Qubébec : La nation Naskapi

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Qubébec : La nation Naskapi

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Bernard Brando | 18.11.2003 | 685 visites | 0Favoris |
Bernard Brando

Petite communauté nomade d’environ 1500 autochtones, les Naskapis vivaient au XVIIe siècle au sud de la Baie d’Ungava entre la côte du labrador et celle de la baie d’Hudson. L’agriculture étant impraticable dans cette contrée arctique, les Naskapis tiraient leur subsistance de la chasse au caribou, au phoque et aux oiseaux migrateurs ainsi que de la pêche blanche (sous la glace). La Nation Naskapi possède une culture et une langue spécifique et distincte des autres Nations Amérindiennes et Inuit. Ceux ci ont pu préserver leur mode de vie traditionnel jusqu’au début du siècle puisqu’ils n’ont été en contact de façon occasionnelle avec les européens et par la suite avec les Québécois, qu’à partir de 1821. Toutefois l’ouverture d’un comptoir de fourrures dans la région de Schefferville " Fort Noscopie " en 1838 vient bouleverser le mode de vie des Naskapis. L’installation de ce poste de traite à proximité de leur campement les encourage à abandonner leurs pratiques de chasse traditionnelles pour s’adonner au piégeage des animaux à fourrure qui devient une bonne monnaie d’échange. Les Naskapis deviennent vite dépendants des postes de traite. Cette dépendance entraîne une séparation des familles qui fréquentent différents postes de traite. Faute d’échanges, les chasseurs ne connaissent plus la trajectoire suivie par les hardes de caribous lors des migrations. Privés de cette source d’alimentation, le peuple Naskapi fait face à la famine qui menace la communauté. Ainsi en 1949 Fort Chimo (Kujjuuaq) doit recourir à l’aide alimentaire et sanitaire du gouvernement Fédéral qui décide de déménager la communauté à Schefferville. Durant 25 ans les Naskapis font bon voisinage avec les Montagnais dans le village de Matimekosh.

Exclus de la Convention de la Baie James

La signature de la Convention de la Baie James en 1978 ou Convention du Nord Québécois, marque un nouveau tournant dans la vie de la population Naskapie. En compensation de la perte de leurs territoires et droits ancestraux, on leur accorde 9 millions de dollars (c’est peu par rapport aux Cris de la Baie James qui ont reçu environ 800 millions de dollars). Les Naskapis se voient concéder un territoire de 41,1 km2 par le gouvernement Fédéral pour leur usage exclusif ainsi qu’un terrain de 284,9 km2 à partager avec les " blancs ". Ils disposent en outre d’un territoire de chasse et de pêche exclusif de 4 144 km2. Cependant, la fermeture de la Compagnie minière Iron Ore en 1982, qui amena le départ des résidents de Schefferville, a porté un dur coup aux Naskapis. Au moment où ils intégraient leur nouveau village, ils perdaient tout espoir de travail. La majorité des pères de famille travaillant à la mine furent mis à pied... A l’automne 1984 ils déménagent dans leur nouveau village, KAWAWACHIKAMACH à 20 km au nord de Schefferville. C’est le nom le plus long en langue autochtone. La loi Fédérale sur les Cris et les Naskapis les a soustraits de la loi sur les Indiens et leur a conféré une grande autonomie administrative. En une dizaine d’années les Naskapis sont passés de la vie traditionnelle sous la tente à l’ère des maisons modernes. Le village est doté d’édifices communautaires bien équipés, dont une école primaire et secondaire ainsi qu’un dispensaire et d’un centre commercial.

Avenir

Aujourd’hui plus de 500 autochtones y vivent de façon permanente. Récemment en collaboration avec les Montagnais, les Naskapis ont obtenu le contrat d’entretien et de maintenance de l’aéroport de Schefferville et projettent maintenant d’acquérir le barrage de la Compagnie Iron Ore. L’économie se développe autour de projets dans le secteur touristique. Le club de chasse et de pêche Tuktu ( le caribou en langage Inuit) est devenu leur propriété. Surnommé le Hilton du Grand Nord il est situé sur un promontoire dominant le lac Mistassini. C’est un magnifique lodge en bois rond où sauna et aménagement intérieur en sapin en font un des plus beaux de ce territoire à quelques kilomètres de la célèbre rivière George bien connue pour ses saumons et autres salmonidés.

Tourisme

Les Naskapis se tournent aujourd’hui vers l’organisation de tourisme nordique avec le Naskapi Aventure Club qui propose, la visite des sites archéologiques, le traîneau à chiens, la motoneige, des séjours en immersion Amérindienne, la descente de rivières ainsi que la découverte des rites sacrés et de la nature. C’est un fabuleux voyage que de se rendre sur ce territoire. Après avoir pris l’avion à Montréal, il se pose 6 heures, après des escales à Sept Iles et Baie Comeau à Schefferville. Déjà le Grand Nord est présent. Fini la cohue des villes ici c’est le calme et une nature riche en faune qui impressionnent le visiteur. Tout autour ce n’est que lacs et forêts. Cependant quelques kilomètres plus loin c’est le début de la toundra avec ses lichens, ses étendues à perte de vue et ses hardes de caribous dont le plus grand troupeau au monde se trouve là. Appelé le " troupeau de la rivière George " il compte 1 000 000 de têtes. Tous les printemps lorsque ce troupeau remonte vers le Nord, c’est dans cette région que les femelles mettent bas. Mais la loi de la nature est impitoyable, c’est le moment où les ours sortent de leur hibernation et se mettent en quête de nourriture……..Vous pouvez si vous le souhaitez voir cette migration soit au début du printemps mais la température est généralement glaciale et les cours d’eau gelés où à l’automne lorsque le troupeau regagne ses quartiers d’hiver vers le Sud. Vous verrez pendant des jours ce troupeau franchir les lacs et rivières avec les petits de l’année dont beaucoup y laisseront leur vie en franchissant ces cours d’eau, et être la proie des ours et des loups à l’entrée de l’hiver. Cela n’a rien de dramatique pour les biologistes, bien au contraire. La population de ce troupeau est trop importante et des études récentes montrent que les jeunes caribous ne jouissent pas d’une excellente santé due à la rareté du lichen qui met plus de 70 ans pour se reproduire. La chasse y est aussi très productrice, 10 000 bêtes du troupeau sur les 100 000 naissances sont abattus, soit un pourcentage de 10%. Actuellement les Inuit expérimentent la chasse commerciale. Déjà de nombreux pays dont la France sont intéressés par cette viande riche en calories et au goût sauvage. Cela posera peut-être un problème dans les années futures : le troupeau n’est pas éternel si le prélèvement actuel de 10% n’a aucun effet sur l’espèce qu’adviendrait-il si une exploitation incontrôlée des multinationales s’engouffrent dans cette brèche ? Les autochtones ne seront plus maîtres des ressources qui depuis des millénaires ont nourri leurs ancêtres. Ils devront tôt au tard se soumettre à l’économie de marché et encore une fois changer pour toujours leur façon de vivre et repousser encore plus loin leurs traditions.

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