Viet Nam : Hanoi, sur les traces de Oncle Hô

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Viet Nam : Hanoi, sur les traces de Oncle Hô

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Philippe Chavanne | 19.12.2007 | 402 visites | 0Favoris |
Philippe Chavanne

Viet Nam : Hanoi, sur les traces de Oncle HôPlus que la Chine voisine et beaucoup plus que Hong Kong ou Singapour, le Vietnam possède un charme fou ! Trop souvent dénaturé par les souvenirs de longs et terribles conflits, trop souvent dénaturé aussi par les images des réalisateurs - américains - de cinéma qui présentaient une version tronquée et partiale de la guerre que leurs compatriotes avaient eux-mêmes provoquée, le Vietnam a eu bien du mal à imposer ses images les plus vraies et les plus authentiques sur la scène internationale : une campagne paisible, des villes et des villages aux personnalités marquées, des rizières vert tendre, le sourire radieux des enfants assis sur le dos de buffles souvent débonnaires, les fines silhouettes des femmes coiffées de chapeaux coniques, de belles plages de sable blanc, l’incroyable beauté de la Baie d’Halong, la majesté des temples, le raffinement d’une gastronomie souvent haute en saveurs et en parfums délicats,… Aujourd’hui pourtant, entre une riche tradition millénaire et une modernité aseptisée qui semble parfois s’imposer de force, le Vietnam a - enfin ! - réussi à se forger une belle image sur la scène touristique internationale. Malgré certaines dérives étroitement liées au business international et à cette démoniaque mondialisation qui n’a pas fini de faire des dégâts sur les économies, l’environnement et les mentalités, Oncle Hô peut légitimement être fier de son peuple ! On peut raisonnablement affirmer que l’histoire du Vietnam n’est qu’une longue et douloureuse suite de violents conflits. Avec l’encombrant et belliqueux voisin chinois, tout d’abord… En l’an 111 avant notre ère, le royaume d’Au Lac (dont la capitale se situait sur le site de l’actuelle Co Loa, un peu au nord de Hanoi) tombe sous la domination chinoise des Han. Il faut attendre le dixième siècle après J.-C. pour que les Vietnamiens se débarrassent définitivement de l’emprise chinoise : profitant de l’effondrement de l’empire de la dynastie Tang, ils fondent l’Etat indépendant du Dai Co Viet à la tête duquel se succèdent plusieurs dynasties qui résistent vaille que vaille aux assauts répétés des Chinois et des Mongols.

De la naissance du Vietnam à la fin de la colonisa

Viet Nam : Hanoi, sur les traces de Oncle HôPeu à peu, le Centre (c’est-à-dire le Champa) et le Sud (que l’on connaît aussi sous le nom de Funam) du pays commencent à entretenir des relations maritimes et commerciales avec l’Inde. Puis, le Nord se met à grignoter les territoires du Champa, en représailles contre les incursions chams dans le Nord. S’ensuivent alors des décennies et des siècles de conflits qui aboutissent, en 1802, à la création d’un tout nouveau pays baptisé Vietnam, dirigé par l’empereur Gia Long. Sous prétexte de persécutions religieuses, Napoléon III y expédie des troupes et s’empare en 1858 du port de Danang. Neuf ans plus tard, la Cochinchine (l’ancien Funam) devient colonie française et 16 ans plus tard encore, les protectorats du Tonkin et de l’Annam sont créés. Dès 1893, le Cambodge, le Laos et le Vietnam réunis forment l’Indochine française. Pendant le siècle que dure la colonisation, le Vietnam connaît de profonds bouleversements, même s’il faut bien reconnaître et avouer que les efforts pour développer l’industrie locale, les infrastructures sanitaires et l’enseignement passent largement au second plan des préoccupations de l’autorité coloniale. Dès le tout début du XXe siècle, la révolution russe et la vague indépendantiste en Inde encouragent les nationalistes vietnamiens. Après l’élimination des réformistes pris en tenailles entre la Cour et l’autorité coloniale, les révolutionnaires entrent à leur tour dans le jeu. La saga de Nguyen Tat Thanh peut dès lors commencer…

De Nguyen Tat Thanh à Hô Chi Minh

Né le 19 mai 1890 dans le Nghê An, fils d’un brillant mandarin révoqué, Nguyen Tat Thanh étudie au collège avant d’assister aux premiers soubresauts de l’intelligentsia nationaliste. Pour s’instruire, mais aussi pour pouvoir envoyer un peu d’argent à son père, il s’engage sur un bateau à vapeur à destination de Marseille, apprend la mécanique à Londres, découvre le mouvement syndical aux Etats-Unis et s’aperçoit en Afrique que la cruelle réalité coloniale est malheureusement partout la même. Il part ensuite en Russie où le Komintern l’initie à la clandestinité, puis il s’immerge quelques années dans la révolution chinoise et y construit le premier noyau d’un mouvement communiste vietnamien. A partir de là, les choses s’accélèrent. Devenu Nguyen Ai Quoc (que l’on peut traduire par « Nguyen le Patriote »), il assiste à la montée du nationalisme et, après bien des troubles et des rebondissements, crée le Vietminh en 1941. Un an plus tard, il prend le nom de Hô Chi Minh (« l’Oncle à la Volonté éclairée »). Le 2 septembre 1945, il proclame à Hanoi l’indépendance du Vietnam et lance à l’intention des Français des paroles pleines de prémonition : « … S’il faut nous battre, nous nous battrons… Vous me tueriez 10 hommes quand je vous en tuerais un. Mais même à ce compte-là, vous ne pourriez pas tenir et c’est moi qui l’emporterais… ». On connaît la suite… Soutenu par les Etats-Unis, l’URSS et la Grande-Bretagne, les troupes chinoises de Tchang Kai Tchek occupent le Nord du pays, tandis que le Sud passe sous contrôle anglais. A la fin de 1945, près de 30 000 soldats français envahissent à leur tour le territoire vietnamien. Jouant double jeu, le gouvernement français envahit peu à peu le pays, trahissant les accords pourtant conclus avec le Vietminh. Nouvelle flambée de violence en 1946 : les Français bombardent les quartiers populaires de Haiphong, faisant des milliers de victimes civiles qui s’ajoutent aux dizaines de milliers de morts à mettre à l’actif (si l’on ose ainsi dire…) des troupes d’occupation françaises implantées à Madagascar et dans le Maghreb. A cette époque, la politique coloniale française ne fait pas vraiment dans la dentelle… Malgré cela, Hô Chi Minh cherche toujours à négocier une solution pacifique. Du moins jusqu’au 19 décembre 1947, date à laquelle le Vietminh déclenche enfin officiellement sa guerre d’indépendance. La suite est connue : incapables de comprendre que tout un peuple est derrière le Vietminh, les troupes françaises s’effondrent - après d’innombrables escarmouches et combats, mais aussi après 57 jours de siège - dans la cuvette de Dien Bien Phu. Le 21 juillet suivant, un accord est signé : sous la pression des Chinois qui assurent un travail de sape en sous-main et entretiennent une rivalité millénaire avec le Vietnam, le pays est divisé en deux à hauteur du 17e parallèle. Au Nord de cette ligne est instaurée la République Démocratique du Vietnam à la tête de laquelle on retrouve un trio composé de Giap (le vainqueur de Dien Bien Phu), Pham Van Dong (devenu premier ministre) et Hô Chi Minh (propulsé président de la république). Au Sud s’installe la République du Sud Vietnam dirigée par Jean-Baptiste Ngo Dinh Diem, un catholique forcené et tellement aveuglé par son anticommunisme primaire qu’il est très manipulable par les puissances étrangères, Etats-Unis en tête. Les Etats-Unis, justement…

Les Américains battus et humiliés

Le 10 août 1964, le président Johnson cède la Maison-Blanche à un Texan dont le seul atout est une belle gueule : Kennedy prend les rênes des USA. Comme d’autres sinistres Texans après lui (les Bush père et fils, pour ne pas les nommer…), « JFK » ne connaît strictement rien à la politique internationale. Il est en outre tellement primaire qu’il est une proie facile (et très consentante…) pour le lobby de l’armement et la mafia solidement implantée dans le pays. Comme les Bush sont aujourd’hui à la solde du lobby pétrolier et de l’industrie de l’armement. Sur le plan international, Kennedy veut la guerre. Que ce soit à Cuba contre Fidel Castro. Ou au Vietnam contre Hô Chi Minh. Là, les Américains « inaugurent » une nouvelle guerre. Une guerre dite « moderne ». Où l’emplacement des caméras de télévision est au moins aussi important que celui des canons. On ne va pas revenir ici sur les images que certains d’entre nous ont encore en mémoire. Ni sur les bouleversements humains, écologiques, environnementaux, sanitaires, économiques,... causés par les bombardements acharnés des agresseurs US qui balancent 13 millions de tonnes de bombes et 72 millions de litres de produits chimiques sur les populations vietnamiennes. Pas plus que sur les atrocités commises par les deux camps, mais causés par la folie meurtrière d’un va-t-en-guerre planqué dans une maison blanche, quelque part du côté de Washington. Une chose est cependant à retenir : jamais aucune armée d’invasion, aussi entraînée et équipée soit-elle, ne pourra venir à bout d’un peuple courageux et opiniâtre qui a le bon droit pour lui. C’est cela, avant tout autre chose, qui a battu et humilié les Américains. Kennedy et Nixon ne l’ont pas compris à temps, sacrifiant inutilement des centaines de milliers de vies. Juste pour satisfaire leur ego, enrichir leurs « petits copains » de l’industrie de l’armement et faire tourner la machine de guerre « made in USA ». Il semble malheureusement que cette leçon, pour magistrale qu’elle ait été, n’ait pas été comprise. Elle a pourtant été suivie par d’autres. Hier à Mogadiscio et dans la Baie des Cochons. Demain à Bagdad et à Kaboul ?..

Une drôle de liberté

Viet Nam : Hanoi, sur les traces de Oncle HôLe Vietnam est donc enfin libéré de toutes les troupes d’occupation. De là à dire qu’il est vraiment libre… Pour Hô Chi Minh, le Sud doit payer. Les purges se suivent et se ressemblent. Des camps de rééducation sont installés. Les « boat people », attachés au Sud et souvent anciens collaborateurs des agresseurs américains, fuient le pays. Puis, alors que Pol Pot tente de récupérer le delta du Mékong, Hô Chi Minh et les troupes du Vietnam enfin réunifié envahissent le Cambodge qu’ils évacuent en 1989. Ca y est : le Vietnam va enfin pouvoir vivre ses premières années de paix depuis longtemps, bien longtemps. Il y a 20 ans que Hô Chi Minh, père du Vietnam moderne, est mort à Hanoi : c’était le 3 septembre 1969. Tous les problèmes ne sont cependant pas résolus. Le niveau de vie moyen des Vietnamiens et très bas et la corruption demeure (comme dans de nombreux pays, y compris européens) un fléau. Les Vietnamiens vont cependant retrousser leurs manches et montrer au monde que 40 années de guerres ininterrompues, 40 années de misère et de privations, n’ont pas entamé leur courage, leur opiniâtreté et leur volonté. Petit à petit, le pays se redresse. S’ouvre au tourisme. Se fait de nouveaux alliés sur la scène politico-commerciale internationale. L’ennemi d’hier est le nouvel allié économique d’aujourd’hui…

Hanoi, à l’heure du Doi Moi

Viet Nam : Hanoi, sur les traces de Oncle HôCapitale administrative du pays, Hanoi vit depuis quelques années à l’heure du « Doi Moi » : la période de rénovation qui succède aux années de communisme pur et dur. La ville bouge. La ville change, même si elle semble encore en décalage par rapport à sa sœur du Sud, Hô Chi-Minh Ville (ex-Saigon). Cela dit, malgré l’apparition du tourisme, du business international, de la téléphonie mobile, de l’Internet et des voitures particulières, les Vietnamiens se souviennent. Ils se souviennent de celui qui a libéré et réunifié leur pays. Ils se souviennent de Oncle Hô… D’ailleurs, dans l’un des plus beaux quartiers de la ville (qui en compte pourtant beaucoup), tout un périmètre lui est entièrement dédié…

Hô Chi Minh en son mausolée…

Viet Nam : Hanoi, sur les traces de Oncle HôImposant et austère, le Mausolée Hô Chi Minh est un incontournable. Il est situé sur la vaste esplanade de Hung Vuong où se déroulent tous les défilés et où se tiennent toutes les importantes manifestations officielles. L’endroit est interdit aux voitures, mais les piétons et les cyclistes peuvent y circuler sans problème. Cette absence de voiture confère au site une atmosphère d’espace, mais aussi une quiétude surprenante, en total contraste avec le bruit et l’agitation des quartiers commerçants tout proches. Le mausolée lui-même est massif et, il faut bien le reconnaître, a un petit quelque chose de stalinien. Surveillé en permanence par une garde d’honneur en armes, il a été construit en granit et marbre de Danang. Deux ans de travaux ont été nécessaires à son édification (de 1973 à 1975). On peut le visiter mais, comme on s’en doute, la visite est solennelle et on ne peut rester qu’un bref instant devant la dépouille du « Père de la Nation » qui (malgré le fait qu’il voulait être incinéré) repose dans un cercueil de verre brillamment éclairé.

… Hô Chi Minh en sa maison…

Viet Nam : Hanoi, sur les traces de Oncle HôOn se fera certainement une idée plus précise de la personnalité de Oncle Hô en découvrant sa résidence, située dans un très joli parc à droite du mausolée. Entouré des magnifiques grands arbres d’un ancien jardin botanique, cette modeste petite maison bâtie en teck sur pilotis est aussi sobre et raffinée qu’esthétique. Elle ne comporte que deux pièces - une chambre et un bureau - et se reflète dans un étang joliment bordé de saules. L’endroit respire la sérénité. Invite à la méditation… ou à l’élaboration de plans stratégiques…Elle témoigne en tout cas parfaitement du réel détachement de cet authentique révolutionnaire (dans le sens le plus pur et le plus noble du terme !) pour tout ce qui ressemblait à du luxe tapageur. Tout près de là se dresse le Palais du Gouverneur général d’Indochine, construit en 1906. Le luxe de cette résidence construite par les Français ne répondait pas aux idéaux de Hô Chi Minh et il refusa de s’y installer après le départ des dernières troupes françaises d’occupation. Aujourd’hui, ce superbe bâtiment est utilisé pour recevoir les chefs d’Etat et accueillir les hôtes de marque en visite à Hanoi.

… Et Hô Chi Minh en son musée

Viet Nam : Hanoi, sur les traces de Oncle HôEnfin, la trilogie ne serait pas complète sans le Musée Hô Chi Minh, inauguré en 1990. Premier point remarquable : il est aussi imposant et monumental que le mausolée consacré au « Père de la Nation ». Mais l’intérieur est, par contre, agencé de façon très moderne. Voire même originale. Même si certains trouvent l’ensemble un tantinet pompeux et doutent que Oncle Hô ait approuvé cet étalage réalisé à sa gloire... Quoiqu’il en soit, le musée - extrêmement intéressant - se visite en commençant par la partie supérieure droite ; la visite suivant ensuite le mouvement des aiguilles d’une montre et redescendant vers les niveaux inférieurs. On se déplace ainsi dans le temps, du passé au présent, vers l’avenir. Les nombreuses collections comportent aussi bien des objets anciens que des copies de journaux d’époque, mais aussi diverses représentations artistiques qui mêlent message politique, art moderne et symbolisme. C’est parfois un peu compliqué, un peu nébuleux pour un esprit occidental, et les explications des guides ne sont pas toujours superflues. A quelques pas de là se dresse l’un des plus surprenants, mais aussi l’un des plus jolis monuments de la ville : l’extraordinaire Pagode du Pilier Unique. Une légende rapporte qu’elle aurait été construite au XIe siècle par le roi Ly Thai To en l’honneur de la déesse Quan Am afin de la remercier. N’ayant pas encore d’héritier mâle, le roi vit en rêve la déesse assise sur un lotus et lui tendant un petit garçon. Il épousa alors une belle paysanne et eut l’héritier désiré. Ce pagodon évoque un lotus et, avec la pagode voisine (celle du Dien Huu), elle constitue un ensemble tout à fait charmant. Un site enchanteur que Oncle Hô n’aurait certainement pas renié…

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