
Tanzanie
Tanzanie : Une journée au Tribunal Pénal Intrnational pour le Rwanda
Au cours d’un voyage en Tanzanie, j’ai eu l’occasion de séjourner quelques temps à Arusha. Cette ville est au nord du pays. Elle est bien souvent le camp de base des visiteurs des différentes réserves comme le Serengeti, le Ngorongoro, le Lac Manyara, le parc d’Arusha. Ainsi que de ceux qui veulent contempler, ou plus rarement gravir, le Kilimanjaro. Mais cette ville est aussi le siège d’un grand centre international de conférences ainsi que du Tribunal Pénal International pour le Rwanda. Or, j’ai eu l’opportunité de pouvoir assister à quelques-unes de ses audiences. Voici un bref rappel des évènements qui ont nécessité la mise en place de ce Tribunal. Au Rwanda, en 1994, au mois d’avril exactement, une violente tragédie a eu lieu : le génocide d’une ethnie par une autre ethnie. Les Hutus, dominants en nombre dans ce pays, se sont attaqués aux Tutsis, minoritaires. Un atroce carnage s’est alors produit où des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants ont trouvé la mort. La mention de l’appartenance ethnique sur la carte d’identité facilitait la tâche des bourreaux qui, à coups de machette, faisaient leurs œuvres. De 800 000 à un million de personnes ont été exterminées en l’espace de quelques semaines. Ces crimes atroces ne pouvaient rester impunis. Les Nations-Unies ont donc mis en place à partir de 1995 un Tribunal Pénal International dont le siège a été fixé à Arusha en Tanzanie. Sous l’égide de l’ONU, de nombreuses arrestations ont eu lieu, à travers le continent africain et dans le monde entier. C’est donc à l’audience des plaidoiries de la défense de deux de ces accusés que j’ai pu assister. Autant dire l’aboutissement de trois longues années de procédure au cours desquelles des dizaines de témoins ont été entendus, tant du côté du Procureur que de celui de la Défense. Comment parvient-on là, en tant que spectateur, quand on est un quidam lambda ? La chose n’est pas évidente, bien que ces procès soient publics.
Les bâtiments du tribunal sont aussi rébarbatifs qu’est terrible la cause qu’ils abritent. Ce sont d’énormes blockhaus de béton sur plusieurs étages aux fenêtres plus apparentées à des meurtrières qu’à des baies vitrées. A l’entrée, des gardes vous font passer un interrogatoire en règle. On y laisse presque sa chemise, en tout cas, ses papiers, en échange d’un badge visiteur.
A l’entrée de la salle d’audience, baptisée par les spécialistes de la justice, Chambre N° 2, le public est parqué derrière un mur-vitré. De là, on peut détailler la composition de cette Chambre : en face de soi, le bureau, surélevé, des Juges, devant eux et en contrebas, leurs assistants. A droite la partie du Procureur et derrière lui, les cabines des traducteurs. A gauche, la Défense et, derrière elle, les accusés. Contre notre mur de vitre, les sténotypistes.
Chacun dispose d’un casque, même le public. Trois langues sont en effet utilisées au cours de ce procès : le français (le Rwanda parle français du fait de sa colonisation par les belges durant 80 ans, de plus, les avocats de la défense sont français), le Kinirwanda, langue d’origine des Rwandais et l’anglais pour de nombreux autres participants.
A l’entrée de la salle d’audience, baptisée par les spécialistes de la justice, Chambre N° 2, le public est parqué derrière un mur-vitré. De là, on peut détailler la composition de cette Chambre : en face de soi, le bureau, surélevé, des Juges, devant eux et en contrebas, leurs assistants. A droite la partie du Procureur et derrière lui, les cabines des traducteurs. A gauche, la Défense et, derrière elle, les accusés. Contre notre mur de vitre, les sténotypistes.
Chacun dispose d’un casque, même le public. Trois langues sont en effet utilisées au cours de ce procès : le français (le Rwanda parle français du fait de sa colonisation par les belges durant 80 ans, de plus, les avocats de la défense sont français), le Kinirwanda, langue d’origine des Rwandais et l’anglais pour de nombreux autres participants.
Le juge principal – les juges sont au nombre de trois : un tanzanien, Un bengali et un russe – énonce le rappel des accusations :
Le premier accusé était préfet d’une petite ville au Rwanda, Kibuye. A son actif, 24 inculpations de génocide, crime contre l’humanité et violation des conventions de Genève. Le deuxième était commerçant et homme d’affaires dans cette même ville se voit reproché quatre chefs d’accusation : génocide, crime contre l’humanité et violation des conventions de Genève. Ces deux hommes présentent bien, sont parfaitement calmes et attentifs. Ils plaident non-coupables.
Le Procureur rappelle certains faits, rapportés par des témoins, et, entr’autres :
" ...le 14 avril 1994, 4000 à 5500 Tutsis, fuyant les massacres qui ravagent les environs, sont venus chercher refuge à l'église de Mubuga dans la commune de Gishyita. Les réfugiés sont pris au piège et livrés à une foule regroupant " des gendarmes, des policiers communaux, des responsables locaux et des civils hutus ". Ces derniers les empêchent de quitter l'église pour s'approvisionner en eau et en nourriture. Le 15 avril, les assaillants tirent des coups de feu et envoient des grenades sur les portes, les fenêtres et le toit de l'église avant d'y pénétrer le lendemain pour y massacrer les occupants en usant de machettes et autres armes traditionnelles.
Or, le 14 avril, le préfet de Kibuye s'est bien rendu sur les lieux avant le début des attaques. Il y a été vu conversant avec la foule massée à l'extérieur ainsi qu’avec le prêtre hutu de la paroisse. Ce faisant, il a encouragé les assaillants et savait, ou avait des raisons de savoir, qu'une attaque allait avoir lieu. Les dépositions de cinq témoins de l'accusation sont estimées avoir établi qu'il n'a pas seulement assisté mais participé, aux côtés de ses subordonnés, aux attaques perpétrées à cette période. Le massacre achevé, le préfet a ordonné à des fonctionnaires locaux d'utiliser un bulldozer pour enterrer les cadavres. "
Plus tard, le Procureur poursuit en indiquant qu’avril 1994, après avoir pourchassé un groupe de Tutsis qui s’étaient réfugiés dans une ancienne mine de pierres gemmes, sur la colline de Nyiramurengo, les Hutus avaient assiégé et enfumé la mine. De pauvres malheureux Tutsis s’extirpèrent de là, complètement asphyxiés. Parmi eux, une jeune fille de 16 ans originaire de la région et baptisée Béatrice. Un témoin rapporte, que de la cachette où il était, il a vu le deuxième accusé, l’homme d’affaires, s’attaquer à elle. Après lui avoir coupé les seins, il l’aurait éventrée à l’aide d’une machette. D’après le témoin, Béatrice est morte des suites de ses tortures.
Un grand froid me saisit….
Puis la parole est à la défense : deux avocats français, assistés de leurs co-conseils, un français et un néerlandais.
Ces hommes sont courageux et obéissent à la déontologie de leur profession qui veut que tout homme mérite une défense, quels que soient les crimes dont on les accuse. Derrière moi, dans le public, une journaliste chuchote à son voisin, à propos de l’un des deux avocats français : " il ferait acquitter Pinochet " !
Entre deux interruptions de plaidoiries, j’erre un peu dans les couloirs du Tribunal, en tâchant de ne pas trop penser ...
Sur les murs, des tas de photos : de Kofi Annan, des juges, des procureurs, des avocats, des personnalités onusiennes. Je découvre une cafétéria dans un coin retiré et sombre du rez-de-chaussée. Il y a des bureaux partout, toute une foule d’employés ou de visiteurs qui circulent, un bureau pour la Presse où l’on parle assis sur un coin de table avec un faux air de nonchalance. Des machines dans les couloirs, imprimantes, photocopieuses, ordinateurs, qui semblent abandonnées à leurs pannes…indépannables…
Puis vient la reprise de l’audience. " All rise ", s’écrie le greffier à chaque entrée des Juges. Et tout le monde s’exécute et se rassied quand ces messieurs ont bien voulu prendre place.
La défense poursuit, infaillible, son discours. Chacun écoute avec la plus grande courtoisie. Tout est très feutré, aucune haine, aucune passion. Compte tenu de la gravité des faits reprochés, une béotienne comme moi pourrait s’attendre à des excès de verbe, des cris, de la haine. Rien de tout cela. La Justice se veut sereine et elle en donne, en tout cas, toute l’apparence.
A dix-huit heures, la séance est levée. C’était en octobre 1999.
Depuis, un jugement a été rendu : condamnation à perpétuité pour l’un des accusés et 25 ans de prison pour l’autre. L’affaire est partie en appel, et a été plaidée. Le verdict final doit tomber dans les semaines qui viennent…
info plus
Diplomatie Judiciaire et Hirondelle sont les deux organes de presse qui suivirent les procès d’Arusha au jour le jour.
http://www.diplomatiejudiciaire.com
http://www.hirondelle.org





