysenterie ne l’oblige à renoncer à ses ambitions. En 1625, ce fut au tour des Hollandais de passer à l’attaque, avant de battre en retraite un mois plus tard, en mettant le feu à la ville. C’est ainsi que Porto-Rico resta aux mains des Espagnols et que San Juan devint la ville la plus fortifiée des Caraïbes.

Porto Rico : Des remparts de toutes parts

Porto Rico : San Juan, vieille ville du nouveau monde...Aujourd’hui, les deux forts sont classés au patrimoine mondial de l’UNESCO et se visitent. San Cristóbal présente entre autres une reconstitution des quartiers de soldats. El Morro, qui se dresse à 42 mètres au dessus de la mer, offre de magnifiques vues sur l’Atlantique, un dédale de souterrains et de donjons et une petite exposition historique. Devant ce fort, la gigantesque esplanade verdoyante où s’entraînaient autrefois les soldats est maintenant le royaume des cerf-volants et des pique-niques familiaux. Parsemées de guérites, les fortifications aussi ont été préservées. Au sud, elles ombragent désormais une promenade aménagée en contrebas : Paseo la Princesa, un endroit agréable où marcher au bord de l’eau, et le paradis des chats sauvages. Gris ou bruns, ils se confondent avec les rochers. Occupés à se gratter ou à se dorer au soleil, ils ignorent royalement les passants. Au loin, de l’autre côté de la baie de San Juan, on aperçoit quelques usines, dont celle de Bacardi – petit rappel de l’activité économique de Porto-Rico, qui ne dépend pas seulement du tourisme, mais aussi du rhum, de l’électronique et de produits pharmaceutiques. Au nord de la vieille ville, les fortifications surplombent le Cementerio de Santa Maria, probablement l’un des cimetières les mieux situés au monde. Aux côtés d’une chapelle à la coupole rouge, des croix blanches et des sculptures d’anges se détachent sur le bleu vif de l’Atlantique. Les guides touristiques conseillent cependant aux visiteurs de ne pas descendre se promener dans le cimetière sous peine de faire de dangereuses rencontres. Car le cimetière jouxte le quartier La Perla, où il est paraît-il tout aussi déconseillé de s’aventurer. D’en haut, on aperçoit des baraques en tôle, des maisons rafistolées, un terrain de basket couvert de graffitis – un quasi-bidonville qui détonne dans une vieille ville en quête de perfection.

Porto Rico : Et pour finir…

Porto Rico : San Juan, vieille ville du nouveau monde...Après une longue journée de marche, San Juan offre tout un assortiment de restaurants : italiens, venezueliens, français… et bien sûr portoricains. Deux cafeterias servent des plats locaux– riz et haricots rouges et viande ou poisson frit ou pané – savoureux et sans prétention : La Bombonera, dont les murs sont décorées de photos du San Juan de 1900 et où des musiciens des rues entrent régulièrement jouer quelques minutes avant de faire la manche. Et, dans la même rue, Cafeteria Mallorca, où les serveurs en gilet et toques bleu marine s’agitent derrière le comptoir et déplient soigneusement devant vous une serviette en papier avant de vous servir des tranches de pain abondamment beurrées. Et si tout cela ne vous a pas fatigué, il ne vous reste plus qu’à aller faire un tour sur la Calle San Sebastian - la vieille ville passe pour avoir les meilleurs bars et boîtes de San Juan. Et la nuit ne fait que commencer

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