
Samos, naturellement belle. L’île la plus orientale de l’archipel grec est une heureuse escale pour celui qui, comme Ulysse, veut faire un beau voyage. Au-delà de Kokkari et de Pythagorion, deux séduisantes cités balnéaires festives, Samos offre aussi le charme des chemins de traverse, loin de la cohue touristique. Une île encore authentique où les Samiotes attablés dans l’ombre d’un kafénéion, ne se laissent guère distraire par les touristes qui s’égarent dans l’arrière-pays.
Etroite et sinueuse, la route en terre battue serpente entre les pins et les oliviers, découpant entre les feuillages des carrés de ciel bleu qui se noie dans la mer encore plus bleue. Au détour d’une dernière épingle à cheveux, la piste débouche sur une petite crique de galets où les vagues s’écrasent dans un clapotis paresseux. Une seule habitation, une auberge, surplombe le site. Longue et basse, la maison, dont la terrasse est ombragée par une vigne, accueille le touriste de passage. La tenancière, vêtue de noir et les cheveux gris ramassés dans un chignon, ne semble pas impressionnée par les seins nus et dorés d’une de ses clientes : deux mondes étrangers qui se côtoient dans la simplicité et le sourire.
Multiples facettes
A l’image de cette rencontre insolite, Samos multiplie les contrastes. Quoique modeste par sa taille (470 km2 de superficie), l’île offre une vaste palette de paysages.
L’arrière-pays, surmonté par un ancien volcan assoupi, cache dans les replis de la montagne, des villages de pierre, cernés de vignes et d’olivaies. Les venelles en escalier épousent les saillies de la roche, menant toujours plus haut vers une chapelle étincelante de blancheur. Les aspérités des ruelles sont soulignées d’un trait de chaux blanche, visible même dans la pénombre du soir. La vue est saisissante : l’horizon s’élargit sur un large paysage vallonné où croissent des oliviers cultivés en terrasses, retenues par de lourdes pierres. Ailleurs, ce sont des petits lopins de vigne cernés par des murets trapus. Quelques cyprès, tels des coups de pinceaux, ordonnent un paysage riant de verdure.
Perché dans les collines, Vorlioutes ressemble à un nid d’aigle. Ici, la vie est rythmée par la culture de la vigne. Tout y est de guingois, les venelles qui s’enroulent autour des maisons chaulées mais aussi les murs des anciennes demeures aux encorbellements ottomans, héritage d’une longue domination turque. La place centrale, ombragée de platanes et envahie de terrasses garnies de chaises colorées, offre une halte bienvenue pour les courageux qui choisissent de grimper jusqu’au village en vélo depuis la côte.
Plus haut encore, une piste poussiéreuse d’une dizaine de kilomètres mène à Manolates, en se frayant un chemin entre les murets de pierre sèche qui abritent les ceps de vigne chargés de lourdes grappes dorées. Quelques familles, chapeaux de paille vissés sur la tête, s’activent à récolter les fruits mûrs dans des cageots colorés. Les touristes qui s’égarent sur ces chemins de terre battue sont si rares que notre seule apparition suffit à interrompre le travail. Heureux de s’offrir une pause, les Samiotes le sont au moins autant de partager leurs fruits. Un vrai régal sucré sous le soleil de plomb qui écrase les flancs de la colline. Moins industrieuse et authentique que sa voisine, Manolates se veut artisane et séduisante. Elle rassemble des boutiques chatoyantes d’articles en tout genre : pâte à papier, bijoux, céramique, jouets en bois, etc. installés dans de jolies maisonnettes peintes et fleuries. Une invitation à l’escapade.
La mer n’est jamais loin.
D’un bleu intense, hésitant entre l’azur et le turquoise, la mer Egée lèche les criques de galets et les falaises de craie qui décrivent d’un port à l’autre une côte dentelée. Kokkari, infiniment touristique, accroche son petit débarcadère autour d’une crique qui s’ouvre sur la mer en dessinant une presqu’île rocheuse. Quelques bateaux de plaisance se balancent sur l’eau. Ici, il n’y a plus guère de pêcheurs mais des badauds qui accostent pour le seul plaisir de s’offrir un milk shake à la banane ou un souper de calamars frits, les pieds dans l’eau. Ailleurs, à Olmos ou à Agios Konstantinos, les volets colorés des maisons s’ouvrent directement sur la plage de galets et sur les humbles barques bleues et blanches d’authentiques pêcheurs. Des filets, entassés sur le quai, attendent la prochaine sortie et, sous la treille, les hommes se retrouvent pour bavarder autour d’un café ou d’un ouzo.
Trois ports plus importants balisent la côte. Au Nord-Ouest apparaît Karlovasi dont les tanneries firent la fortune au siècle dernier. Les hautes églises et les belles demeures néoclassiques bordées de platanes rappellent cette époque révolue. Plus à l’Est, Vathy, l’actuelle capitale de l’île, se déploie en amphithéâtre autour d’une large baie, sur les pentes d’une cuvette naturelle. Les ruelles descendent presque à pic vers les quais où il fait bon flâner, le regard accroché par le va-et-vient des bateaux. Le port devient un lieu de rencontres, l’occasion d’échanger des impressions avec les pêcheurs qui y ravaudent leurs filets étalés sur les môles.
Au Sud, Pythagorion la festive repose toujours sur une digue construite au 6ème siècle avant Jésus-Christ sous le règne éclairé de Polycrate. Un ruban ininterrompu de terrasses garnies de fauteuils confortables occupe les quais où sont amarrés des barques de pêcheurs, des caïques et des bateaux de plaisance. On y célèbre joyeusement les vacances au soleil durant tout l’été. Bien qu’il fût un tyran redoutable, Polycrate a marqué son règne de son génie créateur, faisant de Samos la reine des mers. Afin d’alimenter en eau douce sa capitale Tigani (l’actuelle Pythagorion en souvenir de l’inventeur du carré de l’hypoténuse et de la trigonométrie qui naquit ici), il fit creuser un extraordinaire aqueduc souterrain de 1350 mètres, fantastique exploit de génie civil pour l’époque. On lui doit aussi le sanctuaire de la déesse Héra, épouse de Zeus, le plus riche et le plus vaste des temples de l’époque. Le site installé sur un cap et partiellement détruit reste d’une beauté rare, surtout à l’heure où le soleil se couche, ourlant d’un léger voile orangé les dernières colonnes figées dans le sol.
L’archipel de Fourni
A deux heures de bateau de Samos, une quinzaine d’îlots sauvages, qui ne totalisent pas 30 km2, accueillent des voyageurs en mal d’insularité et de quiétude. Ni routes asphaltées ni voitures ici. La moto ou la marche à pied sont les seuls moyens de locomotion pour ceux qui veulent s’aventurer sur l’île principale, un gros rocher parsemé de chapelles bleues et blanches et piqueté de troupeaux de chèvres et de moutons sous la bonne garde d’un berger. La vie se concentre autour du port, assoupi durant les heures chaudes de la journée. La chaleur sèche, balayée par la brise de mer, souffle par rafales, soulevant des nuages de sable. Quelques nageuses, affublées d’un chapeau de paille, ont plongé avec leurs vêtements dans la mer. Leur bavardage trouble à peine le silence de l’après-midi.
Par contre, au coucher du soleil, la nuit s’éclaire des réverbères qui encadrent la petite baie. Le crépuscule installe une accalmie tiède, le vent s’apaise et la lumière du soir détend les visages. L’unique ruelle du village mène à la place où, sous les platanes, sont attablés quelques vieux. Des femmes, vêtues de noir et les cheveux tirés sous un foulard, ont tiré une chaise sur le trottoir, devant leurs boutiques ouvertes en soirée. Chaque porte offre une échappée sur un invraisemblable capharnaüm : des draps de bain, des cartes postales, des frigos, des jouets en plastique, des carpettes, de la vaisselle, des boites de poudre à lessiver, des journaux, etc.
Les quelques restaurants qui envahissent le quai sont accaparés par des familles joyeuses qui dégustent crabes et langoustes, la spécialité de l’archipel. Tout le monde se connaît et se reconnaît. Ceux qui sont installés aux terrasses regardent passer ceux qui vont et viennent, et ceux qui déambulent saluent ceux qui sont assis. C’est cela, le grand théâtre des places grecques, il y a spectacle tous les soirs pour le plus grand plaisir des touristes qui découvrent le charme indicible des soirées douces et conviviales au clair de lune, les pieds dans le sable, bercés par le clapotis des vagues qui s’écrasent sur les barques.

“ Nous revenons de ces merveilleux bleux de mers et de ciels mélangés et nous ne regrettons qu'une chose: que vous ne nous ayiez pas emmenés....
Pourquoi ces étonnants vents de la mer Egée ne retiennent-ils pas ceux qu'ils caressent? ”
lamottepaul-jacques | 10.07.2009 18h01
“ A Ireon, la vie est simple. On conjugue les longues balades à pied vers les villages de montagne, les bains dans une mer en longue pente douce pavée de galets, les dîners dans les restaurants du petit port (Mmm ... la dorade de Rena ) et les "nocturnes" dans les cafés de la place. Et la vue de la Turquie à 1km en mer donne déjà un goût d'Orient. J'y reviendrai. Francine, de Liège. ”
francine herbillon | 11.07.2009 12h10
“ On aurait souhaité une fiche "pratique" : comment s'y rendre ? A partir du Pirée ? Temps de la traversée ? A partir de la Turquie???... Peut-être monsieur Mahaux peut-il m'éclairer ..... Merci d'avance pour cette demande de "forum voyageurs". ”
Gérard Decq | 09.07.2010 13h26
“ Gérard, je découvre seulement votre message, désolé d'y répondre si tard. Facile de joindre Samos qui possède son aéroport accessible depuis Athènes avec Air Aegean ou Olympic Airlines. Ou même directement en charter depuis la France. Et Samos est une belle étape pour poursuivre ensuite le voyage en bateau vers Patmos. Je sais qu'il y a aussi des bateaux vers la Turquie (Ephèse entre autres) et d'aucuns y passent la journée en excursion... Bonne route…
”
Charles Mahaux | 23.07.2010 21h39
“ Bonjour Charles,
Savez-vous si, de Samos il y a un bateau direct pour Kos ou s'il faut obligatoirement passer par Patmos. En espérant que votre réponse me parviendra à temps .. Amitiés. Gérard decq.gerard@gmail.com ”
Gérard Decq | 13.02.2011 08h26






