Thailande : Mae Hong Son, la ‘ville aux trois brumes’

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Thailande : Mae Hong Son, la ‘ville aux trois brumes’

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Amélie Vignaud | 25.08.2008 | 610 visites | 0Favoris |
Amélie Vignaud

Mae Hong Son, la ‘ville aux trois brumes’

Thailande : Mae Hong Son, la ‘ville aux trois brumes’Mon compagnon de route a récemment trouvé un poste dans une ONG basée à Mae Hong Son, dans le nord-ouest de la Thaïlande. Après plusieurs séjours dans ce pays dont je suis (sans originalité aucune) tombée sous le charme, je suis enchantée de pouvoir le rejoindre dans une région que je n’ai encore pas eu l’occasion de visiter. Premières impressions et premières rencontres… L’arrivée en avion sur Mae Hong Son en cette fin de journée ensoleillée a eu l’effet rare, mais combien agréable, d’atténuer l’impatience et la lassitude que l’on peut ressentir au bout d’un long voyage. En survolant cette multitude de reliefs recouverts d’une végétation dense, mon imagination s’abandonne à quelques rêveries d’aventures et d’explorations –que, je l’avoue, je n’oserais jamais réaliser en réalité-. Puis, vue du ciel, Mae Hong Son m’apparaît si petite que l’idée m’effleure, un peu inquiétante, que le temps va prendre ici une autre dimension : peut-être va-t-il s’étirer plus longuement qu’ailleurs? Trop longuement? Séduite par le paysage, je décide après tout que cela ne me laissera que mieux profiter de ce que cet endroit a à offrir. Dès les premiers jours, mes impressions ‘aériennes’ se confirment : Mae Hong Son est une toute petite ville certes, mais oh combien charmante. Impossible de rester indifférent à la beauté des lieux lorsque l’on découvre le cœur de la ville : un lac, entouré de deux temples de style birman , avec en arrière-plan, les montagnes citées auparavant. Chaque soir, un (petit) marché de nuit prend place autour du plan d’eau. Les femmes de la tribu Lisu, vêtues de leurs tenues traditionnelles, s’appliquent à vendre tranquillement une multitude de bijoux, vêtements et autres sacs aux couleurs vives. Nous découvrons de nouveaux plats, vendus eux aussi dans des étals au bord de l’eau, tout près des temples éclairés de petites lumières. Les beignets aux légumes à déguster dans une large feuille de bananier, les omelettes cuites sous nos yeux dans leurs poêles miniatures, ou encore la salade de mangue verte, épicée à vous en faire pleurer les papilles, ont notre préférence.

Thailande : Mae Hong Son, la ‘ville aux trois brumes’Le reste de la ville est concentré sur une longue artère principale et une série de rues qui s’étalent sur les hauteurs. Une courte promenade au hasard des rues, et l’on se retrouve les pieds sur le béton et les yeux posés sur de jolies maisons traditionnelles en bois, perdues au milieu d’arbres exotiques au feuillage d’un vert éclatant. Ici, on est loin du capitalisme effréné de Bangkok : on trouve de tout, mais sans être retardé par l’indécision due à un trop grand choix. Tout est donc bien lié : la consommation, la vitesse, le stress, contre l’essentiel, la lenteur et le calme. J’avoue avoir eu un moment de panique en constatant l’absence de livres écrits dans une langue dont l’alphabet nous est familier… Notre petite réserve allait vite s’écouler. Et puis, à notre grand soulagement, nous avons trouvé un ou deux endroits, bars sympathiques ou petites librairies, dans lesquels il est possible d’acheter et surtout d’échanger des ouvrages laissés là par d’autres voyageurs. Ainsi, si vous venez à Mae Hong Son, ce que je vous souhaite de tout cœur, n’oubliez pas d’abandonner vos livres derrière vous, vous ferez des heureux.

Thailande : Mae Hong Son, la ‘ville aux trois brumes’Enfin, ce que j’adore à Mae Hong Son, et dont je ne me lasse pas chaque matin en ouvrant les volets de notre maison en bois, c’est de regarder la brume sur les montagnes environnantes. En ce moment, il pleut abondamment la nuit : tôt le matin, lorsque ne subsistent que de grosses flaques et une fraîcheur humide, les sommets apparaissent, sombres sous le ciel gris, perchés au-dessus d’une épaisse couche de brume. Elle se dissipe dans l’heure qui suit, me faisant espérer que le lendemain matin, je me réveillerai un peu moins paresseuse et que j’aurai alors le courage d’aller observer ce spectacle depuis le temple en haut de la colline qui surplombe la ville. Comment, je n’ai pas encore évoqué cet endroit ? Alors quelques mots seulement : safran, vent, tintement discret, à perte de vue.

Rencontre avec les ‘femmes au long cou’ Karens

Thailande : Mae Hong Son, la ‘ville aux trois brumes’A une trentaine de kilomètres de Mae Hong Son se trouve un village de Karens , dont les femmes portent le fameux surnom de ‘femmes girafes’ . Nous étions partagés à l’idée d’aller dans un tel village, parce que d’un point de vue éthique, nous ne voulions pas contribuer à faire de ces villages des zoos humains… Bien sûr, les avis divergent sur le sujet et le débat fait rage: certains diront que le tourisme fait vivre ces tribus et qu’il est toujours mieux de vivre en posant pour d’innombrables photos et en vendant de l’artisanat aux ‘farangs’ , plutôt que de survivre en travaillant pour presque rien dans des rizières… D’autres au contraire, pensent que les villageois sont exploités et que l’argent versé à l’entrée du village (250 baths de droit de passage) ne sert qu’à alimenter les caisses du parti politique Karen ou autres hommes d’affaires thaïs profitant de la situation. L’on peut en effet se demander si les villageois bénéficient directement de cet argent… En nous promenant dans Mae Hong Son la veille de notre petite aventure, nous avons eu une conversation avec un guide touristique: lorsqu’il a su que Mark travaillait pour cette ONG réputée dans les environs, il a adopté un ton très sérieux, lui expliquant qu’il se devait d’aller voir les ‘femmes au long cou’, que cela faisait partie de son travail, qu’il devait constater par lui-même la situation. Voilà qui nous a bien arrangés, à vrai dire… Par conscience professionnelle, Mark devait visiter le village. (Et je me devais bien sûr de l’accompagner…)

Thailande : Mae Hong Son, la ‘ville aux trois brumes’Le trajet fut fort agréable : libres comme l’air sur notre deux-roues de location, nous nous sommes arrêtés en chemin pour voir des paysans travailler dans les rizières, avec en arrière-plan, une jungle épaisse et magnifique. Un arrêt supplémentaire histoire de jouer les Indiana Jones sur un vieux pond suspendu au-dessus d’une rivière, et nous arrivions à destination, au bout d’une piste chaotique et boueuse (saison des pluies oblige…). Le village des ‘femmes au long cou’ présente une succession de huttes en bambou sur pilotis. Devant chacune d’elles, les femmes semblent attendre le touriste devant un étalage d’objets à vendre, des écharpes colorées en coton qu’elles tissent devant vous à de multiples objets que l’on pourrait tout aussi bien trouver dans le quartier chinois de Bangkok. L’une d’entre elles proposait une attraction inédite : me présentant une imitation de leur lourd collier coupé en deux, elle me fit comprendre que je pouvais l’attacher autour de mon cou, elle complèterait ensuite l’accoutrement par une parure traditionnelle, faite de rubans colorés et de fleurs en tissus, à porter sur les cheveux. Si je n’ai pas essayé cette belle tenue, j’ai toutefois soulevé les anneaux soudés entre eux: il pesait 2,5 kilos, ce qui me paraissait déjà énorme, quand la femme m’a dit que le sien pesait 5 kilos (logique, puisque celui-ci était coupé en deux…). Les plus lourds dépasseraient les vingt kilos, mais le cas serait apparemment plutôt rare. Toutes les femmes que l’on a croisées dans le village portent donc ce collier en spirale (dans les 30cm de haut), le même type de bijoux sous les genoux, ainsi qu’une série de bracelets en argent à chaque poignet. Les fillettes ont droit à la même parure…

Thailande : Mae Hong Son, la ‘ville aux trois brumes’Il m’a été difficile de photographier ces femmes. Non pas parce qu’elles ne se prêtaient pas au jeu, bien au contraire, elles y sont habituées, mais parce que je me sentais bien trop mal à l’aise pour cela. Je me suis donc limitée à deux ou trois photographies. Bien que voyant chaque jour leurs tenues bariolées sur de vieilles cartes postales jaunies dans les rues de Mae Hong Son, leur apparence m’a stupéfiée. Bijoux mis à part, ces femmes se pareraient-elles de la sorte, sans la présence des touristes ? L’une de ces femmes parlait bien anglais, et semblait disposée à discuter : elle nous a ainsi appris que ce qui ressemble à une suite d’anneaux posés les uns sur les autres n’est en fait qu’une seule et même pièce enroulée. Les petites filles commencent de porter ces bijoux dès l’âge de 5 ans, mais jusqu’à l’adolescence, elles en changent régulièrement, fait encore une fois logique puisqu’elles adaptent le collier à la taille de leur cou au fur et à mesure de leur croissance. La femme avec laquelle nous avons parlé, par contre, âgée d’une cinquantaine d’années je crois, n’enlevait jamais son collier. Soulevant la masse d’anneaux, elle a laissé apparaître un cou maigre couvert de cicatrices bleuâtres. Elle nous a dit que le poids l’avait gêné lorsqu’elle était jeune, mais qu’à présent, elle était habituée et que le seul inconvénient était pour elle la chaleur, les anneaux étant en cuivre, on peut en imaginer les conséquences sous le soleil thaïlandais… Nous en sommes venus à discuter du tourisme, et elle nous a affirmé que le tourisme était une chance pour eux, leur rendant la vie plus simple. Et de nous citer les raisons évoquées par les ‘partisans’ de ces villages de femmes girafes : pas de travail dans les champs, leur seul activité consistant à tisser, préparer et vendre divers objets aux curieux et à se prêter à d’interminables séances de photos. En effet, lorsque nous sommes repassés vers elle quelques minutes plus tard, elle était à moitié endormie allongée sur son banc et semblait plutôt tranquille… En revanche, si cette femme semblait accoutumée à la présence d’étrangers, se plaignant même de leur absence ce jour-là (nous n’avons croisé aucun autre touriste il est vrai), d’autres regards croisés dans le village nous ont semblé, sans être hostiles, d’une grande tristesse. Peut-être est-ce là seulement le fruit de notre imagination ? Une trop brève visite et cet indélébile statut de touriste ne nous aura pas permis d’en savoir plus.

Une rencontre inattendue

Thailande : Mae Hong Son, la ‘ville aux trois brumes’Le week-end suivant, nous sommes en route pour le village chinois du Guomindang à une cinquantaine de kilomètres au nord de Mae Hong Son -autre lieu fort intéressant dont la visite mériterait un récit à part entière-, lorsque nous repérons, au détour d’un virage, le long d’une paroi rocheuse, de nombreuses statues de bouddha dorées, dispersées dans une végétation luxuriante. Intrigués, nous décidons de nous arrêter un moment. Nous apercevons alors, à moitié dissimulées derrière un rocher, quelques étagères recouvertes de gamelles et autres ustensiles en plastique, ainsi qu’un ou deux tissus couleur safran, identiques à ceux que portent les moines, suspendus à des lianes qui font office de lignes à linge. A l’opposé de cet étalage, arrive alors un moine. D’abord indifférent à notre présence, il s’arrête pour laver quelques bols. Il passe ensuite près de nous, souriant, et salutations faites, nous fait signe de le suivre. Nous étions jusque là restés à distance de ce qui nous semblait être, de manière invraisemblable, une habitation. Alors que nous lui emboîtons le pas, j’observe le moine dont l’apparence est pour le moins impressionnante: son corps, caché en partie seulement par un tissu orange vif, est recouvert de tatouages des chevilles à la limite du cou. Ne représentant ni écritures, ni dessins de quelque sorte, l’encre semble avoir coulé, comme diluée par la pluie, si bien que mis à part ses mains, ses pieds et sa tête bien délimités par une ligne nette–comme s’il portait un vêtement aux manches bien découpées- le corps de cet homme est entièrement bleu.

Thailande : Mae Hong Son, la ‘ville aux trois brumes’Le rocher derrière lequel nous avions aperçu les étagères cachait une entrée. Le moine nous invite dans son antre. Nous sommes éberlués : sur une plateforme légèrement surélevée et recouverte de toiles cirées fleuries, se trouve une imposante statue de Bouddha entourée de plantes, de cierges jaunes gravés et d’offrandes. Au pied de ce temple, des ustensiles pour la préparation du thé, une collection de bouteilles en plastique et d’autres objets nécessaires à la vie quotidienne. Cette fois c’est sûr : le moine vit dans cette minuscule grotte, à en juger par les tissus pendus, les murs recouverts de plastique pour protéger de l’humidité, et surtout l’électricité et… le sol carrelé ! Après nous avoir indiqué le fond de la grotte, à 2 ou 3 mètres seulement de là où nous nous trouvons, le moine sort vaquer à ses occupations. Du sol couvert de dalles blanches, nous passons à une paroi boueuse. En haut de quelques marches creusées à même la paroi se trouvent deux autres statues de Bouddha entourées de fleurs. Les murs ruissellent d’humidité, et suivant l’exemple du moine un peu plus tôt, nous lavons nos pieds couverts de terre grâce à une petite bassine d’eau, afin de ne pas salir le carrelage blanc et les tapis en retournant vers l’entrée. Le moine revient près de nous, je lui demande si je peux prendre des photographies : il s’enroule auparavant avec soin dans un autre tissu orange vif pour compléter sa tenue et pose pour la photo. Il m’invite ensuite d’un geste de la main à également photographier le temple qu’il s’est construit. La tête pleine d’images et de questions, nous le laissons à ses activités après l’avoir remercié aussi chaleureusement que nos notions limitées de Thaï nous le permettent… Même si nous avons ensuite découvert de nouveaux paysages et de nouveaux lieux tout au long de cette journée, cette rencontre est restée pour nous la plus marquante. La vie de cette homme, tout comme celle des ‘femmes girafes’, ou du moins ce que nous imaginons être leur vie, est si éloignée de ce que sont nos expériences personnelles, qu’elles nous poussent à remettre en question tout ce que nous connaissons et à nous interroger sur un tas de choses auxquelles nous espérons pouvoir apporter quelques réponses le temps de ce séjour. Mais je suppose que cette dernière remarque est finalement d’une banalité déconcertante, puisque beaucoup, parmi ceux qui ont la chance de pouvoir voyager, le font dans le but de s’ouvrir aux autres et de s’exposer à des cultures différentes. Mae Hong Son est un endroit idéal pour cela.

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