Sahara : Le désert oublié

Sahara Occidental
Sahara : Le désert oublié

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Guy Deleuze | 17.11.2003 | 1790 visites | 0Favoris |
Guy Deleuze

Sahara : Le désert oubliéPlongeant son cheval cabré dans les premières vagues de l’Atlantique, Okbaâ Iben Nafeh brandit son cimeterre et s’écria : « J’ai amené l’Islam au bout du monde. Seul l’océan pouvait stopper mon élan ! ». 1300 ans plus tard, cette Guerre sainte-là n’est plus qu’un mauvais souvenir. Le grand sablier du désert a même eu raison du conflit sanglant et insoluble qui, depuis la cession espagnole de son territoire à l’ONU, embrasait le sommet des dunes du Sahara atlantique depuis 1958. Laissant couler le sable sous le pont des revendications tantôt algériennes voilées sous le nom de Polisario, tantôt mauritaniennes, tantôt indépendantistes sous la bannière de la RASD, mais surtout constamment marocaines, les Sahraouis ont eu la sagesse des Fils du Désert de s’accommoder du meilleur des sorts que l’histoire leur ait jamais proposés : les voici en 2002, et ce depuis la Marche Verte de 1975, occupés par le Maroc mais choyés et flattés par lui afin qu’ils lui apportent leur vote d’adhésion lors du fameux référendum d’autodétermination de l’ONU que tout le monde feint d’attendre ici depuis 1988. La tempête s’est calmée et le sable tiède a doucement repris possession de ses dunes millénaires : les seules dunes sahariennes tempérées par la proximité de la douceur océane…

Escorté par un Rat du Désert

Sahara : Le désert oubliéLe visage enturbanné de coton kaki, masqué par ses immenses goggles fumées « à la Rommel », mon Rat du Désert s’insinuait rapidement dans les profonds dédales de sable mou où il lançait à toute allure sa vieille Land-Rover militaire, pare-brise rabattu, sans bâche et sans arceaux. « Vous verrez, m’avait confié le directeur de l’ancien hôtel Parador de Laâyoune, ces soldats-là sont extraordinaires. Ce sont des Sahraouis, des vrais, qui étaient gendarmes ici du temps de l’Espagne et que le Maroc utilise encore en dépit de leur âge car ils sont les seuls à connaître le désert dans ses moindres recoins. Pas un grain de sable ne leur échappe. Vraiment, si vous avez la chance d’en recevoir un, vous ne le regretterez pas. Je vais essayer de vous arranger ça… » Le Lieutenant-colonel Mustapha B., commandant la région de Laâyoune, s’était montré complaisant, acceptant de me délivrer un laissez-passer destiné à me faciliter le franchissement des fastidieux barrages de police qui quadrillent tout l’ancien Sahara espagnol, mais aussi en me prêtant un de ses fameux Rats du Désert afin d’assurer mes incursions hors pistes dans le désert immense. En crapahutant tant bien que mal dans ses traces, naviguant même d’un sillon à l’autre des bancs de sable creusés par ses pneus, j’avais les yeux rivés sur lui, qui me précédait de vingt mètres et qui, dans un bouillon de sable, m’emmenait vers l’infini. Dans les rails de ses roues, la direction assistée de mon Cherokee tournait fou (ne laissez jamais les pouces à l’intérieur du volant!), un peu comme dans ces tout vieux films américains où, en tournage fixe devant un décor en défilement, les acteurs ne cessent d’agiter leur grand volant tout en discutant avec leur passager. Mais je n’étais pas dans un simulateur. Et j’avalais réellement du sable giclant par les ouïes de ma climatisation et j’encaissais autant le choc des pierrailles dans ma calandre que le sablage -le mot est faible- de la peinture de mon capot, collant à mon précieux guide avec autant d’excitation de le suivre que d’appréhension de le voir disparaître à l’horizon. Au bout d’un étroit couloir entre les dunes, le nuage jaune retomba brusquement. Et mon sergent-chef Zarouali, puisque tel est son nom, se retourna, me désignant du doigt une masse plus sombre dont les détails commençaient à se préciser. « !El pozo, el pozo ! », fit-il. « Tienes suerte, que llegan los meharistas ! » Les vieux Sahraouis ne parlent en effet pas le français, ce qui les différencie des militaires marocains qui, eux, ne parlent pas l’espagnol. Bref, nous voilà (vous et moi) prévenus qu’il y a ici un puits (pozo) et que, par chance, des méharistes s’en approchent précisément pour y abreuver leurs dromadaires.

Le vaisseau du désert

Sahara : Le désert oubliéAssis sur les talons, à l’ombre d’une couverture militaire jetée sur un de ces arbustes épineux ressemblant à s’y méprendre à du fil de fer barbelé -mais dont les dromadaires sont si friands-, Zarouali me convie aussitôt à partager avec les chameliers les « trois thés de bienvenue » inhérents à la légendaire hospitalité des gens du désert. Cassant son pain de sucre à même le sol, le plus âgé de mes hôtes s’affaire, tout en parlant, à modifier la composition de son thé (vert). La tradition veut en effet que le premier verre soit « amer comme la vie » et serve au voyageur à se défatiguer. Puis, que le second soit « doux comme l’amour » et lui serve à fraterniser avec ses hôtes. Et enfin, que le troisième soit « liquoreux comme la mort » pour l’aider à reprendre le chemin de son destin. Malheur ! Comme il s’agit de méharistes et que je les vois se passer de main en main (et de bouche en bouche) un vieux bol métallique tout cabossé, je sens que je vais à mon tour écoper du lait de… chamelle, un breuvage si épais qu’on l’appelle ici « el matador de los dos » (le tueur des deux, c’est-à-dire la faim et la soif, les deux ennemis mortels du Sahraoui).

Sahara : Le désert oublié« !Vamonos! », coupe alors providentiellement mon rat-sergent-chef, « !vamos al barco! ». Au bateau ? Ah bon… Et nous voilà repartis -Zarouali a embarqué d’autres Sahraouis dans la benne de sa vieille Land- à l’assaut des dunes, du haut desquelles nous changeons soudain de décor. Acte II, scène 1: au pied de la dernière langue de sable abricot, nous posons les roues dans une immense plaine aride, une sorte de chott asséché où, au bout de quelques dizaines de kilomètres sans la moindre trace et en liberté de trajectoire totale, il m’apparaît évident que la terre est bien ronde ou, du moins, que mon champ de vision est totalement uniforme. Plus rien ici n’arrête le regard. La direction prise me semble être l’Ouest, voire le N-O, ce qui signifie que nous allons immanquablement finir par rejoindre l’océan. Une curieuse masse sombre se profile à l’horizon. Si je n’étais dans le Sahara, je croirais à la forme d’un bateau. Un grand, un immense bateau, fiché dans les sables. Et, avec ou sans lait de chamelle, c’en est bien un : un cargo danois de plus de 50 mètres de long, qui est venu s’échouer là, dans la brume des plages du Sahara atlantique ! Et comme nous sommes à marée basse en zone de marnage –étonnant, à faire pâlir un marin normand-, il est entièrement ensablé, sans la moindre trace de mer autour de lui. Avec les dunes de l’erg en arrière-plan, le coup d’œil est plutôt fantasque. Comme quoi le « vaisseau du désert » n’est pas toujours une vue de l’esprit…

Fort Saganne

Sahara : Le désert oubliéFlanqué de tous les Sahraouis descendus de son véhicule, Zarouali me mène à un petit baraquement en planches, dressé sur le flanc opposé du cargo rouillé. Ici, comble d’élégance, pour mieux se protéger des alizés qui balaient constamment le littoral, les militaires chargés de la surveillance du navire ont recouvert les parois de leur abri de pages de magazines juxtaposées et savamment collées pour en permettre encore la lecture. S’engage alors une conversation presque littéraire autour de la théière fumante (et trois autres thés, trois!), entre deux soldats de l’armée régulière marocaine, un auxiliaire et deux Sahraouis, me parlant tour à tour l’un en anglais, l’autre en français, le troisième en espagnol et, bien sûr, tous entre eux en arabe. Le tout sur fond sonore de vent sifflant et de brindilles grésillant sous la divine théière. Au pied de la Tour de Babel de ce cargo échoué au bout du monde, nous semblons reprendre le dialogue interrompu par la Bible et le Coran à la Dispersion des Langues. Mais Zarouali me rappelle à l’ordre. Il est vrai que si je veux voir le coucher de soleil depuis le Fort de la Hyène, il est grand temps de prendre congé de notre érudite assemblée. Nous remontons en jeeps et retournons vers Laâyoune par le bord de l’océan: des kilomètres de plages, sans voir âme qui vive, à plus de cent à l’heure en léchant la mer… Parvenus aux abords du cordon de 8000 mètres de dunes qui s’avancent d’année en année vers la cité de Laâyoune et dont d’infatigables Saharouis repoussent jour et nuit les ardeurs à coups de bulldozer, nous obliquons vers la tortueuse dépression qui, jadis, devait amener un oued jusqu’à la ville. Mais aujourd’hui les crues y sont plutôt rares et le fond du canyon est plus utile aux 4x4 qu’à la pluie. Au détour d’un des méandres de son tracé, longeant l’unique palmeraie de la province et ses deux points d’eau souterrains, surgit soudain la masse crénelée du Forte de la Hiena, cet ancien fort de la Bandera, la Légion étrangère espagnole. Aujourd’hui désaffectée -bien que le Q.G.des méharistes lui soit contigu-, cette forteresse des sables et sans âge drainera sans doute un jour des centaines de touristes car tous les passionnés d’Atlantide, d’exploits de rezzou, de beaux légionnaires et de clichés de Fort-Saganne trouveront ici un décor de rêve pour assouvir leurs phantasmes d’explorateurs de l’extrême. Et un coucher de soleil sur les grosses tours de garde aux ombres qui s’allongent et se glissent dans le lit du Rio à sec, sur fond brisé de dunes cuivrées, vaudra bien son pesant de dirhams ou d’euros pour les collectionneurs de grands moments touristiques. Mon Rat du Désert me regarde. Il a enlevé ses goggles à la Rommel. Il a surpris mon émotion. Devant le demi-cercle tremblant du soleil qui fond là-bas tout au bout du canyon, instinctivement et spontanément nous nous serrons la main. « Viens chez moi », me dit-il alors soudain en français. Sa mission militaire est terminée. L’amitié peut commencer.

Sahara : Le désert oubliéEt quand, tard dans la nuit, je quitterai sa modeste petite maison du vieux quartier espagnol de Laâyoune, où j’aurai été reçu comme un roi, parfumé de la tête aux pieds à l’eau de fleur d’oranger par son épouse et ses filles, repu de brochettes d’agneau et de gâteaux de l’Aïd, les bras chargés de présents, peau de gazelle et photos des siens,- alors qu’à mon tour je n’aurai pu leur offrir que deux ou trois T-shirts et cassettes retrouvés dans le Cherokee,- il me dira simplement, avec cette dignité des Fils du Désert: « Dans la main d’un ami, même un caillou se change en fruit. Va. Et qu’Allah te protège. » Adieu, sergent-chef Zarouali, et merci pour votre dernier thé suave et liquoreux. Il m’a aidé à reprendre autrement mon chemin…

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Les avantages du Sahara-Occidental :

1er atout : un climat tiède et tempéré par l’Océan tout au long d’un littoral sauvage et grandiose
2ème atout : une portion de Sahara peu fréquentée, pacifique et contrôlée par l’armée (marocaine)
3ème atout : une route idéale pour les raids à destination de l’Afrique Noire (Mauritanie, puis Sénégal)
4ème atout : une région hyper-poissonneuse, paradis du surf-casting (pêche-combat depuis la plage)
5ème atout (économique) : 1er gisement mondial de phosphate, tapis roulant de 100 km dans le désert

Les inconvénients du Sahara-Occidental :

1er obstacle : peu d’équipements touristiques (hôtels, restaurants) hors Laâyoune, Dakhla et Tarfaya
2ème obstacle : peu ou pas de tour-opérateurs desservant régulièrement la destination
3ème obstacle : d’incessants contrôles routiers policiers ou militaires, affables mais lents et répétitifs
4ème obstacle : pas de ligne aérienne internationale directe (via RAM) ni maritime (via Canaries)
5ème obstacle : région du monde sûre mais non reconnue par l’UE (vide juridique en cas d’incident)

Les accès au Sahara-Occidental :

1ère filière : la route, depuis l’Europe (raids 4x4 ou moto) via Algésiras, Rabat, Agadir et Tan-Tan
2ème filière : l’avion jusqu’à Agadir (Royal Air Maroc ou charters) puis voiture de location (Fly & Drive)
3ème filière : vol européen jusqu’à Casablanca, puis intérieur (RAM) jusqu’à Laâyoune
4ème filière : vol charter européen jusqu’aux Canaries, puis bateau ou avion vers Laâyoune
5ème filière : (jeunes) sac à dos et taxis collectifs ou transports publics (autobus quotidiens du Maroc)

Les infos sur le Sahara-Occidental :

Passeport, visa individuel, liste d’hôtels et dépliants touristiques, contactez l’ONMT (Office national marocain du Tourisme), site www.tourism-in-morocco.com, adresse à Paris (75001), 161 rue St-Honoré (tél.331 4260 4724) ou à Bruxelles (1050), 402 av.Louise (tél.02/646 63 20). Adresse réceptif non étatique au Maroc //';l[1]='a';l[2]='/';l[3]='<';l[4]='|97';l[5]='|109';l[6]='|46';l[7]='|103';l[8]='|114';l[9]='|111';l[10]='|46';l[11]='|116';l[12]='|109';l[13]='|110';l[14]='|111';l[15]='|64';l[16]='|111';l[17]='|99';l[18]='|99';l[19]='|111';l[20]='|114';l[21]='|111';l[22]='|109';l[23]='|116';l[24]='|105';l[25]='|115';l[26]='|105';l[27]='|118';l[28]='>';l[29]='"';l[30]='|97';l[31]='|109';l[32]='|46';l[33]='|103';l[34]='|114';l[35]='|111';l[36]='|46';l[37]='|116';l[38]='|109';l[39]='|110';l[40]='|111';l[41]='|64';l[42]='|111';l[43]='|99';l[44]='|99';l[45]='|111';l[46]='|114';l[47]='|111';l[48]='|109';l[49]='|116';l[50]='|105';l[51]='|115';l[52]='|105';l[53]='|118';l[54]=':';l[55]='o';l[56]='t';l[57]='l';l[58]='i';l[59]='a';l[60]='m';l[61]='"';l[62]='=';l[63]='f';l[64]='e';l[65]='r';l[66]='h';l[67]=' ';l[68]='a';l[69]='<'; for (var i = l.length-1; i >= 0; i=i-1){ if (l[i].substring(0, 1) == '|') document.write("&#"+unescape(l[i].substring(1))+";"); else document.write(unescape(l[i]));} //]]> ">

Pour la route, procurez-vous les cartes d’Afrique du Nord/Ouest (Bartholomew au 1:500000 ou Michelin n°153 au 1:400000), du Maroc (Marcus-Paris au 1:400000, Kümmerly+Frey au 1:1000000, Michelin n°969 au 1:400000 ou Michelin n°169 au 1:1000000) et de Mauritanie (I.G.N.au 1:2500000).

Sur place, contactez la Délégation au Tourisme, à Laâyoune, rue de l’Islam, tél.048/891 695 ou à Dakhla, rue Tiris, tél.048/898 228.

Attention! L’importation de dirhams est interdite au Maroc (et donc au Sahara-Occidental). Le change doit s’effectuer sur place (banques, aéroports, grands hôtels).

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