
Au nord de la Syrie, la cité d’Alep se dispute le titre, avec Damas, de plus ancienne ville du monde. Ce qui, en se promenant en certains lieux, parait évident tant l’histoire est présente entre les murs de la citadelle, le quartier Arménien ou dans le labyrinthe des souks couverts.
Une ancienne plaque tournante du commerce entre l’
D’après des textes retrouvés dans la cité de Mari, sur les bords de l’Euphrate, Alep était la capitale d’un état puissant dès le 18e siècle avant J.C. Elle perdit ensuite de son importance après les invasions Hitites. Puis lorsque Palmyre tomba sous l’emprise des Romains, elle devint la plaque tournante du commerce entre l’Asie et la Méditerranée.
Les Perses et les Byzantins l’envahirent tandis que les Croisés l’assiégèrent, sous le commandement de Baudoin 1er. La république de Venise y établit un comptoir au 13e siècle ainsi qu’un consulat. François 1er, grand ami de Soliman le Magnifique, fit de même dans le Khan al-Joumrouk (à l'intérieur des souks). La ville connu plus tard l’influence de l’empire Ottoman avant qu’en 1822 un terrible tremblement de terre ne détruisit en partie la cité, dont la citadelle (construite par l’un des fils de Saladin) et ses immenses portes que les Croisés ne réussirent jamais à franchir, sauf les chaînes aux pieds…
Alep est de nos jours marquée par ce mélange d’influences diverses ainsi que par sa tradition commerciale entre les civilisations de l’Orient et de l’Occident. Le coeur de cette tradition commerciale se situe sous les toits de la cité, dans l’un des plus grands souks couverts du monde.
Véritable labyrinthe, il s’étend sur plus de deux hectares. Tout visiteur y est immédiatement englouti comme dans un conte digne de Shéhérazade et des Mille et une nuits, enivré par les senteurs de cardamome, de girofle et de pétale de rose.
Il faut se laisser aller à se perdre dans les ruel
Il faut se laisser aller à se perdre dans les ruelles...
Puis on fait connaissance avec les « taxis du souk », ces ânes chargés de marchandises qui ravitaillent les étals. Les seuls à pouvoir se frayer un passage dans ce dédale ! Ils sont menés le plus souvent par de jeunes enfants qui profitent du moindre moment pour jouer et chahuter entre eux. Au fur et à mesure de la progression dans ce tableau d’un autre siècle, parviennent d’ici et de là les appels des marchands… souvent dans un français impeccable. Outre les produits de leurs petites boutiques, ces habitants du cœur d’Alep vous suggèreront de passer un moment en leur compagnie, à discuter autour d’un thé ou d’un café à la cardamome.
Passée cette étape, vient le moment de traverser les échoppes - de la taille d’une boite à chaussure - des vendeurs de soieries et puis, un peu plus loin, de savons. Le fameux « pain d’Alep », dont la fabrication n’a guère évolué depuis 40 siècles. Lointain ancêtre de son cousin Marseillais, il doit son élaboration aux mésopotamiens et fut importé en occident par les croisés.
Ne manquez pas de vous faufiler dans une fabrique
Un peu à l’écart, on déniche le Bimaristan Arghoun. Ce lieu bâti au XIVe siècle, est l’un des plus anciens hôpitaux psychiatriques. Ici l’on tentait de guérir les malades par le chant ainsi que via l’écoute du gargouillement paisible de l’eau jaillissant des fontaines. Juste en face de ce site, la fabrique de savon Jbeli peut se visiter… si la porte est ouverte.
A l’intérieur de cet ancien khan rien n’a changé depuis des lustres. Le matin, de bonne heure, les savonniers procèdent à l’élaboration de leur mixture…. C’est dans de grandes cuves qu’ils mélangent pour la cuisson les huiles essentielles : 80% d’huile d’olive et 20% d’huile de baies de laurier. C’est d’ailleurs cette dernière qui confère au « pain d’Alep » ses vertus reconnues par tous les dermatologues. De nos jours, l’huile de laurier est principalement importée de Turquie et la soude de Roumanie. Après avoir fait monter lentement la cuve en température et remué plusieurs fois le précieux liquide, les savonniers vont le faire couler à même le sol, sur un papier gras qui évitera au savon d’attacher. Puis, une fois celui-ci en partie sec, il faudra passer à la découpe. De « petites mains », pour la plupart des enfants, frapperont les blocs du sceaux de la fabrique avant de s’occuper du ramassage. Les pains séjourneront ensuite huit à neuf mois au soleil, perdant au passage leur couleur verte d’origine pour un joli jaune pâle. Puis ils seront disposés en quinconce dans les échoppes du souk, pour finir de prendre l’air….
Les Alepins, qui reconnaissent à l’odeur les savons contenant plus ou moins d’huile de laurier, l’emploient en toutes situations. Aujourd’hui savon pour le corps et shampoing, demain masque pour le visage… Il sera aussi utilisé au moment de la lessive tout comme après le repas, quand viendra la vaisselle. Certains vous diront que c’est un excellent antimites, qu’il faut en mettre un morceau, bien sec, au fond du lit contre les crampes et qu’il est très efficace contre les piqûres d’insectes. Ce qui est sûr, c’est que sa fabrication est un art véritable qui se transmet depuis les origines de sa conception, entre les rives de l’Euphrate et de la Méditerranée.
De nouveau dans les allées du souk, il vous restera à découvrir, au détour d’une impasse, le hammam al-Nahasin. Pour quelques livres syriennes, n’hésitez pas à profiter d’un massage dans les règles de l’art, d’un bain (avec du savon d’Alep bien sûr !), d’une serviette moelleuse et de quelques tasses de thé.
Puis viendra le temps de quitter le labyrinthe d’Alep, son ambiance sonore légèrement étouffée, ses lumières si douces et ses parfums qui imprègnent si fort nos souvenirs de voyages. En direction du souk du coton, apparaît la mosquée al-Attarin. Comme au sortir d’une aventure orientale d’un autre temps, la lumière qui pénètre de plus en plus directement annonce que la sortie est proche… Tiens, revoilà la Citadelle… une autre découverte commence.
info plus
Deux portails très complets à propos de la Syrie (en anglais) : http://syriaonline.com/
http://www.cafe-syria.com/
La très belle galerie photos du site Damascus on-line (à propos de toutes les plus belles cités du pays) : http://www.damascus-online.com/Photos/photo.htm
Notre hôtel préféré à Alep, le Beit Wakil : http://syriaonline.com/hotelres/hotelreservations-aleppo-beitwakil.htm





