Mexique : Le Chihuahua al Pacifico

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Mexique : Le Chihuahua al Pacifico

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Olivier Guéricher | 17.12.2003 | 3103 visites | 0Favoris |
Olivier Guéricher

Mexique : Le Chihuahua al PacificoL’une des dernières lignes de chemin de fer de voyageurs encore en activité au Mexique, la Chihuahua-Los Mochis, est sans nul doute l’une des plus belles du monde. Elle est aussi reconnue comme étant le plus grand exploit ferroviaire du XXe siècle... Ce long serpent de rails parcourt 650 km sur le territoire mexicain. Au fil de ses douze heures de voyage, il franchit 86 tunnels et 37 ponts, dont certains culminent à plus de 1600 m au-dessus des gorges... Il effectue quelques spectaculaires virages à 180°, serpente au cœur de paysages aussi magnifiques qu’accidentés et ne traverse pas moins de 5 zones climatiques ! Ce courageux " cheval de fer " part du niveau de la mer et escalade les montagnes jusqu’à 2700 m d’altitude. N’est-ce pas suffisant pour le faire figurer au nombre des trains de légendes ?

Pas moins de 90 ans d’efforts pour parvenir à son

L’histoire du " Chihuahua-Los Mochis " coïncide avec l’épopée héroïque des révolutions agraires d’Emiliano Zapata et de Pancho Villa. Ce dernier, originaire de cette région et propriétaire terrien, aurait, dit-on, donné quelques coups de pioche lors des premiers travaux de la ligne... Mais l’histoire gardera plutôt en mémoire ses attaques de convois militaires, sur ces mêmes rails. Moins " romantique " mais plus étrange, l’origine de cette aventure ferroviaire revient à l’ingénieur américain Albert K. Owen, membre fondateur de la Colonie Socialiste Utopiste " New Harmony ". Cette homme de l’Indiana émis le souhait (le rêve !) en 1871 d’installer une nouvelle colonie de sa congrégation au Mexique puis de relier celle-ci à celle de l’ouest des Etats-Unis par une voie de chemin de fer... Owen obtint du gouvernement mexicain sa première concession en 1880 avec un délai de construction de 10 ans pour la voie. 20 ans plus tard, celui-ci dut admettre son fiasco : les travaux stagnaient et ses nouvelles colonies socialistes étaient en déroute... Suivirent alors d’autres investisseurs, essentiellement américains et la division du parcours, prévu à l’origine, en trois lignes distinctes. La topologie de la région multipliait les coûts et semblait rendre impossible toute progression linéaire. En 1952, l’Etat mexicain rachète les lignes du pays, exploitées par les compagnies étrangères. Les travaux reprennent leur cours sur des bases plus solides. Cette fois, le but fixé est de désenclaver la Sierra Tarahumara. Ce n’est qu’en 1961, après 90 ans de travaux et 90 millions de dollars dépensés que l’inauguration officielle du "Ferrocarril Chihuahua al Pacifico" aura lieu... preuve de l’âpreté de la tâche. De nos jours la plupart des passagers étrangers embarquent à Chihuahua, capitale de l’état du même nom. C’est ici que le révolutionnaire Pancho Villa, de son vrai nom Doroteo Arango, fut assassiné en 1923. Qu’importe le temps qui passe, cette ville donne l’impression de se mouvoir dans un western de Raoul Walsh... Sur le quai, la foule multicolore s’agite. Rancheros en " santiague ", jeans et stetson, paysans couverts d’un chapeau de paille ou d’une casquette colorée, femmes en noir.. Tout ce petit monde s’active, les bras chargés de sacs et de paquets pour se hisser dans l’un des wagons bleus... Pour un tarif raisonnable d’environ 8$, les secondes classes sont souvent investies par des dizaines de mexicains en partance pour leur village ou en route pour rendre visite à l’un de leur proche. Les premières classes, pour environ 40$, sont quant à elles rarement surpeuplées. On peut alors profiter de la climatisation et de fenêtres panoramiques. Puis vient le coup de sifflet traditionnel - toooot tooooot ! - et le convoi s’ébranle lentement. Chihuahua disparaît vite au loin... Les journaux, les fruits frais, les tortillas sont alors sortis des sacs et les discussions s’engagent. Par la fenêtre, un paysage hachuré défile : des arbres, des maisons de terre, des arbres... et déjà la première station qui approche.

Mennonites et Sierra Madre...

Mexique : Le Chihuahua al PacificoCiudad Cuauhtemoc est une petite ville aux rues blanches d’où surgissent parfois des personnages d’une autre époque. Blonds, vêtus de noir, se sont les Mennonites, les membres d’une secte fondée au XVIe siècle par un hollandais, Mennon Simons. Installés dans la région depuis les années 20, le gouvernement Mexicain leur a concédé l’exploitation d’une terre aride et les a exempté de service national. En contre parti, ils durent faire prospérer la région... ce qu’ils réussirent. Nouveau coup de sifflet et le train repart. Le convoi se glisse maintenant entre les vallées et grimpe à l’assaut des collines de la Sierra Madre. L’altitude augmente au fur et à mesure de la progression de la loco pour parvenir à 2500 m. Nouvel arrêt à la station de Creel, ancien terminus de la voie. Creel sert de centre forestier et approvisionne Chihuahua en bois. Celui-ci est stocké tout autour de la gare en attendant d’être embarqué. Cette " ciudad " est également la porte qui ouvre sur le canyon Copper et le territoire des Tarahumaras. Le train repart pour quelques kilomètres et stoppe à nouveau à la station de Divisadero, véritable point de départ vers la découverte des Tarahumaras ou du Canyon.

Un

Mexique : Le Chihuahua al PacificoLes indiens Tarahumara sont sans aucun doute les derniers indiens mexicains à refuser le soi-disant progrès et à fuir le plus possible tout contact avec la civilisation. En 1541, un détachement de conquistadores de l’expédition de Coronado (à la recherche des 7 villes d’or de Cebola) a rencontré pour la première fois un groupe de " naturales " dans les gorges. Ils les nommèrent Tarahumara, mais eux se nomment " Raramuri ". " Raramuri " signifie " hommes aux pieds légers ". Cette appellation leur vient d’un rite au sens magique compliqué. Celui-ci consiste à pousser une balle de bois au fil d’une longue course. Certaines de ces courses rituelles peuvent atteindre 300 km de distance pour les hommes et 100 km pour les femmes.... le plus souvent après une séance de chamanisme et avoir consommé quelques morceaux de racine de cactus, le peyolt. En 1936, Antonin Artaud s’embarque pour le Mexique et rencontre les Tarahumaras. A son retour, fasciné par ce peuple d’agriculteurs et de chasseurs qui vit en petites communautés dans des grottes, entre montagnes et canyons, il leur consacre un ouvrage. " Le pays des Tarahumaras est plein de signes, de formes, d’effigies naturelles qui ne semblent point nées du hasard, comme si les dieux, qu’on sent partout ici, avaient voulu signifier leurs pouvoirs dans ces étranges signatures où c’est la figure de l’homme qui est de toute part pourchassée. (…) C’est sur toute l’étendue géographique d’une race que la nature a voulu parler ". Nul doute qu’il fut initié par les chamanes au rite du peyotl. A une vingtaine de mètres de la station se situe l’hôtel Posada Barrancas Mirador. En équilibre, comme un nid d’aigle au bord de la gorge, il permet de s’offrir une halte à la moitié du parcours. L’hôtel, véritable balcon au-dessus du canyon del Cobre (qui signifie canyon du cuivre) bénéficie sans doute de la plus splendide vue sur celui-ci. Assez méconnu, même de la plupart des Mexicains, ce canyon est plus large que le Grand Canyon du Colorado. Il est en fait composé d’une succession de 5 failles : l’Urique, le Sinforosa, le Cuivre, le Guaynoja et le Batopilas pour une superficie de 25 000 km² (quatre fois plus qu’aux Etats Unis). C’est d’ailleurs sur ce territoire que l’armée des USA pourchassa Pancho Villa pendant dix ans.. sans succès.

Le canyon occupe tout l‘espace à perte de vue, dans un paysage lunaire et vertigineux. Il domine de ses énormes falaises des rivières et des vallées inaccessibles où l’on peut entendre les tambours des Tarahumaras, leurs battements simples faisant écho sur les arêtes rocheuses. Les Tarahumaras, toujours eux, sont un peu plus de 50 000, invisibles et pourtant partout. Divisadero est également le lieu idéal pour partir à la découverte des grottes et villages indiens de la région. Il est aussi possible, à cheval, de descendre 2200 m plus bas pour visiter les mines qui n’ont pas englouti toutes les pelles et les tamis des chercheurs d’or, d’argent, et de cuivre de l’époque héroïque. Batopilas, village tout droit sortit d’un western, mérite aussi le détour.

Virages sur

Mexique : Le Chihuahua al PacificoPassées une ou deux journées de halte (indispensable) à El Divisadero, il est temps de reprendre le voyage en direction de la côte pacifique. Quelques indiennes, avec leurs superpositions de robes multicolores (jusqu’à huit) proposent le long du quai des objets d’artisanat traditionnel : vanneries, violons, poupées ou divers objets de cuivre. Des cow-boys patientent en papotant et relèvent bientôt la tête en apercevant le train qui pénètre dans la station pour ses 15 mn d’arrêt obligatoire. Une fois installé et les derniers achats auprès des indiennes effectués, le trait bleu du convoi repart. Et c’est à nouveau de superbes panoramas, sans doute le tronçon le plus spectaculaire de la ligne. Le train s’étire en longeant le canyon, traverse des ponts métalliques avec plus de 1000m de vide sous les rails. Au travers des fenêtres, le décor défile comme celui d’une superproduction de la belle époque de la Warner : une forêt de pins, des indiens sur les sentiers, des cabanes en rondins de bois ou bien encore d’anciens wagons désaffectés transformés en habitations. Une fois la station de Bahuichivo passée, débute soudain la descente... Accrochez-vous aux banquettes ! Voici que survient une succession de courbes à 180° qui, d’une altitude de 2000 m nous déposera (non sans émotions) à 800m. Encore quelques kilomètres à suivre les pins du regard puis arrive la plaine ou petit à petit, la végétation se transforme en de rares cactées, surgissants au milieu du désert. Le soleil réchauffe fortement les banquettes. Il est alors temps de baisser les stores à lamelles, de fermer les yeux et de se laisser bercer par le roulis du wagon au milieu des odeurs tenaces de tacos et de piment.

Mexique : Le Chihuahua al PacificoLentement, le train rentre dans la station d’El Fuerte, superbe petite ville à l’architecture coloniale, encore dotée de rues pavées et où Pancho Villa séjourna quelques temps. Un gamin a à peine le temps de traverser le wagon avec un panier rempli de fruits ou de galettes de mais que le sifflet déjà retentit. Le convoi s’ébranle de nouveau pour les dernières heures du parcours. Les yeux et le cœur encore emplis de la beauté des paysages traversés lors de ce périple, on observe alors doucement, le soleil descendre à l’horizon, projetant ses reflets dorés contre les parois bleutées des wagons... Le soleil endormi, c’est le clair de lune qui accueille alors les passagers pour cette ultime étape du Ferrocarril. Malgré l’heure tardive, l’agitation règne dans la gare de Los Mochis. Les femmes en noir descendent du wagon les bras toujours aussi chargés. Des habitants sont venus chercher leurs parents, leurs amis. Les chauffeurs de taxi bondissent sur ceux qui portent appareil photo ou sac de voyage. Le lendemain, après une nuit de repos bien méritée, il ne reste plus qu’à prendre la route en direction de la mer de Cortes pour observer la multitude de baleines venue s’y reproduire (mars) ou bien débuter un autre périple sur l’autre rive, en Basse Californie. De nombreux navires au départ de Tompolobombo le permettent.

Luxe ou expérience 100 % couleur locale, vous avez

Depuis 1999, la ligne " Chihuahua-Los Mochis " à été privatisée par la Ferromex qui à procédé à de nombreux aménagements dans les stations. Un train de luxe circule aujourd’hui sur la ligne, pour un tarif de 200$ environ. Les wagons sont tous tapissés de manière élégante, bénéficient d'une nouvelle climatisation, de salles de bains et d'une voiture restaurant ou l'on peut goûter à la gastronomie Mexicaine. Toutefois, la région du canyon entre Creel et Bahuichivo étant dépourvue de routes, des convois plus "classiques" circulent encore pour les populations locales, les touristes moins fortunés et notre plus grand bonheur... Ne manquez pas non plus, si vous le pouvez, la halte à l’hôtel Posada Barancas (entre 100 et 200$ selon la formule choisie). Nul doute qu’un réveil au petit matin pour observer le soleil poindre sur l’horizon et peindre le canyon de touches de jaune et rose pastel, tout cela du balcon de votre chambre avec plus de 1500 m de vide juste en dessous, vous fera oublier un tel coût ! Bon Voyage.

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Si l’espagnol ne vous est pas inconnu, nous vous conseillons la lecture du site officiel du Mexico Copper Canyon. Vous y trouverez une multitude d’informations et d’images complémentaires à propos du train, des tarahumaras, de l’hôtel Mirador et de la région du canyon.

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