
Norvège
Spitzberg: croisière naturaliste à bord du Polar Star (2)
Est-ce qu’on va pouvoir " lander " ce matin ?
Chaque journée à bord du Polar Star débute par le réveil du capitaine via la sono du navire : " Good Morning...good morning... good morning ladies and gentlemen ! It’s a wonderfull day today, temperature outside is 5°, the water 0°, the breakfast is served and we wish you a " Bon Appétit " !
Puis, entre deux muffins, un œuf au plat et un bol de porridge au sucre cannelle, Jörn, chef des guides de l’expédition, vous annonce les " probabilités " d’excursions à terre de la matinée.
Car voici l’une des particularités du voyage : le programme se construit au fur et à mesure de notre progression, en fonction des conditions météo et maritimes. Passé le brief, chacun rejoint sa cabine, adapte sa tenue aux conditions du moment, endosse son gilet de sauvetage et rejoint le pont inférieur ou 7 gros Zodiacs, débarqués du pont supérieur à l’aide de grues, attendent leurs passagers.
10h30, parfois copieusement aspergé par les éclats glacés de quelques vagues rebelles, vous voici en route pour un " landing ", comprenez par là un débarquement, sur une terre parfois guère plus fréquentée que ne le fût la lune après l’arrivée d’Armstrong ! Et là... The question is... : " va-t-on pouvoir " lander " ? Nous sommes ici au royaume des ours polaires et l’ours, lui, il nous attend sur la plage !
Fusils dans le dos et jumelles aux poings, les guides de l’expédition scrutent la côte avant chaque débarquement. Ce merveilleux animal est le plus gros carnivore de la planète. Le Svalbard en abrite environ 5000 (pour 2500 habitants). Les accidents ne sont malheureusement pas si rares et la plus grande prudence est donc de rigueur.
Par trois fois, l’ours fut au rendez-vous de nos escales ! La première rencontre fut sans nul doute la plus drôle alors que nous venions de débarquer en Zodiac, près d’une petite colonie de morses se dorant au soleil sur l’île de Phippsoya (80° - 14’). Passé l’observation silencieuse de ces impressionnants mammifères marins, nous nous dirigions vers l’intérieur de l’île pour une randonnée quand tout à coup l’un d’entre nous aperçu les traces toutes fraîches du passage d’un ours. Reprenant leurs jumelles, les guides ne furent pas longs à repérer la bête à l’autre bout de la grève. " Polar bear ! ". L’alerte était donnée ! Silencieusement et sans précipitation, nous rejoignîmes les Zodiacs en bord de plage... pour s’apercevoir que des morses, d’un naturel curieux, pataugeais bruyamment autour d’eux. Morses aux Zodiacs, ours polaire sur la plage... la situation était des plus cocasses. Quoi qu’il en soit, nous naviguions sur les canots quelques minutes plus tard, pour observer l’ours de plus prêt... au grand bonheur de tous !
Sur les traces des premières expéditions polaires
Comme indiqué précédemment, le parcours de notre croisière polaire dépassa toutes nos espérances. Informé par satellite de l’absence de pack (mer gelée) au nord du 80ème parallèle, le capitaine Endresen opta pour une " nouveauté ", un " repérage " dont nous serions les premiers bénéficiaires cette saison. Celui-ci allait nous mener vers des territoires totalement isolés des moindres liaisons maritimes et théâtre du retour tragique de plusieurs expéditions entre la fin du 19ème et le début du 20ème siècle.
Quel ne fut pas, par exemple, notre émotion, lorsque nous mîmes pied à terre sur l’île couverte de glace de Kvitoya (l’île Blanche 80° - 32’) où disparurent, après une longue marche sur les glaces, les membres de l’expédition en ballon d’Andrée, à la fin du 19ème siècle. Les dépouilles des aventuriers ne furent retrouvées que 30 ans plus tard par un navire de pêche portant curieusement le même nom que le ballon...
230 km de muraille glace... et ses ours.
Passée la pointe extrême nord de l’archipel, puis l’île perdue de Kvitoya, nous navigâmes sud sud-ouest en direction du Nordaustlandet (15 000 km²) et du glacier monumental de Austfonna (79° - 30’). Après une demi-journée dans la brume, en mer de Barents, le voile se détacha vers 22h pour laisser place à l’un des plus beaux spectacles de nature arctique qu’il puisse être donné de voir. Sous un ciel bleu dur et un soleil de minuit orangé, apparurent soudain les premiers icebergs... Puis, à tribord, progressivement, la gigantesque et somptueuse barrière bleutée du glacier Austfonna (8200 km² et 700 m d’épaisseur de glace) que nous fînimes par longer, à quelques encablures seulement.
Cette simple vision eut été suffisante pour nous bouleverser à jamais quant tout à coup les premiers ours apparurent sur leurs icebergs... Passée cette frontière, je n’ai plus de mots pour exprimer l’enchantement que nous avons vécu. La splendeur et la fierté du navire dans l’extraordinaire beauté de ce paysage de glace unique au monde, l’incroyable majesté des ours côtoyés à quelques mètres seulement et à hauteur du pont principal du navire... Et cette femelle, lovée avec son petit sous la douce chaleur du soleil de minuit... Certaines beautés sont inexprimables.





