
Russie
Russie : Kaliningrad : petit territoire Russe sur la baltique
Il est 22h00. Place de la victoire, à Kaliningrad. Comme chaque soir, durant l’été et quand il ne pleut pas, la musique de Tchaïkovski, comme une pointe de nostalgie, résonne dans les haut-parleurs. Les fontaines disposées de chaque côté de la place flambant neuve réagissent aux fluctuations de la musique. Les badauds déambulent nonchalamment, bercés par le son des cuivres. Au bout de la place se dresse l’église orthodoxe en construction devant laquelle les Jours de mariage, les couples se font photographier… Cette place est le théâtre de la ville comme sortie d’une autre époque et tout le Kaliningrad y défile après une journée de travail bien remplie : Les enfants courent, filles et garçons s’y donnent rendez-vous, boivent une bonne bière fraîche, un militaire en uniforme discutent avec une fille en minijupe…. Un vent de liberté et une impression d’euphorie remplie les cœurs empêchant d’entendre pour un temps le bruit de la ville qui continue son ballet de tramways et de voitures alentour…
Kaliningrad : terre de contrastes
Les immeubles gris soviétiques côtoient les restes, peu nombreux certes, de l’ancienne Königsberg prussienne, qui entourent la place… Voilà un des nombreux paradoxes que la ville génère… et celui-ci est du à un passé étouffé autrefois, que des mécènes allemands tentent aujourd’hui de faire ressurgi, comme en témoigne les fouilles entreprises sous le « Palais des Soviets ». Un grand trou béant dans le sol laisse entrevoir les ruines de l’ancienne forteresse ensevelie, recouverte par un monument en l’honneur du soviétisme triomphant : une tour d’immeuble jamais terminée qui domine la ville et possède un caractère assez mystique pour les habitants… Personne ne semble trop savoir comment le désigner, ni pourquoi il a été construit... A l’intérieur, il n’y a rien et tout est détruit comme après le passage d’une guerre ou d’un ouragan.
Avant de se nommer Kaliningrad, la ville s’appelait Königsberg et fut fondé en 1254 par les chevaliers teutoniques, ordre religieux devenu militaire par la suite (la ville de Kaliningrad vient de fêter ses 750 ans, mais était-ce l’anniversaire de Königsberg ou celui de Kaliningrad?).
Königsberg est restée sous domination germanique jusqu’à la deuxième guerre mondiale et a toujours été une ville importante du royaume de Prusse (Le territoire de Königsberg fait partie de la Prusse orientale). Elle en a été la capitale avant de céder la place à Berlin. Son université est fameuse pour avoir abrité l’enseignement du philosophe Kant. Le commerce entre le monde germanique et le monde Russe fut à la base de sa prospérité.
Après la défaite allemande lors de la première guerre mondiale, Königsberg est séparée de l’Allemagne par le corridor polonais de Dantzig (GDansk, aujourd’hui). La reconquête des territoires perdus et le rattachement de la Prusse orientale à l’Allemagne figuraient parmi les revendications d’Hitler pour justifier la guerre. Investie le 27 Janvier 1945, la ville ne fut prise par les soviétique que le 10 Avril suivant après de très violents combats qui devaient permettre à une partie de l’armée allemande d’être évacué par la mer. La conférence des alliés qui s’est tenue à Berlin en 1945, l’attribua à l’URSS…
Les habitants qui avaient survécu à la guerre ont été tués ou déportés en masse par les Soviétiques. Ceux qui ont réchappé des purges ont dû quitter leur maison pour s'établir en Allemagne de l'Est. Des Russes venus de toute l'ancienne URSS, en particulier de Sibérie, se sont alors installés à Königsberg. La ville a été rebâtie dans un style soviétique inimitable et rebaptisée Kaliningrad, du nom du Président du Soviet suprême, Mikhaïl Kalinine (1919-1948).
La vieille ville, complètement détruite, a été remplacée par de beaux parcs. Seule la cathédrale a survécu : longtemps restée à l'état de ruine, elle vient d'être reconstruite grâce aux dons de mécènes allemands.
Il est vrai que tout ces remaniements et mélanges donnent parfois un aspect irréel et étrange à cette ville où se chevauchent différentes époques donc différents styles. On se ballade parmi des blocs d’immeubles… et, au sortir d’une cour, en passant sous un porche, on se retrouve face à une église dans le plus pur style prussien… puis, plus tard, on erre dans la rue commerçante du nom de Leninsky Prospect, aux vitrines alléchantes pleines de couleurs et aux panneaux publicitaires vantant les délices de l’occident tout proche…
Entre les villes de l’oblast, le contraste est autrement et également saisissant. Que l’on aille à Kaliningrad, à Sovietsk (anciennement Tilsit au temps germanique ; toutes les villes de l’oblast ont été rebaptisée de noms russes avec la volonté ferme de faire disparaître toutes traces allemandes) dans le nord du pays, à la frontière lituanienne ou à Pravdinsk, à 25 Km à l’est de Kaliningrad, l’architecture et les mentalités ne sont pas les mêmes. A Sovietsk, deuxième ville du pays ou à Pravdinsk, un air provincial et plus authentiquement russe semble se dégager des murs de ses maisons. Sur chaque place de ces villages, la statue de Lénine trône et semble surveiller les allées et venues de son peuple. La vie et les sens sont beaucoup moins perturbés par les magasins aux enseignes multicolores…. Mise à part Kaliningrad où vit plus de la moitié de la population de un million d’habitants pour 15100 Km², le reste du territoire est rural et les paysages traversés ne sont que friches et marais.
La partie la plus occidentale de la Russie.
Passant de Königsberg à Kaliningrad, elle est ainsi devenu la partie la plus occidentale de la Russie. Aujourd’hui, l’adhésion des états baltes (Estonie, Lettonie et Lituanie) à l’Union Européenne ont modifié la donne géopolitique et géostratégique de l’oblast de Kaliningrad ; ce département est séparé de la mère patrie, ce qui n’est pas sans poser des difficultés d’ordre névralgiques plus encore que stratégiques. Les habitants ont de quoi se sentir un peu délaissé par Moscou, surtout en ce qui concerne les visas de transit dont le régime s’est considérablement durci.
Kaliningrad, point chaud géopolitique et îlot russe en Europe centrale, restera encore pendant quelques années une pomme de discorde entre l’Europe et la Russie. Mise en avant, elle pourra contribuer au développement économique de la région baltique ; humiliée, elle risque de tomber dans un isolationnisme menaçant. D’autant plus que Moscou n’est pas prête à céder Kaliningrad car elle demeure un poste militaire et stratégique avancé sur la baltique et l’endroit est le seul accès à cette mer intérieure libre de glace durant les longs mois d’hiver. Il y a encore peu, durant la période soviétique, d’immenses zones étaient interdites, même aux habitants de la région. Aujourd’hui, de nombreux soldats ont été démobilisés (restent dans l’Oblast et connaissent le désoeuvrement…) mais le port de Baltisk, à 30 kilomètres à l’ouest de Kaliningrad, abrite toujours la flotte russe de la mer baltique.
Cette région de la baltique est aussi la partie du monde où se trouve « l’or de la baltique » : l’ambre. Kaliningrad et Yantarni, village de pêcheurs au nord, produit et fournit 90 % des réserves mondiale…
Babouchkas et minijupes…
Bien plus que des différences sociales, les années de soviétisme ayant contribuées à établir tout le monde sur un pied d’égalité, ici, ce qui frappe aux premiers abords c’est l’impression que les choses et les mentalités n’évoluent pas à la même vitesse et que deux mondes se côtoient dans la compréhension et l’entraide. D’un côté, les babouchkas désargentées tentent de vendre trois fleurs, quatre légumes, quelques tissus et journaux au marché ou à même la rue, assises sous les enseignes clignotantes… Elles perpétuent, pour les touristes que nous sommes, une sorte d’exotisme et de pittoresque que l’on s’attend à trouver en pays de l’est.
D’un autre côté, la jeunesse semble éprouver un vrai goût pour la mode, la culture, le design et la nouveauté. Les filles portent minijupes et baskets. Les garçons regardent les filles et prennent soin de leur apparence. Cette jeunesse est curieuse du monde extérieur à ses frontières et des étrangers, peu nombreux certes, qui viennent visiter ce petit coin de Russie. Elle éprouve comme quelque chose de la liberté conquise car, il y a peu encore, une quinzaine d’années seulement, le territoire manquait des produits de première consommation et était interdit aux touristes…
info plus
Aller à Kaliningrad est réservé aux persévérants... Ce n’est pas de tout repos quant aux formalités et aux règles du pays si on y va par des moyens détournée, j’entends, sans passer par une agence car les visas sont durs à obtenir et une fois sur place, il faut s’enregistrer auprès de la police locale (tout les hôtels n’enregistre pas les étrangers). Il nécessite une invitation…
Différentes manières de l’obtenir. Bien se renseigner. Attention aux arnaques.
Un site utile qui peut obtenir des informations et invitations. www.action-visas.com
Comment se rendre à Kaliningrad
Kaliningrad est desservie par un aéroport international qui assure une liaison quotidienne depuis Varsovie avec Lot et trois liaisons hebdomadaire depuis Copenhague avec DAT. Renseignez-vous auprès de votre agence de voyage pour connaître les meilleures correspondances depuis votre domicile.
Il est également possible de prendre un avion d’Aéroflot au départ de Moscou.
Un train de nuit en provenance de Berlin vient d’être mis en service: moderne et confortable, il offre une véritable alternative à l’avion. Kaliningrad est reliée par bus à toute l’Europe, c’est la solution la meilleure marchée et la plus pratique, notamment pour les groupes. www.eurolines.fr
Quant s’y rendre
L’été à Kaliningrad est la saison des vacances et ses plages de sable blond accueillent volontiers les rares touristes étrangers. L’hiver y est nettement plus clément qu’à Moscou et le thermomètre descend rarement en dessous de 0 degré celsius. L’automne et le printemps savent également se montrer accueillants même si la pluie peut se montrer du voyage et vous pousser plus sérieusement à l’étude.
Kaliningrad pratique
Les renseignements pratiques sur Kaliningrad ne sont pas faciles à obtenir. Il existe deux guides avec une petite partie sur Kaliningrad. Lonely planet sur les pays baltes et le petit futé sur les états baltes, assez utiles pour des renseignements pratiques lors de la préparation de son voyage.
Un site qui peut être intéressant et plus général sur les pays de l’est : www.inyourpocket.com. Il contient une petite partie sur Kaliningrad.
La vie est bon marché sauf pour les hôtels qui restent chers. Certains hôtels (les meilleurs marchés) n’acceptent pas les étrangers car ils ne peuvent pas les enregistrer auprès de la police locale, formalités obligatoires si on veut sortir du pays sans embrouilles.
Liste d’hôtel à Kaliningrad sur www.hotel.kaliningrad.ru
Le transport le plus utilisé sur place reste le bus, toutefois attention aux horaires et fréquences. Dans Kaliningrad ville, il y a le tram également. Il fonctionne bien. Comme tout le reste de la Russie, Kaliningrad compte en roubles. On peut sans difficultés retirer de l’argent dans de nombreux automates (tâche aisée notamment avec les cartes de crédit et certaines carte de débit, telle la carte “Maestro”, ou différentes cartes portant le signe “Plus”, telle la carte “Postcard” suisse).
Conseil pratique et indispensable
Il n’est pas nécessaire d’apprendre le Russe mais apprenez l’alphabet cyrillique avant de partir (en une demi heure et en révisant tous les jours un mois avant le départ, cela ne devrait pas poser de problèmes). Celui-ci vous sera grandement utile sur place… Il existe des guides de conversation pour se débrouiller une fois sur place.
Peu de personnes parlent anglais sauf certains jeunes et dans les hôtels internationaux très chers… S’armer de patience et de tolérance… Les gens sont disposés aux dialogues et à vous aider. Ils sont d’une gentillesse incroyable… Attention tout de même à trop de gentillesse !!!...





