USA :Georgetown, un coin d'Europe à Washington

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USA :Georgetown, un coin d'Europe à Washington

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Chantal Dussuel | 18.11.2003 | 755 visites | 0Favoris |
Chantal Dussuel

USA :Georgetown, un coin d'Europe à WashingtonLierre et briques rouges, façades de couleurs vives aux toits pointus, parterres fleuris bordés de petites grilles en fer forgé… Non, nous ne sommes pas en Grande-Bretagne ni même en Europe, mais bien à Washington. Et plus précisément à Georgetown, le plus vieux quartier de la capitale des États-Unis. Un havre d’histoire et de culture, à mille lieues des gratte-ciels et néons qui font la réputation du nouveau continent. Des rues paisibles et ombragées, à parcourir à pied, à la découverte d’un passé plus ou moins proche. Et un quartier qui vit aussi au présent, avec une multitude de cafés, restaurants et pubs très animés. Quelques maisons arborent sur une petite plaque la date de leur toute première construction : 1792, 1830... Des dates très anciennes, vous feront peut-être fièrement remarquer les autochtones (auquel cas il est recommandé de ne pas ricaner !) Dans un pays aussi jeune que les Etats-Unis, le quartier fait figure d’ancêtre.

Hier et aujourd’hui

USA :Georgetown, un coin d'Europe à WashingtonC’est en fait en 1751 que Georgetown a été fondé. Du temps donc où l’empire britannique régnait encore sur ses treize colonies. Situé en bordure du Potomac, l’ancien village indien est vite devenu un port important d’où partait le tabac des plantations du Maryland - en direction de la baie de Chesapeake et ensuite de l’Europe. Sur la grande rue en pente qui se nomme aujourd’hui Wisconsin Avenue roulaient alors de lourds barils de tabac. Grâce à cette activité portuaire, Georgetown est devenu dès la fin du XVIIIe siècle un petit bourg très prospère. Avant d’être officiellement intégré à la capitale, près d’un siècle plus tard, en 1871. Aujourd’hui, Georgetown est l’un des quartiers les plus huppés de Washington. Dans les belles demeures du XIXe siècle soigneusement rénovées vit le gratin politico-mondain de Washington : sénateurs, juristes, lobbyistes, journalistes... Les minuscules baraques en bois où logeaient autrefois les dockers du port ont été aménagées et repeintes de couleurs vives. Et il n’est pas rare que les plus petites d’entre elles se vendent pour la modeste somme de 300 000 ou 400 000 dollars. Il reste pourtant ici et là quelques vestiges d’un passé fort différent. Au numéro 1334 de la 29e rue se trouve par exemple l’église méthodiste Mount Zion, la toute première église noire du quartier, fondée en 1816, et qui d’après les historiens aurait souvent servi d’étape clandestine à des esclaves du Sud fuyant vers le Nord et la liberté. L’histoire de Georgetown est en effet aussi celle des Noirs – libres ou esclaves ­– qui y ont vécu et travaillé de gré ou de force. Et de leurs descendants qui sont ensuite restés dans le quartier pendant plusieurs générations. En 1930 encore, Georgetown était une mosaïque de classes sociales où se côtoyaient Noirs et Blancs, marchands et manœuvres. Certaines rues étaient aussi connues pour abriter les pires taudis de la capitale. Difficile à imaginer aujourd’hui, au vu des façades et jardins immaculés ! C’est à partir des années 30 et 40 que cette partie de la ville s’est peu à peu embourgeoisée, à mesure qu’intellectuels et politiciens ont commencé à s’y installer. Lorsque le quartier a été classé historique en 1950, la hausse des prix et l’obligation d’entreprendre de coûteuses rénovations ont peu à peu chassé la plupart des habitants moins fortunés.

Célébrités locales

Dans les années 1950, un jeune sénateur élit résidence à Georgetown avant d’emménager à la Maison-Blanche : John F. Kennedy. Une photo de 1954 le montre au balcon d’une maison de Dent Place, souriant, en tee-shirt blanc, aux côtés de Jackie. En 1963, la jeune veuve éplorée retournera vivre à Georgetown après l’assassinat de son mari. Jusqu’à ce que les hordes de touristes qui s’arrêtent devant sa somptueuse résidence ­– au 3017 N Street ­– dans l’espoir de l’apercevoir la convainquent de déménager à New York. Autre résidente de renom : Katharine Graham, grande dame de Washington qui hérite de la présidence du Washington Post en 1963 et restera aux commandes du vénérable journal jusqu’à sa mort en 2001. C’est sous sa direction que deux journalistes du Washington Post révèlent en 1972 le scandale du Watergate qui aboutit à la démission du président Nixon. Elle habitait au 2920 R street, juste en face du cimetière Oak Hill, vallonné et verdoyant, où elle repose aujourd’hui en compagnie d’autres célébrités locales.

Un jardin inattendu

USA :Georgetown, un coin d'Europe à WashingtonUn peu plus loin dans la même rue - R & 31st Street - se situe la propriété de Dumbarton Oaks, datant du début du XIXe siècle. C’est là qu’a eu lieu en 1944 la conférence du même nom, au cours de laquelle les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Union soviétique et la Chine ont jeté les bases de ce qui allait devenir l’Organisation des Nations Unies. Un passé qui semble aujourd’hui malheureusement très lointain… Ouvert au public l’après-midi, le jardin de 4 hectares est un charmant dédale de fleurs, d’allées et de bosquets, d’inspiration à la fois française, anglaise et italienne. Au détour d’un chemin sinueux, on découvre soudain un bassin bordé de bambous. Ou la fontaine d’un village provençal. Ou encore une statue du dieu pan jouant de la flûte. Des bancs de pierre ou de bois se cachent derrière de hautes haies ou surmontent quelque terrasse, invitant le promeneur à s’y attarder. Achetés et aménagés en 1920 par un riche couple d’héritiers ­– les Bliss – la demeure et le jardin ont été légués vingt ans plus tard à l’université Harvard. Le couple a aussi fait don de ses collections d’art byzantin et précolombien, aujourd’hui exposées au musée attenant au jardin. Amateurs de mosaïques anciennes, le lieu recèle quelques œuvres à ne pas manquer !

Du côté de l’université

USA :Georgetown, un coin d'Europe à WashingtonEn continuant vers l’Ouest sur R Street, on tombe sur Wisconsin Avenue, l’une des deux grandes artères commerciales de Georgetown (avec M Street), débordant de cafés, restaurants et commerces en tout genre – des boutiques d’antiquaires aux vendeurs de faux sacs Gucci qui déballent leurs marchandises sur le trottoir. Bref retour au présent. Une fois la grande avenue traversée, le calme revient. Quelques « blocs » de plus (direction Sud-Ouest) et le décor se modifie légèrement : des façades un peu moins parfaites, des fenêtres laissant entrevoir un joyeux désordre, quelques restaurants bon marché qui par beau temps sortent tables et chaises sur le trottoir. La population se rajeunit et les rues s’animent… Signe que l’on se rapproche de l’université de Georgetown et des nombreux étudiants qui habitent les environs. Fondé en 1789, cet établissement est l’un des plus anciens et des plus prestigieux des Etats-Unis. Le jeune Bill Clinton, entre autres, y a usé ses fonds de jeans. A l’entrée du campus trônent les plus vieux bâtiments, aux allures de château écossais. Derrière se cache tout un ensemble de constructions souvent plus récentes : librairies et amphithéâtres, bien sûr, mais aussi plusieurs terrains de sport, des restaurants, des salles de bowling, un observatoire, une chapelle du XIXe siècle, et, au centre, un petit cimetière où reposent des pères jésuites, encerclé de bâtiments modernes. Le campus s’étend en tout sur une quarantaine d’hectares. A quelques pas de l’université, sur Prospect Street, à la hauteur de la 36e rue, se trouve un escalier en apparence anodin. Ces 75 marches ont pourtant été le théâtre de deux morts violentes dans The Exorcist, le film culte de 1973, tiré d’un livre écrit par un ancien élève de l’université de Georgetown, William Peter Blatty, qui habitait sur Prospect St. Pendant longtemps, des fans du film ont fait de cet escalier un quasi-lieu de pèlerinage orné de graffitis. Aujourd’hui, on y croise souvent les athlètes de l’université qui s’entraînent à descendre et remonter les marches à toute allure. Et encore occasionnellement quelques amateurs de films d’horreur.

De Georgetown à l’Ohio

USA :Georgetown, un coin d'Europe à WashingtonEn bas de l’escalier, il ne reste plus qu’à traverser M Street pour accéder au Canal C&O et au chemin de halage. Aucune navigation commerciale sur ce canal, qui est aujourd’hui un parc historique national et le paradis des joggeurs, cyclistes ou simples promeneurs. Lorsque les travaux de construction ont commencé en 1828, le Chesapeeke & Ohio Canal était censé relier Washington à la rivière de l’Ohio. Pris de vitesse par le chemin de fer, le canal n’a jamais atteint l’Ohio et s’est définitivement arrêté à Cumberland (Maryland). Ce qui laisse quand même aux plus ambitieux près de 300 km à parcourir à pied ou à vélo… Les autres se contenteront de repartir vers le centre-ville en longeant le canal bordé de bâtiments en briques. Deux ou trois ponts plus loin, quelques marches mènent directement du chemin de halage au Georgetown Mall (également accessible depuis M Street), probablement l’un des centres commerciaux les plus civilisés et les plus agréables des États-Unis.

Cafés animés et ambiance festive

USA :Georgetown, un coin d'Europe à WashingtonN’allez pas pour autant croire que Georgetown est un quartier morne, figé à jamais dans le passé. De jour comme de nuit, M Street et Wisconsin Avenue sont aussi animées que les petites rues avoisinantes sont calmes et paisibles. On trouve au croisement de ces deux grandes artères une multitude de cafés, restaurants et bars, qui en font l’un des hauts lieux de la vie nocturne washingtonienne. Les cafés et restaurants les plus anciens offrent un intérieur chaleureux et une ambiance de pub anglais : murs de briques ou boiseries patinées par les années. Là encore, les lieux ont un passé et une âme. Restaurants indiens, italiens et français sont également bien représentés. Beaucoup servent en terrasse ou ouvrent tout grand leurs fenêtres dès les premiers jours de beau temps. Le week-end, les bars de M Street se remplissent d’étudiants, de touristes et de washingtoniens, venus boire une bière, écouter un groupe de rock local ou jouer au billard. Animation garantie. A tous ceux qui ne jurent que par New York ou San Francisco, Georgetown réserve donc d’agréables surprises – une douceur de vivre très européenne, en plein cœur du nouveau monde, et un quartier à la fois vivant et pittoresque où il fait bon flâner ou festoyer. Quant à ceux qui répètent à l’envi que les États-Unis n’ont pas d’histoire, on leur conseillera également ce petit détour.

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Situé tout à l’Ouest de Washington, Georgetown est globalement délimité par la rivière (le Potomac) au Sud, Dumbarton Oaks au Nord, l’université de Georgetown à l’Ouest et Rock Creek Park à l’Est.

Le quartier n’est pas directement accessible en métro mais est desservi par de nombreuses lignes de bus (30, 32, 34, D2, D4, M12). Les stations de métro les plus proches sont Foggy Bottom et Dupont Circle (compter ensuite 10 ou 15 minutes de marche ou prendre un bus).

Les deux grandes rues commerçantes de Georgetown – M Street et Wisconsin Avenue – regorgent de restaurants et bars très animés et de magasins de tous types. Les boutiques plus chics, dont beaucoup d’antiquaires, sont situées en haut de Wisconsin, près d’ailleurs d’une très bonne pâtisserie française (Pâtisserie Poupon – voir ci-dessous). A l’ouest de M Street (entre Key Bridge et la 33e rue) se trouvent également des magasins de design et de décoration intérieure. Les magasins de chaussures et de vêtements sont surtout regroupés sur Wisconsin, entre M et P Street. Ils sont généralement pris d’assaut le week-end.

Dumbarton Oaks : R Street & 31St. Jardin ouvert de 14 à 18 heures toute l’année (sauf jours fériés). Droits d’entrée de 5 $ du 15 mars à fin octobre. Gratuit le reste de l’année.

L’entrée du musée se trouve au numéro 1703 de la 32e rue. Le musée est ouvert de 14 à 17 heures du mardi au dimanche inclus. Entrée gratuite.

Restaurants :
Clyde’s – 3236 M Street – hamburgers et salades
Pizzeria Paradisio –  3282 M Street
Amma Vegetarian Kitchen ­(cuisine indienne) – 3291 M Street
Plus chics, plus VIP : Café Milano, 3251 Prospect Street
Neyla, 3206 N Street (cuisine libanaise)

Pâtisseries/sandwicheries :
Firehook, 3241 M Street
Pâtisserie Poupon, 1645 Wisconsin

Club de jazz :
Blues Alley, 1073 Wisconsin (réserver à l’avance)

Bars/tavernes :
Mr. Smith, 3104 M Street, café-concert le week-end
Garrett’s, 3003 M Street
Nettement plus chic : Modern, 3287 M Street

Site officiel de la ville de Washington : http://www.washington.org

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