Egypte : Assouan ville nubienne

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Arnaud Luce | 29.11.2004 | 743 visites | 0Favoris |
Arnaud Luce

Egypte : Assouan ville nubienneAssouan, ville la plus méridionale d’Egypte constitue une charnière à la croisée des civilisations arabe et africaine. Qu’on l’aborde depuis le nord égyptien ou le sud soudanais, un monde s’y termine et un autre s’ouvre au regard du voyageur. Le souk de la ville est le lieu idéal pour comprendre ces mélanges avec des marchandises diverses qui croulent sur les étals…

Assouan, ville nubienne

Egypte : Assouan ville nubienneSituée sur la première cataracte du Nil, Assouan a toujours fait office de frontière entre les mondes arabes et africains. Si Assouan appartient à l’Egypte, pays arabe et méditerranéen, elle conserve la culture et les traditions de la Nubie, pays de l’or, disparu sous les eaux du Nil. Ses habitants à la peau noire et aux traits fins avancent encore fiers, la silhouettes élancée dans des tenues blanches immaculées. La vie d'Assouan commence sur l'île Eléphantine, qui fut sous les pharaons la capitale du premier royaume de Haute-Egypte. Le nom apparaît dans les papyrus, sous la forme de « Soun », qui était le faubourg commercial d’Eléphantine. Appelée aussi « Syène » par les grecs qui considéraient la Nubie comme l’Egypte originelle, elle était surtout le quartier des entrepôts et des marchés. Au sud de la ville se tenaient les carrières de granit gris et rose d’où étaient extraits les fameux obélisques. Ce sont ces carrières qui enrichirent la cité grâce aux commandes de pharaons qui souhaitaient orner leurs temples, palais, et sarcophages royaux. L’un de ces obélisque, long de 36 mètres gît encore fissuré dans sa gaine de granit au cœur des carrières. De nos jours Assouan évoque le haut barrage, l’œuvre pharaonique de Nasser et son gigantesque lac artificiel sous lequel repose à jamais l’ancienne Nubie. En aval, on rencontre la cataracte du Nil, et en amont, un grand bassin de retenue dans lequel se trouve l’île de Philae, entièrement dédiée à la déesse Isis.

Voyage en felouques

Egypte : Assouan ville nubienneLes rochers et les îlots autour desquels tourbillonne le Nil à Assouan, ont longtemps formé, avant que le barrage ne règle le débit du fleuve, une frontière difficile à franchir entre l'Egypte et l'Afrique Noire. Aujourd’hui, Assouan s’étire langoureusement sur la rive droite du Nil. La corniche, grand boulevard au pied duquel sont amarrées les felouques, est un lieu de promenade par excellence, avec ses calèches, ses taxis et ses rabatteurs. Mais indéniablement, les plus merveilleuses pérégrinations que l’on peut effectuer se font à bord des felouques. Ces bateaux arrondis aux élégantes voiles blanches sont indissociables du paysage d’Assouan, dont ils constituent le seul moyen pour aborder la rive gauche et les îles, Philae, Kitchener ou Eléphantine, véritables joyaux du fleuve. Sous la lumière tamisée, on se laisse bercer par la brise et l’on vogue dans le calme des eaux bleues du Nil séculaire. Derrière Eléphantine on aperçoit la belle île Kitchener, célèbre pour son jardin botanique. Les plus belles variétés de plantes et d’arbres y attirent quantité d’oiseaux. On découvre avec émerveillement les palmiers royaux, sycomores et ébéniers de ce somptueux parc floral. Eléphantine, la plus grande des îles est parsemée de richesses archéologiques. Vestiges antiques dont le célèbre nilomètre, l’Oberoi, sa tour, ses jardins et sa piscine, on y rencontre aussi une belle demeure coloniale dans laquelle a été emménagé un petit musée archéologique. Mais ce qui caractérise Eléphantine et la rend si authentique, c’est bel et bien le village nubien, au cœur duquel on peut évoluer comme dans un voyage dans le temps.

Quartiers nubiens

Egypte : Assouan ville nubienneLa Nubie s'est étendue d'Assouan, la première cataracte du Nil au nord, au Soudan dans le sud. Les égyptiens appelaient Nubiens, les pasteurs à la peau noire, hommes des steppes et des déserts au visage brûlé par le soleil, dont les racines sont africaines. Le nom "nubien" viendrait de « Noub », or, en langage pharaonique, dont la vallée était dotée en quantité, parmi elles Wadi Allaqi ou Dououeichat. L’île Eléphantine et les quartiers populaires d'Assouan sont habités par des nubiens. Une partie d’entre eux a été relogée ici et aux alentours de la ville après la mise en eaux du haut barrage qui les a chassés de leurs terres ancestrales. Les quartiers nubiens présentent des architectures et des couleurs très riches, ils sont le fruit d’une authenticité qui traverse le temps. Si les maisons de terre sont traditionnellement blanchies à la chaux, les murs sont recouverts de motifs colorés au pochoir (plantes, oiseaux…). Les maisons, qui possèdent une petite cour et un four, sont disséminées dans de petites ruelles calmes desservies le plus souvent par une grande place. Sur les hauteurs de la ville, les ruelles en terre battue se font de plus en plus étroites, il n'y a pas de trottoirs. Une petite rue monte vers le cœur des quartiers nubiens. Les maisons sont petites et modestes. Un grand nombre d'enfants jouent dans les rues, le plus souvent pieds nus. On ne rencontre pas de voitures, tout juste quelques ânes attelés à des charrettes. Au détour d'une ruelle, la rue s’élargie un peu pour laisser la place à des décombres, sur lesquels quelques chèvres vagabondent. Le bruit des passants dans la poussière confère à l’endroit un charme particulier. Loin des voitures et du brouhaha de la ville, l’endroit fait figure d’îlot. Des enfants s’amusent en échangeant des rires et des cris. Les ruelles s’animent et les rencontres sont très émouvantes. Des adultes, sont installés sur le pas de leur porte et devisent. Parfois, des hommes, nonchalamment adossés contre un mur fument le narguilé en regardant le spectacle de la rue. Près d'eux, une vieille femme, tout de noir vêtue les interpelle : « Hamatu, comment-vas-tu aujourd’hui ? », elle vient balayer la rue devant sa maison. Ici, les portes des maisons gardent la serrure à l’extérieur, signe de confiance dans la communauté, car les nubiens sont tous de la même famille. Plus loin, devant une autre habitation, une vingtaine de femmes vêtues et voilées de noir se lamentent, ce sont des pleureuses. La communauté fait face à un certain nombre de problèmes socio-économiques et politiques. Aujourd'hui, l'introduction de l'électricité, l'école, les radios et la télévision fournissent des instruments de socialisation, mais les nubiens, hospitaliers et paisibles, gardent une forte identité culturelle, qu’ils font perdurer en pratiquant des mariages à l’intérieur de leur communauté. Les traditions orales sont importantes. Traditionnellement agriculteurs, les Nubiens ont été dépendants des crues du Nil pour leurs cultures, le mil et les dattes en particulier. La Nubie a disparu sous les eaux du grand barrage en 1964. Si une grande partie des 60 000 nubiens déplacés s’est efforcée de reconstituer leurs villages et leur mode de vie au nord de la capitale régionale, un grand nombre d’entre eux se sont installé à Assouan où ils vivent dans des conditions précaires, reproduisant leurs habitudes villageoises. Ils continuent à faire perdurer leurs traditions : les femmes barattent le beurre dans des peaux de chèvre, écrasent le grain, ou cuisent des crêpes chauffées sur des tôles alimentées par un feu de bois. Les hommes travaillent, comme concierge (bawab) ou grooms, parfois au Caire.

Le souk

Egypte : Assouan ville nubienneEn redescendant vers le centre de la ville, la rue s'élargit petit à petit pour faire place à des étalages multicolores. On pénètre dans le souk d’Assouan. Parallèle à la corniche, il s’étend, sur quatre kilomètres. Ce n’est pas un souk couvert comme ceux des autres villes arabes, mais une rue où se regroupent des commerces et des échoppes très densément garnies. Chaque centimètre carré est mis à profit, chaque recoin est garni pour le bonheur du client. Le souk se révèle au visiteur telle une caverne d’Ali Baba à ciel ouvert. Boutiques pour touristes, cafés à chicha, barbiers, boulangers, bouchers, marchandes de perruques voilées, vendeurs d’épices cohabitent dans un brouhaha et un tumulte réjouissant. C’est à la fin de la journée que la pression monte et le souk devient alors le lieu de sociabilité couru d’Assouan, entre rencontres et marchandage. Ainsi, se perpétue la tradition. Il y a peu encore, arrivaient au souk tous les produits de la Nubie, débarqués à hauteur de l’île de Philae et la ville se souvient encore des temps anciens où les pistes qui y arrivaient voyaient les caravanes se décharger de leurs trésors d’Afrique subsaharienne : or, ivoire, bois précieux, épices, encens, cuirs, bétail, lin et autre jaspe. Aujourd’hui, les caravanes ont été remplacées par des camions, certaines de ces marchandises ne se trouvent plus, mais l’animation est belle et bien au rendez-vous. Dans le souk, l’adjectif « nubien » est employé comme un label identitaire et de qualité. On trouve de l’eau minérale nubienne, du parfum nubien et des tas d’autres marchandises « nubiennes ». L’endroit est aussi réputé pour ses épices, que l’on retrouve partout et en quantité. La poudre de henné, de curry d'indigo émerveillent le curieux sous la forme de pyramides parfaites aux couleurs saisissantes, verdoyantes, azur, ocre, vermillon. La vue, l’odorat, l’ouie, le toucher, c’est à un véritable empire des sens qu’est confronté avec bonheur le visiteur du souk. Un peu plus loin, on déguste à l’envie des arachides grillées de toutes les tailles, que l’on accompagne de karkadé, la célèbre boisson fraîche composée de fleurs d'hibiscus bouillies. On trouve aussi de fruits et légumes à profusion. Des gigantesques monticules font face à la foule : tomates mures, oranges sucrées, dattes onctueuses, et autres légumes frais qui arrivent directement des jardins en périphérie de la ville. Tout cela fait oublier l’aridité de l’environnement d’Assouan. La nuit tombe, les gens continuent de s’interpeller devant les marchands. Après avoir serpenté dans d’autres ruelles, toutes plus odorantes, bruyantes et colorées les unes que les autres, on peut maintenant aller boire un thé sur la corniche, face au Nil. On ressort alors de ce voyage en plein cœur de la ville, chamboulé, étourdi par tant de saveurs et d’odeurs extraordinaires.

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L’île Eléphantine, le musée nubien, le souk, une ballade en felouque et le spectacle son et lumière à Philae. Possibilité d’effectuer des croisières sur le Lac Nasser (cinq bateaux luxueux). Si vous en avez le temps, prenez une excursion pour Abou Simbel à 270 km au sud d’Assouan (en bus, départ à 4 heures du matin), afin d’y découvrir les célèbres colosses et ses colosses.

A partir de Louxor: nombreuses possibilités de croisières en felouque ou en bateau. Par train et par bus également.

 

 

Où manger ?

Sur la Corniche de nombreux restaurants en face du Nil proposent des menus autour de 10 €.

 

Infos

Office de tourisme égyptien : 90, avenue des Champs Elysées, 75 008 Paris. Tél. : 01 45 62 94 42/43.

Centre culturel égyptien : 111, bd St Germain, 75 005 Paris. Tél. : 01 46 33 75 67.

 

 

 

 

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