
SIBERIE
Sibérie : Premières aventures sur le lac
C'était en 1996. J'étais parti avec un ami russe faire le tour du nord du lac (inconscient !). Dés les premiers jours, l'aventure était au rendez-vous, car pour éviter un passage très difficile dans la montagne, un pêcheur accepta de nous emmener dans sa barque sur une 30 de km. Le voyage n'allait pas se dérouler comme prévu ! Voyage périlleux et rivière miracle... Par un soir de juin 96, nous embarquons dans une barque de pêche du village de Kourboulik qui se situe sur la côte nord de la presqu'île d'Oust Bargouzin. Un pêcheur et sa femme ont accepté de nous convoyer sur une trentaine de kilomètres le long des côtes du Baïkal. L'embarcation est absolument typique. C'est une vielle barque en bois avec un moteur très rustique qui doit fonctionner depuis des lustres. La barque navigue tranquillement sur une eau fort calme, nous longeons des falaises abruptes et sauvages, nous contournons les îles de la baie de Chivrousky. Vers 23 h, dans la pénombre nous nous arrêtons pour une pause. Déjà 3 heures que nous sommes bercés par le bruit du moteur qui se perd dans l'immensité de cette mer intérieure. Le lac devient bientôt aussi sombre que le ciel et il me semble que nous nous enfonçons dans les entrailles d'une bête monstrueuse. 1h30 du matin ; il pleut ; le temps commence à nous sembler long il fait très froid, le trajet est bien plus long que prévu, nous sommes blottis sous de vieilles couvertures de l'armée qui commencent à ressembler à des éponges. Puis d'un coup c'est le grand silence, le moteur s'arrête net ! Fausse alerte, c'est une panne d'essence, ce n'est tout de même pas bon signe pour nos passeurs car on entame le dernier bidon ! Il leur manquera du carburant pour le retour ! Mais le pêcheur n'est nullement inquiet, on arrive nous dit-il. Comme par enchantement la barque est secouée par de bonnes petites vagues qui sortent de je ne sais où. Alors que tout était si calme, la barque bouge anormalement. Je demande à Victor ce qui se passe , Il m'annonce de l'orage, alors que pourtant , il n'y a aucun éclair, ni tonnerre. Brusquement , le pêcheur qui semblait amorphe se lève, jette sa veste, puis debout, il agrippe d'une main le gouvernail et de l'autre agit sur le moteur. Il nous crie de nous asseoir. Panique à bord, nous mettons quelques instants à comprendre. Nous sommes dans l'estuaire d'un torrent qui se jette dans le lac : grosses vagues, courant terrible. Si le bateau se positionne de travers, il va chavirer. Impuissants, nous laissons manoeuvrer le pêcheur. Après une demi heure d'une lutte qui semble interminable, nous touchons la rive. Même Victor, pourtant secouriste professionnel, n'en mène pas large. Malheureusement la cabane où nous sommes censés dormir, se trouve sur l'autre rive. Je ne vois pas d'inconvénient à ce que nous en restions là ! Mais, confiant, le pêcheur repart dans les vagues. Il est 3 heure du matin : nous nous jetons hors du bateau, du bon côté de la rivière cette fois ci. Un pied sur la terre ferme nous tirons la barque sur la berge ; nous sommes trempés mais qu'importe. Nous avons eu beaucoup de chance de ne pas chavirer car le courant nous aurait emmené hors de portée des côtes et un bon bain dans cette nuit noire n'aurait pas été des plus agréables. Pendant que le pêcheur se débattait dans le courant, je me suis même dit : " Arnaud, tu l'as bien cherché, tu vas finir au fond du lac dès les premiers jours et ce, à trois heures du matin, si près de la rive ! " Puis je me suis vite repris, en le regardant se débattre avec force entre le gouvernail et moteur. Il menait une véritable bataille contre les éléments ; je ne devais pas lui communiquer de sombres pensées ! Trempés, nous marchons dans la forêt et les marécages, l'eau jusqu'aux genoux ; il me semble que nous tournons en rond mais ou est donc cette cabane ? Je suis le seul à disposer d'une lampe et dès que j'éclaire un de mes compagnons, c'est l'autre qui tombe ! Comme par miracle, la cabane apparaît : elle était bien cachée, à deux cents mètres au fond des bois. Nous allumons le poêle, les bougies laissées par le dernier occupant de la cabane nous donnent une pâle lumière ! Le feu allumé, il fait bientôt chaud et nous pouvons nous sécher. Victor prépare la soupe et tout le monde rit. Rien ne semble les inquiéter : quelle importance de chavirer dans l'eau glacée à trois heure du matin !! Pour eux, rien d'étonnant, c'est la vie. On passe du danger au réconfort, rien d'anormal, sauf pour moi. Nous nous endormons vite sur des planches en bois qui font office de lit, en balayant de la main les araignées et différentes crottes de souris. Mais, quelle bonne nuit ! Le matin, les nuages sont au ras du sol, il pleut et l'on se réveille étonnés de se trouver perdus au fond des bois ! Nos premiers gestes sont pour le bateau que nous allons inspecter. Celui- ci s'est positionné de travers et les vagues l'ont inondé. On ne voit même plus le moteur ; nos amis démontent et font sécher les bobines électriques; nous pourrions commencer notre marche mais nous voulons nous assurer que nos amis pourrons repartir sans problème. Ici le temps ne compte pas et nous ne voulons pas les laisser tant qu'ils ne seront pas sortis d'affaire. Ce pêcheur a pris des risques : le moteur ne repartira peut-être pas et nous avons davantage de vivres qu'eux, alors, au cas où, nous attendons : nous leur devons bien ça! De plus, le temps est tellement mauvais, que l'on ne perd rien à attendre. Je vais voir, curieux, la rivière qui nous a posé tant de problèmes cette nuit. De jour, cela paraît bien moins impressionnant mais de nuit ! Toute la journée, nous attendons que la bobine électrique du moteur veuille bien sécher. Mes amis dorment. Les Russes de ces contrées ont une faculté à occuper les moments d'inactivité par de longues heures de sommeil, quelle que soit l'heure du jour. C'est le genre de chose que je ne peux pas faire. La cabane est surchauffée par le poêle qui tourne à fond. Je prends sans bruit mon matériel de pêche et pars pour une première tentative. Victor me voit partir, le " frantsous " à la pêche, cela semble beaucoup l'amuser ; il n'a pas tort, je n'y connais rien ! Il n'est pas censé savoir que je n'ai pêché que deux fois dans l'Oise, en ramassant uniquement des chaussures. Ma carrière de pêcheur s'arrête là. Premier lancer dans cette rivière où l'eau est cristalline, d'entrée la cuiller résiste mais ce n'est pas un poisson simplement un bout de bois ! Par tous les moyens, je tente de la décrocher ; au bout d'un quart d'heure, résigné, je coupe le fil ! Un lancer, une cuiller, cela va devenir vite très compliqué à ce rythme. Je repars vers la cabane, reprends une cuiller silencieusement. Je ne suis pas bien fier mais décidé à tenter l'expérience de nouveau. Cette fois ci, sans plomb, pour éviter que la cuiller ne racle le lit de la rivière : deuxième lancer et de nouveau une branche ! mais non ! c'est un poisson et un gros ! Deux heures après, j'en suis au moins au vingtième ! En dessous de 50 centimètres, je les rejette à l'eau, je découvre les plaisirs de la pêche dans les meilleures conditions; c'est une véritable rivière miracle pleine d'Ombles. C'est avec stupéfaction que mes amis pêcheurs me voient rentrer les bras chargés. Personne ne comprend comment j'ai pu attraper autant de poissons, ils commencent à s'intéresser de près à mon matériel. Je leur donne des explications, à peine fier ! Cela fait une journée et demie que le moteur ne démarre pas, cette fois ci, ils doivent partir car au village, on va commencer à s'inquiéter. Le moteur ne repartira pas, c'est vraiment qu'il a un gros problème quand on connaît le talent de bricoleur des russes ; ils vont donc ramer sur une bonne trentaine de km avec cette barque énorme : quelle galère ! Pour les récompenser de leur gentillesse et des risques encourus, au moment de payer, j'augmente fortement l'addition, un petit geste pour moi, un grand coup de main pour eux. Nous passons la nuit dans la cabane, rien ne sert de partir maintenant vu l'heure et la pluie qui tombe toujours. 32 jours après nous atteindrons l'île d'Olkhon, c'était mon premier voyage sur le lac mais pas mon dernier.
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Arnaud Humann est organisateur de voyages en Sibérie et tout particulièrement dans la région du lac Baïkal qu’il a exploré sous toutes les coutures, à pied, à ski et en camion… N’hésitez pas à le contacter par mail pour tout projet de voyage en ces régions (Arnaud est en relation avec des tours opérateurs français).
Le site internet d’Arnaud :baikal-lake.org





