Zambèze et Rhinocéros

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Marielou Dhumez | 18.11.2003 | 1243 visites | 0Favoris |
Marielou Dhumez

Zambèze et RhinocérosLa Zambie est un pays d’Afrique enclavé. Elle a, à ses frontières, au nord, la Tanzanie et la République Démocratique du Congo (ex-Zaïre), à l’est l’Angola, au sud, la Namibie, le Botswana et le Zimbabwe, à l’est, le Mozambique et le Malawi. C’est un vaste pays de 750.000 km2 avec seulement 9.300.000 habitants. Ce qui fait 12 habitants au km2. Avant son indépendance en 1964, la Zambie était appelée Rhodésie du Nord par opposition à la Rhodésie du Sud, l’actuel Zimbabwe. Au mois de janvier, en pleine saison des pluies, nous arrivons à Lusaka, capitale de la Zambie. Direction tout droit l’hôtel depuis l’aéroport. Hôtel international, sans histoire. Nous y rencontrons André Lefèvre, notre guide belge, contacté par Internet. Accueil sympathique, homme courtois et à notre écoute, accompagné de sa fille Kelly, charmante. Nous grimpons dans une grosse voiture 4X4 en direction du sud, Sinazongwe, au bord du lac Kariba. 4 ou 5 heures de voiture avec un stop dans une auberge typique et arrivée au lodge privé de Billy. Un moment de détente autour d’un verre devant un petit port un peu bric-à-brac, qui ne laisse rien prévoir de l’immensité du lac, et puis installation dans les chambres. Enfin, une chambre pour mon homme et moi et un lit de camp pour André F., notre copain, dans un coin de séjour… André fait la grimace, il aurait aimé avoir une vraie chambre d’autant qu’il commence à ne pas aller très bien, les prémices de ce qui sera une bonne grippe. Moi, idem. Au dîner, au demeurant appétissant, des grillades, des salades, ma forme n’est pas terrible et je ne mange presque rien. Nuit plutôt difficile, grosse chaleur, des araignées et la fièvre… André F., dans son dortoir, a vu passer la totalité de la Zambie qui lui disait : " sleep, sleep ! ! ", très paternellement, sans se rendre compte qu’il était à la dernière extrémité ! ! Le programme était de rester là 3 jours, mais vu les conditions et notre forme nous demandons à André L. de partir tout de suite à Livingstone où un vrai lodge nous attend. Avant le départ, mon homme qui lui est en pleine forme, va visiter la ferme des crocodiles de Billy : 12000 crocodiles entassés auxquels on jette des quartiers entiers de viande et qu’ils broient avec une voracité impressionnante. Billy exporte les peaux de ses crocos pour les transformer en sacs, chaussures et autres ceintures… Cette fois nous partons en Unimog, sorte de camion 4X4 avec une cabine et l’arrière équipé de sièges-auto et bâché. Vitesse maximum : 80 Km/h. Le pauvre André F. a perdu la parole. Il se réfugie dans la cabine et attend la guérison ou la mort ! Nous faisons un long stop pour le déjeuner, je jette aux chats ma nourriture, je n’ai pas faim, je crois ces animaux comme ceux de chez nous mais ils sont plus près du fauve et me griffent férocement les doigts ! André F. souffre en silence. La route est longue, nous arrivons aux abords de notre lodge de nuit et André L., le guide, ne trouve plus son chemin ! Mais mon homme avait l’œil et lui indique la route ! Il pleut, dans cette région, tout au sud de la Zambie, il fait beaucoup plus froid.

Zambèze et RhinocérosNous sommes accueillis par les propriétaires du Kubu Cabins, un couple anglo-saxon, en compagnie duquel nous dînons, tard, avec une seule envie : se coucher ! Malgré mon état de santé pas très florissant, je suis ravie de cet endroit, les lodges sont de jolies cabanes dans les bois, la salle de bains est en plein air, la douche est une vache à eau que l’on hisse à hauteur avec une poulie et les toilettes sont aussi à ciel ouvert. Je trouve ça charmant et m’évoque les cabanes dans les bois de mon enfance. Nous passons là deux nuits. Le lendemain de notre arrivée, pas très frais mais dispos quand même (André et moi, mon homme toujours indemne), nous partons pour les chutes Victoria. Grand moment. Très grand moment. Le fleuve Zambèze, majestueux et placide, qui prend naissance tout au Nord-Ouest de la Zambie, se jette tout-à-coup, sur sa largeur de 1800 mètres dans un abîme d’une centaine de mètres ! Un fracas grondant monumental, des tonnes d’eau qui se ruent au fond d’un gouffre sinueux, une écume qui se mêle, ce jour-là, à la pluie. Oubliée la grippe ! Je mitraille, nous écarquillons nos yeux mouillés. Eblouis par tant d’impressionnante beauté

Zambèze et RhinocérosLa Zambie possède-là un trésor touristique inestimable. Quand on imagine les millions de touristes qui visitent à la queue leu leu les chutes du Niagara tous les ans, l’exploitation qu’en font les Américains et les Canadiens, les Zambiens, superbes d’indifférence, ou par manque de moyens ou d’imagination, ignorent le potentiel qu’ils ont là. Nous avons dû rencontrer trois personnes… il faut dire qu’au mois de janvier c’est la saison humide, donc considérée comme basse saison et donc moins fréquentée. Mais quand même, on voit bien qu’on n’attend pas le visiteur : aucune baraque-débit de boisson ou sandwiches, même fermée ! Bien sûr, ce n’était pas pour nous déplaire : nous qui aimons les lieux restés sauvages. Mais pour ce pays qui est si pauvre, une exploitation bien comprise serait un apport financier appréciable. Bref, je vois ça de ma fenêtre d’occidentale !

Zambèze et RhinocérosEnsuite, visite du musée de Livingstone, historique du pays, suivis par de braves gamins faisant la manche, puis direction le parc animalier de Livingstone. Parc situé sur les rives du Zambèze, au nord des chutes victoria. Après avoir vu zèbres, phacochères, gazelles de toutes sortes, buffles et oiseaux blancs, nous faisons une longue halte reposante, imprégnée de calme, du grandiose de ces rivages. Nous nous apprêtions à quitter le parc quand mon homme, toujours l’œil en éveil, a observé un petit garde qui nous faisait des signes. Marche arrière et en effet, un gentil zambien en uniforme et armé jusqu’au cou d’une mitraillette et d’un revolver nous indique qu’à tel endroit il y a des rhinocéros blancs. Nous étions là pour ça ! Le rhinocéros blanc n’est pas blanc du tout ! Il est gris comme tout le monde, mais la différence c’est qu’il broute, alors que l’autre mange les feuilles. Donc nous recherchons le spécimen et, ô miracle ! En voilà un qui surgit du fourré ! Puis deux ! Puis trois ! Des bêtes énormes ! Je me pose sur le rebord du camion débâché, juste en équilibre, pour photographier ! Hop, 4 ou 5 clichés, le camion était, bien sûr arrêté.

Zambèze et RhinocérosA ce moment, un des monstres, pas aimable du tout, se retourne face au camion et nous charge ! André L. passe vite la marche arrière et nous voilà reculant à vive allure pour ne pas être encornés par le rhino belliqueux ! Bon, le bestiau s’arrête au bout de quelques minutes de course. Repart dans le fourré. Nous attendons un moment et, avec l’accord du garde qui était monté dans le camion avec nous, repartons lentement dans la même direction. L’abominable bête, au moment où nous arrivons à sa hauteur dans les buissons, surgit comme une furie ! Plus déterminée que jamais à nous faire la chasse ! Il faut dire que c’était la période du rut et qu’il y avait trois mâles pour une femelle ! Pour lui, peut-être, le camion était un rival supplémentaire ! Donc pas question de nous tolérer ! Cette fois la charge est à 2 mètres du parechoc avant du camion ! Là encore, reculade-panique sur plusieurs dizaines de mètres quand le rhino furieux décide de stopper sa charge et retourne dans les fourrés, mais en raclant le sol et fulminant. A l’affût, cette fois. Nous avisons un moment et le garde nous dit qu’il ne serait pas prudent de faire une troisième tentative. Il nous indique une autre route pour sortir du parc. Ouf ! nous le laissons là avec sa mitraillette, son pistolet et ses rhinos. Fin de l’épisode rhinocéros blanc. Nous retrouvons nos cabanes dans les bois. Dîner et nuit humides. Toujours la fièvre. Le lendemain matin direction Kalomo, le QG d’André L., sur la route qui remonte vers Lusaka. Nous devions passer la soirée et la nuit à Choma pour un feu de camp africain. Changement de programme. Le propriétaire vient de perdre sa mère il y a deux jours. Il ne peut donc recevoir personne. André L. est obligé d’aviser. Il nous propose gentiment de nous héberger chez lui mais nous n’y souscrivons pas : nous préférons découvrir autre chose.. Il nous emmène donc dans le lodge privé d’un british, Bruce Miller. La famille de cet homme est en Zambie depuis au moins trois générations. Il possède des dizaines d’hectares. Il s’occupe de chasse, d’élevage et de gérer son domaine. Il a gardé une imprégnation toute british faite de beaucoup d’élégance, de savoir-vivre et de sérénité. J’ai apprécié la superbe balade que B. Miller nous a fait faire le lendemain matin dans sa réserve. Vallonnée et verdoyante à souhait, quelque chose de la Normandie, plus les gazelles, les gnous, les zèbres. Et ses chiens. Une nuée de braves toutounes sympathiques arrivant de partout dans sa propriété. Ce Bruce Miller, qui habite au bout du monde, est une étape rare et particulièrement recommandable. Départ pour le lac Kariba, à nouveau. Quelques heures de route, encore dans notre camion. Sur les routes de Zambie, d’ailleurs en très bon état, nous croisons régulièrement d’impressionnants camions, rapides et rutilants, qui transportent des cargaisons de minerai de cuivre. Le cuivre est une des premières richesses du pays avec une production annuelle d’environ 350 000 tonnes qui place le pays en 11ème position mondiale, ce qui n’est pas si mal. Ceci est à noter car cette sorte de force émanée par ces puissants camions contraste fortement avec toutes les diverses faiblesses économiques de ce pays encore trop jeune et très pauvre. Il faut noter aussi que les mines de cuivre Zambiennes se trouvent dans le Nord du pays et que cette région passe pour être dangereuse pour les visiteurs non avertis. Il faut le savoir…

Zambèze et RhinocérosRetour chez Billy qui doit nous emmener avec son speed-boat sur une île du lac : Chete Island. Je suis nerveuse car fatiguée et je n’aime pas le bateau. Nous embarquons et glissons à toute allure sur une eau-huile. Pas si mal. Ce lac est un lac artificiel qui retient les eaux du Zambèze en aval des chutes Victoria. Il est immense : 30 km de large en moyenne et 300 km de long. Il a englouti toute une vallée de laquelle la population locale, les Tonga, ont dû être expatriés, ce qu’ils n’ont pas digéré, les malheureux. Je ne suis pas très fana des lacs artificiels à cause de ce qu’ils représentent de viol de la nature et de traumatisme pour les habitants et les animaux. D’ailleurs les éléphants, pour regagner leurs endroits coutumiers et qui sont devenus des îles, ont appris à nager sur des kilomètres. Cependant le paysage est grandiose. Avant d’aborder notre île, Billy fait un détour pour nous présenter les hippopotames. Il y en a, de visibles, une dizaine. Ne dépassent de la surface de l’eau que leurs dos, leurs grandes gueules à l’intérieur rose et leur yeux. Ils semblent paisibles mais inquiets de notre présence. D’où immersion. Nous sommes à une vingtaine de mètres d’eux. Les hippos peuvent marcher et nager sous l’eau… et ressurgir à la surface n’importe où et pourquoi pas juste sous notre bateau ! Pas rassurée. Billy non plus qui, prudemment, remet les gaz en douceur pour gagner notre rivage. Sur notre île, notre habitation est un campement. Sans électricité, sans rien d’autre que la hutte de réception et des tentes type militaire. Aucune autre habitation. Il y a là des gens (des blancs) assez paumés qui nous reçoivent cependant bien. Ils nous racontent que la nuit il est fréquent d’entendre rugir et gronder quelques lions qui se promènent sur l’île, sans plus d’inquiétude que s’il s’agissait de braves toutous errants ! Nos logis sous la toile sont confortables. Mais, la première nuit, je n’ai dormi que d’un œil et surtout que d’une oreille : je guettais l’arrivée des lions ! Toutefois je n’ai rien entendu. J’ai pensé que, peut-être, nos hôtes s’amusaient à impressionner le visiteur… Au matin, mes hommes partent à la pêche au poisson-tigre. Ils ne sont expérimentés ni l’un ni l’autre mais s‘amusent beaucoup à l’idée d’attraper ces poissons ! Je dois préciser qu’aucun de nous trois n’a l’âme chasseresse, ni même pêcheuse. Que nous sommes dans ce pays parce qu’il est grandiose et sauvage et que nous y cherchons splendeurs, dépaysement et éloignement des trépidations occidentales. André et mon homme, brillants avocats tous deux, trouvent ailleurs et beaucoup plus noblement à mes yeux, l’expression de leur virilité : dans le prétoire ! Pas question de safari-fusils, comme beaucoup, hélas ! Ma recherche personnelle est de capter sur pellicule les moments précieux que nous découvrons. Mes hommes donc à la pêche, moi je décide d’aller à la rencontre des éléphants ! Sur une autre île. D’où bateau quand même. Mais juste comme moyen de transport. Nous débarquons, un couple d’américains trekkers, un zambien pilote du bateau, mon guide et moi. Il faut imaginer un bush lunaire, des cailloux, quelques broussailles, des arbres foudroyés, une chaleur de plomb, et le silence imposé pour traquer l’éléphant. Nous avançons en file indienne, chuchotant à peine, avec les yeux partout. Moi, mon appareil armé. Et terrifiée à l’idée de voir surgir devant nous ces énormes bêtes, pas habituées à l’homme et bien capables de charger ! Nous n’avions aucune protection, ni position de repli possible en tel cas. Je demande à André L. ce qu’il faudrait faire, ma question ne lui évoque pas de réponse tout de suite et au bout d’un moment, il me dit : " les éléphants n’ont pas une bonne vue. Quand ils chargent ils vont droit dans la direction de leur objectif. Donc tu cours une trentaine de mètres et tu changes à ce moment-là de direction. Le temps qu’ils te cherchent à nouveau, ils t’ont oubliée (tu parles ! la mémoire des éléphants !) ou ils ne te voient plus. ". Bon. On continue à les chercher. On les entend, on sent les lourdes vibrations de leurs pas dans le sol, mais on ne les voit pas.... Retour au campement. Déjeuner sympa où je retrouve mes pêcheurs qui n’ont évidemment rien attrapé mais ravis. D’ailleurs ils reprennent… la mer j’allais dire… le bateau de pêche donc, prêts à s’emmêler à nouveau les lignes et les gaules ! Moi, grande décision : sieste ! Je dors tout l’après-midi ! J’ouvre juste à temps un œil pour prendre les derniers rayons d’un splendide coucher de soleil, mes pêcheurs rentrent, bredouilles, mais me disent : " tu as loupé la photo de coucher de soleil du siècle ! Une extrémité d’île, des éléphants, leur silhouette sur cette pointe et, derrière eux, un gros soleil rougeoyant à souhait ". Je regrette en effet mais pas non plus ma super-sieste ! Le dîner, comme celui de la veille est très agréable, préparé avec beaucoup d’attention par une gentille plantureuse blonde un peu sauvage. Mais consommé, le dîner, pas la blonde, dans une quasi-obscurité. Quelques lumignons à alcool, c’est tout, nous permettaient d’identifier nos aliments.

Zambèze et RhinocérosAprès le dîner, par nuit totalement noire, décision d’aller observer au bord de l’eau les yeux des crocodiles, qui deviennent rouges quand on leur braque dessus des lampes torches. Tous arrêtés au bord de l’eau, en effet, nous voyons deux points rouges dans le noir… et je me dis : et s’il y en avait d’autres là, juste là, où nous sommes, nous ne les verrions pas et ils auraient beau jeu de se jeter sur nous sans même qu’on ait eu le temps de s’en apercevoir ! Je m’éclipse en douce … heureusement tout le monde est rentré ! C’était l’avant dernière émotion. Le lendemain, nous quittons notre île avec un autre bateau pour rejoindre la piste d’envol d’un avion qu’André L. avait commandé pour notre retour sur Lusaka. Nous arrivons sur place, dans un champ, ou nous attend le plus minuscule des avions qu’on puisse imaginer. Quatre places, le pilote, anglais, et nous trois. A peine de quoi mettre nos bagages. Tous les gamins des villages de huttes alentour étaient à la fête ! Tous là pour assister au décollage du supersonique ! Des sourires nous étaient adressés et des mains s’agitaient gentiment pour saluer notre départ. Adorable. Adieux avec notre gentil André L. Et décollage ! Pas de piste ! Le champ ! Très peu d’altitude et trois quarts d’heure de vol vers Lusaka, fesses serrées ! Deux nuits à Lusaka et une promenade dans la ville, décevante, rien à y voir et un restaurant chinois, à l’entrée en escalier duquel André F. a failli être attaqué. Lui, sa grippe était presque finie. Moi pas du tout. J’ai mis 15 jours à m’en remettre. Mon homme, lui, a éternué une soirée et une nuit à Lusaka, c’est tout. Mais ce voyage n’a pas manqué de charme, d’émotions riches et de découvertes. Franchement, je ne regrette rien.

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