
Seychelles
Seychelles : Une semaine au Paradis
Nous nous sommes demandés si une simple semaine aux Seychelles était suffisante pour découvrir quelques-unes des beautés de l’archipel tout en savourant de vraies vacances. Erik s’est « sacrifié » pour réaliser ce petit test…
Vendredi soir à Paris.
Dès l’embarquement, l’avion qui relie Paris à Mahé dégage un avant-goût réconfortant de vacances dans les îles avec sa décoration façon « mers du sud ». Quand une nuit plus tard, je me réveille fébrile devant un petit-déjeuner, l’océan est toujours aussi désespérément vide ! Jusqu’à ce que surgisse à l’horizon une poussière d’îles en ombres chinoises sur des flots irisés. J’ai à peine le temps de m’émerveiller sur le camaïeu subtil des lagons que déjà l’avion plonge vers la silhouette imposante de Mahé, l’île principale. Les muscles encore engourdis mais l’œil déjà impatient de curiosité, je me hâte vers la passerelle baignée d’air humide et chaud. La première inspection des abords me rassure ! A une portée de mouette du tarmac, la mer d’un bleu métallique laboure consciencieusement une plage déserte. Côté montagnes, de gigantesques blocs de granite pointent leurs dômes lustrés sous une végétation luxuriante. Les formalités de débarquement s’étirent, nonchalantes et interminables. Heureusement que le terminal intérieur, qui se résume à deux simples comptoirs en bois patiné sous des pales indolentes, n’est qu’à une cinquantaine de cocotiers de là. J’enregistre pour Praslin, seconde île en importance après Mahé, dans une atmosphère de bouquet floral où je reconnais quelques notes fruitées de frangipanier, de jasmin, d’hibiscus…
Samedi à Praslin.
Après une vingtaine de minutes de vol au ras des flots ciselés par les récifs coralliens, le petit bimoteur se pose entre deux rangées de cocotiers. L’aérogare affiche un luxe sobre entre la charpente aérienne en bois rouge précieux coiffant un sol de marbre blanc immaculé et la décoration à base de nuances végétales et de poissons de couleur nageant dans des pièces d’eau.
Pour ces trois jours sur Praslin, j’ai bien évidemment réservé une jeep. Si j’avais pu disposer de plus de temps, j’aurais essayé les taxis collectifs et les bus Tata, le légendaire autocar indien qui dessert l’intérieur des îles.
La capote ouverte et un œil à l’affût d’éventuels cocos « tombeurs », je mets le cap sur Grand’Anse que j’atteins après une dizaine de virages seulement… Le principal chef-lieu de l’île se résume à un village paisible avec quelques boutiques et restaurants le long d’une grand-rue, deux églises et un puzzle coloré de cases qui s’accrochent aux ravines abruptes.
La route louvoie ensuite entre les contreforts de la montagne plantée de girofliers et de manguiers et d’innombrables plages désertes isolées par des amas de granite polis par la mer, parfois à peine assez grandes pour y accueillir une paire de draps de bain. L’aérodrome n’est qu’à six kilomètres mais déjà je me sens comme Robinson, seul sur ma route qui s’envole le long de collines abruptes en des pentes frôlant parfois les 40 pour cent.
Après avoir posé mon bagage dans un bungalow de l’Auberge de Bodamyen à l’anse Marie-Louise, puis profité brièvement de ma terrasse sur la baie, je suis reparti, impatient d’explorer à pied la portion de côte entre les anses Consolation et Citron. Toujours seul, j’ai déambulé de crique en plage, enivré d’iode et de senteurs florales.
Puis, les pieds encore humides d’écume mais l’esprit déjà lavé par ma balade amphibique, j’ai continué en jeep jusqu’au Coco Rouge, à Baie Saint Anne, où la gourmandise m’a attablé devant un succulent curry de zourite (pieuvre) arrosé de Seybrew, la bière locale. J’ai rejoint ensuite l’Anse la Blague et son croissant de plage isolé du large par un petit lagon. Dommage que l’hôtel qui jouxte ce site magnifique ne soit pas plus convivial !
Un dimanche de Mai.
Ainsi qu’on me l’avait conseillé, je suis monté à l’heure la plus lumineuse (un peu avant midi) à la vallée de Mai où pousse le mythique coco fesse, une noix qui dépasse parfois les vingt kilos. Ignorant les visites guidées, j’ai suivi en solitaire les entiers escarpés qui sillonnent cette forêt préhistorique, déambulant dans cette douce pénombre où s’enchevêtrent presque tous les palmiers du monde. Il y a les lataniers mille-pattes, à lattes et à feuilles, des vocoas marrons et parasol, des palmistes… et les célèbres palmiers coco de mer aux noix si suggestives. J’ai longuement erré dans le silence feutré uniquement perturbé par le claquement sourd des immenses feuilles, le bruissement étouffé des pandanus et les zinzinulement des colibris au milieu des philodendrons géants. J’y ai même croisé un vol de perroquets noirs !
Après cette parenthèse de sérénité, j’ai ensuite roulé jusqu’à la plage d’Anse Vaubert, aussi appelée côte d’or. Bien que très fréquentée, c’est indiscutablement une des plus agréable pour se baigner dans une mer toujours calme et chaude, ou rêver le long de ses trois kilomètres de sable fin ombragé par un front de filaos, de takamakas et de cocotiers. Je suis aussi monté jusqu’à l’Anse Lazio, tout au nord de l’île. Le site est magnifique mais souvent pollué par une concentration excessive de baigneurs et touristes en goguette.
Lundi entre cousin et curieuse
La vedette rapide longe les plages uniquement accessibles à pied du nord-ouest de l’île avant de pointer son étrave vers Cousin, une minuscule île granitique qui ne se visite que sous la conduite d’un guide. En contrepartie de cette obligation, on a le privilège de s’immerger dans la cacophonie piaillante d’une fabuleuse volière naturelle où cohabitent frégates, fauvettes des buissons, tourterelles rouges, puffins obscurs, colibris, pigeons bleus… On y croise aussi quelques tortues géantes lymphatiques et le cent-pattes, le plus grand scolopendre du monde qui dépasse les vingt centimètres !
Curieuse, à un kilomètre au large de Côte d’Or mérite beaucoup plus que la simple visite proposée par les agences locales. Remplacez le classique barbecue sur la plage par une visite du petit musée local, passionnant, et enfoncez vous ensuite sur les flancs du Mont Curieuse jusqu’à la mangrove d’où part la jetée de pierres construite à travers Laraie Bay. On progresse en funambule entre le ciel bleu azur et les eaux transparentes qui parfois caressent vos pieds d’une vague câline, jusqu’à de spectaculaires amoncellements de blocs de granite si typique aux Seychelles.
C’est ici le meilleur site pour approcher les tortues géantes dont les plus vieilles peuvent atteindre trois cents ans pour une demi-tonne. Elles sont une trentaine de « stars » de toutes tailles à brouter paisiblement en liberté sous le regard attendri des touristes. Libre à vous de chatouiller délicatement la peau fripée de leur long cou fragile ou de caresser prudemment leur crâne tout en gardant un œil circonspect sur leur redoutable bec, mais abstenez-vous de tout rodéo sur leur imposante carapace si tentante!
Sur le retour, nous avons mouillé près de l’îlot Saint Pierre, un gros caillou souvent squatté par les touristes. On les oublie facilement, à dériver sous l’eau en compagnie des myriades de poissons multicolores : balistes, clowns de mer, chirurgiens bleus…
Mardi à la Digue
Toutes les heures, une goélette locale au pont couleur jaune citron quitte le ponton d’Anse St Anne pour l’île de la Digue. Sitôt le môle franchi et les voiles hissées, vous voilà embarqués pour une demi-heure de bonheur dans la lumière et les embruns. A l’arrivée, j’ai loué un vélo et pédalé vers le sud, impatient de découvrir la légendaire plage de l’Anse d’Argent. Elle est réellement sublime !
Les nombreuses anses isolées par des blocs de granite rose assurent une paix divine en bordure du lagon protégé de la houle du grand large. On s’y trempe et on s’y baigne dans une eau cristalline et tiède… jusqu’à ce que la faim vous arrache à ce tableau paradisiaque.
Parmi les quelques bonnes tables conseillées, j’avais choisi l’auberge de l’Anse Patatra, à la pointe nord de l’île. J’y ai dégusté un ragoût de chauve-souris accompagné de chou-chous à la mangue à la fraîcheur d’une terrasse ouverte sur le large.
Après la noix de coco fraîche du dessert, j’ai suivi le chemin vers l’Anse Coco, toujours seul le long de plages désertes battues par la houle.
Mercredi à Mahé.
A neuf heures ce matin, j’ai repris l’avionnette pour Mahé et une heure plus tard, je roulais déjà sur la route traversière de la Misère en direction de mon prochain point de chute : l’auberge d’Anse Boileau. Avec ses quatre bungalows d’architecture créole ouverts sur une grande terrasse privée en bord de jardin, à vingt mètres de la mer, c’est encore une des très bonnes adresses abordables de l’île. Le personnel y est serviable et la table de Jean-Claude, assurément une des meilleures ! Après ces quatre jours de « solitude », j’étais curieux de découvrir Victoria. Coincée entre la montagne du Morne Seychelois et le lagon, la plus petite capitale du monde a tout du village de poupées avec ses quelques rues commerçantes, sa mini réplique de Big Ben et un « grand » carrefour où trois rues se croisent sous la direction d’une dizaine de feux tricolores ! Même son minuscule intérieur aux couleurs acidulées ne comporte qu’une poignée d’étals de fruits, d’épices et de poissons où l’attraction principale semble être les nombreuses aigrettes blanches peu farouches qui se dandinent en quête d’un bon morceau. Après un excellent « pwason » grillé chez Pirate Arms, le restaurant branché de Victoria, j’ai suivi la route vers le nord jusqu’à la baie de Beau Vallon. La mer était toujours aussi bleue mais les plages un peu trop touristiques à mon goût. J’ai alors fait demi-tour et roulé vers le sud jusqu’à l’anse Royale, sans pour autant ressentir de coup de foudre excepté à la petite anse et délicieuse Forban. Jeudi et l’île mystérieuse. Ce matin, le sac alourdi de fruits du cru, mangues et caramboles, je suis monté au Morne Seychelois, le point culminant de l’île, fasciné par le poli marbré de son pain de sucre jaillissant d’un moutonnement de forêt tropicale. A Mission Lodge, j’ai suivi l’allée de Sandragons à la sève écarlate jusqu’au belvédère. La vue sur l’île y est époustouflante ! J’ai continué à pied sur une sente embaumée par les résedas aux senteurs de framboise jusqu’à la Mare aux Cochons. A Casse dent, j’ai navigué à vue entre les orchidées et les plantes carnivores avant de redescendre au Parc Marin de Launay où je me suis baigné dans une de ses innombrables criques boisées. J’avais réservé ma dernière après-midi pour les plages de la côte sud-ouest, les plus belles ! A l’Anse Soleil, j’ai longuement nagé en compagnie d’une multitude de petits poissons avant d’engloutir une assiette de calamars grillés à l’ombre de la paillote qui surplombe la plage. A l’Anse d’Intendance, les vagues courtes et abruptes m’ont roulé comme une bouteille à la mer et à l’Anse Petite Police, la plus belle plage de l’île, j’ai trouvé des trésors de coquillages derrière le cordon de récifs. Il y avait des bénitiers patinés, des escargots en damiers noirs et blancs… des cauris aux reflets violets. A l’heure où les immenses chauve-souris locales prennent amicalement possession des sous-bois, je suis rentré savourer une dernière soirée sur « ma plage »… jusqu’à l’année prochaine !
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