Prague, un parfum de bohème

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Olivier Godin et Steve Viala | 19.01.2006 | 516 visites | 0Favoris |
 Olivier Godin et Steve Viala

Prague, un parfum de bohème<strong>Creuset culturel de l’Europe, la capitale tchèque se veut un paradis romantique pour amoureux, artistes et esthètes. Ballade au cœur d’une cité qui semble émerger de la nostalgie d’Aznavour.</strong> Avenue Na Pøíkopech, pompeusement rebaptisée « Champs Elysées de Prague » à l’attention du touriste en quête de repères. Mes yeux balayent le panorama, fendent la profondeur avec avidité. L’émerveillement est périphérique. Chaque immeuble revendique ici sa propre identité, chaque façade est un orgueil d’architecte. Sur le terre-plein qui scinde les deux sens de circulation, une collection d’œuvres contemporaines attise les regards. C’est ma première visite à Prague. Quelques pas à peine au cœur du mythe que déjà le constat s’impose : fidèle à la réputation qui la précède, la ville a épousé l’esthétisme et les arts. Le plus étonnant, c’est que tous les styles s’y conjuguent harmonieusement. Un même quartier respire tour à tour le baroque, le gothique, le cubisme, la Renaissance ou l’âge classique, sans qu’aucun mouvement ne prenne le pas sur un autre, sans que l’alchimie n’en pâtisse… Et l’on saisit mieux, soudain, les mots de l’écrivain Rainer Maria Rilke qui résumait Prague à « un gigantesque poème épique de l’architecture ».

Ironie de l’Histoire

Prague, un parfum de bohèmeLaissant derrière moi l’imposant musée national, je descends Na Pøíkopech où les enseignes cossues rivalisent de clinquant. J’ai peine à imaginer que sévissait encore ici, il y a moins de 30 ans, l’un des régimes les plus rigoristes qu’ait connu l’ex bloc soviétique. Prague était alors, dit-on, d’un morne gris. Mais aujourd’hui, la ville se pavane en couleurs. Prague s’est offerte au modernisme qu’incarne le rutilant métro. Le souvenir des années de plomb a été mis au placard. Ironie de l’Histoire : le musée du communisme a trouvé un piètre refuge dans l’enceinte même d’un casino, dernier aveu d’impuissance des Rouges face au rouleau compresseur du libéralisme. Gottwald doit se retourner dans sa tombe et c’est tant mieux. Je m’engouffre désormais dans le lacis de ruelles de la Vieille Ville. Mille ans d’Histoire s’y révèlent, à qui veut bien voir, au gré des bâtisses en vieilles pierres.

Prague, un parfum de bohèmeSavoir où l’on va ici ne sert à rien. On aimerait s’y perdre à jamais. Se réfugier dans l’une de ses innombrables tavernes invitant à un voyage au centre de la terre où couleraient à flot absinthe et bière noire. Les rues transpirent d’un mystère dont Kafka semble s’être nourri. Prague revendique ses arcanes comme l’histoire de ce chevalier ardent et étêté arpentant la ville aux douze coups de minuit.

Un décor de théâtre

Prague, un parfum de bohèmeAu détour d’une arcade, je découvre Staromestske Namesti, la grande place où bat le cœur de la ville, véritable décor de théâtre parsemé d’ensembles musicaux, calèches et marionnettistes. Au centre du parvis s’érige la statut de l’hérétique et martyr tchèque Jean Hus, brûlé vif cinq siècles plus tôt. Un bronze imposant que caresse l’ombre de l’église Notre-Dame-du-Tyn, superbe œuvre gothique du XIVe, dont les flèches altières culminent à quelque 80 m. A ma gauche, l’ancien hôtel de ville et sa tour carrée. L’étendard de la capitale. Sur la façade Sud, la célèbre horloge astronomique. La légende veut que l’horloger qui mit au point le mécanisme, au XVIe siècle, eut les yeux brûlés par les autorités, de peur qu’il ne réalise un autre chef d’œuvres ailleurs. Elle se compose de deux cadrans enserrés par les symboles de la Vanité et de la Mort. Chaque heure, des statues mobiles à l’effigie des douze apôtres s’animent subitement. Au pied de l’hôtel de ville, 27 croix jalonnent le sol en mémoire de la décapitation des 27 responsables de la révolte contre les Habsbourg, en 1621.

Prague, un parfum de bohèmeSur la place, on distribue par centaines les tracts de concerts jazz ou classiques. Prague arbore fièrement la constance de son lien avec la musique, élevée ici ou rang de religion. « Qui dit Tchèque dit musicien » entend-t-on souvent dans cette ville que Mozart chérissait plus que Vienne.

Prague, un parfum de bohèmeJe poursuis ma flânerie. Accède bientôt au quartier juif de Josefov. La communauté juive a plus de mille ans de présence à Prague. Dès le Moyen-Âge, des commerçants juifs y négociaient avec les communautés juives de Francfort ou de Cracovie. Les pogroms commenceront dès le XIe siècle avec les premières croisades. Le ghetto est né, laissé à la marge du développement, rongé par l’insalubrité. Il sera réhabilité au XIXe siècle avec l’édification de bâtiments Art Nouveau, style phare de l’époque. L’Histoire bégaye avec la seconde guerre mondiale. Le nazisme. Les restrictions. Les lois anti-juives. Obligation faite de séjourner dans le ghetto. Quarante mille juifs sont déportés au camp de Terezin. Seuls 2 000 juifs vivent encore à Prague aujourd’hui. Josefov inspire le recueillement. La synagogue Pinkas a été transformée en mémorial. Les murs déclinent 77 000 noms, victimes des persécutions nazies. Un nom pour chaque mort. Tragique litanie. A quelques mètres de là, le cimetière juif. Le plus ancien d’Europe, datant du XVe siècle. Douze mille pierres tombales y sont maladroitement érigées. A mes côtés, un vieil homme à la kippa pleure, transi d’émotion.

Charles, le bâtisseur

Prague, un parfum de bohèmeJe rejoins la rue Karlova, voie d’accès privilégiée au pont Charles. Une rue étriquée, assaillie par les boutiques de souvenirs, éternellement parcourue par une dense foule de chalands. S’y commercent les jolies poupées russes, le précieux cristal et l’absinthe des poètes. Karlova faisait partie autrefois de la Voie royale, cette voie qu’empruntaient sous les bans des sujets les souverains en instance de couronnement. Elle se prolonge par le pont Charles, ainsi nommé en mémoire de Charles IV, le grand bâtisseur, qui fit venir au XIVe siècle, les architectes les plus modernes de son temps pour parer sa ville de merveilles. L’édification du pont fut confiée, en 1347, à l’Allemand Petr Parler, également responsable de la cathédrale Saint-Guy. Enjambant la Vltava, la rivière qui coule en Prague comme une veine, il est le trait d’union entre la Vieille Ville et la Mala Strana. Tout ici, confine à la perfection. On admire le génie de l’architecture pragoise. De part en part, le paysage urbain offre de sublimes perspectives. Clochers et dômes dansent comme un ravissement dans l’échancrure des deux tours, postés à chaque extrémité du pont. Les remparts du château royal trônent sur leur piédestal, surplombant la ville de leur superbe. Rien ne vient ternir la fuite du regard. Une carte postale à 360° C. Au sommet des seize piliers de grès soutenant le pont s’érigent de religieuses statues. Il se murmure que la nuit venue, lorsque le pont est désert, ces figures de bronze et de pierres dissertent de théologie.

Noces baroques

Prague, un parfum de bohèmeJe traverse le pont, saturé de peintres, et signe mon entrée dans la Mala Strana, « le petit côté ». Dès le IXe siècle, des îlots d’habitations fleurissent autour des fortifications du château. Garde et petit personnel des princes, serviteurs et artisans s’y installent. Au XVIe siècle, le quartier épouse le baroque pour toujours. Depuis, le visage de la Mala Strana est immuable. De ruelles en jardins, de palais en églises, tout est richesse, exubérance, excès. Un appel à la dérive poétique. J’emprunte la rue Mostecka et aperçois bientôt l’église Saint-Nicolas, chef d’œuvre baroque symbolisant à lui seul l’opulence de ce quartier. Ses trois nefs en ovale, dont la coupole qui pointe à 70 m, veillent sur la valse des tramways. Le charme arrogant de l’édifice avait laissé sans voix Paul Claudel. Je commence à gravir le promontoire sur lequel se juche le château royal où depuis onze siècles résident tous les dirigeants de la nation, princes, rois et présidents de la République, de Borijov à Vaclav Klaus. Seul Vaclav Havel a refusé d’y séjourner, préférant sa propre maison. L’ascension est pénible. Je fais une halte, me retourne, Prague est à mes pieds. Et la prose de Chateaubriand résonne en moi : « J’étais obligé de m’arrêter par intervalles…A mesure que je montais, je découvrais la ville au-dessous […], les enchaînements de l’Histoire, le sort des hommes, la destruction des empires et les desseins de la Providence. » Si un embryon de château existait déjà au IXème siècle, le grand Charles IV lui confèrera son actuelle ampleur au XIVeme. La cité impériale est une ville dans la ville. On y accède par une grille monumentale gardée par deux sentinelles aux corps figés. Un drapeau flotte au sommet de cette première cours pavée. Il indique la présence dans le pays du chef de l’Etat.

Prague, un parfum de bohèmeUn porche, une seconde cours sans intérêt, puis un autre porche et nos yeux s’émerveillent. La cathédrale Saint-Guy, délice gothique dont l’achèvement nécessita plus de six siècles. Ses deux flèches chatouillant les cieux. Ses innombrables aiguilles et arcs-boutants. Sa rosace flamboyante. Et sa tour qui, au prix de 287 marches d’effort, offre l’un des plus somptueux panorama sur la cité aux cent clochers. Sur la place qui borde la cathédrale foisonnent les monuments, de l’ancien palais royal à la basilique Saint-Georges. Un peu plus loin, adossé à la muraille d’enceinte du château, un nouvel enchantement : la Ruelle d’Or où s’élèvent, sur la pointe des pieds, de minuscules maisons de poupées aux couleurs bigarrées. On y pénètre en courbant l’échine. Magiciens et alchimistes de la Cour demeuraient ici autrefois. Kafka lui-même travailla au n°22. Je m’en vais, d’un pas indolent, faire mourir cette journée dans les jardins royaux. De style Renaissance, ils furent réalisés par des artistes italiens convoqués au XVIe siècle par Ferdinand Ier. L’atmosphère est méridionale. La quiétude alentours. Dans la lumière ocre de fin d’après-midi, assis sur un banc, je me remémore les clichés emmagasinés ces dernières heures. Je me suis longtemps demandé comment cette ville avait pu participer avec autant de constance aux aventures de l’intelligence, de la musique à la philosophie, du théâtre à la littérature. C’est simple en fait. Prague ne cesse jamais d’inspirer.

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Infos pratiques :

 

Adresses utiles en France :

 

Office national tchèque du tourisme : 18 rue Bonaparte, 75006 Paris

Tel : 01 53 73 00 32

Site : www.visitczechia.cz

 

Ambassade tchèque : 15 avenue Charles-Floquet 75343 Paris Cedex 07

Tel : 01 40 65 13 00

 

Consulat tchèque : 18 rue Bonaparte 75006 Paris

Tel : 01 44 32 02 00

 

Adresses utiles à Prague :

 

Office du tourisme de la ville de Prague : Na Prikope 20, Prague 1

Site : www.prague-info.cz (Site en français)

 

Comment s’y rendre ?

 

-en voiture : 1 080 km à partir de Paris à tarvers l’autoroute de l’Est, les autoroutes allemandes et tchèques. Attention : le réseau autoroutier tchèque nécessite une vignette.

 

-en bus : *Club Alliance : 99 bd Raspail, 75006 Paris (01 45 48 89 53)

*Eurolines : www.eurolines.fr ou 08 92 89 90 91

*Intercars : 139 bis rue de Vaugirard 75015 Paris (01 42 19 99 35 ou www.intercars.fr)

 

-en train : SNCF (www.sncf.fr)

 

-en avion : *Air France (0820 820 820 ou www.airfrance.fr)

*CSA : 32 av. de l’Opéra 75002 Paris (01 47 42 18 11  ou www.czeairlines.com)

 

             

 

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