
Sénégal
Sénégal : Gorée, l'enfer devenu paradis
Dakar, la grosse bourgade provinciale d’il y a 15 ou 20 ans est aujourd’hui méconnaissable. La circulation y est anarchique, la pollution permanente et la nuit, chichement éclairée par un éclairage aléatoire, y est moins sûre qu’avant. Dakar n’est plus une ville où il fait bon vivre... mais à quelques encablures au large, il y a toujours Gorée.
Voguez en chaloupe !
Dès votre arrivée à l’aéroport, prenez un taxi, ou mieux encore, une voiture réservée à l’avance (idéal et bon marché) pour le port jusqu'à l’embarcadère de la " chaloupe " pour Gorée.
Embarquez à bord de la petite vedette blanche qui se faufile d’abord entre les cargos au mouillage et quelques pétroliers en réparation avant de pointer vers le large. La balade océane ne dure qu’une demi-heure mais ses effluves iodées sur fond de piaillements stridents de mouettes et sa brise du large, on se croirait presque en croisière !
L’île de Gorée n’est accessible que par une anse minuscule équipée d’une simple jetée. A tribord, l’hôtel du Chevalier des Boufflers s’impose avec son crépi ocre vif et se terrasse ombragée. Droit devant, voici la plage et ses gargotes à même le sable où l’on mange très bien et pour pas cher. A bâbord, une paire de restaurants plus chics et un majestueux arbre badamgnée au feuillage dense sous lequel officie Bobo, le maître rasta du thé.
Charme et tranquillité
Dès les premiers pas sur la plage, on est sous le charme.
Aucun détritus ne souille le sable ni les ruelles qui rayonnent autour de la place du Gouverneur. Gorée est merveilleusement propre et paisible ! On marche sous des baobabs ventrus et des manguiers élancés, on frôle des bougainvillées exubérants et des jasmins odorants, on zigzague entre des jarres de terre colorées ou de simples boîtes de conserve fleuries...
On continue la découverte entre les murs crépis de maisons dont les nuances ocres et jaune safran hésitent entre la décrépitude désargentée et l’opulence discrète. Si certaines demeures camouflent leur opulence derrière des murs discrets, ainsi celle du financier Georges Sorros, d’autres exhibent encore crânement les restes d’une architecture royale comme l’ancien Palais des Gouverneurs dont les terrasses monumentales regardent vers les Amériques. Sous les anciens jardins à la française, d’antiques soupiraux accompagnent chaque respiration de l’océan qui mortelle les fondations. De majestueux escaliers de pierre dorée conduisent à l’étage où courent des arcades élancées et décrépies.
Par bonheur, toutes les maisons de Gorée n’ont pas encore été restaurées par des organismes internationaux ou des membres de la jet set. Certaines demeures, autrefois bourgeoises et de charme, comme celle d’Ousmane qui tient une petite boutique à l’hôtel, oublient leurs trésors sous une végétation anarchique, une épaisse gangue de poussière et un manque flagrant de finances. C’est là tout le charme d’une île où cohabitent harmonieusement touristes privilégiés et gens simples du cru.
Ne manquez pas la visite de l’ancienne maison des esclaves. Derrière un imposant portail en bois s’ouvre une petite cour et ses cellules étriquées où les esclaves attendaient d’embarquer pour les Amériques. Ils quittaient la maison par une porte qui s’ouvrait directement sur le large et les navires négriers en attente. Au dessus, un escalier double et majestueux s’élève jusqu'à l’appartement des maîtres. Si pendant deux siècles Gorée a été un centre, parmi d’autres, de la traite du " bois d’ébène ", l’île est devenue le symbole de la négritude humiliée par la grâce des subsides de l’ONU et les visites de Clinton et de tous les grands du monde.
Remontez la rue principale, d’abord sablonneuse puis grossièrement pavée de basalte jusqu’au Castel qui domine l’île. Redescendez ensuite vers l’ouest jusqu'à la petite mosquée couleur jaune serein, isolée au bord d’abruptes falaises de basalte noir. C’est l’une des plus anciennes du Sénégal et son ascétisme irradie une harmonie rare.
A flâner dans Gorée, vous ne manquerez pas le long balcon de bois peint de la maison de Victoria Albéris, célèbre Signare locale. Ailleurs, les fenêtres s’ornent de grilles de fer forgées ou de jalousies de bois aux teintes pastel....
Mais c’est le soir que l’île est la plus belle. Les touristes sont repartis avec la chaloupe de 16h30, les venelles sont désertes et les crépis déclinent toutes les nuances d’ocre, selon qu’ils sont neufs, écaillés ou qu’ils laissent apparaître la pierre.
Savourez au moins une soirée à Gorée. Le temps d’écouter les tourterelles qui animent l’espace, d’humer les parfums floraux exacerbés par le crépuscule et le dîner sur la plage. Ensuite seulement, quittez Gorée pour une autre île, celle de Saint Louis... mon prochain épisode !
info plus
Visite virtuelle de la maison des esclaves de Gorée
Gorée tout en images (plus quelques bonnes adresses)
Petite histoire du Sénégal et de Gorée sur le site (superbe !) de TV5
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