Yemen : Première gorgée de voyages à Sanaa

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Yemen : Première gorgée de voyages à Sanaa

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Laurence | 12.02.2004 | 663 visites | 0Favoris |
Laurence

Yemen : Première gorgée de voyages à SanaaQu’il est bon d’atterrir dans un pays inconnu. De pénétrer pour la première fois sa capitale, de s’imprégner de ses bruits, de ses parfums (quoi que " odeurs " serait souvent plus juste), de son architecture, du rythme de son quotidien... Il est des pays ou cette "première gorgée de voyage " est à elle seule un ébouriffant cocktail de sensations.... Goûtons à ce plaisir à Sanaa (Yémen). Sanaa est bâtie au fond d’une cuvette, longue de 80 km et large de 20, à une altitude de 2350 m. Cernant ce bassin, autrefois agricole, deux montagnes prennent en étau la capitale : le Djebel Nogoum (2892 m) et le Djebel Ayban (3194 m). Son histoire " connue " remonte au premier siècle de notre ère, et si toutefois Sanaa fut de tout temps le haut lieu d’une culture raffinée et d’un commerce florissant, rejaillissant sur l’ensemble de la péninsule arabique, la ville n’en est pas mois restée fermée au monde occidental jusqu’au début du XXème siècle... ... L’avenue, au pied de l’entrée principale de l’hôtel, est presque totalement inondée. Les passants, s’affairent d’un trottoir à l’autre comme l’ont tenterait de traverser un gué : le " zanna " relevée sur les mollets, parfois pieds nus. Les véhicules circulent au ralenti, projetant de larges gerbes d’eau brunes. Les rideaux des boutiques sont baissés. Le tonnerre gronde à nouveau et la pluie repart de plus belle. Je suis déroutée par cette vision de déluge. Sanaa vit en ce mois d’août, au rythme de la mousson. 16h, un soleil " piquant " darde enfin ses rayons sur la ville, mon impatience est à son comble... Je m’élance à sa découverte.

Première rencontre...

Je quitte l’hôtel Taj Sheba et traverse l’avenue Abdul Mughni qui sépare les quartiers modernes de la vielle ville. Aussitôt rejointe par quelques gamins, me voici contrainte, par jeu, de désigner parmi eux celui qui aura le privilège de me servir de guide. Am-stram-gram... ce sera toi ! 10 ans tout au plus et déjà la probable réplique de son père : une " zanna " blanche (sorte de longue chemise de coton sans col), une petite veste de costume gris sombre, une large ceinture et déjà sa jambiya (poignard à lame courbe) glissé dans un fourreau de cuir ornementé de cuivre. Au dessus de ses yeux noirs et de sa petite frimousse souriante, le traditionnel foulard palestinien, à carreaux rouges et blancs. Mon petit guide me prend par la main et me mène bon train vers les fortifications. Je m’étonne de traverser une sorte de terrain vague aboutissant soudain à une véritable rivière déchaînée : le wadi As-saila. Le wadi (fleuve en arabe) traverse Sanaa de bout en bout, recueillant au passage, en cette période des pluies, toutes les eaux de la ville... Sur l’autre rive, le soleil illumine d’or de hautes murailles de pierre, dardées ci et là de petits postes de guets. Cette imposante fortification protège la grouillante cité dont aucun son ne nous parvient... Coup d’œil au gamin et je redescend du mur pour rejoindre l’une des nombreuses portes de la ville...

Sésame, ouvre-toi !

Yemen : Première gorgée de voyages à SanaaQuelques minutes plus tard, nous voici devant Bab El Yaman... Vestige de l’occupation ottomane, cette arche monumentale, cernée de deux tours crénelées, se franchi dans la peau d’Aladin... Je formule un vœu et me fond dans la foule. Me voici aussitôt projetée des siècles en arrière... Un brouhaha assourdissant règne sur cette première place où s’échangent liasses de vieux billets contre toutes sortes de marchandises. Les hommes, ici largement majoritaires, revêtent tous le costume traditionnel yéménite, réplique, format XL de mon petit guide (qui me tient toujours par la main !). Mon regard ne cesse d’aller et venir d’une jambiya à l’autre... Suis-je chez Aladin ou parmi la confrérie des 40 voleurs ? A ma connaissance, nul autre grand peuple n’arbore ainsi une arme blanche comme élément vestimentaire usuel... Passé l’effet de surprise, l’élégance de ces hommes m’inspire un profond respect. Le labyrinthe des ruelles m’attire comme un aimant. Réclamée par mon guide " de poche " je disparais dans l’une d’entre elles. Je m’arrête tout net devant une vision d’un autre âge. Dans une cave, semble-t-il éclairée par des lampes à huile, un dromadaire tourne en rond... je descend quelques marches pour découvrir que l’animal, au pas mécanique et à l’allure toujours altière malgré sa servitude, actionne une meule à moudre du sésame... Le gamin m’extrait des lieux en m’expliquant je ne sais quoi auquel je ne comprend rien...

L'appel à la prière...

Yemen : Première gorgée de voyages à SanaaQuelques minutes plus tard me voici à boire du thé sur la terrasse du 7ème étage d’un foundouk (petite auberge). Aussi loin que peut porter mon regard s’étend la veille ville et ces demeures sans nulle autre pareille... Cernée par ses murailles protectrices, la surface intra muros de la vieille ville de Sanaa s’est vite avérée bien trop étroite pour ce grand carrefour de commerce et d’échanges. Pour remédier à ce problème, les habitants ont donc progressivement ajouté des étages à chacune de leur demeure pour composer, ce qui est sans conteste à ce jour, l’un des ensembles architecturaux urbains les plus esthétiques et artistiques qui soit (la vieille ville de Sanaa est d’ailleurs classée " Patrimoine Mondial " par l’UNESCO). Toutes ces maisons, hautes de six à sept étages, sont uniques. Chaque palier à sa fonction : réserve de grain et de marchandises, cuisine, appartements des femmes, appartements des hommes, salon des hommes, terrasse... Les murs des rez-de-chaussée et des premiers étages sont en pierre ainsi que l’escalier massif qui fait office de pilier de soutènement à l’ensemble de la structure. La partie supérieure des constructions est en brique (cuite ou crue - pisé) jointoyée à l’intérieur. Chacune des façades sont percées de nombreuses fenêtres ornementées de dessins géométriques en stuc (plâtre et gypse) ravivés tous les ans. Les demeures les plus anciennes, ont conservé leurs vitraux aux couleurs vives... L’ensemble est saisissant de beauté et de magie...

Yemen : Première gorgée de voyages à SanaaAlors que j’avale d’un trait, ma dernière gorgée de thé, une curieuse sensation éveille soudain tous mes sens. J’abandonne ma position en tailleur sur le tapis de la terrasse pour balayer du regard la cité. Au même instant, s’unirent, des 700 mosquées de la ville, les voix puissantes et pures des muezzins, projetant aux quatre coins de l’horizon, l’appel à la prière... Allah Akbar (Dieu est Grand)... Je crois n’avoir jamais vécu moment plus intense et spirituel de toute ma vie...

La magie et l'authenticité des souks...

Yemen : Première gorgée de voyages à Sanaa17h30, me voici de retour dans les ruelles avec mon " petit prince " de Sanaa. Franchissant une petite porte, nous traversons un grand jardin potager ou quelques femmes s’affairent, toutes de noir vêtues. Passé ce raccourci de verdure, nous rejoignons les souks de la médina. Tout d’abord le marché au grain, bordé de quelques anciens caravansérails dont les vastes cours sont encore utilisées aujourd’hui pour stocker les marchandises, puis le marché aux épices dont les senteurs de poivre, de cardamome, de cannelle et de cumin nous parviennent aux narines avant même de l’apercevoir. Les échoppes se côtoient par dizaines... Je suis éblouie par la fraîcheur des couleurs : tous ces rouges, ces jaunes, ces bruns mis en valeur par ces centaines de petites ampoules allumées dès le premier signe du crépuscule. A contrario de tout autre souk, ici personne ne me sollicite, ne m’agresse du regard ou du verbe. Ne glissent sur moi que des sourires, des hochements de têtes, des invitations à humer, goûter, déguster...

Yemen : Première gorgée de voyages à SanaaJe poursuis ma balade au royaume des Mille et Une nuits... Me voici dans le souk Al-janabi, l’antre de la jambiya. Les marteaux sonnent sur les lames rougies par le feu dans les nombreux ateliers de forgerons. Plus loin résonne le bruit plus sourd des outils de polissage. Puis le son s’estompe pour laisser place aux échoppes de la confrérie des artisans ornementeurs. Ici on sculpte l’argent, la corne de vache ou de rhinocéros (malheureusement importée en contrebande) pour composer les manches et les fourreaux de la jambiya, l’arme sacrée des yéménites. Certaines d’entre elles sont évaluées à plusieurs milliers de dollar pièce...

Yemen : Première gorgée de voyages à SanaaA peine plus loin le souk des fabricants de narguilés, objet indispensable au confort des après-midi et des soirées passées, entre homme, à mâcher le quât, la " coca yéménite ". Puis le souk Al-fidda, le souk des bijoutiers où soudain l’apparition de quelques touristes étrangers me ramène au XXème siècle. Ici se fabriquent et se vendent quelques-uns des plus beaux bijoux traditionnels de toute la péninsule arabique. De ces trésors d’orfèvrerie, je ne ramènerai avec moi qu’un collier d’une étonnante finesse mêlant l’argent à l’ambre... La nuit est maintenant tombée. Le souk au quât est presque vide (à cette heure précise, il se consomme !) et devant moi, Bab El Yaman, expose à nouveau la majesté de ses murailles sous les lumières jaunes de quelques projecteurs de fortune. La foule est toujours au rendez-vous, poursuivant son commerce et ses bavardages de rue. Je salue mon " petit prince ", mon Aladin d’un jour et rejoint mon hôtel pour le dîner. Je suis littéralement enivrée des visions, des sons et des senteurs de cet après-midi...

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Faites attention aux circuits trop complets sur une période de séjour courte (9 jours par exemple). Le Yémen mérite plusieurs voyages : l’un pour le Nord et ses régions de haute altitude (nous y reviendrons dans le magazine), l’autre pour le sud avec L’Hadramaout et la Tihama. N’aillez aucune inquiétude quant aux moussons. Celles-ci offrent l’énorme avantage de découvrir le pays sous des lumières et des ciels d’orages absolument extraordinaires.

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