
Syrie
Syrie : Palmyre, l’eau, l’arbre et la pierre
Véritable oasis du désert, Palmyre, l’antique Tadmor, émerge soudainement des sables. Ici, pierres et palmiers se mêlent en un somptueux décor. Connue dès le 3e millénaire avant notre ère, Palmyre vit passer les Amorites, les Araméens et les Arabes. Hellénisée après la conquête d’Alexandre le Grand, la cité tomba au 1er siècle sous la coupe de Rome. Après la chute de Petra, en Jordanie, elle acquit une extraordinaire prospérité. De cette époque, heureuse et lointaine, datent la plupart des monuments et vestiges que le voyageur découvre aujourd’hui, sous le chaud soleil de la Syrie, le « plus vieux pays du monde » . L’un des plus accueillants, aussi…
Sur près de 250 kilomètres, la route qui relie Damas à Palmyre traverse une steppe aride, un désert caillouteux. Une terre désolée et, parfois, désolante. Soudain, à des dizaines de kilomètres de tout lieu habité, se dresse tel un mirage un château arabe, fièrement juché sur son piton. A ses pieds, un extraordinaire théâtre grec, une agora jadis ornée de pas moins de 200 statues de bronze, une avenue longue de plus de 1 000 mètres et bordée d’admirables colonnes, un temple dédié à Bel (ou Baal) et construit selon des proportions particulièrement imposantes,… Voici enfin la légendaire Palmyre
● Le triomphe d’Aurélien
Palmyre !
Aujourd’hui encore, la clameur des légions romaines, victorieuses, semble secouer toute la ligne d’horizon sur laquelle apparaît le profil de la cité qui tint crânement tête aux Romains. Ceux-ci ne pouvaient bien entendu tolérer, ni supporter, qu’un fétu de ville se mette effrontément sur le chemin de la puissante Rome. En cet an de grâce - ou de disgrâce - 273 de notre ère, l’acclamation martiale sonne définitivement le glas de l’indolente petite métropole orientale. Comme toujours : malheur aux vaincus ! La réputation de l’empire et l’honneur de l’empereur sont saufs. La reine Zénobie est défaite. Vaincue. Humiliée. L’éclat de Palmyre, l’éclat de « sa » cité, est terni à tout jamais. Comme le font encore les agresseurs et autres envahisseurs de ce triste 21e siècle en Iraq, au Tibet,..., les occupants n’épargnent rien à la ville et à sa population civile ou militaire. Les entrepôts de Palmyre sont saccagés. Ses banques sont pillées et détruites. Sa population est battue, molestée, assassinée. Ses temples sont aussi brisés que son élan. Palmyre est ensuite abandonnée à son sort. Livrée aux vents de sable. Aux poussières de l’oubli.
Et pourtant !
Pourtant, aujourd’hui, Palmyre exhale encore un puissant parfum de légende. Un parfum envoûtant. Obsédant même, parfois. Aujourd’hui encore, son nom - un peu à l’instar de celui de Petra - évoque des images de caravanes chargées de soie ou d’épices. Elle fait ressurgir d’un passé et prestigieux passé les ambitions de la reine Zénobie. 18 siècles après le saccage perpétré par les troupes romaines, 1 800 ans après la mise à sac de la cité par les légions de Rome, la ville peut continuer à s’enorgueillir de toute sa beauté. De son extraordinaire majesté.
En découvrant aujourd’hui cette cité surgissant au cœur de la steppe syrienne, on peut s’imaginer ce qu’ont ressenti les soldats et mercenaires romains. Ou ce qu’a pu éprouver l’explorateur anglais Robert Wood qui a « découvert » la cité en 1751. Aucun voyageur, aussi distrait, inculte ou blasé soit-il, ne peut rester insensible. Ne peut s’empêcher de succomber aux charmes de cette belle orientale. C’est déjà vrai au soleil levant. C’est tout aussi vrai sous l’écrasant soleil de la journée. Ce l’est encore plus au soleil couchant. En effet, lorsque le brutal crépuscule calcine la terre et enflamme le ciel, les vestiges de Palmyre s’embrasent. La ville, qui ne semble plus être que l’ombre d’elle-même tout au long de la journée, ressuscite au soleil couchant. Renaît d’entre ses cendres sablonneuses. Comme une Atlantide du désert, Palmyre - jadis conglomérat de croyances et de races à proximité de l’authentique Babel - n’a finalement peut-être pas dit son dernier mot…
● La reine du désert
Palmyre, c’est avant tout une femme. Une femme d’exception. Une femme dont on a dit qu’elle était « la plus noble de toutes les femmes de l’Orient et la plus belle ». Une femme ambitieuse. Mieux encore : une reine. La reine Zénobie.
Petite leçon d’histoire…
En l’an 262, Odenath est nommé gouverneur de la province qui englobe Palmyre. Quatre ans plus tard, alors qu’il combat en Asie Mineure, il est assassiné en même temps que son fils héritier. Certains y voient déjà l’œuvre de son épouse, Zénobie, qui s’empare ainsi du pouvoir au nom de son fils Wahballat. Très ambitieuse, il conquiert l’Egypte dès 269 et pousse elle-même jusqu’en Asie Mineure. Trosi ans plus tard, elle fait battre des monnaies à Alexandrie où elle s’autoproclame « Augusta » et son fils « Imperator Caesar Augustus ». Il n’en faut guère plus pour exciter les Romains qui envoient leurs légions à la tête duquel on trouve l’empereur Aurélien. Il défait l’armée palmyrienne à Homs (en Syrie), forçant la reine Zénobie à se replier sur Palmyre. Elle est ensuite capturée sur les rives de l’Euphrate. Alors qu’Aurélien réprime avec toute la cruauté habituelle des troupes d’occupation une révolte à Palmyre, il semble que la reine Zénobie fut envoyée sous bonne garde jusqu’à Tivoli où elle finit ses jours. Rien n’est cependant moins sûr…
Palmyre mise à sac par les hordes romaines, l’histoire et les tourments de la cité ne sont pas finis pour autant. Dioclétien y installe une puissante garnison d’occupation. Justinien renforce les défenses de la ville qui, désormais à l’écart des principales routes caravanières, sombre petit à petit dans l’oubli.
<b>● 1750 : La redécouverte de Palmyre</b>
Il faut attendre 1750 pour que deux voyageurs anglais, Wood et Dawkins, « redécouvrent la cité palmyrienne blottie et endormie au cœur de la steppe syrienne. Dès leur retour en Europe, ils publient une bel ouvrage de gravures : « Les Ruines de Palmyre ».
Contrairement à aujourd’hui, alors que la Syrie est l’un des pays les plus sécurisants et les plus accueillants, la région n’est à l’époque pas encore propice au tourisme. Le site de Palmyre reste encore d’un accès difficile et peu sûr. Il faut donc attendre le mandat français pour que le site soit complètement dégagé et que les fouilles commencent.
● Gloire et magnificence
Véritable jungle de colonnades fauves, de sanctuaires béants et de temples muets, l’antique cité étale aujourd’hui sa magnificence d’autrefois et sa gloire passée entre deux eaux : le fleuve Euphrate d’une part, la Méditerranée d’autre part. Aujourd’hui, l’ancienne Tadmor qui vécut au cœur de l’Orient vit désormais hors du temps. Le site, véritable champ de ruines, est tout simplement impressionnant. Par sa taille. Par la beauté des vestiges. Par les couleurs et les détails architecturaux. Par l’harmonie de la composition urbaine. Par le tracé judicieux des avenues aujourd’hui jonchées de vestiges mutilés par l’action des siècles et celle des hommes.
Ville démembrée, démantibulée, ses ossements pierreux, blanchis sous le chaud soleil de la steppe, recouvrent des dizaines d’hectares. Néanmoins, ceux qui restent debout et ceux qui gisent au sol conjuguent leurs formes pour nous remettre en mémoire ce que fut la grandeur et l’art de vivre de cet ancien poste de douane où, il y a bien longtemps de cela, on taxait les produits, on affranchissait les marchandises venues de tous les horizons.
Aux premières lueurs de l’aube, lorsque les brumes cotonneuses tapissent encore le sol, les colonnes de Palmyre se dessinent sur un ciel sépia qui sert de toile de fond. Le tableau est saisissant. Impressionnant. Poignant, aussi.
● La ville qui travaille, la ville qui se di
Etape commerciale essentielle et point de transit quasiment obligé sur la route reliant l’Asie centrale, l’Océan Indien et la Méditerranée, Palmyre est double. Triple, même. D’un côté, il y a la ville qui travaille. Celle qui vit de la loi du marché. Qui accueille les caravanes et taxe les marchandises. D’autre part, il y a la ville qui se distrait. Qui apprécie les tragédies tant qu’elles se déroulent dans le théâtre local. Enfin, il y a la ville pieuse. Celle des prières et des dieux. Celles des tempes et de la spiritualité.
A ce dernier égard, le sanctuaire de Bel (ou de Baal) reste le plus important monument de Palmyre et, à coup sûr, l’un des mieux conservés. Clos d’une vaste enceinte de 200 m de côté, le sanctuaire était précédé de portes et d’un escalier monumental. Transformé en citadelle en 1132, il se dresse au centre d’une esplanade. On y pratiquait des sacrifices d’animaux et, aujourd’hui encore, on peut découvrir à gauche du guichet une rampe bordée de gradins qui permettait de mener les animaux destinés à être sacrifiés vers l’autel, devant l’entrée victimes du sacrifice : moutons, béliers, taureaux,…
Du propylée du sanctuaire de Bel, une large voie gagnait l’arc monumental : elle servait de voie processionnelle lors des grandes fêtes de Bel. Quant à l’arc monumental, il était à la manière d’un éventail, traditionnellement percé de 3 arches. La perspective qui s’ouvre sur une suite impressionnante de colonnades est superbe !
La colonnade remonte à un percement datant du milieu du 2e s. ap. J.-C. et bordait les édifices les plus importants de la ville. Tout près, se trouvent le sanctuaire de Nebo, les bains de Dioclétien, un petit théâtre (très restauré, il ne comporte que 12rangs de gradins), l’agora flanquée d’une annexe servant d’entrepôt pour les marchandises,…
L’agora était le centre commercial de la ville. On y trouvait aussi une salle des banquets, un Cesarum et un sénat à la fonction controversée.
● Le Musée archéologique
Avant de visiter les surprenantes tours funéraires qui bordent le site de Palmyre, une visite au Musée archéologique s’impose. Situé à la jonction de la cité antique et de la ville nouvelle, il présente quelques remarquables témoignages de lart palmyrien : des autels à encens, un bel ensemble d’inscriptions en palmyrien (un dialecte araméen déchiffré en 1754), une maquette du temple de Bel, diverses sculptures qui ornaient les édifices publics (elles représentent des sénateurs, des commerçants, des prêtres,..), un très beau bas-relief représentant un chameau harnaché et faisant partie d’une caravane. Une autre salle présente aussi un linteau de porte magnifiquement décoré (il représente Baal-Shamin), ainsi qu’une multitude de vitrines thématiques plus intéressantes les unes que les autres. Enfin, une dernière salle s’intéresse à l’art funéraire : un splendide sarcophage décoré de personnages proposant des offrandes, des bustes qui fermaient les cercueils, des momies et des fragments de textiles qui les habillaient,… concluent cette visite incontournable
● Marchands contre militaires
Puissante, ravissante, impressionnante, envoûtante,… tous les adjectifs peuvent se rapporter à l’antique Tadmor. A la magnifique Palmyre. Zénobie en fut l’ultime couronne et, comme « sa » ville, elle avait tout pour elle : la prospérité, la beauté, le bonheur,… Mais elle voulait devenir plus puissante que les puissants. Asseoir son royaume comme et contre les Romains, arrogants et bornés. Ce qu’elle n’avait pas compris, c’est qu’à l’époque, la force des rapports commerciaux ne pesait pas lourd face à la force des armées. Aujourd’hui, certains « états-voyous » envoient leurs armées vers des contrées lointaines et étrangères pour asseoir leur puissance énergétique et économique. Pour imposer leur néfaste mode de penser et de vivre à des populations qui n’en demandaient vraiment pas tant. A l’époque de la reine Zénobie, le militaire pouvait encore lutter contre le marchand. Zénobie et les Palmyriens l’apprirent à leurs dépens. Palmyre s’affaissa en même temps que sa population, dans les sables de la steppe syrienne.
Aujourd’hui, des archéologues venus de tous les horizons s’affairent à son chevet millénaire. L’entretiennent avec mille et une précautions. Redressent ses membres. Veillent ses dépouilles. Lui maintiennent coûte que coûte la tête hors des sables…





