
Tunisie
Tunisie: Festival du Sahara de Douz
Entre Tozeur et Djerba, au sud du chott el Djerid et en bordure du Grand Erg Oriental, l’oasis de Douz, ancien « port » caravanier, organise depuis 35 ans, fin décembre, le Festival International du Sahara. En route pour un week-end spectaculaire sur fond de dunes et de palmiers dattiers…
Une oasis pleine de charme
Il a des villes comme ça. Oubliées des tours opérateurs… si ce n’est pour une simple excursion « exotique ». Les amateurs de randonnées chamelières la connaissent bien pourtant. Douz, la petite ville blanche cernée d’un côté par l’immensité verte de sa palmeraie et de l’autre, par l’étendue infinie des sables. Une petite ville comme on les aime, avec sa place centrale bordée de cafés et de boutiques d’artisanat, son avenue principale où pétaradent les mobylettes, ses ruelles ensablées, son grand souk aux animaux du jeudi, ses calèches, ses taxis jaunes et ses fumeurs de narguilés qui fleurissent dès la tombée du soir… Ici l’on vit essentiellement de la culture du palmier dattier et depuis tout au plus une quinzaine d’années, du tourisme saharien. Douz mérite que l’on savoure son hospitalité quelques jours, d’autant plus lorsque la ville se met à bourdonner comme une ruche, à l’approche du grand festival…
Rendez-vous sur le « camélodrome »
Située face au désert, la place H’naïech est durant trois jours, le point de rendez-vous majeur d’un Festival destiné à faire revivre le temps jadis des grandes caravanes, des rezzous, des barouds et autres fantasias. La place accueille le public sur plus de 300 mètres de gradins « en dur » bordés d’une large piste de sable ocre. Au delà de la piste, en un vaste demi-cercle, une quinzaine de tentes nomades forment un dernier rempart avant le flot ininterrompu des dunes. 14h30 en ce vendredi, motos, mobylettes, calèches, camions, pick-up, 4x4, autocars déversent une foule de spectateurs… Ils ne seront pas moins de cinq à six mille à assister chaque après-midi au grand spectacle saharien qui leur sera offert.
L’accès aux festivités pour les étrangers est plus que facilité par les autorités locales. En plus d’un accès rapide aux gradins, nous sommes autorisés à traverser la piste et à rejoindre les deux ou trois cents « acteurs » de la fête. Et là, pas question de faire preuve d’inattention ! A peine avez-vous tourné la tête pour vous esbaudir devant un magnifique cavalier que tout à coup surgissent des méharistes dans votre dos, aussi silencieux que sont étourdissantes les troupes folkloriques en pleine répétition, à deux pas de vos oreilles. Et de se dire qu’une équipe cinéma ne doit pas être bien loin, tant tout ce beau monde semble se préparer à tourner une scène majeure pour un film à grand spectacle.
Attention… poème !
Dans sa « cabine de pilotage », au sommet des gradins, le commentateur des festivités salue la foule et les invités de prestige (en 4 langues !) tandis qu’un joueur de nail (flute saharienne) entame une mélodie toute empreinte de la magie du désert. Puis tout à coup… c’est le choc. Propulsées par la sono des grands jours, des déclamations en arabe submergent la foule toute entière. A chaque fin de phrase, ce que l’on pourrait bien prendre pour des « Olé » du cru encouragent cet étrange intervenant. Echange de regards entre les béotiens… Mais que se passe-t-il donc ? Réponse des habitants de Douz : c’est Abdelatif Belagacem Marzoughi, le roi des poètes de la région, le champion tunisien des joutes poétiques… Bref… ce « rap » pris pour des injonctions politiques n’était autre qu’un…. poème… Ouf ! Les prochains seront écoutés avec plus d’attention… jusqu’à ce que finalement, nous les encouragions avec autant de ferveur que le public tunisien.
15h00, le soleil se fait plus rasant et le spectacle peut commencer.
Cohorte de couleurs, de mouvements et de sons…
Alors que les concurrents de la première course de vitesse à dos de méhari s’échauffent en louvoyant en lisière du désert, le grand défilé des participants au Festival débute son premier passage devant les tribunes. Derrière le portrait géant du Président tunisien, s’avancent quelques ados des clubs sportifs de la ville aussitôt suivis par plusieurs troupes folkloriques. Aux sonorités stridentes des flûtes tunisiennes suivent les claquements sonores des « castagnettes » de métal des chaambas de Ghardaïa (Algérie) tandis qu’un flot de tambours rythme le pas lent et majestueux de la caravane humaine.
Les tenues blanches et brunes d’une cohorte d’hommes succèdent aux couleurs vives toutes pigmentées d’or de plusieurs groupes de femmes et de jeunes filles. Leur passage effectué, musiciens et participants, à pied, en costumes traditionnels, se regroupent progressivement sous les drapeaux des pays représentés, dans le cadre des festivités. Tandis que les chants et les percussions continuent de résonner sous les étendards, débute alors le passage des cavaliers et des méharistes.
Drapés de bleu indigo, de blanc ou de noir, précédée de sa propre troupe folklorique, la représentation libyenne est du plus bel effet. Quelle vision impressionnante que ces hommes à l’allure altière et mystérieusement voilés sur leurs fiers méharis blancs… Puis est acclamée l’équipe Egyptienne d’El Arish (oasis au nord du Sinaî), vainqueur l’an passé du marathon à dos de dromadaire qui se déroulera le lendemain. S’en suivent les méharistes algériens de Ghardaïa, puis ceux des Emirats et enfin, dans un flot d’applaudissements, l’importante représentation des méharistes tunisiens. Au pas ou au trot, parés de leurs harnachements de parade pour les uns, de leurs plus beaux costumes traditionnels pour les autres, hommes et bêtes composent un tableau fascinant…
Cette première partie du spectacle terminée, le commentateur de l’événement invite tous les participants à se présenter au départ de la première manche de la course de vitesse des méharistes. Ils seront une vingtaine, quelques minutes plus tard, à s’élancer à toute allure sous les acclamations du public.
Fins sloughis et impressionnants dromadaires en ru
A peine les premiers méharistes ont-ils franchi la ligne d’arrivée devant les gradins, que débute une nouvelle phase du spectacle. « Aham…aham…aham » diffusée à tout va par les amplificateurs sonores, la complainte du chamelier au point d’eau résonne comme une prière. Ce simple mot indique aux dromadaires que l’heure de l’abreuvage au puits a sonné. Puis s’en vient le moment de faire la preuve que les sloughis sont toujours aussi bien dressés dans le grand sud… De jeunes garçons s’approchent avec leurs chiens. Un lièvre est lâché. Tel « bip-bip » dans ces meilleurs jours, un sloughi se jette à sa poursuite. Mais le lièvre est malin et multiplie les changements de caps. Pour finir, il prend la fuite dans les campements et ce sont des dizaines d’enfants qui partent à sa poursuite. D’autres tentatives seront plus fructueuses pour le chien. Mais jamais on ne blessera le lièvre.
Plus violent sera le combat de dromadaires en rut. Deux bêtes énormes au pelage brun sont présentées à la foule et progressivement rapprochées l’une de l’autre. Tous deux se hument avant de lancer leur attaque. Utilisant leur long cou musclé, l’un et l’autre projètent leurs têtes sous les flancs de l’ennemi, mordant la région des testicules, agrippant les tendons des pattes arrières. En moins d’une minute, les deux dromadaires ne forment plus qu’un, littéralement enroulés l’un dans l’autre, puis couchés tous deux sur le flanc. Tandis que des exclamations de stupeur se font entendre dans la foule, les chameliers s’activent autour des bêtes, à grands coups de cravache, il faut le dire, pour tenter de les séparer. Le perdant est tout aussi sonné qu’un boxeur sur le ring, il mettra un moment à retrouver son souffle et la force de repartir sur ses pattes…
Courageux et spectaculaires cavaliers…
Le méhari n’est pas le seul grand invité de la fête. Le Festival du Sahara de Douz fait aussi place à la tradition et au sport équestre. Des cavaliers de plusieurs pays participeront à une course de 100 km d’endurance et à un marathon de 42 km lors de la deuxième journée du festival. A mes yeux cependant, les démonstrations acrobatiques demeureront les plus marquantes.
Alors que la police montée, associée au soutien verbal du commentateur, tente désespérément de « dégager la piste » ou s’étale, inconscient du danger, un véritable troupeau de photographes et de cameramen, les premiers cavaliers s’élancent au galop devant les tribunes. « pan-pan-pan » les fusils d’une troupe de fantasia algérienne surprennent l’assistance. Puis d’autres chevaux déboulent à toute allure, cavaliers débout sur leur selle, cavaliers enlacés, cavaliers tête en bas… les tuniques blanches, noires et bleus, les cheichs, les ceintures de cuir et les cartouchières se suivent dans un tourbillon de couleurs et de reflets sous le soleil couchant… magique !
17h, la première représentation des traditions du désert se termine. Elle reprendra le lendemain et le surlendemain. Pour l’heure, c’est dans une totale cacophonie que des milliers de spectateurs et des centaines de véhicules tentent d’emprunter l’unique route qui les ramènera vers le centre ville où se poursuivront gala, concours de poésie et grande foire commerciale.
Pour la première fois, une femme participe au mara
Moment phare du festival : le Marathon International de Dromadaires (42.5km). Le saviez-vous, cet événement sportif hors du commun fut initié en 1990 par l’association française des Camélomanes, animée par le très dynamique François Brey (voir le récit de sa course 2001).
En ce dimanche matin, de petites grappes de concurrents, de voyageurs, de supporters, de contrôleurs de course et de vétérinaires s’affairent près des tentes nomades, en face du camélodrome. 4 français, dont la première femme à participer à une course officielle de méharis, seront au départ de l’épreuve : François Brey, Charles de Meaux (champion de steeple-chase à cheval), Philippe Frey (ethnologue, aventurier et romancier) et Pascale Aeby. A leurs côtés, des méharistes tunisiens, libyens, algériens, égyptiens et même un concurrent autrichien. Toutes ces équipes sahariennes entraînent leurs montures au fil de l’année. L’équipe égyptienne d’El Arish participe régulièrement à des courses. Nos quatre représentants français, bien que très motivés, doutent quelque peu de leurs chances… Monter « en vrai pros » ne suffit pas pour remporter l’épreuve. Il faut aussi les meilleures montures, les mieux dressées, les plus entraînées à maintenir un rythme constant.
13h, les 45 concurrents sont sur la ligne de départ. Un coup de revolver résonne… et c’est la ruée ! Magnifique bousculade de longs jarrets musclés, de cous dressés, de cotonnades flottant dans le vent chaud de la mi-journée.
15h10, le vainqueur de l’épreuve (un égyptien) franchit la ligne sous les acclamations de la foule. 16h18, c’est l’arrivée triomphale de Pascale Aeby, bras levé au dessus de la tête, sourire aux lèvres, je reste subjuguée par sa fraîcheur et son élégance naturelle après plus de trois heures de cavalcade dans le désert.
18h00. Il fait déjà nuit noire depuis une demi-heure. Il n’y a plus âme qui vive sur le camélodrome à l’exception de moi-même, de M. Karoui, conseiller auprès de l’office de tourisme tunisien à Paris et de quelques hommes au loin, sous une tente nomade. François, Charles et Philippe, tout comme une quinzaine d’autres concurrents, n’ont toujours pas réapparu ! Quelques secondes plus tard, le « clip-clap » étouffé et caractéristique d’un méhari qui trotte sur le sable parvient à mes oreilles… puis j’aperçois le haut d’une selle… la blancheur d’un cou… et le blouson bleu de François ! Le trio est enfin arrivé ! Ils sont fourbus mais ravis.
Un week-end à faire pétiller les yeux des petits c
Trois à quatre jours sur place sont suffisants pour profiter pleinement de ce festival. Outre les spectaculaires animations proposées sur le camélodrome, ne manquez pas de vous promener en calèche ou à pied dans la palmeraie, visitez le musée du Sahara et goûtez à la viande de chameau dans l’un des restaurants du centre ville. Venez avec vos ados (à partir de 8 ans), ils en reviendront avec des rêves plein la tête… et l’envie, sûrement, de vous accompagner pour un prochain trek ou une méharée, quelque part, dans le désert… sur le territoire des peuples nomades.





