
Russie
RUSSIE: Saint Petersbourg, Les Cosaques
"Eternellement à cheval, éternellement prêt à combattre, éternellement sur ses gardes". En quelques mots Pouchkine révèle l'âme cosaque. La légende il est vrai, est romanesque. A la seule mention du mot "cosaque" nombre d’images, quantité de scènes violentes viennent à l’esprit et le hantent : sabre au poing et bonnet de fourrure, la nagaïka (le fouet) cinglant l'air, une horde de cavaliers dévale la steppe désertique... les costumes sont orientaux, les danses endiablées le soir venu sur fond de balalaïkas…
Nés de la steppe russe et ukrainienne…
A l’origine ce sont des hommes qui refusent les contraintes et la discipline imposées par le gouvernement central moscovite. Leur apparition date très certainement du XIVe siècle, au milieu des immenses terres herbeuses de la steppe russe et ukrainienne. L’attachement à la patrie et aux traditions est né ici. Symbole vivant de l’aspiration humaine à une vie de liberté, les cosaques se sont toujours battus contre toute forme de pouvoir établi. Ils attiraient à eux les serfs fugitifs et favorisaient les soulèvements. Adversaires déterminés de l’oppression tsariste notamment sous l'impulsion d'un des leurs, Pougatchev, ils perdirent pourtant leur indépendance au cours du XVIIIe siècle. Lassé de cet exemple de liberté, le régime tsariste décide de les intégrer à ses garnisons de cavalerie tout en leur octroyant en contrepartie certains avantages en nature. Ils devinrent ainsi le rempart des empereurs successifs. Dissous officiellement au début du XXe siècle et victimes de répressions, ils finirent cependant par rejoindre dès 1936, sous la pression d’une politique d’assimilation, l’ensemble des forces armées soviétiques, formant ainsi le noyau des régiments de cavalerie.
Une histoire liée au cheval…
L’histoire des cosaques est intimement liée au cheval. Il est un véritable ami et allié pour l’homme. En fait ils ne font qu’un. Certains disent même qu’ils ont le sang mêlé. Très vite au XVIe siècle les premiers cosaques réfugiés en plein pays sauvage du Don, coincé entre l’Ukraine et le Caucase, apprennent à attraper et à dresser les chevaux qui parcourent la steppe avec des nœuds coulants accrochés à de longues perches. Même si la plupart d’entre eux préfèrent encore voler les chevaux aux nomades, par souci de facilité et bien que l’élevage soit déjà pratiqué.
Mais c’est surtout au XVIIIe siècle que les cosaques se découvrent une passion pour le cheval. Le jeune garçon est rapidement initié au galop, on lui apprend à franchir des rivières à cheval, à chasser le gibier avec arcs et flèches. Ces nombreux exercices, indispensables pour bien connaître sa monture, permettent au cavalier de se battre en selle arme au poing.
Rapidité et mobilité…
La surprise et la mobilité sont les éléments majeurs des méthodes d’attaques cosaques. Le cheval est alors le meilleur moyen pour se déplacer rapidement. Un proverbe du Don affirme que " quand le cosaque est sur son cheval, Dieu seul est plus grand que lui ". Les cosaques tout comme les Mongols, étaient et sont toujours considérés comme de véritables virtuoses sur leurs montures, avec ou sans selle. De fait, en raison de leur science de la cavalerie et du combat, ils ont souvent joué le rôle de garde frontière et de pionnier, notamment en Sibérie. Mazepa, un chef aimé du XVIIe siècle et formidable cavalier réussit un jour à dompter un étalon particulièrement sauvage appartenant à un général polonais. Alors prisonnier, c’est ce qui le sauva.
Parmi les nombreuses races de chevaux répertoriées et élevées en Russie, le Don reste encore le préféré des cavaliers cosaques. Il est né lui aussi des rudes contrées de la steppe. Sa petite taille d'origine sert parfaitement les besoins cosaques. Rapide, résistant et agile, il excelle au combat monté. Généralement non ferré, il pouvait survivre à un hiver rigoureux sans abri, en trouvant sa maigre nourriture sous la neige…et parcourir jusqu’à 80 km par jour sous la charge de son cavalier.
Une volonté de renouveau…
L’armée russe s’emploie à nouveau depuis peu, à recréer toutes les unités de troupes cosaques. Il s’agit surtout de représentations et de défilés, les besoins en cavalerie étant faibles. Maigre consolation pour un peuple dont l’essence même est l’exaltation dans le combat. Pour autant, beaucoup de groupes dispersés sur le territoire russe ont aujourd'hui pris conscience de leur histoire et du rôle tenu durant des siècles. C'est précisément ce lien si particulier avec l'histoire ainsi que certaines traditions folkloriques qui expliquent ce sentiment fort d'appartenance ethnique et d'unité. La volonté de ne pas tomber dans l'oubli et de former une communauté représentative a permis au début des années 90 un nouvel essor : multiplication des manifestations culturelles, mobilisation des énergies... Ils souhaitent par ces actions faire vivre l'esprit de leurs glorieux ancêtres, mais aussi influer sur la vie de tous les jours par leur valeur de bravoure, de fierté, de combativité. Les nombreuses associations cosaques créées dans les lieux traditionnels et historiques comme aux frontières sud de la Russie, mais aussi autour des grandes villes de Moscou et St-Pétersbourg témoignent du renouveau du mouvement cosaque.
Des hommes libres et braves...
Au sud de St-Pétersbourg notamment, au village de l'ataman, chef cosaque élu, la communauté est bien implantée et vivace. Les coutumes léguées par les ancêtres sont l’occasion de célébrations. Un prêtre célèbre la messe commémorative en hommage aux nombreux morts tombés sur les champs de bataille lors de la dernière guerre mondiale contre les forces allemandes. Les traditions sont respectées : costumes, repas familial copieux et arrosé de boissons, danses au son de l’accordéon…L’union de l’homme et du cheval est consacrée au cours d’exercices en ligne, sabre au poing. Le cavalier fait alors preuve de son agilité et adresse. Les anciens transmettent leur amour du cheval et leur savoir aux plus jeunes. Ces cérémonies du souvenir revêtent une grande importance à leurs yeux. Elles sont en fait la mémoire d’un temps passé et glorieux, dont ils estiment nécessaire de se rappeler et d’en être fier. Bien qu'officiellement réhabilités en 1992, la plupart des cosaques, nostalgiques, rêvent de l’époque où ils formaient des communautés libres de leur décision politique et d’éducation, des "hommes libres et braves", littéralement des cosaques.





