Saveurs et Couleurs au pays du Kimchi

Corée du Sud
Saveurs et Couleurs au pays du Kimchi

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Annie Lapertot | 20.03.2008 | 732 visites | 0Favoris |
Annie Lapertot

KIMCHI ou Gimjang : événement annuel de la préparation à la conservation des légumes pour assurer une alimentation variée durant les mois d’hiver. La plupart des régions et chaque famille ont leur propre recette de kimchi (kimchi de choux chinois : recette épicée classique ; choux blanc : moins épicé, goût acidulé ; kimchi de radis marinés, soupe froide de kimchi, kimchi de concombre frais…)

KIMCHI à SEOUL (province du Gyeonggi-do)

Saveurs et Couleurs au pays du KimchiEntre les palais de la dynastie Choson du XIVème siècle et les tours auréolées d’écrans publicitaires du XXIème, qui, elles-mêmes rivalisent avec les croix rouges scintillantes des églises… on sent le choux, la pâte ’haricot, la sauce aigre douce, l’algue… C’est là, aux pieds des tours que se trouve la Corée des saveurs et des couleurs : les palais de kimchis...habités par des fées ! Dans les ruelles faiblement éclairées, derrière les restaurants et les maisons de thé, se nichent de grosses jarres brunes remplies de ces précieux choux conservés pour l’hiver : le kimchi. Les photos des plats ’affichent sur les vitrines des restaurants pour allécher le passant, la nourriture est partout présente… Sur les marchés, tôt le matin, les femmes découpent et préparent les légumes, c’est souvent le monopole des femmes âgées. Elles portent des gants et c’est avec une grâce naturelle et une habileté joyeuse qu’elles ’emparent des choux, des concombres, des feuilles de sésame. ! A Séoul, les temples en bois avec leurs toits de tuiles grises s’infiltrent entre les maisons de briques rouges et les immeubles en verre. Ils peuvent e trouver aussi proche d’une large avenue à la circulation dense que ’une rue déserte dans laquelle éclate un camélia blanc lumineux. Au fond d’une ruelle, c’est la rencontre d’un cerisier rose en fleurs ou de massifs de dahlias…. Tiens ! Un pub anglais au toit Choson … mais aussi n « Paris-Baguette » qui résonne comme un Paris-Séoul et un « Tous les ours » comme un air de musette… Ce sont les petites sœurs coréennes de nos pâtisseries-viennoiseries ! J’ai même vu un « Amiens » avec un A comme une tour Eiffel, sans doute un Amiénois…nostalgique ! Et puis si l’envie d’un petit café ou d’un yul mu tea (thé au soja) se fait sentir, toutes les villes en Corée regorgent de distributeurs avec pour comble du raffinement : un échangeur de monnaie ! Séoul, mon premier « bibimbap » dans le quartier d’Insadong. Ce matin, au petit déjeuner, à l’auberge de jeunesse, pendant que j’essaie désespérément de doser les poudres café-lait, une jeune japonaise pose sur une tranche de pain de mie bis un demi-kiwi vert sur un carré de kiri blanc … Le délicat nippon ! Le 3 b (bi bim bap) vous est présenté tiéde dans un bol ou bien excessivement chaud dans un poêlon. Le « bap » c’est le riz ! Une variété de légumes de montagne grimpe sur le riz avec un oeuf, on mélange le tout ardemment avant de manger, attention à la pâte de piment ! Il est accompagné d’une soupe, de plusieurs coupelles de kimchi subtilement pimenté ou bien d’un radis jaune très fade ; c’est une palette de couleur rouge, vert, orange, jaune… Ce petit restaurant de bibimbap est tenu par une mère et son fils ; ce sont trois tables basses sous trois néons. On enlève ses chaussures à l’entrée et on tire les coussins de dessous la table . On vous sert un verre d’eau de bienvenue : le distributeur d’eau est calé près de l’entrée et la télévision, installée près du plafond, est discrètement allumée, les baguettes métalliques rangées dans leur boîte en bois comme les serviettes en papier. Ces baguettes-là ont la particularité d’être fines, ce qui rend le chemin entre le bol et la bouche très périlleux pour le néophyte - car il est inconvenant d’approcher son bol de la bouche en Corée. La légende raconte que les rois de la dynastie Choson, pointilleux en matière de sécurité, utilisaient des baguettes en argent car elles se ternissaient au contact du poison… Séoul, ma première soupe de chien (bosintang) dans le quartier de Sarang. Ces restaurants sont spécialisés dans cette tradition culinaire (chiens d’élevage d’une race particulière). Son goût ressemble à la viande de bœuf bouillie de ma « mémé Marguerite », toujours un peu filandreuse mais tendre, subtilement faisandée, jouant avec les banch’ans (petits légumes macérés dans de la saumure) et accompagnée de son bol de riz. C’est une viande nutritive « bon pour l’énergie » dit-on - et puis nourriture et boissons doivent toujours être composées d’éléments nutritifs qui donnent de la force et rendent l’homme coréen infatigable !

Saveurs et Couleurs au pays du KimchiTraditionnellement, avril est le mois de sortie des lycéens en Corée. Ils visitent de nombreux musées, temples et palais, un carnet de note à la main. Vêtus d’un costume bleu marine où seuls les écussons font une petite tâche de couleur, ils sont généralement accompagnés de leur professeur d’Histoire. Ils enregistrent les données et vous crient « I love you » puis s’en vont comme un long ruban soyeux… En Corée, les halls d’entrée de tous les musées sont palacieux avec un personnel beau, efficace et souriant ! Des salles spacieuses où dans une pénombre adaptée étincelle soudain le collier en or d’une princesse « Baekjee » , ou les coiffes extravagantes et raffinées de la princesse Min et du Roi Gojang, puis apparaît brusquement une faïence ce la don toute seule sur son estrade noire. C’est un réel enchantement lié à une douce pédagogie ! A Séoul, autour de la jolie pagode de Tapgol, les enfants qui sortent del’école s’achètent de délicieux petits poissons chauds fourrés à la pâte d’haricot rouge (bang) qui prennent quelquefois la forme d’une grosse bille ou d’une grosse cacahuète - ou bien ils se jettent sur le seau de larves de vers à soie bouillies (béondogie) dont ils raffolent pour leur goûter, vendus et préparés par des grands-mères. A la sortie des bureaux, ce sont des « cuisines ambulantes » (pojang macha), installées le long des trottoirs, derrière lesquelles de hardies coréennes vous proposent des brochettes de saucisses et poissons (eomuk), duboudin de riz (sundae), des gimbap farcis de légumes, de gros bâtonnets de riz cylindriques à la sauce rouge épaisse et pimentée (tteokbokgi) ; l’homme d’affaire, l’étudiant, l’employé se retrouvent devant ces fourneaux improvisés et très populaires pour la petite fringale de fin de journée ! Cet après-midi, je tente de rejoindre un petit îlot chamano-bouddhisteperché dans la montagne qui domine Séoul. Il faut traverser un immense chantier sillonné par les camions entre deux autoroutes et grimper dur, mais la surprise est singulière. Au sommet, on découvre un temple et quelques maisons perdues là, résistantes et sourdes aux bruits de la ville en bas et à celui des camions. C’est un îlot de silence qui entoure et protège un immense bouddha sculpté dans le rocher : tradition et modernité…. Un moine danse en habitde cérémonie et des fidèles viennent apporter quelques offrandes et faire des voeux. Je redescends sur la ville par le même chemin pour arriver devant une petite cantine de «mandu » (raviolis vapeur). Sur le trottoir, deux grosses cuves à vapeur en aluminium et à l’intérieur, assise devant une grande table entre deux « rice cooker », une dame soigneusement coiffée et maquillée, habillée d’un tablier jaune vif prépare des cercles de pâte qu’elle garnit de viande assaisonnée ou de kimchi, qu’elle dépose dans les cuves. Elle me sert 6 ou 7 beaux mandus accompagnés de quelques tranches fines de radis jaune très doux, pendant que son mari, debout près de l’évier, croque dans un énorme gâteau à la crème entre un colossal réfrigérateur et le distributeur d’eau filtrée. Ces petites cantines familiales de quartier sont délicieuses et copieuses. Où sont les baguettes en métal ? Tiens, elles se cachent dans un trou creusé dans la table ! Je quitte la province du Gyonggi-do pour celle du Chungcheongnam-do en passant par le hall de l’Indépendance de CHEONAM, le grand musée historique, témoin de la résistance à l’envahisseur japonais. Je prends un train de banlieue qui parcoure une campagne désolée entre des ponts-échangeurs et des routes où sont éparpillés de grands immeubles beiges marqués de gros numéros sur les façades, comme des « sceaux » chronologiques. Des vieux coréens passent dans les wagons et ramassent les journaux repliés et laissés intacts par les voyageurs au-dessus des sièges, certains passent en jouant très doucement de l’harmonica ! Dès l’arrivée et avant de pouvoir accéder à ce haut lieu national, on traverse un champ de drapeaux coréens très impressionnant. Ce musée est constitué de plusieurs bâtiments autour desquels pique-niquent les enfants qui vous crient encore un « I love you » un peu comme un « Tu entends, j’ai appris l’anglais ! » puis ils se précipitent tous vers une salle, où, comme dans un jeu vidéo, on appuie sur un bouton et des scènes de tortures très réalistes apparaissent en trois dimensions. Ce lieu permet et aide le voyageur à mieux comprendre le sens de l’Histoire : celle du Pays du matin calme.

Saveurs et Couleurs au pays du KimchiKIMCHI à GONGJU (province du Chungcheongnam-do) Les bus sont nombreux, rapides et accueillants. Ce matin il fait froid, le vent souffle. Le bus qui va à Gongju est bien chauffé et décoré à l’intérieur : fleurs séchées et délicats petits rideaux en dentelle rose suspendus aux fenêtres. Sur le tableau de bord sont posés des objets en bois destinés à détendre les pieds et les mains du chauffeur qui sont gantées de blanc. Dès qu’il sent la fatigue, il sort du tiroir son mini-flacon de fortifiant. Tout au long du trajet la radio diffuse une musique romantique ou bien c’est l’horoscope. Un enchantement !… Au premier arrêt un jeune lycéen monte, il a un nœud papillon rose… « kamsa-ha-pni-ta ! « remercie une voix électronique très douce quand il composte son billet. Pour vous rendre la route encore plus séduisante, de grosses lanternes en papier vous signalent les travaux… et se différencient de celles, plus délicates, en soie verte et rose, qui tapissent les plafonds des temples et qui portent si joliment tous nos vœux…. Temple de Magoksa (lanternes à vœux) A Gongju, il existe deux centres-ville reliés par un pont, je me dirige vers celui qui paraît avoir quelques hôtels. Entre un immeuble pseudo-baroqueet un château de la Belle au bois dormant, des loves-hôtels aux noms pleins de romantisme scintillent de paillettes rouges : Together, Gallery, Love, - je choisis Gallery… La gardienne se hisse de son yo (matelas à terre) et avec un regard pudique elle vous tend la brosse à dent et les clefs à travers un hygiaphone-grille. Dans le hall, je repère le distributeur d’eau chaude pour les nouilles instantanées qui seront les bienvenues ! Avant, je devrais trouver le mode d’emploi des lumières de la chambre-Barbie qui sont d’une complexité défiant toute la physique ! C’est dimanche et le bus qui va au Temple de Magoksa, à quelques kilomètres de Gongju, est rempli de marcheurs armés de bâton de ski, de femmes coiffées de casquettes à larges visières transparentes, qui ressemblent à de mini-boucliers de crs parisiens. Les hommes portent souvent le gilet de reporter rouge à poches, de bonnes chaussures de marche et un sac à dos rempli de nouilles instantanées, de petits laits fortifiants, de gâteaux de riz gluant (tteok), sans oublier un flacon de sojuet le portable à portée d’oreille… Ils montent allègrement à travers le parc pour rejoindre le temple Zen (séon en coréen ). La nature, comme la nourriture, en Corée, est une quête d’équilibre et la montagne symbolise la puissance du destin… Si les temples et ermitages sont toujours situés dans des cadres exceptionnels, c’est que les moines, expulsés des villes comme des mendiants, sous la dynastie Choson, s’exilèrent dans les régions les plus reculées pour construire leurs temples, ces écrins de montagne. Magoksa, c’est le village de la châtaigne, du champignon et de toutes sortes de plantes comestibles ; à l’entrée de chaque restaurant, des femmes devant de grandes plaques chauffantes préparent des crêpes salées à la châtaigne et vendent d’énormes champignons, des petits fagot de bois magiques, des sachets de racines ou bien des bottes de plantes médicinales… « Yôboseyo ! » (s’il vous plait !..) . Je cherche une boutique de quincaillerie avec une télévision et un hommedevant l’écran ! C’est là que j’ai déposé mon sac à dos …pour aller voir l’encensoir en or de l’époque Baekje au musée national de Buyéo. C’est une petite ville paisible sur le chemin de Jeonju, mais toutes les rues autour du marché sont semblables… et je ne retrouve plus cette boutique. Elle a disparu !…Je suis pourtant si sûre qu’elle était dans cette rue-là ! Je repasse plusieurs fois dans cette rue où je pensais l’avoir laissé, prête à abandonner ce fidèle compagnon, quand après un ultime et pathétique « Yôboseyo » un promeneur m’accompagne doucement vers une autre rue pour chercher encore… Soudain, je reconnais la quincaillerie, mon sac à dos et le patron qui, serein, n’a pas bougé devant son écran ! KIMCHI à JEONJU (province de Jeollabuk-do) Entre le love-hôtel et le « yôgwan », ce soir à Jeonju, c’est le yôgwan ; cesauberges coréennes souvent modestes que l’on trouve généralement près des gares. Celle-ci est tenue par une aïeule édentée, de celle qui ont connu toutes les guerres. Elle est enroulée dans une couverture, très souriante elle m’invite à la suivre ; porte-glissière à crochet qui s’ouvre sur une chambre-boîte avec ondol (chauffage par le sol), une télévision, un yo, (matelas épais comme un mille- feuilles qui n’aurait que trois feuilles…) et murs en papier. La nuit fut pourtant paisible, seuls les toilettes au bout du couloir et le seau d’eau fraîche pour se laver au petit matin seront douloureux ! Le long du parc s’égrènent les vieux qui s’installent pour jouer aux dames après leur soju matinal, cet alcool de patates douces qui cisaille le crâne, tandis que les femmes déballent leurs herbes médicinales. Elles sont coiffées d’une casquette couleur pastel à large visière transparente qui les font ressembler à des scaphandres acidulés, sur laquelle elles posent quelquefois une serviette de toilette ! A midi, je repère un restaurant à « gimbap » qui sert traditionnellement en entrée une petite soupe à l’ail chaude, qui donne une impression de fraîcheur : des kimchis de radis et de concombre marinés et le gimbap, sushi coréen aux légumes si débonnaires qui est préparé devant vous. C’est un riz à bonne température déposé sur une feuille d’algue avec les petits légumes puis roulé et découpé minutieusement en rondelles. Irrésistible ! Le soir tombe doucement quand je traverse le parc de Dierkjin pour aller voir le grand lac aux lotus. Hélas, les lotus semblent avoir disparu, remplacés par de gros canards-canoés qui bercent quelques amoureux… Brusquement, des lumières-lasers jaillissent de partout et une voix rauque et puissante s’élève vers les étoiles, accompagnée par un tambour (puk) : c’est l’ouverture du spectacle de « p’ansori ». C’est une sorte d’opéra pour une seule personne, chanté, déclamé avec des gestes dramatiques simples, qui raconte toujours une histoire d’amour tragique au dénouement heureux ! Le public arrive nombreux, tranquillement, il s’assoit, écoute et applaudit à l’interprétation de certains passages, puisse lève ; un p’ansori dans son intégralité peut durer plusieurs heures… Ici, la chanteuse porte une robe traditionnelle (hanbok) couleur bouton d’or dont la jupe gonflée glisse doucement sur la scène devant le la sombre. Le lendemain, il est très tôt, quand je croise un jeune canadien amateur d’escalade à l’entrée du Parc de Maisan. C’est la montagne aux deux oreilles de cheval, une femelle et une mâle ; entre les deux s’est blotti le Temple de Tapsa d’où partent d’autres temples plus petits autour desquels s’élancent des forêts de pagodes de pierres et d’idoles. Nous nous décidons pour l’escalade de l’oreille féminine par une corde raide jusqu’au sommet ! L’effort est récompensé. C’est une vue panoramique qui s’offre à nous comme une estampe peinte par Gangman (1913-1999).

Saveurs et Couleurs au pays du KimchiEmerveillée, je sors les aquarelles, quand, derrière nous, j’aperçois un vieux coréen silencieux, debout, fixant l’horizon. Il fait le guet. Il porte un bandeau de coton blanc sur la bouche et le reste de peau visible est enduite d’une couche de pommade épaisse anti-solaire. Jumelles, portable, mini-radio sont ses armes de surveillance pour entendre et voir les feux de forêts incertains du haut de sa gigantesque oreille ! Il accepte quelques présents du jour, oranges et biscuits ! On redescend par la même corde, avec une concentration extrême…C’est samedi, en bas, le parc est devenu « attraction » pour quelques heures avant de retomber dans sa « méditation » . Pour ce soir, n’importe quel « yo » sera le bienvenu ! La plupart des temples bouddhiques coréens bénéficient d’un cadre exceptionnel, ils sont perchés dans la montagne et leur implantation initiale répond aux règles de la géomancie ; l’étude du vent et de l’eau… Autour des temples, de nombreux sentiers mènent aux ermitages. Tous les temples abritent leur « pavillon des instruments rituels » tous réunis sous le même toit. Ils ont pour mission de répandre la parole de bouddha dans l’univers : l’énorme tambour s’adresse à tous les êtres vivants sur la terre, la carpe en bois multicolore au monde sous-marin, le nuage de bronze, accroché sous la poutre, à tout ce qui vit dans les airs et la grosse cloche de bronze aux âmes pécheresses de l’enfer… Pavillon des rituels KIMCHI à GWANGJU (province du Jeollanado) Vent glacial et soleil levant. C’est comme une offrande ! J’arrive en tracteur au Temple d’Unju-sa… deux paysans qui passaient sur la route m’invitent à monter à l’arrière de la carriole… Temple d’Unju-sa La visite de ce temple tôt le matin est enchanteur ! Une vaste allée parsemée de pagodes à 4 ou 7 étages le long du chemin qui mène au temple. Installés confortablement dans leurs somptueuses demeures de pierres, les plus beaux bouddhas sculptés des dynasties Silla et Koryo me suivent des yeux… Ils sont aussi très nombreux à chahuter dans les collines, allongés dos à dos, sculptés dans la roche ou bien jouant à cache-cache entre les pins et les rochers.. La légende raconte qu’Unju-sa abritait une cimenterie et queles « maçons célestes », rappelés aux cieux précipitamment, n’auraient pas eu le temps de relever tous les bouddhas couchés… « J’aquarellise » ces majestueuses pagodes sous l’oeil attentif et rieur d’une classe d’étudiantes en excursion qui m’offrent une fraise et un oeuf, avant d’aller rejoindre leur professeur de dessin. Sur le chemin du retour, c’est un homme grand et mince, au large pantalon de soie noire qui m’offre avec courtoisie un sac de petits poissons chauds à la pâte d’haricot rouge avant de monter dans le bus… Les coréens et coréennes ont ce souci de l’harmonie avec eux-mêmes et les autres - une quête naturelle de l’équilibre intérieur – et ces attentions témoignent qu’ils sont heureux de votre présence. Elles ont fait de ce voyage un réel enchantement. KIMCHI à HAEIN-SA (province du Gyeongsangnam-do) Le long du trajet qui rejoint le Parc de Gayasan où se niche le Temple d’Haein-sa, défilent de vastes rizières striées de routes, le vent qui vient des mers souffle très fort. Dès que le Temple de Haein-sa voit partir ses derniers visiteurs, les moines peuvent alors sonner la prière précédent le dîner, qui est àl8 heures précises. Deux rangées de sandales en plastique, rangées méthodiquement, attendent sagement devant la salle de prière. Ce soir, invitée du temple, je resterai dormir auprès de la plus grande bibliothèque en bois du monde : de grandes tablettes rectangulaires épaisses où sont gravées et illustrées le « Tripitaka Koreana », échappées aux vers, à l’incendie, aux Mongols, aux guerres… Haein-sa conserve ces tablettes (4OOO volumes) à l’abri de la lumière et de mains indélicates depuis le 13ème siècle (époque Koryo, 10è-14è siècle), on ne les aperçoit qu’à travers de larges barreaux en bois, ce qui les rend encore plus émouvantes ! Les premiers manuscrits avaient été rapportés d’Inde par un routard célèbre, le moine voyageur Huan-Tsang (dynastiedes Tang, 7è-10è siècle). Avant de trouver l’emplacement, je demandai à un jeune moine : - A quel endroit se trouve le Tripitaka ? - Je ne connais pas, me répondit-il !? Le Tripitaka Koréana Les moines ici sont très actifs et attentifs au respect de l’heure des offices, des repas, de leurs charges : dans le pavillon des rituels, dans les salles de prières, au réfectoire..les pendules sont partout ! La nuit tombe. Je rejoins deux nonnes et leurs amies pour la prière avant le repas qui a lieudans une salle réservée aux visiteurs ; j’écoute les textes de prières quisont placés devant moi, assise sur un minuscule coussin bleu, mais j’ai bien envie de m’échapper pour aller errer dans le temple…mais il est déjà l’heure du repas ! Vite au réfectoire ! Quelques ouvriers, les nonnes avec leurs amies et moi formons d’un côté, le groupe des « invités » et de l’autre, les moines. En silence, nous extirpons délicatement une timbale de sa pyramide, juste au-dessus est placé le rouleau de papier rose qui fait office de serviette de table. Nous prenons le plat à compartiments en métal que nous tendons aux moines- cuisiniers, qui, souriants et affairés derrière d’énormes cuves de riz, de légumes, de soupe, nous servent tout un délice végétarien accompagné d’herbes de montagne non épicées. Le petit déjeuner sera identique, avec, comme une offrande, une salade de fruit arrosée d’une sauce douce …. La nuit s’éveille animée par les soutras-lectures rythmées et joyeuses puis ponctuées de doux silences… Avant de pouvoir choisir un maître, le moine doit étudier les textes sacrés pendant un an ou deux et apprendre durant une période de cinq ans, l’ensemble des préceptes qui lui permettront de parvenir à la méditation. Quand il rejoint la communauté (Sangha,) il est prêt à consacrer de nombreuses heures par jour à la méditation. Quant à moi, je rejoins pour la nuit ma petite communauté : les deux nonnes et leurs amies. La grande salle vide surchauffée (ondol) est jonchée de briques de bois qui se transforment en…repose-cou ! Nous sortons nos « yo » des placards et chacune glisse ce délicat repose- nuque : je suis hésitante à en faire autant car je sens bien que la mienne n’est pas encore prête à cet exercice ! Elles se parlent doucement et avec cette façon si élégante de se mouvoir à même le sol, on dirait qu’elles flottent… Je m’endors à la cour du prince héritier de la dynastie Yi (932-1910) enlisant l’histoire de « Dame Hong », princesse coréenne qui décida d’écrire, très modestement, à plus de 6O ans, la chronique minutieuse de sa vie quotidienne à la cour faite d’une suite de tragédies familiales… Le réveil sonne à 3 heures du matin, la lumière jaillit du néon, c’est tragique ! Douche chaude pour adoucir l’éveil. Les nonnes partent à la prière et moi je titube vers le pavillon des instruments rituels pour entendre l’appel à la première prière : les jeunes moines encore endormis font résonner le gong, la carpe, le tambour, le nuage, de ces sons si modernes et cadencés… Les oiseaux, la lune et une étoile les accompagnent, la lumière filtre en-dessous des portes en papier de riz, Haein-sa s’éveille…

Saveurs et Couleurs au pays du KimchiKIMCHI à GYONGJU (province du Gyeongsangbuk-do) Un réconfort rare pour le voyageur arrivant à Gyongju ; les gares routière et ferroviaire sont proches l’une de l’autre ! Un vent chaud venu du Japon, dit-on, souffle fort et me pousse vers un « yôgwan » au fond d’une petite cour, tenu par une vieille coréenne. A chaque fois que l’on passe devant sa loge minuscule, une sonnerie brutale retentit. Alors, elle se dresse de son yo et relève légèrement sa tête, habituellement fixée devant l’écran de télévision, avant de ramper doucement pour vous ouvrir la porte – mais seulement si vous avez une question ! Entre les marchés aux légumes et les gares, on arrive le long d’une large avenue déserte d’où émerge d’impressionnants monticules herbeux, des tumulus : les tombes des souverains de la dynastie Silla (7è-1Oème siècle) amis de la dynastie Tang à Pékin. Tombes des souverains Silla La taille des monticules varie selon le rang des défunts. Ils sont dispersés dans un vaste espace et quelques fouilles ont mis à jour des trésors ; objets familiers, bijoux, statuettes déposés dans les chambres funéraire sen bois, elles-mêmes posées sur des dalles en gravier. Ces tumulus sont recouverts de grosses pierres, d’argile, de boue, de terre et d’herbe pour la finition ! Les souverains Silla sont bercés par une musique lyrique diffusée doucement à travers le parc. J’avais déjà remarqué ces mêmes « Bosses tombales » surplombant quelquefois le bord des routes, mais en beaucoup plus modeste. En rentrant par le centre-ville, animé de boutiques de vêtements toutes identiques et de petits restaurants à « mandus », je savoure dans un minuscule restaurant familial une brioche géante à la pâte d’haricot toute chaude que la maman vient de sortir des cuves à vapeur, pendant que sa fille « s’embrouille » entre les mandus et les brioches ! Temple de Bulguk-saet Grotte de Seokguram. L’Histoire du Temple de Bulguksa est mouvementée : construit au 6èsiècle, agrandi au 8ème et détruit par les japonais au 16ème (sauf deux délicieuses pagodes laissées miraculeusement intactes), il sera restauré par le Président Park entre 1969 et 1973. Aujourd’hui, nous pouvons prendre le temps de monter les 33 marches qui nous mèneront à l’éveil… Devant mon étonnement sur la fantaisie des formes et des motifs des tuiles sur les toits : lotus, phénix, lions, fleurs, une enseignante en histoire m’explique que certaines formes illustrent le masculin et d’autres le féminin… Proche de Bulguk-sa se dissimule la grotte de Séokguram. On grimpe allègrement 800 mètres pour l’atteindre. A l’entrée, le gardien a le regard vivace et rieur, ce qui n’est pas fréquent ici, où les corps et les mots sont si maîtrisés… Cette grotte abrite depuis le 8ème siècle le bouddha protecteur de la Corée au regard fixé vers la mer du Japon. Le soleil levant éclaire son front. Il est entouré de ses disciples, l’ensemble est d’une beauté saisissante, le sculpté épuré et délicat. Le ravissement pour une éternité… Grotte de Séokguram L’orage et la pluie menacent mais je tente tout de même d’aller jusqu’au village de Yangdong voir quelques belles demeures traditionnelles de l’époque Choson . Celles en bois aux toits de tuiles appartenaient aux riches lettrés « yangban », souvent propriétaires fonciers ou fonctionnaires oppresseurs des basses castes et dans celles, plus modestes, aux toits de chaume, vivaient les paysans aux sandales décorde… Le charme, le pouvoir de l’érudition et les richesses s’étendaient seulement à la caste héréditaire des lettrés. Je m’abrite de la pluie sous la terrasse d’une de ces belles demeures oubliées, fardée d’un magnolia violet et blanc éclatant. Le village, témoin vivant de cette époque, est entretenu et habité, mais la pluie devenue très violente, réveille ma torpeur et me jette hors de mon abri pour aller me réfugier à l’intérieur d’une maison traditionnelle qui paraît être un petit restaurant. Les portes coulissantes sont ouvertes, je rentre. Une jeune fille m’accueille et me pousse vers le poêle, un couple chuchote et mange une généreuse crêpe aux légumes et aux herbes. « Je peux vous faire une pizza coréenne » dit-elle. Assise sur un coussin moelleux, je sèche doucement, en regardant deux énormes bocaux de condiments posés sur une étagère, aux formes étranges de gros mollusques ou de ginseng géants… A l’abri devant un rideau de pluie torrentielle et sous le charme et la douceur du lieu, je sors les cartes postales ! Le lendemain un vent violent continue à souffler au bord de la mer del’Est et le long de la plage soufflent aussi les esprits du chamanisme : quelques chamanesses , installées chacune devant un carton qui leur sertde petit autel où sont posés des offrandes, de l’encens, des objets qui servent d’intermédiaire, au son du gong, entre le monde des vivants et celui des esprits.

Saveurs et Couleurs au pays du KimchiLes « Sillas » ont laissé leurs traces délicates un peu partout dans la Vallée de Sammeung, de nombreuses ballades montent vers les ermitages d’où l’on peut entendre le mok-tak, instrument de musique qui rythme les cérémonies et les prières. Ce sont les témoins d’une ferveur bouddhiste installée depuis longtemps dans ces montagnes paisibles à la nature toute méditerranéenne. Quelques marcheurs me saluent d’un « bienvenue à l’étranger ! » ils m’offrent un verre d’eau, un petit gâteau de riz, une boisson au soja et vont porter leurs offrandes au noble bouddha sculpté dans la roche. Parc de Namsan KIMCHI à ANDONG (province du Gyeongsangbuk-do) L’ hôtesse, à l’aide du micro accroché prés des plantes vertes dans le petit hall de la gare de Gyongyu, annonce, debout devant la porte vitrée, l’arrivée du train ou bien l’heure de son prochain départ. Elle ouvre les portes qui mènent aux quais uniquement quand le train est en gare ! Ah ! Le train qui roule vers Andong ! Une sorte de rêve ferroviaire : spacieux, confortable, paisible, on peut allonger ses jambes très loin sans toucher le mollet de son voisin devant et la largeur des fauteuils est généreuse ! Et puis un contrôleur qui ne vérifie rien passe vous saluer, vous sourire et répondre à vos questions… Bien entendu, les informations et le nom des gares aux arrêts sont traduits en quatre langues (coréen, anglais, chinois et japonais). Nous sommes, là encore, très éloignés de nos habitudes ferroviaires hexagonales !! Andong est une ville rurale très attachante par sa volonté de vouloir conserver et montrer ses traditions. Son musée folklorique est passionnant pour le voyageur, comme l’ensemble des musées en Corée : il est sobre, pédagogique, attractif et beau !! Il parcourt les traditions coréennes de la naissance à la mort des populations paysannes à celles des « lettrés », rites, jeux, cérémonies, coutumes, habitats… A la sortie du musée, un vieux coréen installé devant un vaste bureau, essaie de réaliser une calligraphie commandée par un touriste coréen, celui-ci hoche la tête, pas du tout convaincu !! Je rôde dans le quartier des loves-hôtels pailletés et des restaurants flamboyants que l’on trouve souvent proche des gares pour y dénicher mon « yô » du soir, je le trouve. Il est tenu par une minuscule coréenne. Nous nous comprenons avec un minimum de gestes communs pour pouvoir poser mon sac quelques jours à Andong…

Saveurs et Couleurs au pays du KimchiC’est dimanche, le jour de la représentation de la danse masquée « Talnori » au village traditionnel d’Hahoe*, près d’Andong, connu pour ses antiques masques en bois. Le « Byeolsingut Talnori » est une sorte de farce populaire créée par et pour le peuple – qui leur donnait l’occasion autrefois de dénoncer avec drôlerie et dérision les abus de pouvoir des propriétaires fonciers, des fonctionnaires, des moines corrompus – et de rappeler avec piquant la pauvreté de la population villageoise. La parodie de tous ces personnages à travers des masques aux yeux exorbitants et à la bouche grimaçante, donnait lieu à un amusant mélange de fête populaire et de chamanisme lors des conflits qui les opposaient. Les sons du nongak, (quatuor traditionnel de percussions) accompagnent les danses. J’attends l’heure de la représentation, assise sur un banc devant la salle, une sorte de « piste aux étoiles » ronde à ciel ouvert. Je regarde passer les musiciens et danseurs, l’un d’eux me demande avec un sourire amusé : - Where are you from ? - France ! Une heure plus tard je me retrouve au milieu de la piste, ébauchant la danse traditionnelle coréenne en compagnie d’un jeune sri lankais ! Quelques femmes provoquent en riant les danseurs masqués qui épondent et forment une sorte de dialogue chantant, des familles entières sont venues voir le spectacle, rient et applaudissent aux réparties des acteurs. Une classe de jeunes filles japonaises en uniforme bleu marine, serrées les unes près des autres sont stupéfaites ! A la fin de la cérémonie, le public chaleureux rejoint les musiciens et les danseurs qui font joyeusement des tours de piste pour saluer. Une jeune femme m’interpelle : - Regardez ! J’ai quelques photos de vous quand vous dansez ! Je vous les enverrai, me dit-elle! C’était Mlle B. et sa maman. Nous prenons le bus ensemble pour rentrer à Andong. En cours de route, j’apprends qu’elles ont voyagé en Europe et qu’elles connaissent Lyon, Paris et la Normandie. Elles m’invitent à dîner un savoureux barbecue (bulgogi) avant de reprendre leur bus pour Séoul. C’est mon premier barbecue coréen : une multitude de plats, de condiments, différents kimchis et d’élégantes feuilles de salade de sésame dentelées, dans lesquelles on posedélicatement le riz. Il accompagne les fines tranches de porc ou de bœuf marinées dans une sauce de soja, ail, oignon, chili que l’on plonge dans le barbecue installé au centre de la table. C’est un doux régal grâce à l’heureuse rencontre de mes deux hôtes qui m’ont fait découvrir cette spécialité. Autour des rizières, quelques modestes maisons avec des toits de tôle bleu cobalt élèvent comme un ciel au ras des champs ! Le Temple de Bongjeongsa est encore loin. Je grimpe la dernière partie du sentier escarpé animée d’un sentiment d’union sportive et spirituelle, pour arriver devant …la merveilleuse Salle du Paradis, celle qui accueille le bouddha du paradis de l’Ouest, Amitabha. Salle du ParadisUne ancienne structure en bois abrite un bouddha en pierre brute, elle est décorée de fresques de l’époque Koryo qui ornent le plafond. Aucune restauration n’est venue bousculer cette harmonie. Il est midi, je suis seule à visiter le temple, c’est l’heure du repas, une nonne vient me saluer et m’inviter à prendre le déjeuner : un plat de riz, une soupe et des patates douces. Un repas convivial pris avec l’ensemble de la communauté et la cuisinière ! Sur le chemin du retour, je passe rendre visite au bouddha géant qui surplombe la route nationale… La légende raconte qu’ayant perdu sa tête d’origine, on l’aurait doté d’une autre tête…C’est peut-être ce qui lui donne cet air de « gendarme malicieux » caché derrière les acacias. Il regarde sagement passer les caméras dans le très beau film symbolique « Printemps, été, automne, hiver et…printemps » de Kim Ki-duk. Au marché d’Andong, j’achète de ces beaux coussins brillants rouges, jaune, vert, délicatement brodés sur les côtés, que l’on utilise pour s’asseoir et que l’on glisse sous la table… Trois femmes en train de rire me font des signes et m’invitent à entrer dans leur boutique. Je quitte mes chaussures et referme la porte coulissante, elles se sont enroulées dans des couvertures et bavardent devant une télévision muette, boivent du sikhye (punch de riz avec les grains), grignotent des gâteaux en forme de petites plaques ni salées, ni sucrées, seulement parfumées aux algues qui craquent sous la dent. Oh ! Délice ! Quelques rues plus loin, c’est une grosse pomme que l’on m’offre pendant que j’achète quelques encens. Que de gestes affectueux et charmants dont on a le sentiment qu’ils peuvent assurément rendre l’homme meilleur ! J’attends le bus pour aller visiter un dernier petit temple, celui de Buseoksa « le temple de la pierre flottante » à Punggi. Fondé au 7è siècle par un moine à son retour de Chine et reconstruit au14ème siècle puis « oublié » des japonais, Puggi, est la ville du ginseng (insam en coréen), cet élixir de vie, cette herbe du non-vieillir… Sur les trottoirs, les vieux vendent des plantes médicinales à base de ginseng, les boutiques regorgent de bocaux colorés au travers desquels on aperçoit les précieuses racines. Le ginseng sous toutes ses formes ! Des trésors d’invention, de transformation autour du lui, sans oublier « l’art » du ginseng puisqu’au-dessus de la coopérative est sculptée une monumentale racine de ginseng ! En attendant le bus qui tarde à venir, j’observe tout au long de la rue, la tranquille rotation des ventes de cette racine enchanteresse et coûteuse…

Saveurs et Couleurs au pays du KimchiLe Temple de Buséoksa dans le parc de Sobaeksa « flotte » au-dessus d’un paysage qui oscille entre le bleuté-vert et le jaune-rose. Un homme fait le signe de croix devant un bouddha en argile doré. Les signes de la foi sont mystérieux ! KIMCHI à SAM CHEOK (province du Gangwon-do) Je reprends la route jusqu’à Sam Cheok, un petit port au bord de la merde l’Est avant de remonter vers Séoul. C’est une petite ville à l’air paisible…presque triste. Est-ce l’absence d’enseignes lumineuses? De nombreuses églises, qui semblent être de réels lieux de rassemblement et des échoppes modestes se regroupent autour d’un marché étonnant de poissons et d’algues séchés: les deux « stars » de la ville de Sam Cheok ! Les légumes de la terre et de la mer règnent en Corée. Les mers poissonneuses regorgent de toutes les variétés de poissons du monde. Ils sont présentés sur les marchés attachés avec de la ficelle dorée, joliment prêts pour un autre voyage ou empaquetés dans d’élégantes boîtes transparentes. Sa compagne l’algue se métamorphose elle aussi pour prendre des couleurs et des formes étranges ou familières… Je traverse la ville et longe la côte jusqu’à la plage pour remonter vers les maisons de pêcheurs ; dans toutes les cours sèchent les algues, une vieille femme me tend un gros morceau bien charnu « pour m’aider à monter la côte » me fait-elle comprendre ! L’algue donne de la force ! Je croque et trouve ça bon ! Un peu plus haut, c’est un groupe de femmes qui me fait signe de venir les rejoindre : elles sont assises dans la cour et me font goûter une salade d’algues bien épicées avec du riz. Pendant que les unes étendent les algues sur des grillages, les autres mangent et une autre sert le soja. Elles insistent pour que je mange et que je boive copieusement avant de continuer la route ! Ces robustes femmes de pêcheurs rient, jacassent, tout en travaillant. Un jeune homme passe chercher une livraison d’algues, on lui sert un verre de soja, elles le chahutent et le bousculent joyeusement. Je cherche mon dictionnaire pour tenter de dire « chal mök-oss-sùpni-ta » (j’ai bien mangé !) à la maîtresse de maison, c’est une petite phrase pour signifier que l’on va partir, on rit ensemble de mes efforts ! Mais seulement après avoir répondu à leur surprise de me voir dans ce quartier… - Where are you come from ? How old are you ? Alone ? Je rends hommage à ce charmant et rigoureux art de vivre du peuple coréen et aux femmes, présentes partout, qui font preuve de tant d’énergie, de créativité et d’attention. Si ce voyage a été si « délicieux », ce fut grâce à vous. 2OO6.04.29

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Annie Lapertot | 20.03.2008 | 732 visites | 0Favoris |
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